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OBLAT. s. m. Est un Moine lay que le Roi mettoit cy-devant en chaque Abbaye ou Prieuré dépendant de sa nomination, auquel les Religieux étoient obligez de donner une portion monachale, à la charge qu'il sonneroit les cloches, qu'il balayeroit l'Eglise & la court. Ces places étoient destinées à des soldats estropiez & invalides. Cette prestation s'est convertie en argent, qui étoit taxée à vingt écus, puis à 100 livres, & enfin on l'a augmentée jusqu'à 150 livres. Depuis on a transferé tous ces oblats avec leurs pensions, à l'Hôtel des Invalides à Paris. Pasquier dit que les oblats commencerent à avoir lieu du temps des Capets, & que le Roi se départant du droit qu'il avoit d'assister à l'élection des Abbez, se réserva le privilege d'aumôner une place de Religieux à un pauvre soldat impotent; & alors il donna de ces Oblats dans les Monasteres électifs seulement.

OBTUS, s. m. Terme de Geometrie. Angle qui a plus de 90 degrez ou d'un quart de cercle. Un triangle obtus est celuy qui a un de ses angles obtus.

Obtus se dit figurément d'un esprit qui n'est point subtil ni pointu, qui est émoussé. C'est un homme qui a l'esprit obtus.

OBTURATEURS. adj. Terme de Medecine qui se dit de deux muscles de la cuisse, parce qu'ils bouchent le trou qui est entre l'os pubis & celuy de la hanche.

OGIVE. s. f. Terme d'Architecture. C'est le trait d'une voute qui au lieu d'être en berceau ou en plein ceintre, trace une diagonale en forme d'arrête.

Les deux ogives diagonales en se croisant forment la clef de la voute. Les arcs en berceau d'où les ogives sortent, s'appellent arcs doubleaux; & ce qui est entre les ogives & les arcs doubleaux, s'appelle le pendentif de la voute. Les parties des ogives qui sont en saillie, s'appellent les nerfs.

OGOESSES. Terme de Blason qui se dit des tourteaux de sable pour les distinguer des autres qui se nomment Gulpes, quand ils sont de pourpre; quand ils sont de geules, guses; quand ils sont d'azur, heurtes; & quand ils sont de sinople, pommes ou volets, quoy qu'ils retiennent tous en général le nom de tourteaux.

OIGNEMENT. s. m. Action par laquelle on oint, on parfume. Le lavement & l'oignement des pieds étoit une honnêteté que les juifs faisoient à leurs hôtes, à ceux qu'ils vouloient honorer, comme celuy que fit la Madelaine au Sauveur.

OISEAU. s. m. Animal qui s'éleve en l'air, qui le traverse, qui s'y tient suspendu par le secours de ses plumes & de ses aîles. Le Phenix, s'il y en a, passe pour le Roi des oiseaux. C'est une erreur de croire que les oiseaux de paradis volent toûjours, ils ont des pieds avec lesquels ils s'attachent aux branches pour dormir. Les Romains observoient avec soin le vol des oiseaux. A l'arrivée des Européans dans les Isles de l'Amerique, tous les oiseaux, à ce qu'on dit, étoient privez parce qu'on ne leur faisoit point la guerre. Ce mot vient d'Avicellus, ou Aucellus, dont les Italiens ont fait aussi Augello. Ménage & Du Cange.

On appelle en termes de Fauconnerie, oiseaux de proye, les gros oiseaux qui vivent de grip, de rapt & de rapine, qu'on dresse & qu'on apprivoise. On appelle oiseaux niais ceux qui sont pris au nid. Oiseau branchier celuy qui n'a encore que la force de voler de branche en branche. Un oiseau sor, celuy qui n'a point encore mué, il ne se dit que des oiseaux de passage, & non du niais & du branchier. Un oiseau hagard, celuy qui a été à soi, qui est plus farouche. Un oiseau de bonne ou de mauvaise affaire, celuy qui est docile ou farouche. On appelle parement de l'oiseau, la maille qui luy couvre le devant du col; manteau d'oiseau, le plumage des épaules, du dos & du dessus des aîles. Serres d'oiseau, ce sont leurs griffes. Mains d'oiseau, ce sont leurs pieds. La couronne de l'oiseau, c'est le duvet qui couronne, qui joint le bec à la tête. On appelle train de l'oiseau, son derriére, ou son vol.

