CHRONIQUE LOCALE
6 Juin. Procès verbal contre une bande de gamins de Fives. Martinet, Guidez, Place, Goosens et Mouquet, qui ont volé des légumes au préjudice de M. Rousselle.
Accident de voiture survenu vers 11 heures du matin, entre le pont supérieur et la Porte de Tournai. L'une des roues du camion de M. Delvayne, messager à Cysoing, s'étant échappée, le camion resté en panne, a interrompu, pendant une heure, la circulation des tramways.
7 Juin. Dans la nuit du 6 au 7 juin des malfaiteurs ont pénétré chez Mme Dhalluin au Marais de Lomme et y ont dérobé diverses marchandises (laine, cigarettes, bonbons): ils sont recherchés.
7 Juin. La longue inaction que nous subissons est funeste aux gamins (et aussi aux propriétaires). Le jeune Lucien Dekeyste, 11 ans, rue Degland, a fait l'objet d'un procès-verbal pour vol de légumes, au préjudice de M. Waequez, brigadier de sûreté. A-t-on idée d'aller voler... surtout la police!
Garez-vous, même des chevaux. Vers 8 heures du matin, le sieur Dumont, charretier au service de M. Colin, a été mordu au bras gauche, au moment où il ramassait les ordures ménagères, par le cheval de Victor Masurel, maraîcher à Saint-André. La blessure paraît peu grave.
10 Juin. Grave accident. Vers 9 heures du matin à Fives, deux jeunes gamins jouaient ensemble, l'un d'eux Maurice Vandenbossche, 16 ans, rue Champollion, a lancé un caillou qui a atteint à l'oeil droit son jeune camarade Henri Delobeau, 12 ans, 27, rue Victor-Derode. Le Dr Vanheuwersuyn n'a pu se prononcer encore sur la gravité de la blessure. Les gamins abusent vraiment des jets de pierre, toujours fort dangereux. Les suites de pareils accidents pourraient avoir pour les parents des conséquences graves.
A 9 h. 10 du soir, rupture d'un fil de trolley, boulevard Louis XIV. Pas d'accident.
Question de l'heure
D'après la Gazette de Cologne du 9 juin (nº 585), la Chambre et le Sénat ont voté le projet de loi sur l'application, en France, de l'heure d'été, et toutes les horloges seront avancées d'une heure dans la nuit du 14 au 15 juin.
Le manger lent ou fletchérisme
La pénurie actuelle des aliments fait que l'on s'ingénie à les mieux utiliser et à les rendre aussi plus complètement assimilables par l'organisme. Dans ce dernier ordre d'idée, on recommande la longue mastication ou fletchérisme, du nom de Fletcher, médecin américain qui la prôna, il y a déjà une quinzaine d'années. Ce système défraya alors pas mal la chronique médicale et le Docteur Jacquet, entre autres, s'en déclara partisan, dans une discussion à laquelle il donna lieu à l'Académie de médecine de Paris, en 1907. Le fletchérisme a évidemment du bon, puisqu'il prescrit de mâcher à fond les aliments avant de les avaler, ce que les médecins et physiologistes n'ont sans doute cessé de recommander depuis longtemps déjà, comme condition primordiale d'une bonne digestion; mais il convient de se garder à son endroit de tout enthousiasme irréfléchi et de tout esprit de système, forcément exclusif.
Le Dr Blanc a publié sur ce sujet dans l'Avenir Médical juin 1907, un article judicieux que nous croyons intéressant de reproduire ici, parce qu'il nous paraît mettre la question bien au point.
