Juillet 1843.

La rançon acceptée.—Une nouvelle fleur.—Suppression de l’homme. Les défenseurs de la veuve et de l’orphelin.—Jugement de Salomon.—Une conspiration.—Le Napoléon—Les anciens et les modernes.—MM. Ponsard, Hugo, Dumas, etc.—Lucrèce.—M. Odilon Barrot.—Les oiseaux sinistres.—M. Villemain.—Honneurs clandestins.—Trouville.—Une annonce.—Les circonstances atténuantes.—Le dieu Cheneau.—Une invitation.

JUILLET.—Tout va un peu mieux que je ne l’avais espéré:—le soleil est venu rendre à tout la vie, la joie et la lumière,—mon jardin est plein de parfums et de fleurs. Il paraît que le ciel a accepté la rançon de l’été que je lui avais offerte au nom de la France, et que les beaux jours nous sont rendus.

Et, pour tout dire, nous n’avons rien perdu pour attendre—non-seulement nous avons vu fleurir toutes les fleurs aimées,—mais une nouvelle fleur s’est épanouie au bas du journal le National.—M. Rolle s’est livré à une comparaison entre la pâquerette et le camellia: «Tantôt, dit-il, le camellia l’emporte par son parfum enivrant, tantôt la pâquerette par son odeur innocente et champêtre.»

Le camellia à odeur enivrante de M. Rolle, espèce jusqu’ici inconnue, manque à la collection des fleurs fantastiques de M. de Balzac,—le camellia à odeur enivrante est le digne pendant de l’azalée grimpante de l’auteur de la Petite Revue parisienne.

Est-ce que par hasard les temps prédits par les poëtes seraient arrivés?

Virgile, dans l’églogue adressée à Pollion—sur la naissance de son fils: «Des chênes, dit-il, il coulera du miel,—on verra dans les prairies des moutons rouges et des moutons jaunes.

Et duræ quercus sudabunt roscida mella...
. . . . . . . . . .
Nec varios discet mentiri lana colores
Ipse sed in pratis aries jam suave rubenti,
Murice, jam croceo mutabit vellera luto...

Nous avons déjà—le camellia à odeur enivrante de M. Rolle et l’azalée grimpante de M. de Balzac,—nous en verrons bien d’autres.

Quand je disais dernièrement que, les chevaux abolis,—on allait bientôt s’occuper de supprimer l’homme et de le remplacer par des machines, je ne sais si j’étais prophète ou si j’ai ouvert une idée à quelqu’un.

Toujours est-il que je vois depuis quelques jours dans tous les journaux une annonce ainsi conçue:

LE COMPTEUR MÉCANIQUE,—adopté par tous les ministères,—au moyen duquel on peut faire tous les calculs possibles sans le secours de la plume ni de l’intelligence.

Voici les employés des ministères remplacés déjà par une mécanique simple et peu coûteuse.

Je ne désespère pas de voir, d’ici à peu de temps, tout le gouvernement représentatif—fonctionner au moyen d’une seule et unique machine,—surtout si l’on accepte définitivement le principe de M. Thiers, si bien adopté par une partie de la Chambre et par une partie des journaux: «Le roi règne et ne gouverne pas.»—Ce ne sera certes pas le roi qui embarrassera beaucoup le mécanicien.

Je ne sais vraiment pas comment on est assez hardi en France pour ne pas être de l’opposition.

L’opposition accepte tous ceux qui se donnent à elle, les prône, les loue, les pousse autant qu’elle peut.—Il s’agit pour elle de combattre et de conquérir:—elle veut des soldats; ceux qui n’ont pas une grande valeur, elle tâche de leur en donner une.

Les conservateurs, au contraire, possèdent;—ceux qui se donnent ou se sont donnés à eux leur semblent des associés qui veulent partager les dividendes.

De sorte que ceux qui s’allient aux conservateurs—reçoivent à la fois les injures de l’opposition et les mauvais procédés de leurs amis.

Les Guêpes se félicitent de se trouver si parfaitement d’accord avec M. de Kératry,—dans le fond et dans la forme de la pensée.

Les Guêpes ont dit, il y a deux ou trois ans,—à propos de la prétention qu’ont les avocats d’être les défenseurs de la veuve et de l’orphelin:

«Il n’y aurait pas besoin d’avocats pour défendre la veuve et l’orphelin, s’il n’y avait pas d’abord d’avocats qui les attaquent.»

M. de Kératry a dit ces jours passés dans la Presse:

«Je suis tenté de sourire de pitié quand ces messieurs s’arrogent fastueusement le titre de défenseurs de la veuve et de l’orphelin, qui pourraient se dispenser de recourir à cette tutelle parfois assez onéreuse, si d’autres avocats, pour un même salaire, n’avaient auparavant fait irruption dans le champ de cette même veuve et de ce même orphelin.»

Voici encore un fait analogue à un que j’ai cité il y a quelques mois:—J. Boulard, rencontré par trois hommes ivres, est attaqué et rudement battu,—par suite de quoi il passe cinq jours au lit et dépose une plainte contre ses agresseurs;—ceux-ci, amenés devant le tribunal, ne nient pas le fait et cherchent à s’excuser en rejetant leurs torts sur le vin.—Le tribunal, usant d’indulgence,—écarte la prison et les condamne chacun à cent francs d’amende.

—Au profit de J. Boulard, sans doute?

—Non,—au profit du trésor,—au profit du gouvernement,—faible consolation encore pour un gouvernement vraiment paternel qui a eu la douleur de voir battre ainsi brutalement un de ses enfants dans la personne de Jean Boulard.

Il était question depuis quelque temps d’une grande fête chevaleresque et d’un magnifique tournoi qui devaient avoir lieu dans le Champ de Mars.—M. le préfet de police a refusé son autorisation;—nous nous permettrons de trouver que cette mesure de M. Delessert n’est pas adroite.—Les gouvernements ne peuvent que gagner à ce que le peuple s’amuse,—surtout,—comme dit l’héroïne de je ne sais quelle chanson bouffone,—surtout quand il n’en coûte rien.

A moins que M. le préfet,—jaloux de ses droits, ne veuille contribuer seul et exclusivement aux plaisirs et à l’amusement des Parisiens.

On raconte cependant que M. Delessert avait été, dans cette circonstance, victime d’une mystification.

On aurait fait croire ce qui suit à M. le préfet de police:

Ce tournoi, où des chevaliers armés de toutes pièces devaient jouter devant les dames,—selon les us et coutumes de l’ancien temps,—cachait des desseins plus sérieux.—Un chevalier mystérieux devait être au nombre des tenants,—vêtu d’une cotte de mailles et la visière sévèrement baissée, absolument comme Richard Cœur-de-Lion dans l’Ivanhoé de Walter Scott.—Sur son bouclier aurait été écrite la devise—Déshérité.

Après que le jeune prince aurait eu vaincu tous les champions qui se seraient exposés à ses coups redoutables, tous, par un coup de théâtre, se rangeant sous ses ordres, il aurait levé la visière de son casque, et laissé voir aux spectateurs assemblés le duc de Bordeaux.

Alors, à la tête de ses fidèles chevaliers, il se serait porté sur le château des Tuileries,—en essayant de soulever le peuple.

C’est ce que, assure-t-on, on a fait croire à M. Delessert.