On appelle oiseau de poing, celuy qui étant reclamé, fond sur le poing sans entremise de leurre, comme l'autour & l'éprevier; oiseau de leurre, celuy qui fond sur le leurre, quand on le luy jette, & delà sur le poing. On en compte dix ordinaires, faucon, gerfaut, sacre, lanier, aigle, tagarot, émerillon & hobereau, le faucon & le sacre bâtards, oiseau de montée, est celuy qui s'éleve fort haut, comme le milan, le heron, &c. Il y a des oiseaux pour la haute & pour la basse volerie. Oiseau pillard celui qui pille & détrousse un autre; oiseau chariard, qui dérobe sa perdrix; oiseau bas & tenu par le Bec, c'est à dire, en faim. L'oiseau Bâtard est, par exemple, un faucon né d'un tiercelet de faucon & du lanier; ou un sacre né du sacret & du lanier.

On appelle oiseaux vilains, poltrons & tripiers ceux qui ne suivent le gibier que pour la Cuisine, qu'on ne peut affaiter ni dresser, comme les milans & les corbeaux, qui ne combattent que les poulets, lesquels n'ont ni vol ni défense. Un oiseau dépiteux, qui ne veut pas revenir, quand il a perdu sa proye. Un oiseau attrempé est celuy qui n'est ni gras ni maigre. Un oiseau âpre à la proye, bien armé de bec & d'ongles. Un oiseau fort à Delivre, qui n'a point de corsage qui est quasi sans chair, comme le heron. On appelle oiseau allongé, celuy dont les pennes sont bien entieres, qui ont toute la longueur qu'elles doivent avoir; un oiseau trop en corps, celuy qui est trop gras. On dit aussi un oiseau de bonne aire, un oiseau de grand travail & de bon guet, un oiseau de bonne compagnie, un oiseau pantois ou asthmé, un oiseau égalé, quinteux, escartable, rebuté, un oiseau d'échappe. Un oiseau bon chaperonier. Il y a aussi des oiseaux de nuit, de mauvais augure, de voirie, des oiseaux de jour, oiseaux de parade, de babil, & cageolleurs, oiseaux sauvages, passagers, de combat, de volerie, de marais, de marine, qui rasent les étangs, & sont bons poissonniers, &c.

Les oiseaux de leurre doivent avoir les mahutes hautes, les reins larges, bien croisez, bas assis, cour-jointez, les mains longues. On dit aussi apoltronir un oiseau, l'acharner, l'abecher, l'abattre, l'abaisser, l'entraver, l'essimer, & plusieurs autres phrases qui sont expliquées à leur ordre.

On appelle oiseaux de riviére, les canards, sarcelles & autres aquatiques qui aiment les eaux. Oiseaux de bois, les gelinottes, les faisans. Oiseaux passagers, les beccasses, les cailles, les guignards. Oiseaux domestiques, les poulles, les canes, oyes. On appelle oiseaux de voliére, ceux qu'on garde en cage pour leur chant, leur ramage, leur gazoüillement, comme rossignols, serains, linottes, chardonnerets, &c.

Il y a des oiseaux qui ne sont bon qu'à mettre à l'engrais, comme les coqs qu'on chaponne, qui perdent leur chant. Il y a des oiseaux qui ne volent jamais, comme l'Autruche & le casuel. Kircher dit qu'il y a un oiseau en la Chine qu'on appelle hoang cio yu, qui change de nature deux fois l'an; il est oiseau tout l'Eté & se transforme en poisson durant l'hiver. Ce nom veut dire poisson jaune.

On appelle tirer à l'oiseau, quand on dispute le prix en s'exerçant à tirer de l'arc ou du fusil sur un oiseau de bois qu'on nomme le papegay.