«Le Dr Jacquet, dit-il, a guéri par cette simple méthode, deux jeunes filles, à la face huileuse, rouge en tout temps, cramoisie et brûlante après les repas, comme à la moindre émotion, et fréquemment inondée de sueur. Il y ajoute, il est vrai, le massage, mais ce n'est qu'un adjuvant: le point capital est le «manger lent». Pourquoi le vorace, qui avale sans prendre le temps de mâcher, est-il sujet aux maux les plus divers? Nous sommes ici en face de plusieurs théories:
1° La plus ancienne admet que le vorace, du fait qu'il mange vite, mange trop. Il se surcharge et digère imparfaitement, d'où les fermentations intestinales. Ces fermentations amènent l'autointoxication. Si le sujet est assez robuste pour s'assimiler la totalité des aliments, il devient, selon la juste appellation des anciens, pléthorique. Gras, rouge et sanguin, il a, du fait d'une combustion imparfaite, un excès d'urates et des humeurs acides. A la longue, il se produit une congestion hépatique, de l'altération des reins, des dégénérescences graisseuses, etc. Il devient arthritique, rhumatisant, goutteux, diabétique et en même temps névrosé, mélancolique, hypocondriaque. Si on mange lentement, on réduit forcément sa ration et on l'utilise mieux. Les digestions deviennent alors faciles, les microbes intestinaux diminuent; putridité et gaz disparaissent; les matières fécales désodorisées séjournent plus longtemps dans l'intestin (coprostase); elles sont moins abondantes et le gros intestin diminue d'amplitude. On éprouve plus de plaisir à manger; le goût pour une nourriture simple devient très marqué. En même temps, on assiste à une transformation de la santé. De même, le caractère du neurasthénique change, devient gai et optimiste. Car tous ces fâcheux symptômes, et bien d'autres encore qu'il serait trop long d'énumérer, étaient dus à l'autointoxication. Mieux encore, les infirmités désagréables de la vieillesse qui en proviennent, seraient supprimées? Lutter contre la voracité, c'est revenir à la si ancienne théorie de Luigi Cornaro (1467-1566). Ce gentilhomme vénitien, après avoir mené une vie dissolue, entreprit à l'âge de quarante ans, à la suite d'une grave maladie, de suivre un régime sévère à l'instar des moines ascètes. Diminuant peu à peu, chaque jour, sa ration de nourriture, il la réduisit à 340 grammes d'aliments solides et 400 grammes de vin. Grâce à ce régime, sa santé se fortifia beaucoup. A 70 ans, il eut un accident terrible de voiture, avec fracture des membres et du crâne. Les médecins portèrent un pronostic fatal. Pourtant Luigi Cornaro guérit rapidement. Il voulut augmenter une fois sa ration, mais il se rendit malade et reprit son régime frugal. Il guérit de ses colères, reprit le calme de l'esprit et un caractère joyeux. Cornaro écrivit, à 83 ans, un traité sur la méthode à suivre, pour avoir une vie longue et sans infirmités; il publia encore trois ouvrages sur le même sujet, et mourut à l'âge de 97 ans, certains disent même 103 ans.
2º Il y a quelques années, un Américain, Fletcher, incrimina le seul fait de manger vite. Des aliments en morceaux trop volumineux, disait-il ne sont pas attaqués par les sucs digestifs, ne peuvent se digérer et fermentent. Fletcher poussa son principe à l'extrême. Il ne fallait pas seulement mâcher lentement, il fallait mâcher assez longtemps pour transformer les aliments en une bouillie impalpable, bien imprégnée de liquide salivaire. Fletcher gardait même quelque temps dans sa bouche le lait, le bouillon, le vin et tout liquide nutritif. Le bol alimentaire, ainsi finement divisé, s'alcalinisait sous faction de la salive secretée. Fletcher insiste sur l'importance de cette alcalinisation: il arrive à l'obtenir, même avec des fruits acides, comme la fraise et la groseille.
En somme, il n'a fait qu'exagérer et systématiser une recommandation communément faite par les médecins à leurs clients dyspeptiques. Il serait même allé trop loin. La bradyphagie, ou habitude de manger lentement, a déjà fait des victimes en Amérique: l'utilisation trop complète des aliments provoque une atonie intestinale qui peut faire plus de mal qu'une mastication insuffisante. Le Dr Einhorn a signalé des dyspeptiques qui guérirent complètement, quand ils se décidèrent à manger plus vite.
3° Avec le Dr Jacquet, nous trouvons une troisième théorie réflexe: C'est l'excès d'excitation viscérale, en particulier la lésion de la muqueuse digestive, sa surirritation qui, irradiant par l'intermédiaire du système vago-sympathique aux centres, puis au trijumeau et aux premières paires cervicales, actionne les tissus, surmène les fonctions, les dérègle et les force, distend les vaisseaux, échauffe, enlumine le visage et le fleurit de fleurs malsaines; c'est cette surirritation aussi qui, excitant les glandes, rend la peau suante et grasse. Mais les théories ont peu d'importance: seuls les faits restent. Bien des gens deviennent malades du fait de manger trop vite et de manger trop. Il faut qu'ils deviennent sobres et mangent lentement, sans toutefois exagérer, comme l'a fait Fletcher. Le bon sens met en garde contre ces théories absolues: in medio stat veritas.»
La Figue
La patrie du figuier, lit-on, dans «Cosmos», paraît être l'Asie Mineure: de là, il s'est répandu dans toute l'Europe méridionale, puis il a été introduit en Amérique, où il en existe plus de 400 variétés, en Californie, au Texas, en Floride. Le midi et l'ouest de la France en possèdent une trentaine de variétés donnant toutes de très bons produits.
