XXIII
MMM. à Vilhem.
«Vous n’êtes donc pas mort! Maintenant seulement, j’ose envisager cette épouvantable pensée, et elle m’effraye moins que je ne l’aurais cru, tant je sens bien que je serais morte de votre mort. Mes terreurs, mes nuits sans sommeil, n’ont donc servi qu’à me faire sentir plus profondément à quel point je vous aime. Mais que me dites-vous donc dans cette lettre dont je n’ai vu la froideur qu’après m’être réjouie en la recevant, en reconnaissant votre écriture? que me dites-vous? Je ne vous ai pas reconnu; vous avez passé dix minutes avec moi, etc.
»Que signifie cette folie? Il y a bien longtemps que je n’ai vu un visage étranger, et, si je vous avais vu, fussiez-vous au milieu d’une foule, j’aurais dit: «C’est lui.» Mais, de grâce, expliquez-moi vite ce mystère inconcevable.
»Seulement, je vous en prie, ne m’exposez plus à de semblables tortures; j’ai souffert au delà de toute expression. Promettez-moi bien, cher ami, de ne plus ainsi m’abandonner. Dites-moi les causes de votre oubli. Que de choses vous devez avoir à me raconter! Moi, pendant tout ce temps, je n’ai fait qu’attendre, me désespérer, relire vos livres et pleurer.»