NOTES
[1: À M. Cuvillier-Fleury, Édition des Comédiens, t. V, page 248.]
[2: Édit. des Comédiens, t. IV, p. 72.]
[3: Histoire d'une Grande Dame au XVIIIe siècle, p. 73 et suiv.]
[4: Histoire d'une Grande Dame au XVIIIe siècle, p. 42.]
[5: Lettre sur Julie, à la suite d'Adolphe, édit. Lévy, p. 214.]
[6: C'est son caractère propre, c'est aussi un des signes du temps. Comparez Chateaubriand: «Levez-vous vite, orages désirés qui devez emporter René!»]
[7: C'est l'orthographe que donne la dernière édition des Poèmes barbares. Les précédentes portent Kain.]
[8: J'ai reçu la lettre suivante:
Paris, 3 juin.
Monsieur et cher confrère,
Quel monde, ce Balzac, ainsi que l'établit fort bien l'exquise chronique, consacrée par vous à notre Répertoire de la Comédie humaine, et dont nous vous remercions infiniment! Il éblouit, il étourdit, et il trompe, avec son océan de détails, le lecteur le plus avisé. En voulez-vous une preuve? La voici:
Vous avez raison et tort de nous reprocher l'absence de Marchangy dans Birotteau. Sans doute, il figure sur l'édition Houssiaux, datée de 1853; mais toutes les éditions ultérieures lui substituent Granville, et nous adoptons ces derniers textes comme base unique. Cela nous contraint encore de négliger Victor Hugo, primitivement désigné (Voir la Peau de chagrin, édition Charpentier), puis remplacé par Cazalis.
Agréez, s'il vous plaît, monsieur et cher confrère, nos compliments les plus empressés.
ANATOLE CERFBERR.—JULES CHRISTOPHE.]
[9: Sainte-Beuve, sur madame Desbordes-Valmore.]
[10: Phidias, p 212-213.]
[11: Je suis heureux d'apporter à l'appui de ce que j'avance une pièce justificative dont l'autorité n'est pas contestable. C'est une lettre datée de Rambervillers et signée d'un médecin de campagne qui donne depuis vingt ans ses soins aux paysans vosgiens. La voici:
«28 août 1887
»Monsieur,
»Je viens de lire votre Vie littéraire dans le Temps du 28 août. Voulez-vous permettre à un médecin de campagne, qui, depuis vingt années, vit avec les paysans, de vous donner son appréciation sur leurs moeurs?
»Il y a un fait qui ressort éclatant: c'est que le paysan n'est jamais sale en paroles. Toujours, quand il est amené à dire quelque chose de risqué, il emploie la formule «sauf votre respect». Jamais il ne racontera crûment, comme le veut M. Zola, une histoire un peu grasse. C'est toujours avec réticences, avec des précautions oratoires, des périphrases qu'il le fera. Cela, parce que le fait qu'il conte est sûrement une personnalité et que toujours, sur cet article, le paysan est d'une prudence extraordinaire. Ce n'est pas le paysan que l'on peut accuser d'appeler les choses par leur nom. Bien au contraire, on peut dire de lui que la parole a été donnée pour déguiser la pensée.
»Comme vous le dites fort bien, il parle par sentences, par axiomes; et si, au cabaret, la langue déliée par le vin ou l'alcool,—hélas!—il conte une histoire gauloise, il gaze son récit. Jamais, comme vous le dites également, il n'emploiera le parler des faubourgs.
»Ce n'est pas à dire que je veuille présenter mes paysans comme des modèles de chasteté ou de vertu. Il y aurait sur ce chapitre bien des choses à dire. Mais ce que j'ai lu de la Terre me prouve, à moi qui vis depuis vingt ans avec les paysans, que M. Zola n'a jamais fréquenté les gens de la campagne.
»Chez ceux-ci, on trouve un sentiment de pudeur excessive, que le médecin, plus que qui que ce soit, est à même de constater tous les jours; sentiment qui va jusqu'à dissimuler, au risque de perdre la santé et la vie, des choses que l'habitant de la ville ou du faubourg n'hésite pas un moment à révéler.
»Parce que le paysan vit avec les animaux de ses écuries, ce n'est pas une raison pour qu'il soit malpropre de sa personne et dans ses paroles. Si M. Zola avait jamais visité une écurie, une étable, il aurait constaté que le paysan met toute sa gloire à avoir des bêtes propres, des écuries bien nettoyées; et je ne vois pas ce que le fumier peut avoir de sale… ou d'excitant. Certes, les soins de propreté, le paysan pourra les négliger dans le coup de feu d'une rentrée de récoltes, pendant la fenaison, la moisson… mais qui pourrait le lui reprocher? Je m'arrête, car sur ce sujet je n'en finirais pas.
»Le paysan a souci de sa dignité; il a de la pudeur. Il n'emploie pas les mots crus. Peu importent les raisons qui le font agir ainsi. Le fait est là. Et ce fait prouve combien M. Zola connaît peu les gens qu'il a la pensée de décrire.