La mer commençait à remonter;—le soleil couchant colorait de teintes rouges et violettes le sable humide de la plage;—la mer unie et calme,—blanchie seulement sur ses bords par la marée montante,—semblait un grand manteau couleur d’aigue-marine avec une frange d’argent,—mais que signifient de pareilles comparaisons?—A quoi comparer la mer qui ne soit plus petit et moins beau qu’elle?—Elle était d’un bleu pâle et verdâtre,—du soleil à mes yeux, s’étendait sur l’eau un large sillon d’un jaune lumineux.

Le ciel,—au couchant,—entre des bandes de nuages, était du vert de certaines turquoises,—les falaises se découpaient en noir sur la mer et sur l’horizon.

Tout à coup,—au détour de la hève,—parut un bâtiment d’une forme noble et majestueuse:—c’était le Napoléon, qui revenait au Havre.

Le Napoléon,—c’est-à-dire le bateau à vapeur à hélice,—le bateau à vapeur sans ces roues incommodes qui ont rendu jusqu’ici les bâtiments à vapeur impropres à la guerre;—le bateau à vapeur—qui marche à la voile, quand le vent lui est favorable, aussi vite qu’un autre navire, et qui continue sa marche avec son charbon et ses hélices sans se ralentir quand le vent devient contraire,—en un mot, la réalisation d’un problème longtemps nié et traité d’absurdité et de folie.

On lisait le lendemain dans plusieurs journaux:

«Le bateau à vapeur, nouveau modèle, le Napoléon, construit au Havre, pour le compte de l’État, par M. Normand, est arrivé du Havre à Cherbourg mercredi 21, dans l’après-midi, pour éprouver sa marche et ses machines; il a fait ce trajet en sept heures. On sait que c’est le premier bâtiment français auquel est appliqué le nouveau système de propulsion consistant en une vis ou hélice mue par la vapeur, et qui, placée à l’arrière et immergée, tourne dans l’eau avec une vitesse considérable, de manière à faire filer au navire dix à onze nœuds en temps favorable. La force de cette hélice équivaut à un appareil ordinaire de cent vingt chevaux.

»Il y avait à bord du Napoléon, pour constater le résultat des expériences, une commission présidée par M. Conte, directeur général des postes, et composée de MM. de la Gatinerie, chef du service de la marine au Havre; Moissard, ingénieur des constructions navales et agent général du service des paquebots de la Méditerranée; Allix, sous-ingénieur; Bellanger, capitaine de corvette; Normand, constructeur, et Conte fils, secrétaire.

»Le bâtiment a parcouru trois fois notre rade dans toute sa longueur. MM. l’amiral préfet maritime, le sous-préfet de l’arrondissement, les chefs de service du port, les ingénieurs des constructions navales, et plusieurs officiers de la marine militaire et administrative, ont assisté à ces essais. Le sillage a été de onze nœuds. Cette grande vitesse témoigne assurément en faveur du nouveau propulseur.

»Le steamer le Napoléon, après avoir touché à Cherbourg et y avoir pris quelques pièces d’artillerie, s’est rendu devant Portsmouth et Southampton, où il a salué les forts. Ses saluts lui ont été rendus, et, après avoir fait l’admiration des nombreux visiteurs qu’il a reçus à son bord, il devait retourner au Havre, où il est attendu ce soir.»

Il y avait un homme qui n’était pas sur le Napoléon,—un homme qui n’avait pas été admis à prendre sa part de cette promenade triomphale,—un homme que les journaux ne nomment pas.

Cet homme était tout simplement Sauvage, l’inventeur des hélices;—Sauvage, qui, depuis treize ans, travaille et lutte: [mot illisible] deux ans, d’abord, pour trouver et appliquer son hélice; ensuite, onze ans contre l’incrédulité, l’envie et la malveillance.

C’était Sauvage,—l’homme qui, depuis treize ans, a dépensé tout l’argent qu’il avait,—toute la santé qu’il avait,—pour arriver à son but.

D’abord, en construisant le Napoléon, on avait essayé, à grands frais, de perfectionner l’hélice de Sauvage,—perfectionner, c’est-à-dire dépouiller l’inventeur;—c’est-à-dire faire en sorte—que son brevet, qui n’a plus que quelques années à courir,—ne lui eût rapporté que la ruine et les avanies de toutes sortes,—tandis que le triomphe et l’argent seraient pour d’autres.

De perfectionnements en perfectionnements—on en est arrivé précisément au point de départ, c’est-à-dire à l’hélice de Sauvage,—à l’hélice du Napoléon.

J’eus en ce moment une des impressions les plus tristes que j’aie ressenties de ma vie.

Je savais que Sauvage—était enfermé dans la prison du Havre pour une misérable dette, contractée, sans doute, pour l’hélice, alors niée et aujourd’hui triomphante.

On regardait avec fierté rentrer le Napoléon,—et personne, excepté moi, peut-être, ne pensait à l’inventeur.

Le lendemain, les journaux disaient ce que je viens de copier plus haut.

J’allai voir Sauvage dans sa prison;—il s’était parfaitement installé,—seulement, comme il étouffe dans une chambre fermée,—il laissait ouverte, la nuit, la fenêtre de sa cellule;—mais les chiens de la prison—aboyaient avec fureur contre cette fenêtre ouverte et troublaient le repos de tous les prisonniers.—On lui enjoignit de fermer sa fenêtre: il essaya d’obéir, mais en vain, à chaque instant, se sentant suffoqué,—il se levait, ouvrait sa fenêtre, et les molosses recommençaient leur vacarme.

Il prit un couteau et un morceau de bois,—et fit une machine qui, lançant de très-loin aux chiens de l’eau et des boulettes de terre, les obligea à se réfugier dans leur niche et les réduisit au silence.—Il était heureux comme un roi de ce triomphe.

Depuis qu’il est en prison,—il joue du violon,—et il met de côté les cordes qui se cassent—pour en faire toutes sortes de machines ingénieuses.—Je trouvai sur sa fenêtre un bassin fait par lui avec une feuille de zinc.—Dans ce bassin était un bateau construit avec un couteau. Il avait trouvé tout simplement un moyen de diminuer et de réduire à presque rien le poids d’un bâtiment à remorquer.

Sur des bouteilles—était un modèle d’hélices appliquées à l’air pour faire un moulin;—l’une était en papier noirci; l’autre était formée avec les plumes d’oiseaux qu’il avait attrapés sur le toit de la prison.

Et je le trouvai là ne se plaignant que d’une chose,—que le Napoléon—ne répondît pas encore à ses espérances et à ce qu’il veut de son hélice.

Quoi! M. Conte est venu au Havre et a monté le bateau à hélice, et il n’a pas demandé où était l’inventeur de l’hélice!

Quoi! il ne s’est trouvé personne parmi tous ces hommes riches qui étaient fiers d’aller montrer aux Anglais cette invention française, qui allât demander à Sauvage la permission de lui prêter la somme nécessaire pour sa mise en liberté!—Quoi! le ministre de la marine,—quoi! le roi de France,—le laissent en prison depuis deux mois!

Est-ce donc ainsi qu’on récompense, en France, le génie et le dévouement à une idée féconde?

C’est une tache pour un pays,—c’est une tache pour une époque,—c’est une tache pour un règne.

Lorsque Molière, Boileau, Racine, Corneille écrivaient,—on les comparait à Térence, à Juvénal, à Euripide et à Sophocle;—puis on établissait clair comme le jour—qu’on n’avait jamais eu de bon sens qu’en grec,—que toutes les idées grandes et nobles avaient été exprimées en latin;—que, depuis la mort des auteurs anciens, le genre humain était complètement idiot,—qu’il était incapable, désormais, de faire une phrase de son cru—et que la seule chose qu’il pût essayer était, à l’avenir, de traduire, de copier, d’imiter—les anciens.

