XIII
Ce grand juge de la valeur, en conquérant qui a besoin de la vie des autres hommes, devait faire de la valeur militaire la valeur par excellence. Et le courage, en effet, est la plus haute valeur à ses yeux. Le chef de guerre n’est rien sans la valeur des soldats : voilà le pire ennui pour Alexandre.
Ce n’est pas à leur vie qu’il tient, mais au don qu’ils savent lui en faire. Napoléon en est donc avare et très sagement ménager. Il sait qu’il dépend étroitement de ceux qui veulent bien mourir pour lui. Napoléon pardonnait tout au courage. Il n’a rien tant haï, dans ses lieutenants devenus princes, que l’attachement à la vie et aux biens. Il ne concevait pas que ces forts parvenus, à quarante-cinq ans et à cinquante, ne voulussent plus risquer leur vie et tous les biens de la vie sur un coup de dé, comme ils avaient fait à trente ans, pour acquérir la gloire et la fortune.