IX
Napoléon est l’homme du clan ; mais son clan est le noyau du monde. Égoïste comme la conquête, comme la possession de la toute-puissance, égoïste au point qu’il ne paraît plus l’être. Car il est seul de son bord ; et sur l’autre, tout le reste des hommes, la matière où travaille sa volonté. Il traite la Révolution, la France, et l’Europe comme un village allié, ou un village ennemi qu’il a conquis pour sa famille. Quand l’Europe lui échappe, il lui reste la France ; quand la France, les débris de la grande armée ; quand l’armée, l’île d’Elbe ; et quand l’île d’Elbe, ses geôliers dans l’enfer de Sainte-Hélène. Et là même, il fait main basse sur la postérité. Nature naïve dans l’amour de soi jusqu’à la simplicité. Cette simplicité nourrit la force. Maître du monde, le dieu du clan fait figure de grand bourgeois, tant il administre avec une parfaite économie son empire et son Olympe de gloire.