Non pas que cette décadence eût été annoncée par quelque prodige;—le soleil continuait à faire épanouir les fleurs,—à mûrir les fruits des arbres;—l’intelligence humaine était seule arrêtée dans sa séve—et ne produisait plus que des fleurs pâles et sans parfum, des fruits âpres ou sans saveur.

Sous certains rapports, cependant,—on avait moins de modestie;—en effet, on essayait bien parfois de rabaisser un peintre, en le comparant à Apelles;—d’écraser un sculpteur avec Praxitèle,—mais cette tentative ne réussissait que médiocrement.

On racontait bien des prodiges—de la flûte de roseaux de Marsyas, de l’écaille de tortue à trois cordes (testudo), qui servait de lyre à Orphée;

Des brins d’avoine (avena) et des tiges de ciguë (cicuta) sur lesquels les anciens faisaient de si belle musique.

Mais cela n’avait que peu de succès,—les violons d’alors ne s’en inquiétaient pas plus que les pianistes d’aujourd’hui; on se croyait en progrès pour la musique;

Et ainsi pour l’art militaire,—et ainsi pour l’industrie et ainsi pour les sciences.

Mais pour la poésie,—pour la littérature,—les modernes (Racine, Molière, Corneille) n’étaient que tout au plus dignes d’imiter les anciens,—ou d’expliquer leurs beautés.

Racine,—Molière,—Boileau,—Corneille, sont morts,—ils ont passé à l’état d’anciens,—c’est-à-dire d’hommes qui ne prennent pas de part de soleil, de gloire, ni d’argent;—ils servent aujourd’hui—précisément à ce que servaient contre eux les anciens.

L’admiration exclamée pour les morts—n’est qu’un déguisement ordinaire de la haine pour les vivants.

Un autre procédé qu’emploie quelquefois l’envie,—mais dont elle use sobrement à cause qu’il est dangereux,—consiste à prendre un inconnu et à l’élever contre ceux dont l’éclat l’offusque et l’irrite.

Le succès de M. Ponsard et de sa Lucrèce—a été fait beaucoup moins pour lui que contre MM. Hugo, Dumas, etc.

Le procédé, comme je le disais, était dangereux—parce que M. Ponsard a du talent.

Aussi l’envie a-t-elle d’avance attaché des cordes à son idole pour abattre plus tard la statue qu’elle était forcée d’élever.

On n’a pas fait le succès de M. Ponsard seulement avec son talent;—pas si imprudente! l’envie veut bien détruire quelqu’un, et pour cela rien ne lui coûte, même de donner des louanges à un autre;—mais son instrument d’aujourd’hui deviendra plus tard son ennemi, si, vu la gravité des circonstances,—elle s’est crue forcée de se servir d’un homme de quelque valeur, ce qu’elle évite dans les cas ordinaires.—Les plus grands apologistes de la nouvelle Lucrèce—ont donc attribué une partie du succès au choix du sujet, aux sentiments vertueux, à l’imitation religieuse de Corneille;—de sorte que plus tard,—si M. Ponsard s’avise de vouloir prendre tout de bon la place à laquelle on l’élève aujourd’hui, on saura bien l’abattre au moyen de ses réserves prudentes.

Je respecte tous les bonheurs;—je fais un détour dans la rue pour ne pas déranger les enfants qui jouent aux billes;—dans la campagne, pour ne pas effaroucher un oiseau qui a trouvé deux grains de chènevis.

C’est pourquoi j’ai hésité à dire ce que je pense de la pièce de M. Ponsard.—Les hommes de talent se découragent facilement et on doit les flatter.—Les ravissantes choses qu’ils ont conçues,—les rêves brillants de leur imagination—sont toujours une critique assez terrible de ce qu’ils ont écrit—pour qu’on puisse sans grand danger leur en épargner d’autre;—ils savent assez—et ils sentent avec désespoir—combien l’exécution d’une œuvre d’imagination reste au-dessous de sa conception.

Telle une femme, après avoir conçu dans des extases célestes, enfante avec douleur un enfant quelquefois assez laid;—et certes je me serais tu, si l’on avait simplement proclamé M. Ponsard un des hommes de talent de ce temps-ci.

Mais, loin de là, on a voulu dresser au nouveau venu une statue faite des débris des statues brisées des dieux contemporains,—au lieu de la lui tailler simplement dans un bloc neuf.

Je dirai donc ce qu’il me semble de la Lucrèce de M. Ponsard.

La pièce manque totalement d’intérêt;—l’histoire de Lucrèce, trop de fois prodiguée en thème à notre jeunesse, ne permet ni craintes ni hésitations;—on sait parfaitement comment cela finira en prenant son billet au bureau.

Je ne ferai pas à l’auteur une grande chicane sur ce défaut, qui appartient à son sujet;—mais n’a-t-il pas contribué lui-même à perdre les chances d’intérêt qui pouvaient rester à sa pièce—en mettant les principaux personnages et le public dans la confidence de la feinte folie de Brutus?—n’a-t-il pas renoncé volontairement à l’effet qu’eut produit cette révélation, si,—la sibylle la faisant seulement soupçonner quand elle lui dit:

«Salut à toi, Brutus, premier consul romain!»

elle n’avait lieu qu’à la dernière scène?

Pour ce qui est du style,—je ne déteste pas ces latinismes que l’on a trop reprochés à l’auteur;—cela a une force et une grâce particulières.—Le vers de M. Ponsard, un peu traînant, a néanmoins une sorte de noblesse et d’élégance bourgeoise qui ne s’élèvent pas au-dessus d’un certain degré, mais qui ne descendent pas non plus au-dessous.—Le sens est généralement clair.—Quelques pensées, les unes spirituelles, les autres raisonnables et nettement exprimées,—m’ont, avec quelques autres indices, laissé l’impression que, si la pièce de M. Ponsard est loin de mériter l’enthousiasme dont elle a été l’objet,—M. Ponsard a beaucoup plus de talent qu’il n’en a mis dans son ouvrage, qui reste cependant une œuvre estimable sous beaucoup de rapports,—et je serai bien étonné si M. Ponsard ne joue pas à l’envie, qui a cru se servir de lui comme d’un instrument, le petit désagrément d’avoir bientôt à chercher des instruments contre lui.

Il n’y avait rien de touchant comme d’entendre les gens de ce temps-ci, qui donnent de si charmants exemples,—s’écrier que le principal mérite de la tragédie nouvelle était dans les sentiments d’honnêteté et de vertu qu’elle renferme.

Je ne crois pas qu’il y ait au théâtre une seule tragédie qui ne soit fondée sur l’opposition du vice et de la vertu.—Les pièces de ce temps réputées les plus immorales ont leurs personnages honnêtes et leurs phrases vertueuses.—L’Auberge des Adrets n’a-t-elle pas la femme de Robert Macaire et son fils,—qui, avec le bon M. Germeuil,—offrent l’ensemble de toutes les vertus sans en excepter une seule?

Si vous voulez ne voir dans cette pièce que Robert Macaire et Bertrand,—reprochez alors à l’auteur de Lucrèce le personnage de Sextus Tarquin et celui de Tullie.

