ACTES DE L'AUTORITÉ ALLEMANDE

Avis

L'artillerie anglaise a, le 10 dernier, lancé plusieurs bombes sur la Ville de Lille.

Tout accident de personne, ou dégât matériel, causé par un nouveau bombardement, ou par des bombes d'aéroplane, doivent être signalés à la Police Militaire dans les 24 heures.

Lille, le 11 Décembre 1915.

LE GOUVERNEUR.


Remise des vélos.—En se référant à l'avis inséré au Bulletin de Lille, du N° 109 du 28 novembre, relativement à la restitution à leurs propriétaires des parties de vélos inutilisées par l'autorité allemande, la Police militaire allemande fait connaître qu'elle possède des listes contenant les noms de ceux qui ont pu conserver leurs appareils, reconnus de suite inutilisables, lors de la remise des vélos au Palais-Rameau, ainsi que de ceux qui viennent seulement de rentrer en possession des objets inemployés.

Les propriétaires des vélos restitués, en sont donc légitimement détenteurs, et il ne saurait en résulter pour eux aucun désagrément.


Chute d'obus sur Lille

Cinq obus sont tombés sur la ville le 10 décembre, vers 3 heures 40:

1° Sur les immeubles n° 50 et 54, rue Basse, où ils ont occasionné des dégâts matériels assez importants, sans accident de personne;

2° Rue d'Angleterre, chez M. Courtot, loueur de voiture, où les écuries, construites en bois, et un lanterneau, ont été détruits. Le même obus a causé quelques dégâts au tissage Belle-Sueur, 11. rue Doudin. Pas d'accident de personne.

3° Rue Sainte-Catherine, 36, chez M. Tys, coiffeur, le projectile a traversé les 4e, 3e et 2e étages du quartier de derrière de l'immeuble, y causant des dégâts matériels importants. A cette adresse, un nommé Couvez, qui a eu la jambe cassée récemment, se l'est de nouveau brisée, en voulant se sauver.

4° Façade de l'Esplanade, sur le terre-plein. Là, l'obus n'a creusé qu'une excavation.

5° Dans la cour de la Maison Descamps-Beaucourt, rue Jean-Jacques-Rousseau, pas d'accident de personne.


Monnaies de Guerre

La pénurie croissante de billon dans plusieurs des Etats belligérants, a donné naissance à des monnaies divisionnaires de circonstance. C'est ainsi, qu'à Lille, on a mis en circulation des Jetons de 5 et 10 centimes, en parchemin d'un seul jet (non décollable). La Belgique a frappé de son côté des pièces en zinc de 5, 10 et 25 centimes, analogues à ses pièces de nickel, mais non perforées comme celles-ci. En Allemagne, on frappe des pièces de 1, 2 et 5 pfennig. Ces pièces sont en acier. On pourrait se demander pourquoi on a choisi l'acier, qui se rouille si facilement, au lieu de la fonte, moins sujette à la rouille, et dont l'emploi eut été plus avantageux. Il y avait à cela, dit la Gazette de Voss, plusieurs raisons, dont la principale est que la science a mis à notre disposition plusieurs procédés permettant de faire perdre à l'acier la propriété de se rouiller.

Les deux principaux de ces procédés sont: la Shérardisation et la mise en état, dit de passivité, du métal. Les premières monnaies mises en cours, ont été shérardisées. Quand on aura pu constater les effets de ce procédé, on pourra se rendre compte de la mesure dans laquelle on pourra recourir, plus tard, à la passivité. La shérardisation tire son nom de son inventeur, l'ingénieur des mines anglais bien connu, Sherard Cowper-Coles. Elle consiste à recouvrir la surface du métal d'une couche de zinc, mais en opérant d'une façon particulière. On commence par décaper soigneusement les objets à traiter, on les entasse ensuite dans un grand récipient en fer, dans lequel se trouve de la poudre de zinc. On fait chauffer le tout pendant quelques heures à 250-350°, et on laisse ensuite refroidir lentement. Après complet refroidissement, on ouvre le récipient et on en retire le contenu. Les objets, ainsi traités, sont recouverts d'une couche mince et extrêmement uniforme de zinc, dont l'épaisseur varie avec la température employée et la durée du chauffage. On peut obtenir des enrobements en zinc ayant l'épaisseur d'un souffle, aussi bien que des couches assez épaisses. Ce qu'il y a de remarquable dans ce procédé, c'est que la température doit rester au dessous du point de fusion du zinc. Celui-ci ne fond donc pas, mais adhère à la surface du fer pour des raisons encore incomplètement connues. Dès que le zinc se combine avec l'oxygène de l'air, de façon à former de l'oxyde de zinc, la solidité de l'enduit diminue. On empêchera donc l'accès de l'air, soit en faisant le vide dans le récipient, soit en ajoutant à la poudre de zinc une faible quantité (environ 5%) de charbon réduit en poudre fine. Les objets sont alors de couleur un peu plus foncée.

