II
CHRYSANTHÈMES
Pour savoir a quel point je t'aime,
Effeuille, en rêvant, mon trésor,
Non la marguerite au coeur d'or,
Mais ce coeur blanc du chrysanthème.
Car plus serrés et plus nombreux,
Ses pétales, faisceau de glaives,
Diront mieux l'infini des rêves
Où se perd mon coeur amoureux.
«Un peu!—beaucoup!» mots sans pensée;
Et même: «passionnément»,
Un mot qui ne dit rien vraiment
Du mal dont mon âme est blessée.
C'est par mille et mille douleurs
Que mon être se multiplie
Et, languissant, vers toi se plie
Comme le chrysanthème en fleurs.
La marguerite plus ne dure,
Quand l'automne, de ses doigts lourds,
Des mousses jaunit le velours
Et disperse au vent la verdure.
Même après l'adieu du soleil,
Seul, dans les jardins qu'il décore,
Le chrysanthème s'ouvre encore,
A mon coeur fidèle pareil.
Pour savoir à quel point je t'aime,
Effeuille, en rêvant, mon trésor,
Non la marguerite au coeur d'or,
Mais le coeur blanc du chrysanthème!