»Veuillez agréer, etc.
»P.-S.—Excusez le décousu de ma lettre, écrite au courant de la plume.
»Dr A. Fournier.»
Cette lettre me rappelle ce que me dit un jour une jeune paysanne des environs de Saint-Lô. C'était un dimanche; elle sortait de la messe et paraissait fort mécontente. On lui demanda ce qui la fâchait, et elle répondit: «Monsieur le curé n'a point bien parlé. Il a dit: «Vous écurez vos chaudrons et vous n'écurez point vos âmes». C'est mal dit: une âme n'est pas comparable à un chaudron, et ce n'est point ainsi qu'on parle à des chrétiens.» Le curé du village avait employé là une expression proverbiale consacrée par un long usage et que les dictionnaires mentionnent comme un très vieux dicton. Pourtant son ouaille était blessée. Ma jeune paysanne avait souffert d'entendre une vulgarité tomber de la chaire sacrée. La pauvre enfant n'avait pas assurément le goût fin, mais elle avait de la délicatesse. Nous voilà loin avec elle des abominables paysans de M. Zola.]
[12: J'apprends en ce moment même que la traduction de la Terre est interdite en Russie. M. Louis Ulbach, qui reproduit cette nouvelle, ajoute: «Soyons convaincus que cette oeuvre, injurieuse pour la France, sera traduite et commentée en Allemagne.» Et M. Ulbach proteste avec une énergie dont je voudrais pouvoir m'inspirer.
«Non, dit-il, non. Ce roman est une calomnie, une insulte envers la majorité des Français.
»Avec sa théorie de l'hérédité, M. Zola aurait de la peine à expliquer comment ces paysans sont les pères de ce qu il y a de plus honnête, de plus intelligent, de plus brave en France. Qui de nous n'a pas dans les veines du sang d'homme de la terre, et qui de nous n'admire ces travailleurs obstinés comme un exemple, comme une tradition à suivre?
»Nier la finesse du paysan, c'est nier l'évidence; nier son courage, c'est nier la France.
»Des livres pareils, après la guerre, après les francs-tireurs, après l'héroïsme, sont des livres bons pour nos ennemis et insultants pour notre patriotisme.
»Je racontais, il y a quelques jours, le beau spectacle auquel j'avais assisté, d'une brigade manoeuvrant avec une discipline admirable et un entrain superbe. C'était la manifestation des paysans français.
»Je sais que l'article naïf que j'ai écrit à ce sujet a été lu dans les casernes de la brigade; je sais que le numéro du Petit Marseillais a été affiché, et j'ajouterai même, pour me vanter, non de ce que j'ai écrit, mais de ce que j'ai pensé, que le général a fait lire ce témoignage d'un spectateur au ministre de la guerre et que celui-ci a dit:
»—Voilà la note qu'il faut faire entendre et que nos soldats savent apprécier.
»Allez donc à ces soldats, tout prêts à se faire tuer pour la France, qui ont appris à lire au village ou à la caserne, qui ont des notions grandissantes de l'honneur national, à ces héros en herbe, allez donc lire un livre où l'on prétendra qu'ils sont les victimes d'une inégalité sociale; qu'ils sont fils de coquins par leurs pères, de femmes sans moeurs et sans pudeur par leurs mères; qu'ils ont l'appétit du fumier; qu'ils n'ont aucun sentiment idéal; qu'ils sont le produit de l'inceste, en tout cas de la débauche, l'excrément de la France, déposé sur un tas d'excréments!
»Vous verrez alors avec quel mépris ils vous accueilleront, ces Français échauffés de la pure sève française.»]
[13: M. Lacaze-Duthiers ajoute:
«Ils ne s'en tiennent pas à ne pas savoir, ils inventent des réponses et les débitent avec un aplomb qui mériterait un autre sort qu'une réception. Je ne puis résister à l'envie d'en citer un exemple.
»D.—Comment respirent les animaux?
»R.—Par des poumons, des branchies, des trachées.
»D.—Qu'est-ce qu'une trachée?
»R.—Une houppe de petites villosités fixée sur la pointe du nez des insectes.
»Ce candidat fut reçu; il avait la moyenne pour le passable.—Il passa.»
N'en déplaise à M. H. de Lacaze-Duthiers, le jeune gaillard qui lui fit cette réponse n'inventa rien. Il rendit à l'alma mater la monnaie de sa pièce. Il lui donna les mêmes mots qu'elle lui avait donnés. Seulement il ne les rendit pas dans l'ordre où il les avait reçus. Il en avait trop entendu. Ils s'étaient brouillés dans sa tête.]
[14: On sait que M. Weiss n'a pas été élu. L'Académie a manqué l'occasion, pourtant assez rare, d'admettre un véritable écrivain.]
[15: Voir les deux derniers paragraphes de Les fous dans la littérature dans le présent volume.]