Les oiseaux de leurre en terme de Blason témoignent la noblesse, parce qu'ils sont des marques d'hommage & de redevance; ce qui a fait que dans les sceaux anciens on a representé les Chevaliers avec une épée nuë à la main droite & un oiseau de leurre à la gauche. Les Poëtes ont appellé l'Aigle l'oiseau de Jupiter, le paon l'oiseau de Junon, le hibou l'oiseau de Pallas, le pigeon l'oiseau de Venus, & le peuple appelle maintenant un bœuf oiseau de S. Luc.

Oiseau de Limosin est une espece de vaisseau qui sert à porter le mortier dans les ateliers: il est composé de deux ais joints d'un côté en équerre & arrondis par l'autre extrêmité, il se porte sur les épaules.

Oiseau se dit proverbialement en ces phrases: Petit à petit l'oiseau fait son nid, en parlant des choses qui se font lentement & peu à peu. On dit que la belle plume fait le bel oiseau. On dit aussi: Ce n'est pas viande pour vos oiseaux, pour dire, Cela ne vous est pas destiné, c'est pour des gens d'une plus grande qualité. On dit qu'un homme a battu les buissons, & qu'un autre a pris les oiseaux, pour dire qu'il a travaillé, & que les autres en ont profité. On dit qu'un homme est comme l'oiseau sur la branche, quand il n'a point de logement d'employ, de fortune assurée.

On dit aussi qu'un homme est battu de l'oiseau, quand il lui est arrivé plusieurs malheurs, plusieurs pertes qui lui ont abattu le courage. On dit aussi d'un prisonnier qu'on a manqué, ou qui a brisé les prisons, que l'oiseau s'en est envolé. On dit aussi: Voilà une grande cage pour un petit oiseau, quand un homme de peu de considération est logé dans un logis magnifique. On dit qu'un oiseau en a dans l'aîle, quand il a reçû un coup qui l'empêche de voler; on le dit figurément des hommes, dont la santé ou la fortune sont ruinées. On dit aussi ironiquement qu'un homme est un bel oiseau, pour témoigner un grand mépris de sa personne.

Oiseler. v. act. terme de Fauconnerie qui signifie dresser un oiseau; oiseler un faucon pour le faire Bon gruyer, bon heronnier, l'affaiter, le leurrer & assurer, commencer à le mettre dedans & l'employer à voler. On dit aussi mettre l'oiseau à poil, pour dire le dresser à voler gibier à poil.

Oiselerie s. f. métier de prendre, d'élever & de vendre des oiseaux.

OISELET ou OISILLON s. m. petit oiseau.

OISELEUR. s. m. celui qui prend des oiseaux. On le dit particuliérement de ceux qui prennent des oiseaux de chasse au passage. Ménage a fait une belle Eglogue intitulée l'Oiseleur.

OISELIER. s. m. celui qui vend des oiseaux de voliére, qui les éleve en cage.

OMBELLE. s. f. Terme de Blason qui se dit d'une espece de parassol que le Doge de Venise met sur ses Armes par une concession d'Alexandre III. quand il se réfugia à Venise en fuyant la persecution de Federic. Elle est quelquefois sur les Armes de la République.

Ombelle en termes de Botanique est une partie de la plante, dont le bout de la tige se divise en plusieurs autres moindres tiges, lesquelles portent des bouquets ou graines; comme le fenoüil & l'anet sont des plantes à ombelle. Ce mot vient de ce que ces petites tiges s'ouvrent & sont disposées de la même maniére que les bâtons qui supportent un parassol, ou ombelle.

OREILLE. s. f. partie double de la tête des Animaux qui leur sert à ouïr, à entendre les sons qui la frappent. Pour la perfection de l'ouïe la Nature nous a donné une oreille exterieure & une interieure: l'exterieure est d'une substance membraneuse, & cartilagineuse, c'est à dire, mitoyenne entre l'os & la chair. Sa figure est presque en demi cercle, & creuse par dedans, comme une petite caverne; le haut de l'oreille s'appelle l'aîle ou l'aîleron; l'extrêmité de son tour enfoncé du devant au dedans s'appelle gibbeuse, le trou & le creux de dedans s'appelle la petite coquille, ou conque, parce qu'elle ressemble à l'entrée de la coquille d'un limaçon; la cavité qui est auprés du conduit de l'oreille, en laquelle s'amassent ses ordures, s'appelle Ruche; & cette glu ou ordure qu'on en tire avec un cure-oreille, s'appelle le suif, & par quelques-uns la cire; le bout ou tendon qui est plus gras & charnu, s'appelle lobe, ce bout-là rougit d'ordinaire, quand on a de la honte; & tout le circuit de l'oreille se nomme helix, c'est à dire, tour ou tortis. Le conduit de l'oreille est formé de parties cartilagineuses & osseuses. Les animaux couverts de plumes ou d'écailles n'ont point d'oreilles exterieures, mais ils ont un trou ouvert pour ouïr.

