I

Sur l’oreiller mouillé des doubles larmes du repentir et du pardon, les deux têtes, exsangues de plaisir se cherchent encore des lèvres, et ces baisers ébauchés y meurent sans se rencontrer, cependant que, jusqu’au bout des doigts inertes, passe le frisson des chairs absentes, et qu’entre les yeux aussi, se dresse une barrière, un voile impénétrable où se brise le vol trop court des regards. C’est l’anéantissement délicieux qui suit les jouissances trop fortes, ce semblant de mort qui nous jette au seuil du Paradis. Il semble qu’elle ne se soit jamais si bien donnée, dans un abandon plus complet; que jamais ses caresses n’aient eu cette acuité désespérée; qu’on ait franchi la porte d’un monde nouveau de caresses inconnues. Ce n’a pas été seulement le plaisir que la possession donnait toujours, mais un plaisir doublé par la cessation d’une douleur. De tout ce qu’on a souffert, par le doute ou par quelque autre cause, s’est accrue l’immense joie, et l’impression de monter plus haut nous est venue de monter du fond d’un abîme. Tout ce qui n’était plus qu’un écroulement s’est relevé comme un palais de féerie, avec des ombres plus douces et plus fraîches. L’immense contraste entre l’état douloureux où l’âme était plongée et l’extase d’où elle sort nous écrase, comme un excès de bonheur. Si la jalousie—et c’est le cas le plus fréquent—avait été le motif de la querelle, la jouissance s’est exaspérée encore d’une impression malsaine, des piqûres d’un aiguillon infâme et c’est comme la félicité féroce de l’avare qui a retrouvé son trésor. Quoi qu’il en soit, tous ceux qui ont pardonné ont passé par cette extase farouche d’un moment où les facultés d’aimer physiquement sont incontestablement décuplées. Aussi ai-je entendu bien des femmes dire qu’il était bon de se fâcher quelquefois, pour les joies infinies de la réconciliation, et j’en sais même qui amènent volontairement des bouderies pour le plaisir du rapprochement qui les suit.

Fâcheuse méthode, en amour, et dont je veux ici signaler les dangers.