II

Voilà quelques instants déjà qu'une musique mystérieuse me chante aux oreilles. Elle ne vient pas du dehors et ce n'est peut-être que la chanson d'un rêve dans mon esprit. J'écoute au-dedans de moi. C'est comme un susurrement de ruisseau lointain sur le sable. Non! ce n'est pas encore cela. Un bruissement de feuilles sous le vent matinal et que roule à l'horizon des nuages roses? Pas encore. Un crépitement vague de friture dans l'air où passe la gaîté d'une fête foraine? Non! non! je me prête de plus près encore une oreille attentive. C'est décidément un gazouillement d'oiseaux, un gazouillement mélancolique comme celui des passereaux se groupant, en hiver, sur les branches.

Ah! je sais maintenant: ce sont les hirondelles de là-bas qui voudraient revenir et que leurs sentinelles avancées, leurs éclaireurs aux noires ailes, retiennent derrière la barrière que ne franchit plus le soleil, dont la tiède caresse est leur vie. Et ces compatissants volatiles, se rappelant les nids laissés aux toits de Paris, ont la nostalgie de ce ciel de France où s'obstinent les bourrasques, où les frimas s'accumulent au mépris des avertissements du calendrier. Et elles nous saluent de loin, ces chères exilées qui se demandent si le printemps nous reviendra jamais et si les pruniers porteront, cette année, d'autres fleurs que ces fleurs de givre dont les immobiles pétales ne frémissent pas aux souffles du matin!