L'oreille interne est située en l'os pierreux derriére l'apophyse mamillaire, dans la partie écailleuse de l'os des temples, & est separée de l'organe externe de l'ouïe par la membrane du tambour: Elle est composée de quatre conduits; le premier qui est tourné vers le dehors, & toûjours ouvert, est celui qui donne passage au son, il est tortueux, biaisant, long & étroit, au bout duquel il y a cette membrane qu'on nomme tambour, qui est mince & seche, déliée & qui a le sentiment extrêmement vif. Ceux qui l'ont trop dense & épaisse dés leur naissance sont des sourds incurables. Derriére cette membrane on trouve une seconde cavité, que quelques-uns appellent la quaisse du tambour, & d'autres le bassin, dans laquelle est contenu un certain air naturel & interne, que les anciens Medecins ont appellé implanté, qui selon eux, reçoit aisément l'impression de celui de dehors, & ils tiennent qu'il sert à l'ouïe, comme le crystalin à la vûë. Là on découvre trois petits os à qui on a donné le nom de leur figure; le premier est fait comme un petit marteau, le second comme une enclume, & le troisiéme qu'on nomme étrier, est triangulaire, comme étoient les étriers antiques. M. du Vernay en a découvert un quatriéme sur la tête de l'étrier; & ce qui est à remarquer, c'est qu'ils sont aussi gros & aussi grands aux enfans qu'aux hommes d'âge. Ils sont placez dans la cavité de la quaisse. Il y a une corde fort deliée qui passe derriére la peau du tambour, de même que le tymbre qui fait resonner un tambour de guerre. On doute si c'est une veine, un nerf ou une artere, tant elle est petite. Du Vernay dit que c'est un nerf. Il y a aussi des muscles dans cette cavité, dont deux servent au mouvement du marteau, & l'autre à celui de l'étrier. Ils sont si déliez qu'à peine les peut-on voir. Ils servent au flux & au reflux, ou au double mouvement du marteau: il y a aussi deux petites fenêtres, dont la plus haute s'appelle ovale, à cause de sa figure. La seconde est sans nom; & il y a un conduit qui va jusques dans le palais. La troisiéme cavité qui est creusée dans l'os pierreux, s'appelle le labyrinthe, pour ce qu'il y a plusieurs trous & chambrettes cachées. Elle est faite comme une coquille d'escargot. Sa premiére partie s'appelle le Vestibule, qui a 9. ouvertures, & la derniére le limaçon ou trou aveugle, parce qu'il est sans bout & issuë. Il est composé d'une lame spirale montante, qui separe en deux un canal demi ovallaire, qui fait deux tours & demi au tour du noyau du limaçon toûjours en diminuant, & forme comme deux rampes d'escalier. C'est dans cette partie que du Vernay met l'organe immédiat de l'ouïe. Enfin on trouve le nerf de l'ouïe qu'on nomme le nerf auditif, qui prend son origine de la cinquiéme conjugaison suivant les Anciens, & la septiéme suivant les Modernes. Il y en a aussi un rameau de la seconde paire vertebrale, qui porte les images de tous les sons au sens commun. Enfin il y a un petit conduit cartilagineux, qui va de l'ovale dans le palais de la bouche, qu'on nomme aqueduc, & qui est fermé par une petite valvule, ou sous pape: de là vient que les sourds entendent un peu par la bouche, & qu'en leur faisant prendre le manche d'un luth avec les dents, ils en entendent l'harmonie. Dessous & derriére les oreilles il y a des glandules qu'on appelle parotides, qui sont des émonctoires par où le cerveau se décharge, & quand elles sont trop humectées, il s'y fait des tumeurs que le peuple appelle orillons ou oripeaux. Ce mot d'oreille vient du Latin auris, que Dulaurens dérive de haurire, qui signifie tirer ou puiser, parce que les oreilles tirent & reçoivent la voix & les sons dans leurs cavitez. Quelques Medecins ont crû que quand les oreilles étoient coupées, les hommes devenoient stériles, & que de là est venuë la coûtume de couper les oreilles aux larrons de peur qu'ils n'engendrassent de petits larronneaux.

