NOTES
[1: M. Jean Lacoste a écrit dans la Gazette de France du 20 mai 1893:
«M. l'abbé Jérôme Coignard est un prêtre plein de science, d'humilité et de foi. Je ne dis pas que sa conduite ait toujours honoré son petit collet et que sa robe n'ait pas reçu maint accroc… Mais s'il succombe à la tentation, si le diable a en lui une proie facile, jamais il ne perd confiance, il espère par la grâce de Dieu ne plus rechuter et arriver aux gloires du Paradis. Et de fait il nous donne le spectacle d'une mort fort édifiante. Donc un grain de foi embellit la vie et l'humilité chrétienne sied aux faiblesses de l'humanité.
»M. l'abbé Coignard, s'il n'est pas un saint, mérite peut-être le purgatoire. Mais il le mérite fort long et il a risqué l'enfer. Car à ses actes d'humilité sincère ne se mêlait presque pas de repentir. Il comptait trop sur la grâce de Dieu et ne faisait nul effort pour favoriser l'action de la grâce. C'est pourquoi il retombait dans son péché. La foi ainsi lui servait de peu et il était presque hérétique, car le saint concile de Trente, dans les canons VI et IX de sa sixième session, a déclaré l'anathème à tous ceux qui prétendent «qu'il n'est pas au pouvoir de l'homme de rendre ses voies mauvaises» et qui ont une telle confiance en la foi qu'ils s'imaginent qu'elle seule peut sauver «sans aucun mouvement de la volonté». C'est pourquoi la miséricorde divine s'étendant sur l'abbé Coignard est vraiment miraculeuse et en dehors des voies ordinaires.»]
[2: M. Baiselance ou Baisselance vient beaucoup après Montaigne comme maire de Bordeaux. (Note de l'éditeur.)]
[3: La géométrie dont parle Jacques Tournebroche est ornée de figures de Sébastien Leclerc dont j'admire au contraire la précise élégance et la fine exactitude. Mais il faut souffrir la contradiction. (Note de l'éditeur.)]
[4: C'est un ecclésiastique qui parle. (Note de l'éditeur.)]
[5: Cf.: Saint-Évremont. Les Académiciens.
GODEAU.
Bonjour, cher Colletet.
COLLETET se jette à genoux.
Grand évêque de Grasse,
Dites-moi, s'il vous plaît, comme il faut que je fasse.
Ne dois-je pas baiser votre sacré talon?
GODEAU.
Nous sommes tous égaux, étant fils d'Apollon.
Levez-vous, Colletet.
COLLETET.
Votre magnificence
Me permet, monseigneur, une telle licence?
GODEAU.
Rien ne saurait changer le commerce entre nous:
Je suis évêque ailleurs, ici Godeau pour vous.
M. l'abbé Coignard vivait sous l'ancien régime. En ce temps-là on disait que l'Académie française avait le mérite d'établir entre tous ses membres une égalité qu'ils ne trouvaient pas devant la loi. Pourtant elle fut détruite en 1793 comme «le dernier refuge de l'aristocratie».]
[6: Il veut dire: de l'évêque à qui le roi a donné la feuille des bénéfices ecclésiastiques.]
[7: Le roi était protecteur de l'Académie.]
[8: Il est exact que l'Académie condamna cette locution.
Je dis que la coutume, assez souvent trop forte,
Fait dire improprement que l'on FERME LA PORTE.
L'usage tous les jours autorise des mots
Dont on se sert pourtant assez mal à propos.
Pour avoir moins de froid à la fin de décembre
On va POUSSER LA PORTE et l'on FERME SA CHAMBRE.
(Saint-Évremont, les Académiciens.)]
[9: L'Académie, en ce temps-là, ne faisait point de distribution de prix.]
[10: Je n'ai pas trouvé mention de ce M. Rockstrong dans les mémoires relatifs à l'attentat de Monmouth. (Note de l'éditeur.)]
[11: Au temps de M. l'abbé Coignard les Français se croyaient déjà libres. Le sieur d'Alquié écrivait en 1670:
«Trois choses rendent un homme heureux en ce monde, sçavoir la douceur de l'entretien, les mets délicats et la liberté entière et parfaite. Nous avons veu comme quoy nostre illustre royaume a parfaitement satisfait aux deux premiers; ainsi qu'il ne reste maintenant qu'à montrer que le troisième ne luy manque pas, et que la liberté n'y est pas moins que les deux advantages précédans. La chose vous paraistra d'abord véritable, si vous considérez attentivement le nom de nostre Estat, le sujet de sa fondation, et sa pratique ordinaire: car on remarque d'abord que ce nom de France ne signifie autre chose que Franchise et liberté, conformément au dessein des fondateurs de cette Monarchie, lesquels ayant une âme noble et généreuse et ne pouvant souffrir ny l'esclavage ny la moindre servitude se résolurent de secouer le joug de toute sorte de captivité, et d'estre aussi libres que les hommes le peuvent estre: c'est pourquoy ils s'en vinrent dans les Gaules qui estoient un Pays dont les Peuples n'estoient pas ny moins belliqueux ny moins jaloux de sa franchise qu'ils le pouvoient estre. Quand au second point, nous sçavons qu'outre les inclinations et les desseins qu'ils ont en fondant cet Estat, d'estre toujours maistres d'eux-mesmes; c'est qu'ils ont donné des loix à leurs Souverains, qui (limitant leur pouvoir) les maintiennent dans leurs privilèges: de sorte que quand on les en veut priver ils deviennent furieux et courent aux armes avec tant de vitesse que rien ne peust les retenir quand il s'agit de ce point. Quant au troisiesme, je dis que la France est si amoureuse de la liberté, qu'elle ne peut pas souffrir un Esclave: de sorte que les Turcs et les Mores, bien moins encore les peuples Chrétiens, ne peuvent jamais porter des fers ny estre chargés de chaisnes, estant dans son pays: aussi arrive-t-il que quand il y a des esclaves en France, ils ne sont pas si tost à terre, qu'ils s'écrient pleins de joye: Vive la France avec son aymable Liberté. (Les Délices de la France…, par François Savinien d'Alquié, Amsterdam, 1670, in-12.—Chapitre XVI, intitulé La France est un pays de liberté pour toute sorte de personnes, pp. 245-246.)]