LE VOL A LA MARQUE.

Voilà un vol très-adroitement fait qui s'exécuta il y a quelques mois chez un bijoutier de la rue Saint-Honoré. Un individu, richement vêtu, se présenta chez lui, et demanda à voir quelques tabatières en or, il fut dans l'indécis de savoir laquelle il choisirait dans la crainte qu'elle ne convint pas à son épouse, et dit: c'est une surprise que je lui ménage. Demain matin mon domestique viendra vous avertir, et vous viendrez avec lui chez moi, vous apporterez celles qui sont émaillées, c'est celles qui seront le plus à son goût; le bijoutier le reconduit avec force compliments. Et en effet, le lendemain, à huit heures du matin, un domestique à livrée élégante se présente et dit: Monsieur, veuillez m'accompagner chez M****. L'honnête commerçant s'empresse de suivre ce jokei, qui lui dit: nous allons rue Lafitte, 12. Quelques instants après, il se rappelle avoir oublié une commission que Madame lui a donné, et qui va lui faire avoir de grands désagréments, c'est à deux pas, il engage le bijoutier à continuer jusqu'à l'hôtel, ce que celui là fait. Notre prétendu domestique arrive tout essoufflé chez le bijoutier et demande que l'on lui remette les boîtes marquées IIKV et XXIXV, etc., etc., il en obtient six; le bijoutier vient de sortir un instant auparavant avec ce domestique, il demande avec des renseignements trop positifs pour que l'on conçoive l'ombre du doute, l'on remet les objets au faux domestique. Au bout de quelques instants, le malheureux bijoutier revient chez lui tout désappointé de ne pas avoir trouvé à l'adresse indiquée ce qu'il cherchait, et il l'est bien plus, quand il apprend la manière dont il est floué.