Les oreilles des Animaux sont faites diversement. Le Veau marin & toutes les especes de lezards & de serpens n'ont point du tout d'oreilles externes; le singe & le porc-épic les ont applaties contre la tête comme les hommes; il y a une espece de Baleine qui a l'ouverture de l'oreille sur les épaules. Les taupes ont le conduit de l'oreille fermée par une petite peau qui s'ouvre comme une paupiére. La tortuë, le cameleon aussi bien que la plûpart des poissons, ont le conduit de l'oreille tout à fait bouché.

Les bruits, les tintoins, les bourdonnemens sont des maladies des oreilles. Quand on dit qu'un homme a l'oreille dure, c'est à dire, honnêtement qu'il est sourd.

Les Incas du Perou se faisoient particuliérement remarquer par leurs oreilles, dont la largeur étoit si prodigieuse qu'elle est incroyable. Ils accordoient aux Capitaines qui les avoient bien servis, comme un grand privilege la permission de se percer les oreilles, à condition que le trou n'en seroit pas la moitié si grand que celui de l'Inca, & on leur donnoit même la mesure du trou, afin qu'il ne fût pas plus grand que le privilege portoit. Ils y portoient des pendans d'oreille attachez à deux filets, longs d'un quart d'aune, & gros d'environ la moitié d'un doigt, ce qui les fit appeller par les Espagnols orejones, c'est à dire, hommes à grandes oreilles. Cette coûtume de se percer les oreilles étoit aussi en usage chez les Indiens d'Orient, dont il est fait mention ci-aprés au mot Pendans d'oreille.

Oreille en termes de Musique, se dit du jugement que l'oreille fait des sons. Cet homme danse bien, il a l'oreille fine, juste, delicate, il observe la cadence. Cet homme n'a point d'oreille, ne distingue pas les tons & les mesures. On dit aussi des Orateurs & des Poëtes qu'ils doivent avoir de l'oreille, pour dire qu'ils doivent observer la cadence de leurs Vers, de leurs périodes, éviter les cacophonies. Un Ancien a dit que le jugement de l'oreille étoit fort rigoureux.

On dit en ce sens d'un discours, des paroles, qu'elles blessent, qu'elles choquent les oreilles, quand elles déplaisent. Les ordures blessent les oreilles chastes. Les barbarismes choquent les oreilles des gens polis. Les belles paroles n'écorchent point l'oreille. Les grands ont les oreilles delicates, se choquent de peu de chose. La Musique charme, flatte, chatoüille l'oreille. Il y a bien des gens qui se laissent prendre par l'oreille, charmer par une belle voix, persuader par un beau discours. On dit aussi qu'une chose sonne mal aux oreilles, quand elle est odieuse, quand on en a mauvaise opinion. On dit qu'un homme a l'oreille d'un Prince, d'un Ministre, pour dire qu'il en a de favorables audiences, & tant qu'il veut; qu'il lui souffle, qu'il lui corne aux oreilles quelque chose, pour dire qu'il fait tant qu'il le persuade. Il lui a dit un mot à l'oreille, pour dire qu'il lui a donné un avis secret.

A Syracuse il y a un lieu qu'on appelle l'oreille de Denis le Tiran, c'est un trou qui perce dans une montagne, & qui fait qu'on entend en haut tout ce qui se dit en bas, quoi qu'à une grande distance.

