XIX

Ainsi, lorsque souvent le gouvernail agile

De Douvre ou de Tanger fend la route mobile,

Au fond du noir vaisseau sur la vague roulant

Le passager languit malade et chancelant.

Son regard obscurci meurt. Sa tête pesante

Tourne comme le vent qui souffle la tourmente,

Et son coeur nage et flotte en son sein agité

Comme de bonds en bonds le navire emporté.

Il croit sentir sous lui fuir la planche légère.

Triste et pâle, il se couche, et la nausée amère

Soulève sa poitrine, et sa bouche à longs flots

Inonde les tapis destinés au repos.

Il verrait sans chagrin la mort et le naufrage:

Stupide, il a perdu sa force et son courage.

Il ne retrouve plus ses membres engourdis.

Il ne peut secourir son ami ni son fils,

Ni soutenir son père, et sa main faible et lente

Ne peut serrer la main de sa femme expirante.

Fait en partie dans le vaisseau, en allant à Douvres couché et souffrant, le 6. Ecrit à Londres, le 10 décembre 1787.