De tout temps la vertu a été au théâtre un emploi—et il y a eu des acteurs engagés exprès pour les rôles vertueux—tant ils sont un des éléments nécessaires et habituels du drame;—certes, les drames de la Porte-Saint-Martin, tant décriés sous ce rapport,—ont produit plus d’effet que l’on n’en attend d’ordinaire de bons exemples et surtout de bons préceptes,—M. Moëssard,—ce bon M. Germeuil,—a tant joué de rôles honnêtes dans les plus terribles mélodrames,—qu’il a fini par mériter à la ville un prix Montyon pour des actes très-sérieusement honorables.

Je profiterai de la circonstance pour dire une fois dans ma vie ce que je pense de Lucrèce,—comme femme,—après avoir dit ce que j’en pense comme tragédie.

Cet exemple éternel de la chasteté antique me paraît aussi mal choisi que possible.

Sextus Tarquin menaçait Lucrèce, si elle résistait à ses désirs,—de la tuer, et de tuer ensuite et de mettre auprès d’elle un esclave qu’il assurerait avoir surpris dans ses bras; c’est à cette menace que céda la femme de Collatin.

C’est-à-dire que Lucrèce sacrifia la chasteté à la réputation,—la vertu à la vanité; qu’elle aima mieux être souillée que de passer pour l’être.

Je reviens un moment aux sentiments vertueux étalés, sous prétexte de Lucrèce, par nos contemporains.—La Chambre des députés a été plus loin;—elle s’est élevée contre un roman de M. E. Sue, publié dans le Journal des Débats;—elle qui venait de nous offrir une foule d’honnêtes exemples dans les élections de Langres, de Carpentras, etc.; c’est, du reste, aux époques d’égoïsme et de corruption qu’on a vu de tout temps afficher la pruderie féroce—et la vertu tigresse.

Au moment du malheur qui vient de frapper M. Odilon Barrot,—il m’a été fait des révélations que j’ai recueillies avec empressement:—j’ai vu pleurer sur ce pauvre père et prier pour lui en même temps que pour sa fille Marie—des gens pour lesquels il a été bon et généreux dans l’ombre et dans le silence.—S’il était des consolations pour une pareille douleur, c’en seraient de plus sérieuses que celles qu’ont voulu lui offrir quelques journaux dans les débats creux, dans les luttes verbeuses de la tribune.

On assure que le roi a eu le bon goût et le bon cœur d’envoyer porter des paroles de sympathie à ce père accablé—au sujet de la mort de cette autre Marie,—qui laisse, comme la première, tant de regrets après elle.

Il y a des sortes d’oiseaux sinistres qui ne sont pas, à mon gré, poursuivis d’assez de haine et de mépris.

Chaque année, si des pluies inopportunes, si des chaleurs trop ardentes viennent inspirer quelques craintes sur la récolte prochaine,—ils espèrent une disette,—même peut-être une famine.—Mais ils n’ont pas la patience de l’attendre,—ils accaparent les grains,—et, par toutes sortes de ruses et de moyens honteux de leur part,—aidés de la sottise publique—et de l’incurie de l’administration,—ils trouvent moyen de donner tout de suite au peuple un avant-goût de misère et de jeûne.

Quoi!—parce que le blé de cette année n’est pas encore en fleurs,—parce que les pluies font craindre qu’il ne fleurisse pas bien,—cela augmente la rareté et le prix du blé récolté il y a un an!

Comment ne recherche-t-on pas,—comment ne poursuit-on pas avec persévérance les coupables auteurs de ces infâmes manœuvres, pour les livrer à des peines sévères et méritées?

M. Villemain a dit: «Les professeurs de l’Université ne manquent jamais une occasion de rappeler aux élèves ce qu’ils doivent à Dieu,—à leurs parents,—au roi et à leur pays.»

M. Villemain sait bien que ce n’est pas vrai. En septième, on traduit l’Epitome historiæ græcæ, et l’on fait des pensums;—en sixième, le de Viris illustribus,—et l’on fait des pensums;—en cinquième, Cornelius Nepos,—et le Selectæ e profanis scriptoribus historiæ,—et l’on fait des pensums, etc., etc.—Mais de morale,—mais de devoirs, mais de raison, pas un mot.—On appelle devoirs, au collége, les thèmes et les versions,—et on n’en connaît pas d’autres.

Il est une alliance d’idées monstrueuses,—qu’il était réservé à notre époque d’oser faire,—je veux parler d’honneurs clandestins.

Les Guêpes ont déjà parlé de la manière honteuse dont on distribue aujourd’hui les médailles après l’exposition de peinture.—Autrefois, le roi lui-même—les distribuait publiquement,—et le Moniteur—imprimait les noms heureux.—Aujourd’hui on apprend de temps en temps, tantôt par un journal, tantôt par un autre, que M. un tel ou madame trois étoiles a reçu une médaille d’or pour un tableau remarqué à l’exposition.

On ne saurait croire combien d’images grotesques sont ainsi honorées d’une récompense que l’on déshonore. Quelques médailles méritées—sont données par je ne sais quel subalterne, qui écrit au peintre désigné de venir chercher sa médaille chez lui. Si le peintre n’a pas d’amis dans quelque journal,—personne ne sait rien du prix qu’il a obtenu.

Il en est de même de la croix d’honneur.—Il arrive à chaque instant qu’on la voit si grotesquement figurer à certaines boutonnières,—qu’on n’ose pas même féliciter les nouveaux décorés, qu’on suppose embarrassés de leur première sortie. On en est venu au point, cependant, d’être un peu honteux d’une semblable prostitution;—beaucoup de noms de légionnaires ne sont pas inscrits au Moniteur. Mais cet effet de la honte tourne au profit de l’audace. C’est par pudeur que l’on évite le contrôle qu’amènerait la publicité. Mais une fois ce contrôle évité, on n’a plus besoin de se gêner. Et on ne se gêne plus.

M. Donatien-Marquis et M. Lherbette, députés, ont demandé hautement à la Chambre la suppression de ces honneurs honteux et clandestins,—et l’insertion au Moniteur de tous les noms des légionnaires.—La Chambre n’a tenu aucun compte de cette proposition.

Pendant qu’on imprime les Guêpes, je remarque que le National est revenu avec une honorable humilité sur ce qu’il avait dit au sujet du malheur arrivé à M. Lacave-Laplagne.

Les journaux annoncent que Trouville fait construire un théâtre;—je ne crois pas que Trouville ait raison. Ce qu’on va voir à Trouville, c’est la mer, c’est le départ et l’arrivée des pêcheurs;—c’est la Touque, cette jolie petite rivière qui tombe dans la mer; c’est la belle plage découverte à la marée basse, et placée si admirablement pour voir coucher le soleil.—Mais que voulez-vous que fassent les Parisiens d’une troupe de comédiens de huitième ordre que vous rassemblerez avec grande peine?

Savez-vous ce qui a fait depuis dix ans la fortune de Trouville? C’est son isolement, c’est son aspect calme, c’est tout ce que vous vous efforcez de lui faire perdre.—C’est que ce n’étaient pas des bains de mer.

Trouville est déjà loin d’avoir le charme que nous y trouvions il y a une douzaine d’années,—à l’époque où nous découvrions Trouville et Étretat,—sans compter que tout y est maintenant aussi cher qu’à Dieppe ou au Havre.—Le conseil municipal de Trouville semble avoir en vue ce que disait une femme du monde en traversant une grande forêt;—on lui en faisait admirer la fraîcheur, le calme et le silence; on lui faisait admirer les dômes de verdure d’où tombaient des chants d’oiseaux.