La figue est non seulement, d'une manière générale, un aliment très sain, c'est encore un fruit de choix très apprécié, mais en se desséchant il semble descendre de son rang, et sauf quelques exceptions, les gourmets qui l'ont le plus recherché, en été, le relèguent en hiver parmi les fruits les plus vulgaires, les mendiants, qui ne paraissent que sur les tables médiocres.
Pourquoi cette différence de traitement entre la datte et la figue? La date reste toujours un dessert de luxe: cet honneur, la figue ne le connaît que passagèrement. C'est un plaisir délicat que de cueillir et de savourer en Provence, pendant les chaudes journées d'été, une belle coucourelle ou une roussanne parfumée; mais, en décembre, elles seront exilées de la table des riches, on ne les sert jamais dans les repas de corps ou dans les dîners officiels! Et pourtant ces deux fruits, figue et datte, se valent: le sucre miellé et odorant de la figue peut soutenir la comparaison avec la datte la plus savoureuse.
Il nous a semblé intéressant de rechercher la véritable raison pour laquelle la figue sèche n'a pas, à l'heure du repas, la place à laquelle elle a droit par la délicatesse et la douceur de sa pulpe.
Examinons une belle figue sèche de Smyrne.
Le fruit paraît d'abord recouvert d'une sorte de matière blanche pulvérulente. Bien des personnes croient voir en cette substance une moisissure, et cette pensée les rend circonspectes. Or, cette poussière est constituée par un sucre à peu près pur, la glucose, qui s'est desséché et concrété sur la surface du fruit entraînant avec lui une faible quantité d'un autre sucre: la mannite.
Ouvrons maintenant la figue:
Un tissu pulpeux, délicat et mince, enveloppe un miel coloré par tous les sucs parfumés qui gorgeaient les fleurs du figuier.
Il est de règle, chez les arbres de nos vergers, qu'un seul fruit corresponde à un seul réceptacle floral. Tel est le cas des cerises, pêches, abricots, etc.
Le figuier a été conçu sur un autre plan. Au point de vue botanique, la figue est un fruit composé formé par une substance charnue renfermant à l'intérieur de nombreux fruits dont chacun contient une graine.
La figue est verte quand elle est fraîche, puis elle devient rouge à l'intérieur et extérieurement brun pourpre ou jaunâtre.
Les fleurs du figuier sont unisexuées et distribuées à la surface d'un réceptacle commun plus ou moins globuleux, ouvert à son sommet (oeil). C'est ce réceptacle improprement appelé fruit qui, après la fécondation, se renfle en une masse saturée de matières sucrées pour constituer la figue.
Grâce à cet entassement de fleurs sur un seul support, la matière sucrée de la figue a le parfum et les caractères d'un véritable miel, mais nous croyons bien aussi que cet arrangement est la cause initiale de la déchéance que nous infligeons à la figue, dès qu'elle a perdu sa fraîcheur.
Nous venons de voir, en effet, que chaque fleur porte une graine; or, le réceptacle floral contient, suivant les variétés de figues, des quantités de fleurs variant de mille à trois mille et même davantage.
Nous avons pratiqué quelques numérations sur diverses espèces, et voici les résultats moyens que nous avons obtenus:
FIGUES BLANCHES
Bourjassotte.......... 2.500 graines
Blanquette............ 2 800 --
Brussanne............. 2.900 --
Coucourelle........... 3.000 --
FIGUES COLORÉES
Bellone............... 3.000 graines
Quasse blanche........ 800 --
Roussanne............. 2.800 --
Dauphine.............. 2.000 --
(A suivre).
Petite correspondance
Un lecteur assidu.--Vous m'avez demandé si un propriétaire d'immeubles pouvait toucher des secours, soit comme chômeur, soit comme nécessiteux, sans être tenu au remboursement des sommes qu'il reçoit. Les services financiers répondent que toutes les personnes, propriétaires d'immeubles, doivent signer l'engagement de rembourser après les hostilités les secours qui leur sont accordés. Le Bulletin a publié récemment dans les avis de la Mairie, une note à ce sujet.
Annonces diverses
--Les annonces et réponses aux annonces sont reçues au Bureau du Journal, spécialement installé à cet effet à la Préfecture (entrée par la grille, place de la République).
--Couronnes funéraires.--Maison Cannoo inf. nombreuse clientèle que son magasin est transféré provisoirement à sa fabrique 1, rue des Trois-Mollettes.
Bottin dentiste, 2l ans, 2, rue Hôpital-Militaire. Réinstallé définitivement 15, r. St-Augustin, près les Halles Centrales. Spécialité Extraction dents sans douleur.
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--Gymnastique. M. Vincent informe ses élèves qu'il continue ses cours de gymnastique et leçons particulières à son gymnase, 19, rue Masurel, au 1er.
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