On dit que la gelée, le vent, la grêle ont donné sur l'oreille aux fruits, au bleds, pour dire qu'ils en ont été endommagez, qu'ils baissent l'oreille. On dit aussi d'un chapeau, qu'il baisse l'oreille, pour dire que les bords ne le soûtiennent pas bien; qu'il fait le clabaud: c'est une métaphore tirée des chiens de chasse qui ont de grandes oreilles pendantes.

Oreille de cochon, est la partie du cochon la plus delicate pour manger en ragoût.

Oreille de Parisien est un petit ouvrage de Patisserie fait de bœuf fort épicé, enveloppé d'une pâte legere en forme d'oreille, qu'on appelle autrement rissolle.

Oreilles du cœur sont deux petites parties ou ouvertures du cœur faites en forme d'oreilles, dont la droite aboutit à la veine cave, & la gauche à l'entrée de l'artere veineuse. Elles servent à recevoir le sang, & à en faire la circulation dans le cœur; l'oreille gauche du cœur se dilate, quand le cœur se resserre pour en faire sortir le sang.

Oreille en terme de mer se dit des voiles Latines qui sont triangulaires, qu'on appelle oreilles de liévre ou à tiers point à la difference de celles qui sont à trait quarré. On appelle aussi les oreilles ou les pattes d'un ancre.

Oreille en termes d'Artisans, se dit aussi de deux petites avances qu'on applique au bord d'une écuelle pour la tenir plus facilement. Une écuelle à oreilles.

On appelle aussi oreille la partie d'un cercle de fer qui est au haut d'un chauderon dans laquelle l'anse est mobile; & dans un minot la partie du cintre où sont attachez les deux bouts de la potence.

On appelle aussi oreille les deux grosses dents d'un peigne qui sont aux extrêmitez, qui conservent les autres.

On appelle oreilles d'un cadenas, ses ouvertures dans lesquelles son anse est mobile.

Oreille se dit aussi du bord replié d'un livre, quand on veut y faire quelque marque pour retrouver aisément quelque endroit singulier, ou l'endroit où on en est demeuré en le lisant, cela arrive aussi aux livres frippez, qu'on a beaucoup maniez avec peu de soin.

Oreille se dit aussi de cette petite courroye où se termine le quartier du soulier, qui sert à y attacher des rubans, ou des boucles pour le serrer.

Oreille en terme d'Organistes, se dit de deux petites plaques de plomb que l'on soude sur les tuyaux à côté de leur bouche ou lumiére, qu'on abaisse ou qu'on releve pour faire des sons plus graves ou plus aigus: ils les nomment ainsi, parce qu'il semble qu'elles écoutent si les tuyaux sont d'accord.

On appelle en termes de Blason oreilles deux petites pointes qui sont au haut des grandes coquilles, comme celles de S. Jaques.

On appelle oreilles d'abricots des abricots confits dont on a ôté les noyaux, & dont on a rejoint les deux moitiez, en sorte que l'extrêmité de l'une n'aille qu'au milieu de l'autre, ce qui represente une espece d'oreille.

Oreille d'ours est une petite fleur printaniére qui pare agréablement un parterre, quand on la sçait bien disposer: car il y en a de plusieurs couleurs. Cette herbe est une espece de saniclet qui a les feüilles grandes comme le plantain, & roulées dans le bourgeon: elles ont certains replis ou bords fort artistement faits, on l'appelle en Latin Ursi auricula, ou dentaria minor, ou lunaria sanicula, ou artritica.

Oreille d'âne, est aussi un nom qu'on donne à la grande consolide qui est une plante fameuse en Medecine. Voyez Consolide.

Oreille de Rat, ou de souris, est le nom d'une plante qu'on appelle en Latin pilosella, c'est une espece de mouron, elle rampe toûjours par terre, & a des feüilles disposées en étoile, couvertes de poils blancs, ses tiges aussi rampantes ressemblent à de petites cordes souples rondes & veluës, qui prennent racine & poussent des branches nouvelles. Ses fleurs sont jaunes, qui à leur maturité s'envolent en bourre; ses racines sont déliées, & pourtant difficiles à arracher. Si on coupe la plante, elle rend du lait: son suc est astringeant, constipe le bêtail, & le fait mourir. Mathiole.