—Oui, dit-elle, c’est très-joli; j’aime, comme vous, les forêts et les rivages;—mais quel malheur que ces choses-là ne se rencontrent qu’à la campagne!

Comme on ne peut guère amener la mer à Paris, on cherche à mettre au bord de la mer tout ce qu’on peut de Paris.

Il est remarquable que, dans un siècle où l’on se pique d’incrédulité, les journaux publient l’annonce qu’on va lire—et que la profession de pythonisse soit encore une profession lucrative.

«Madame Declaire-Alzin, phrénologue-nécromancienne,—telle rue, tel numéro, reçoit depuis neuf heures du matin jusqu’à sept heures du soir;—prix modérés.»

Les circonstances atténuantes vont leur train.

André Petit frappe son père à plusieurs reprises—et le menace de le tuer devant de nombreux témoins.—Le jury, ayant égard à ce que si l’accusé a frappé et menacé un homme—cet homme est son père,—et que ce sont des affaires de famille, et, en outre, considérant qu’André Petit a déjà été deux fois condamné pour vol; que c’est un très-mauvais sujet;—qu’on ne peut attendre d’un voleur obstiné et d’un mauvais sujet des actions bien vertueuses,—et qu’il serait même injuste de les exiger de lui;—le jury s’empresse d’admettre en sa faveur des circonstances atténuantes.

Une fille a volé une montre,—ce n’est pas le besoin qui l’a poussée à cette action coupable.—Le jury eût sans doute été sévère;—un vol commis par pauvreté, par besoin, peut se renouveler souvent;—mais cette pauvre fille n’a pris la montre que parce qu’elle était si belle;—ce n’est donc qu’un caprice,—qu’un vol isolé qui n’aura plus lieu;—on admet en conséquence des circonstances atténuantes.

Il est à regretter que la cour, se joignant à la manière du jury, n’ait pas ordonné que l’accusée garderait la montre.

Auprès de Tulle,—Chassague offre à son ami Mathieu-Basile de l’accompagner dans une course nocturne;—ils arrivent dans un endroit désert;—Chassague renverse son ami à coups de bâton,—lui écrase la poitrine avec une pierre énorme,—croit devoir ajouter quelques coups de pied sur la tête,—après quoi il porte son ami dans un ruisseau—et lui enfonce la tête dans la vase à coups de botte.

On doit être bien malheureux d’avoir agi ainsi à l’égard d’un ami.—Le 17 juin, le jury, prenant en considération les regrets que doit éprouver l’infortuné Chassague,—regrets d’autant plus violents qu’il les dissimule,—admet en sa faveur des circonstances atténuantes.

Cour d’assises de la Seine.—(Audience du 1er juillet. Présidence de M. Montmerqué.)—Annette Boulet est accusée de plusieurs vols domestiques.—Le jury, tenant compte de ce que la fréquence des larcins reprochés à l’accusée établit clairement que le vol est devenu une habitude;—que l’empire de l’habitude est irrésistible sur beaucoup de personnes;—admet, en faveur d’Annette Boulet, des circonstances atténuantes.

Cour d’assises de la Loire:—Damiens Grangeon, admis à l’hospice de Saint-Bonnet-le-Château,—achète des allumettes phosphoriques et croit devoir mettre le feu à l’hôpital.—Le jury, appréciant que le feu mis avec des allumettes phosphoriques, qui s’allument avec une promptitude aussi grande que celle de la pensée,—ne suppose pas la préméditation dont on pourrait accuser Grangeon s’il avait mis le feu à l’hospice au moyen de l’ancien briquet, qui donne le temps de la réflexion,—en conséquence,—admet des circonstances atténuantes.

Ces faits divers ne sont ni inventés—ni cherchés avec soin, je les extrais de DEUX numéros de la Gazette des Tribunaux,—et ils ne sont pas les seuls.

«Monsieur, j’ai l’honneur de vous inviter à une réunion qui aura lieu chez moi dimanche prochain; l’heure est fixée à midi. Je donnerai des explications et développerai ces mots: Effort, Action, Providence; je crois pouvoir rendre sensible à chacun la loi immuable des minéraux, des végétaux, des animaux, des hommes et de Dieu lui-même.

»Votre serviteur compte sur vous pour la satisfaction de tous ses amis.

»Votre frère en Jésus-Christ, seul Dieu du ciel et de la terre.

»CHENEAU, C., rue Montesquieu, 2.»

Telle est la lettre que j’ai reçue de M. Cheneau et Ce, seul dieu du ciel et de la terre, comme il nous l’apprend.

Je regrettai de ne pouvoir contribuer par ma présence à la satisfaction des amis du dieu.

D’autres auraient craint d’être invités là comme une sorte d’agneau pascal,—sous les espèces duquel le dieu Cheneau se proposait de communier avec ses amis;—je sais que l’on attribuera mon absence à cette terreur; je sais qu’on m’accusera de lâcheté, mais j’ai pour moi ma conscience.

Heureusement que Grimalkin voltigeait par là, de sorte que j’ai su ce qui s’est passé dans le ciel Cheneau.

C’est le dieu lui-même qui ouvre la porte; au milieu de quelques assistants étaient deux chérubins—que Grimalkin a reconnus pour les deux commis qui sur la terre,—c’est-à-dire à la boutique, servent de commis à la maison Cheneau et P. Jouin.—Au milieu de la pièce était une belle table avec un tapis rouge,—un chérubin apporte une Bible;—le chérubin est jugé laid.—Le ciel Cheneau est tapissé de papier collé,—à peu près comme les chambres ordinaires.—Grimalkin frémit en voyant une porte murée,—le plâtre était encore frais.—Est-ce là l’enfer où le dieu Cheneau jette ceux qui doutent?—Le dieu Cheneau reparaît au bout d’un quart d’heure, et dit: «Fiat lux.»—Les chérubins ouvrirent les rideaux, les fenêtres et les jalousies,—et la lumière fut faite.—Elle ressemble beaucoup à celle faite par Dieu—l’ancien;—le dieu Cheneau ne paraît pas y avoir apporté de perfectionnement.

Voici celles des choses dites par le dieu auxquelles Grimalkin a cru trouver un sens:

«Dieu ayant reconnu qu’il ne serait pas convenable qu’il chantât ses louanges lui-même,—a créé les hommes pour cet usage.—Si l’homme était parfait, il n’y aurait ni maladies,—ni tremblements de terre, ni orages.—Les apôtres ont annoncé un nouvel avénement, une nouvelle manifestation;—cet avénement, cette manifestation, c’est le dieu Cheneau.—Nous ne recevrons pas l’esprit de Dieu directement,—cet esprit tombe de Dieu sur une région supérieure à nous,—d’où, sur un degré angélique;—enfin, de chute en chute, jusqu’à un troisième degré qui est la tombe,—lequel en fait ce qu’il peut.»

Dieu en trois personnes est une monstruosité.—Si Dieu le Fils a un père qui est Dieu, nous ne dirons pas: Notre père, mais grand papa.—Au reste, la parole par laquelle le dieu Cheneau se manifesta a quelques légères variantes avec celle que nous employons; ainsi il dit: «Un ac (acte),—ce qui fut ,—voér (voir),—onl’l’a,—r’pondre (répondre)—l’euspril,—euspérituilement,—etc.

Des hommes sont assis ou plutôt couchés sur des coussins aux deux coins d’une cheminée. Ils fument dans de longues pipes turques et boivent de la bière.

—Qu’as-tu, Alfred, que tu ne dis rien?

—Moi?—rien; j’attends que tu parles.