L'autre procédé pour empêcher l'acier de se rouiller, consiste à le plonger dans l'acide nitrique, l'acier acquiert ainsi ce que l'on appelle la passivité. Lorsqu'on plonge du fer dans l'acide nitrique étendu, il s'y dissout. Mais, si l'on emploie de l'acide concentré, de densité supérieure à 1.35, il n'y a plus dissolution, et le fer, traité par cet acide concentré, acquiert la propriété de ne plus être attaqué par l'acide faible, en même temps que celle de ne plus se rouiller. Cette découverte a une grande importance technique. Elle a permis, par exemple, de remplacer dans la pile de Bunsen, le platine, inattaquable par l'acide nitrique, par le fer passif, bien moins coûteux. On croyait autrefois qu'il se déposait sur le fer une mince couche d'oxyde, qui protégeait le métal sous-jacent. Une semblable passivité, produite par une couche protectrice, est ce que l'on appelle la «passivité mécanique». Mais il y a encore, à côté d'elle, une passivité chimique, reposant sur l'incorporation superficielle d'une substance étrangère, et qui a la propriété d'agir comme catalysateur négatif, c'est-à-dire, de retarder le processus ou phénomène chimique, ce retard peut même être assez grand pour équivaloir, pratiquement, à une annihilation complète. Dans l'état actuel de la science, il n'est pas possible de dire si la suppression de la tendance à se rouiller, est due à la passivité mécanique, ou à la passivité chimique, ou, comme on a quelques raisons de le supposer, à toutes les deux réunies.


UTILISATION DU VIEUX PAPIER COMME COMBUSTIBLE

Le vieux papier, légèrement chiffonné, sert d'ordinaire pour allumer rapidement le feu, mais on peut aussi l'employer comme combustible, ce qui permet, en ce moment où le charbon et le bois sont chers, de réaliser une économie sérieuse, que les ménages feront bien de ne pas négliger. A cet effet, on préparera, avec lui, des boulettes d'aggloméré, par un moyen aussi simple qu'ingénieux. Il consiste à faire tremper le vieux papier pendant 24 heures dans l'eau ordinaire; on extrait ensuite le papier humide, et on en fait des boulettes, aussi serrées que possible, comme si l'on voulait faire des boulettes de neige; les exposer ensuite dans un endroit sec et aéré. Mises ensuite dans les poêles ou foyers, ces boulettes y entretiendront économiquement le feu.


Petite Correspondance

Monsieur le vieux Lillois.—RÉPRESSION DES CONTRAVENTIONS.—Vous proposez de remettre aux agents de police un carnet à souches de billets de 1 fr. et de 2 fr. pour qu'ils puissent faire payer sur l'heure les contrevenants aux règlements de police. Votre système parait avoir quelque chose de pratique, je n'en disconviens pas. Il y a là une idée, mais c'est mettre en question, dans le Code pénal et dans le Code d'instruction criminelle, tout ce qui est relatif aux contraventions et à leur poursuite. Ces codes pourraient être simplifiés, mais ce sont les Chambres, seules, qui peuvent réaliser cette réforme. Il faut attendre.

A Monsieur Gadiffert.—1° ANNONCES LÉGALES.—En vertu du décret du 28 décembre 1870, les annonces judiciaires ou légales peuvent être insérées dans l'un des journaux (au choix des parties) publiés en langue française dans le département.—Chaque journal peut appliquer, même aux annonces judiciaires et légales qu'il accepte, le tarif qui lui convient. Le Bulletin de Lille peut donc recevoir des annonces légales;

2° PUBLICATION D'UN JOURNAL.—Sous la législation française, le Parquet de Lille, n'a pas à intervenir pour autoriser ou interdir la publication d'un journal, car, d'après l'art. 1 de la loi du 29 juillet 1881, tout journal peut être publié sans autorisation et sur simple déclaration du gérant.

L'autorité allemande a publié un arrêté du 25 mai 1915, ainsi conçu:

«Art. 5: Des journaux et imprimés périodiques ne pourront être édités et publiés qu'en langue allemande et avec l'autorisation du Commandant d'armée ressortissant». (Bulletin de Lille, N° 57, du 30 mai 1915).

Antérieurement, la proclamation du 29 octobre 1914 (Bulletin de Lille, N° 1, du 15 novembre 1914), portait: «Art. 15: Le tirage et la distribution de journaux, circulaires et imprimés de toute espèce renfermant des nouvelles actuelles n'ayant pas été soumis à ma censure et publiés sans mon consentement exprès donné par écrit, seront formellement interdits».