Oreille se dit proverbialement en ces phrases: Un chien hargneux a toûjours les oreilles déchirées, pour dire que les gens quérelleux sont sujets à être battus. On dit que les murs ont des oreilles, pour dire qu'on a beau parler secretement & à l'oreille, il y a toûjours quelque espion qui écoute, &c.

On dit qu'un homme se fait tirer l'oreille, pour faire quelque chose, quand il la fait à regret, ce qui se dit par allusion à une coûtume qu'avoient les Romains d'amener par l'oreille en justice, ceux qui ne vouloient pas y venir rendre témoignage d'une action qu'ils avoient vûë, lors de laquelle on leur pinçoit, & on leur tiroit l'oreille, afin qu'ils se souvinssent du fait, dont on voit plusieurs témoignages dans Plaute, Virgile, & Horace, &c.

OREILLÉ. ée. adj. terme de Blason qui se dit des dauphins, lorsque leurs oreilles sont d'un émail different de leurs corps; on le dit aussi des grandes coquilles, quand elles ont des oreilles aussi d'émail different.

ORGUE. s. f. & autrefois masculin. C'est le plus grand & le plus harmonieux de tous les instrumens de Musique qui est particuliérement eu usage dans les Eglises, pour célébrer l'Office Divin avec plus de solemnité. On fait pourtant dans les maisons particuliéres quelques orgues portatives, qu'on nomme cabinets d'orgues, mais dans les Eglises, on appelle buffet d'orgues cette construction de menuiserie qui enferme toute la machine. Le grand Buffet sert pour le grand jeu, qu'on appelle le grand corps, & le petit buffet pour le petit jeu qu'on nomme le positif. Ce mot vient du Latin organum.

L'orgue est composée de plusieurs tuyaux qui reçoivent le vent de gros soufflets, lequel est distribué par un sommier & par le moyen de plusieurs registres, qui ouvrent & ferment les ouvertures de ces tuyaux; & il y entre selon qu'on appuye les doigts sur les differentes touches du clavier.

On appelle accompagnement en l'orgue les divers jeux qu'on touche pour accompagner le Dessus, comme sont le bourdon, la montre, la flûte, le prestant, &c. Ceux de la grande orgue sont differents de ceux du positif.

La plûpart des piéces qui composent l'orgue sont expliquées à leur ordre alphabetique: on dira seulement ici que le chassis est une des principales piéces de l'orgue, parce qu'on enchasse dedans l'ais du sommier sur lequel on pose les tuyaux; on applique sur la table du sommier des tringles d'épaisseur de membrure, qu'on appelle Barreaux, éloignées les unes des autres de deux doigts, pour faire place à 48. Raynures ou crans ou graveures, sur lesquelles on met des chappes ou des ais qui les couvrent, & dans l'intervalle vuide de ces Raynures, on fait entrer des Régles planettes & mobiles en forme de lattes, qu'on nomme Registres, on perce ces trois piéces vis à vis l'une de l'autre, pour donner passage au vent dans les tuyaux, lesquels on applique sur le plus haut de ces trous, & cet assemblage s'appelle le sommier de l'orgue. On appelle le secret de l'orgue une layette ou quaisse, où est reçû & réservé le vent de la souflerie, pour le distribuer par les sous-papes au sommier qui est derriére. Vitruve nomme le sommier canon musical.

On appelle le tamis, la piéce de bois percée, à travers laquelle passent les tuyaux de l'orgue, & qui les tient en état.

L'orgue a deux ou trois & quelquefois quatre ou cinq claviers, dans les grands Buffets: ils sont divisez en plusieurs touches ou marches, comme ceux de l'Epinette & du clavessin. Chaque octave doit avoir 13. marches, & le clavier harmonique parfait en doit avoir 19. Une orgue a pour le moins 2000. tuyaux tant dans le grand Buffet que dans le positif, & elle a jusqu'à 8. octaves d'étenduë depuis le tuyau de 32. pieds jusqu'à celui d'un demi-pied. Ces tuyaux sont de bois, d'étain, ou de plomb. Il y a des tuyaux à anche & des tuyaux ouverts & d'autres bouchez, où on remarque que le tuyau bouché descend deux fois plus bas que celui qui est deux fois plus long, & qui est ouvert, parce que l'air qui y entre, & qui en sort, a deux fois autant de chemin à faire. Les tuyaux à cheminée sont ceux qui ont un petit tuyau soûdé au bout d'en haut d'un plus grand.