—Alors cela pourrait durer longtemps.

—Je pense à une ravissante aventure.

—Penses-y tout haut.

—Je le voudrais bien, mais c’est que j’y joue un rôle un peu trop brillant et que cela t’humiliera.

—Raconte toujours, je n’en croirai que la moitié.

—Il y a huit jours, je reçus une invitation à une soirée,—ou plutôt à un bal modestement annoncé par ce post-scriptum: «On dansera.» Le nom de la personne m’était inconnu;—j’allumai ma pipe avec l’invitation... Mais attends un peu que je remette du tabac dans celle-ci.

—Bien.

—A quelques jours de là, j’étais triste et ennuyé, il me prit des idées mondaines. «Ma foi, dis-je, je serais bien allé à ce bal.» Puis, un peu après,—je me dis: «J’irais bien à ce bal. Tiens,—mais c’est aujourd’hui! Est-ce bien aujourd’hui?—Oui, ma foi. Parbleu! je vais y aller.» Je m’habille; ceci était le plus difficile; une fois moi habillé, le reste allait tout seul; je m’habille, je fais demander un fiacre par le portier, j’arrive à la maison indiquée, tu sais une belle maison rue ***, qui a deux magnifiques statues de Coysevox, je m’étais arrêté cent fois devant cette maison; on m’annonce, mon nom produit le plus grand effet, je vais saluer la maîtresse de la maison, qui rougit et paraît embarrassée. Un moment je me trouve seul avec elle, elle me dit: «C’est M. Ernest qui vous a amené, ne l’oubliez pas.» Puis elle me quitte et s’occupe d’une femme qui entre. Ah! c’est M. Ernest qui m’a amené, et qui est ce M. Ernest, et pourquoi m’a-t-il amené? Un gros homme vient à moi et me dit: «Vous ne prenez rien? il y a un buffet.» Je m’incline; il ajoute: «Où est donc Ernest? je veux le remercier de vous avoir amené.—Monsieur, c’est moi au contraire qui lui dois mille remercîments.—Eh bien, savez-vous où en est son affaire!—Quelle affaire?—Eh! la grande affaire!—Ah! la grande affaire...? elle va bien.—Tant mieux!—Avez-vous salué ma femme?—J’ai eu cet honneur.—Dites donc,—êtes-vous comme Ernest, vous!» Me voici, cette fois, bien embarrassé; comment est Ernest? c’est égal, une réponse évasive: «Hum, hum, c’est selon.—C’est qu’il n’est bon à rien, il ne joue pas, il ne danse pas.—Je danserais volontiers, et, si je ne craignais d’arriver trop tard, j’inviterais la maîtresse de la maison.—En effet, son carnet doit être plein; mais elle se réserve toujours quelques contredanses pour les retardataires qu’elle veut favoriser; venez.» Il me conduit auprès de la maîtresse de la maison, qui me dit: «N’oubliez pas que je vous ai promis la seconde contredanse.—Mais que me disiez-vous? dit le gros homme.—J’avais engagé madame, mais elle m’avait quitté tout à coup pour aller au-devant d’une femme qui entrait, et je pensais qu’elle ne m’avait pas entendu.—Eh bien! sans moi, vous auriez fait une jolie chose; vous voilà maintenant occupé, je vous quitte: si vous retrouvez Ernest, dites-lui que j’ai à lui parler.» Me voilà seul au milieu de ce monde, je cherche à mettre un peu d’ordre dans mes idées. Tout le monde me connaît ici et je ne connais personne. La maîtresse de la maison veut me ménager un entretien avec elle; que va-t-elle me dire?—Je le saurai bientôt; mais moi, que vais-je dire? Si je connaissais Ernest seulement! La musique annonce qu’on va recommencer à danser. Je vais prendre la main de la maîtresse de la maison: c’est une femme de trente ans, jolie et bien faite, nous faisons la première figure sans parler; pendant que les autres dansent à leur tour, elle me dit: «Pour mon mari, il n’y a pas de danger; mais méfiez-vous d’Ernest: il ne sait rien, comme vous pouvez bien penser, c’est un ami, un véritable ami, mais devant lequel je rougirais trop; d’ailleurs, il ne se serait prêté à rien; il fallait cependant que nous eussions une explication; parlez maintenant.» Heureusement qu’il—faut faire l’été; nous dansons; quand nous nous arrêtons, elle a heureusement oublié que nous en étions resté à une question qu’elle me faisait et elle me dit: «D’abord je veux vous rendre vos lettres.» Mon Dieu! pensais-je; mais je n’ai pas écrit de lettres, que je sache! Elle continua: «Il n’y a rien de si imprudent que d’écrire ainsi, je ne reçois pas une lettre, c’est par un grand hasard que je n’ai pas donné les deux vôtres à mon mari avant de les lire; je n’ai pas voulu vous répondre; j’ai pensé qu’il valait mieux vous parler; mais seule, je ne l’aurais jamais osé; dans un salon, au milieu du monde, je suis plus hardie; il ne faut plus m’écrire, il ne faut plus passer des heures entières devant ma porte, c’est à me perdre.» Ah! mon Dieu! moi qui n’étais là que pour regarder la porte!—voilà un singulier quiproquo; c’est égal, je réponds effrontément que maintenant que je puis me présenter chez elle, je n’ai plus de raison de rester devant la porte; que je veux bien ne plus lui écrire, si elle me permet de lui parler.—La pastourelle! «Non, écoutez, il vaut mieux ne plus nous voir;—je suis mariée... vous le savez... j’aime et je respecte mes devoirs.» (Ah! très-bien;—dès qu’une femme appelle cela ses devoirs,—il n’y a pas à se décourager pour l’amour.) «Quoi, madame, ne plus vous revoir, après que depuis si longtemps ma vie entière vous est consacrée, après que je me suis accoutumé à mettre en vous toutes mes pensées, toutes mes espérances; non jamais! Si vous ne voulez pas que je vous dise que je vous aime, je vous l’écrirai dix fois par jour; si vous ne voulez pas que je vienne vous voir chez vous, je m’installerai en face de votre porte, dans une échoppe d’écrivain public, et je n’en sortirai pas.—Vous m’effrayez!—Eh quoi! est-ce le sentiment que je devrais m’attendre à vous inspirer en échange de tant d’amour et de tant de respect?—Qui vous dit que ce soit le seul que j’éprouve? Mais ce que je puis vous dire, c’est que c’est le seul qu’il me convienne de montrer.» Après la contredanse, je la reconduis à sa place, je lui dis: «Pensez à l’échoppe.» Elle sourit, et je me perds dans la foule. Je cherche à deviner ce qui se passe, et ce dont je me fais l’effet d’être le héros. Quel rôle joue cet Ernest, et qui est-il lui-même? Quoi qu’il en soit, je ne vois dans tout cela rien que de fort agréable, et je vais aller jusqu’à ce qu’on m’arrête. On m’a dit qu’on danserait avec moi après trois contredanses consacrées à tout le monde. Nous reprenons notre conversation «Je pense beaucoup à mon échoppe, madame.—Et moi aussi, monsieur, mais vous me faites peur.—Défendez-moi de la faire, madame.—Oui, certes, je vous le défends bien.—Je vous remercie, madame.—De quoi donc, monsieur?—De la permission que vous me donnez de vous venir voir souvent.—Au fait, vous pouvez bien venir comme vingt autres hommes qui viennent chez moi; mais renouvelez-moi le serment que vous m’avez fait dans votre dernière lettre.» Me voici plus embarrassé que jamais: quel serment ai-je fait? N’importe, il ne faut pas hésiter. «Je le jure, madame, sur mon amour.» Elle rit. «Voilà une jolie manière de m’inspirer de la confiance!—Comment cela! je jure sur ce que j’ai de plus précieux.—C’est sur votre amour que vous jurez de ne me jamais parler d’amour!» (Ah! c’est là ce que j’avais juré!) «Écoutez, madame, je ne veux pas vous tromper, je dirai ce que vous voudrez, je vous entretiendrai de ce qu’il vous plaira, mais rappelez-vous que tout ce que je vous dirai, sur quelque sujet que ce soit, voudra dire: Je vous aime.—Mais comment ferons-nous pour Ernest?—Et que m’importe Ernest?—Il m’importe beaucoup à moi, il faut le ménager.—Oh! je le ménagerai tant que vous voudrez.—A la bonne heure!—Oui, mais je ne le connais pas.—Comment! vous ne le connaissez pas! il n’a pas été vous porter une invitation?—On m’a remis l’invitation sans me dire qui l’avait apportée.—Il m’avait dit qu’il vous connaissait beaucoup.—Je ne connais personne qui s’appelle Ernest.» Enfin, mon cher ami,—à force de causer, j’apprends une partie du mystère et je devine l’autre. Madame de*** m’avait vu sept ou huit fois arrêté devant sa porte, occupé à regarder les statues; elle a reçu deux lettres renfermant des déclarations d’amour où il y avait cette phrase banale: «Les instants les plus doux de ma vie sont ceux que je passe à contempler les lieux où vous êtes.» Elle me soupçonnait amoureux d’elle, elle m’a attribué des lettres. A quelques jours de là, comme elle sortait en voiture avec une femme, sa compagne m’a vu et a dit: «Tiens! M. Alfred de Bussault!—Qui! ce jeune homme?—Oui, vous ne le connaissez pas?—Non, vous le connaissez?—Oui, un jeune artiste,—un homme de talent.—Une figure noble et intéressante.»

