XI

Où donc est l’unité de cet homme, en qui l’unité est si forte ? On est maître dans l’action, à la mesure où l’on est un. Nul n’en a l’instinct plus que lui, le grand Punique.

Napoléon est L’HOMME DE LA VALEUR, en tout ordre, en tout lieu, en tout temps.

Personne n’a connu comme lui la valeur de tout objet, de toute idée, et de tout acte. Il est une prodigieuse machine à peser des valeurs, hommes et événements. Peser, penser. Il place tout sur ses balances, et il n’a que faire de ce qui ne s’y laisse pas placer. Il n’est pas mathématicien : il est l’arithmétique incarnée. Au soir de Friedland, vingt mille morts, soixante mille blessés, c’est lui qui dit : « Une nuit de Paris réparera tout cela. » Il n’est pas aveugle, il n’est pas insensible : il a vue sur ce charnier énorme ; il en a la puanteur au nez. On était en juin. Mais ni l’horreur, ni la tristesse, ni la putréfaction, ni les cris des mourants ne l’occupent. Son affaire est ailleurs : ayant considéré l’immense carnage, il l’a pesé ; puis il l’a compensé, selon les règles de son arithmétique, laquelle est sa justice. Aussitôt qu’il pèse, il compense. Et non moins sûrement, il récompense.