LE PRISONNIER.

Chanson faite à Sainte-Pélagie dans la chambre de Béranger.

Air du forçat libéré, de Gabriel Véry.

De mon cachot, où me plonge la haine,
Mon Dieu, vers toi j'élève mes accents;
Quoique captif, en contemplant ma chaîne,
Ma faible voix t'offre un timide encens.
Puisque le temps, dans sa marche tardive,
Semble se plaire à prolonger mes jours,
Sans mendier ni pardon ni secours,
Ah! qu'à toi seul aille ma voix plaintive!

Que la céleste et pure vérité
Répande à tous la force et la clarté.
(Bis.)

Tout s'embellit des dons brillants de Flore,
Le doux printemps ramène les zéphirs;
De leurs baisers la rose se colore,
Et leur retour est celui des plaisirs.
La tyrannie, armant ses mains perfides,
Mit sur mon nom son terrible cachet;
Trop tôt ravi du fraternel banquet,
Mon front courba sous leurs coups homicides.
Que la céleste, etc.

Parfois je rêve une amante fidèle;
L'illusion, image du bonheur,
En m'éveillant, me transporte près d'elle;
Mais un soupir vient dissiper l'erreur.....
Mordant mes fers, je déteste la vie;
Victime, hélas! d'un sort immérité;
Mais je suis fou!... Reprenons ma gaîté:
Souffrir n'est rien, quand c'est pour sa patrie!
Que la céleste, etc.

Pourtant, bien jeune, et brillant d'espérance,
Je fus plongé dans cet affreux séjour;
Je me résigne et brave la souffrance,
La mort sur moi doit s'arrêter un jour!
Là, je l'attends, et si demain l'orage
Doit par des flots me ramener au port,
Sans redouter les atteintes du sort,
Je redirai, m'élançant sur la plage:
Que la céleste, etc.

A. H.