—Ohé! monsieur Alfred, interrompit ici l’auditoire, qui vous a rapporté ce dialogue?

—Personne, cela fait partie de ce que je devine.

—Ah! très-bien, je comprends.

—On ne veut pas répondre par écrit; comme on me l’a dit, on sera plus hardie en plein salon; il faut m’inviter à une soirée; mais comment faire? A quelques jours de là, on amène la conversation sur les jeunes artistes; on dit qu’on a entendu dire de moi le plus grand bien. M. Ernest,—sorte de sigisbée, de patito, dont on accepte l’amour, les soins et les corvées, sans lui rien rendre, mais qui, étant toujours là, finira peut-être par trouver un moment, M. Ernest a une manie, c’est de se dire lié avec toutes les personnes qui jouissent de quelque réputation, pour se donner du relief, il dit: «Ah! Bussault, je le connais beaucoup.—Amenez-le donc à une de nos soirées; mais prenez la chose sur vous auprès de mon mari: je lui ai refusé d’inviter quelques personnes, et je ne tiens pas assez à voir M. Bussault pour m’exposer à ce que monseigneur m’impose des conditions.—Très-bien, je vous l’amènerai;—je demanderai à votre mari une invitation pour un de mes amis.» Or, il arrive que M. Ernest, qui ne me connaît pas, a mis simplement la lettre d’invitation chez moi, se proposant de trouver quelqu’un qui me le présente avant le jour du bal. Une affaire de famille l’a obligé de quitter Paris pour quelques jours. Enfin, j’ai obtenu, pour ce soir, la permission d’aller passer un quart d’heure, rien qu’un quart d’heure, auprès de madame de ***, qui est souffrante et fermera sa porte. Charmante soirée!

—Je comprends alors ta préoccupation; mais tout me paraît un peu bien invraisemblable. Franchement, découds la broderie, et dis-moi ce qu’il y a de vrai au fond de ton histoire.

—Je le veux bien; voici l’exacte vérité, sans broderie, sans le moindre ornement. Je pensais, en fumant, à une lettre d’invitation que j’ai reçue pour une soirée chez madame de ***, que je ne connais pas, ce qui m’a étonné. La soirée était pour avant-hier, et ce que je viens de te dire est ce que je pensais qui serait peut-être arrivé si j’avais eu un habit noir, et si, par conséquent, j’avais pu y aller.

FIN DU QUATRIÈME VOLUME.

TABLE DES MATIERES

1842

JUIN.—Un feuilleton de M. Jars, membre de la Chambre des députés.—Lesvieilles phrases et les vieux décors.—Les enseignements du théâtre.—Unnouveau cerfeuil.—Les circonstances atténuantes.—M. Jasmin.—Unpeintre de portraits.—La refonte des monnaies.—M. Lerminier.—M.Ganneron.—M. Dosne.—M. l’Herbette.—M. Ingres.—M. Boilay.—M.Duvergier de Hauranne.—M. Étienne.—M. Enfantin.—M. Enouf.—M.Rossi.—Le droit de pétition.—M. l’Hérault.—M. Taschereau.—M.d’Haubersaert.—M. Bazin de Raucou.—Madame Dauriat.—Lestailleurs.—M. Flourens.—Le Journal des Débats, Fourier et Saint-Simon.—Pétitionde M. Arago.—Le droit de visite.—Un éloge.

[1]

JUILLET.—Dédicace à la reine Pomaré.—Dissertation sur les tabatières.—Lacuisine électorale.—Am Rauchen

[26]

AOUT.—Mort du duc d’Orléans.—La Régence.—Le duc de Nemours et laduchesse d’Orléans.—M. Guizot.—Un curé de trop.—Humbles remontrancesà monseigneur Blancart de Bailleul.—Un violon de Stra, dit Varius.—Fragilité des douleurs humaines.—Sur les domestiques.—Correspondance.—M.Dormeuil.—Une foule d’autres choses.—M. Simonet.—UneSociété en commandite.—Quelques annonces.—M. Trognon.M. Barbet.—M. Martin.—M. Poulle.—M. Pierrot.—M. Lebœuf.—M.Michel (de Bourges).—M. Dupont (de l’Eure).—M. Boulay (de laMeurthe).—M. Martin (du Nord), etc.—Am Rauchen.Wergiss-mein-nicht.

[54]

SEPTEMBRE.—La justice.—Ce qu’elle coûte.—Et pour combien nous enavons.—De quelques gargotiers faussement désignés sous d’autres noms.—Undirecteur des postes.—Un gendarme et un voyageur.—Sur les chiensenragés.—La Régence.—Le duc de Nemours.—La Chambre des pairs.—M. Thiers.—M.de Lamartine.—Crime d’un carré de papier.—LaTour de François 1er et le Journal du Commerce.—Une montagne.

[79]

OCTOBRE.

[107]

NOVEMBRE.—Les inondés d’Étretat, d’Yport et de Vaucotte.—Le roiLouis-Philippe et M. Poultier, de l’Opéra.—Un philosophe moderne.—Lesfemmes et les lapins.—Une mesure inqualifiable.—M. Lestiboudois.—M.de Saint-Aignan.—Un dictionnaire.—Le véritable sensde plusieurs mots.—A. et B.