Les simples jeux de l'orgue sont, la montre, le premier & le second bourdon, le prestant & la doublette, le flageolet, & le nazard, la flutte d'allemand, la tierce, la fourniture, la grosse cimbale, la seconde cimbale, le cornet, le larigot, la trompette, le clairon, le cromorne, la régale ou la voix humaine, la pédale, la trompette & la flûte de pédale, sans compter le tremblant qui n'est qu'une modification des jeux.

De ces jeux on en fait plusieurs composez, qu'on varie en une infinité de façons. On appelle le plein jeu de l'orgue celui qui est composé de la montre, du bourdon, du 16. & du 8. pieds, du prestant & de la doublette, de la fourniture & de la tierce. Les facteurs d'orgue y ajoûtent d'autres jeux, ou en retranchent suivant leur different genie, ou la dépense qu'on y veut faire.

On appelle le temperament de l'orgue une diminution du ton majeur d'un comma, dont on augmente le ton mineur par une espece d'équation pour les rendre plus justes. L'invention de l'orgue est fort ancienne: Vitruve en décrit une dans son dixiéme livre. L'Empereur Julien a fait une Epigramme à sa loüange. Saint Jerôme fait mention d'une orgue qui avoit 12. souflets, dont la layette étoit faite de deux peaux d'Elephant, & on l'entendoit de mille pas: il dit qu'il y en avoit une en Jerusalem qu'on entendoit du Mont des Olives.

On appelle aussi orgue le lieu de l'Eglise où sont les orgues. Il est allé aux orgues entendre le Sermon. Ce mot vient du Latin organum. Salomon de Caux dit que le premier Auteur qui a écrit de l'orgue est Heron Alexandrin dans ses Pneumatiques. Le Pere Mersenne a fait une ample description de l'orgue aussi bien que Salomon de Caux. Le Begue a fait imprimer plusieurs piéces d'orgue, qui font voir comme on en peut mêler les jeux agréablement.

Orgues en termes de guerre est une machine composée de plusieurs gros canons de mousquet, attachez ensemble, dont on se sert pour défendre les brêches & autres lieux qu'on attaque, parce qu'on tire par leur moyen plusieurs coups tout à la fois.

Orgues est aussi une espece de herse, avec laquelle on ferme les portes des Villes attaquées: ce sont plusieurs grosses piéces de bois qu'on laisse tomber d'en haut, & qui ne sont point attachées l'une à l'autre par aucune traverse, comme sont les herses ordinaires, ou Sarrasines.

Orgues en termes de Marine sont des trous & ouvertures qui passent au travers du bordage d'un Vaisseau le long des tillacs ou des sabords qui servent de goutiéres pour l'écoulement des eaux: on les appelle autrement dalots.

ORIFLAME. s. f. les Anciens le faisoient masculin. Etendart de l'Abbaye de Saint Denys. Quelques-uns ont dit qu'elle étoit semée de flammes d'or, d'où elle avoit pris son nom. Elle differoit de la Banniére de France qui étoit d'un velours violet ou bleu celeste à deux endroits semez de fleurs de lys d'or plus plein que vuide. Elle étoit aussi differente en la forme, parce que celle de France étoit toute quarrée sans aucunes découpures par le bas, non plus que les autres banniéres, au lieu que l'Oriflame étoit attachée au bout d'une lance en guise de gonfanon, qui d'abord étoit pendu sur le tombeau de Saint Denys, & ne servoit que pour l'Abbaye. Il étoit mis entre les mains de son Avoüé qui étoit le Comte de Vexin, pour défendre les biens de l'Eglise & du Monastére, c'étoit une espece de labarum ou de gonfanon, ou de banniére comme en avoient toutes les autres Eglises, qui étoit fait de rouge & de soye de couleur de feu qu'on nommoit cendal ou samit vermeil, qui avoit trois queuës, ou fanons, & étoit entouré de houppes de soye verde, &c.