CHAPITRE XLII.

Quelques circonstances singulières vinrent distraire Emilie de ses chagrins, et excitèrent en elle autant de surprise que d'horreur. Peu de jours après la mort de la signora Laurentini, le testament de cette dame fut ouvert en présence des supérieures du couvent. On trouva que le tiers de ses propriétés était légué au plus proche parent de la marquise de Villeroi, et que ce legs regardait Emilie. L'abbesse depuis longtemps connaissait le secret de sa famille; mais Saint-Aubert, qui s'était fait connaître au religieux qui l'avait assisté, avait exigé que ce secret fût à jamais dérobé à sa fille. Cependant les discours échappés à la signora Laurentini, la confession étrange qu'elle fit à ses derniers moments, firent juger nécessaire à l'abbesse d'entretenir sa jeune amie sur un sujet qu'elle n'avait jamais entamé. Dans ce dessein, elle avait demandé à la voir le lendemain du jour où elle avait visité la religieuse. L'indisposition d'Emilie avait empêché celle-ci d'aller au couvent: mais, après l'ouverture du testament elle fut mandée de nouveau; et s'étant rendue à Sainte-Claire elle y apprit des détails qui l'affectèrent beaucoup. Comme le récit que fit l'abbesse supprimait plusieurs particularités qui peuvent intéresser le lecteur, et que l'histoire de la religieuse est liée à celle de la marquise, nous omettrons la conversation du parloir, et nous joindrons à notre relation une histoire abrégée de la défunte sœur.