[137]

DÉCEMBRE.—Économie de bouts de chandelles.—Les alinéa.—Unelettre de faire part.—Qui est le mort?—Le Télémaque et M. Victor Hugo.—Leprocès Hourdequin.—M. Froidefond de Farge.—Un poëte.—Lesphilanthropes et les prisonniers de Loos.—M. Dumas, M. Jadin, etMilord.—Une lettre de M. Gannal.—M. Gannal et la gélatine.—Unerécompense.—Le privilége de M. Ancelot.—Amours.—Les cheminsde fer.—L’auteur des GUÊPES excommunié.—Un Dieu-mercier.—Cieldudit.—Un marchand de nouveautés donne la croix d’honneur àson enseigne.—Le chantage.—Histoire d’une innocente.—Histoired’une femme du monde et d’un cocher.—Dictionnaire français-français.—Suitede la lettre B.

[169]
1843

JANVIER.

[201]

FÉVRIER.

[224]

MARS.—Le vendredi 13 janvier.—A monseigneur l’archevêque de Paris,pour les besoins de l’Église.—La grande politique et la petite politique.—Chandelleet lumière.—M. Lehoc.—Le dieu Cheneau.—LesGuêpes refroudroyées.—Messieurs les savants et mesdames leurs inventions.—M.de Lamartine et les journaux.—Sur quelques décorations.—Chiromancie.—Catholique.—M.Jouy.—Ciguë.—Confiscation.

[230]

AVRIL.—A M. Arago (François).—Le dieu Cheneau.—M. de Balzac.—Quirinus.—Unmot.—Une ordonnance du ministre de la guerre.—AM. le rédacteur en chef du journal l’Univers religieux.

[248]

MAI.—Exécution de Besson.—Un rouleau d’or sauvé.—Invitation àdéjeuner noblement refusée.—La Trappe.—Saint Philippe et saintJacques.—Une idée érotique du préfet de police.—Discours de l’archevêquede Paris et réponse du roi.—Le peuple et les badauds.—M.Pasquier et M. Seguier.—D’un voleur qui voit la mauvaise société.—Uneprofession nouvelle.—Un député aimable.—M. Arago a rompu avecles comètes.—L’enquête de la Chambre sur les élections de Langres,d’Embrun et de Carpentras.—Le député de Langres et le député de Saint-Pons.

[262]

JUIN.—Le déluge.—On demande une famille honnête.—Suppressiondu mois de mai.—La rançon du mois de mai.—Plus de mal de mer!—Opinionde madame Ancelot sur une pièce de madame Ancelot.—Lesdouaniers de M. Gréterin.—Utilité de la langue latine pour une profession.—M.le préfet de police faisant de la popularité.—La liste civile.—Leshommes du pouvoir et le peuple.—Le jury.—Les circonstancesatténuantes.—Le bagne.—Brest.—Le duc d’Aumale.—Noble impartialitédes journaux.—De la liberté des cultes en France.—M.Fould.

[281]

JUILLET.—La rançon acceptée.—Une nouvelle fleur.—Suppression del’homme.—Les défenseurs de la veuve et de l’orphelin.—Jugement deSalomon.—Une conspiration.—Le Napoléon.—Les anciens et lesmodernes.—MM. Ponsard, Hugo, Dumas, etc.—Lucrèce.—M. OdilonBarrot.—Les oiseaux sinistres.—M. Villemain.—Honneurs clandestins.—Trouville.—Uneannonce.—Les circonstances atténuantes.—Ledieu Cheneau.—Une invitation.

[297]

FIN DE LA TABLE DU QUATRIÈME VOLUME.

Paris.—Typ. de A. WITTERSHEIM, 8, rue Montmorency.

NOTES:

[A] Voir les Guêpes du mois dernier, page 54.

[B] Pour fait ici partie d’un vers qui fait partie d’une épigramme licencieuse. Le Courrier français a mis pour, au contraire, dans une phrase on ne saurait plus décente, et dont la mère peut, sans danger, permettre la lecture à sa fille.

[C] Voir, pour les précédents Nisards, le numéro de février.

[D] Le père du roi Louis-Philippe.

[E] Louis XVI.

[F] Le roi actuel.

[G] Louis XVII, mort au Temple.

[H] Femme du comte de Provence, depuis Louis XVIII.

[I] Depuis Charles X.

[J] Le duc de Berri et le duc d’Angoulême.

[K] Voir aux notes de la Dédicace.

[L] Voir les notes.

[M] Voir les notes.

[N] Cela a été pris en considération, mais on a dépassé le but.

[O] En relisant les Guêpes pour cette nouvelle édition,—j’avais effacé ce chapitre, qui n’est qu’une réponse à une attaque faite un peu légèrement en ce temps-là contre moi dans un journal. Les lecteurs des Guêpes savent mon admiration pour Balzac.—Le journal n’existait plus; il ne m’était resté aucune aigreur contre le grand écrivain.—Mais un hasard m’apprend que l’article du journal auquel je réponds ici a été recueilli et figurera dans les œuvres complètes de Balzac.—Je dois donc, à mon grand regret, conserver la réponse comme on conserve l’attaque.

A. K.

On a effectué les corrections suivantes:
RERAIN=> REFRAIN {pg v1-159}
faiblessee xtrême=> faiblesse extrême {pg v1-26}
r enfermer dans une caisse=> renfermer dans une caisse {pg v1-48}
la verdure était aunie=> la verdure était jaunie {pg v1-59}
danses poohibées par la police=> danses prohibées par la police {pg v1-169}
l’oiseau qui passse=> l’oiseau qui passe {pg v1-182}
Un pélerinage=> Un pèlerinage {pg v1-188}
Failes-la asseoir et rafraîchir=> Faites-la asseoir et rafraîchir {pg v1-190}
pas camplice de l’attentat=> pas complice de l’attentat {pg v1-191}
les utensiles de cuisine=> les ustensiles de cuisine {pg v1-208}
M. Jean-Pierre Lutaudu=> M. Jean-Pierre Lutandu {pg v1-219}
corps d’ofciers=> corps d’officiers {pg v1-220}
à propos de la découverte fatie par un savant=> à propos de la découverte faite par un savant {pg v1-220}
tragédies de M. Ladières=> tragédies de M. Liadières. {pg v1-226}
Vous m’avez attaquez=> Vous m’avez attaqué {pg v1-230}
disonc donc=> disons donc {pg v1-272}
débités en rondins en en fagots=> débités en rondins et en fagots {pg v1-286}
pendue et accrochéee=> pendue et accrochée {pg v1-289}
peu d’embonpoit=> peu d’embonpoint {pg v1-303}
peu repandus dans la société=> peu repandus dans la société {pg v2-42}
nn libraire=> un libraire {pg v2-69}
qn’on appelait=> qu’on appelait {pg v2-71}
les journanx sans exception=> les journaux sans exception {pg v2-82}
le sang-frod=> le sang-froid {pg v2-93}
ni le pubic ne s’en souvient=> ni le public ne s’en souvient {pg v2-111}
J’eus l’honneur d’acepter=> J’eus l’honneur d’accepter {pg v2-123}
Le seconde classe des philanthropes=> La seconde classe des philanthropes {pg v2-157}
Le double Liégois=> Le double Liégeois {pg v2-159}
Un hommme politique=> Un homme politique {pg v2-198}
moi je jouais l’orque=> moi je jouais l’orgue {pg v2-227}
mois c’est de croyance=> mais c’est de croyance {pg v2-232}
s’en failllut que=> s’en faillut que {pg v2-247}
coq-à-l’ane=> coq-à-l’âne {pg v2-250}
pendant neuf annés=> pendant neuf années {pg v2-273}
donne par dérison=> donne par dérision {pg v2-296}