Avantages et Bénéfices du Colon.
Le troisième agent de notre œuvre de colonisation à production élevée, c'est le colon, qui, avec sa famille, apporte à son exécution le puissant levier de la production, le travail, troisième facteur de notre formule économique. Le colon a donc un droit incontestable à la répartition de la richesse produite avec son concours. Cette part de richesse doit lui être accordée libéralement, largement, car c'est lui qui crée cette richesse avec ses bras et son intelligence, le capital n'étant que l'instrument du travail et la terre la matière à élaborer. Nous dirons même que le principal objet du colonisateur doit tendre à assurer la richesse du colon, car, de ce résultat ressortiront le prestige de l'opération, le succès de l'entreprise, la solution du grand problème d'économie sociale, l'extinction du paupérisme agricole européen.
Dans notre mode de répartition des profits, il est accordé au colon des avantages importants et des bénéfices grands et assurés:
1o Les avantages sont les suivants:
Avance de passage d'Europe aux colonies argentines;
Concession après cinq ans, à titre de propriété, d'un domaine de cinquante hectares, avec une maison d'habitation composée de deux pièces;
Avance de farines pour la subsistance de la famille durant la première année, des semences, une charrue, un char à quatre roues.....
Livraison, à titre de cheptel, de troupeaux d'animaux, savoir: 500 brebis, — 20 vaches, 5 juments, dont la moitié du produit lui appartiendra;
Le colon sera placé près d'un chemin de fer, conséquemment, transport facile des personnes, des marchandises, des produits agricoles aux grandes places commerciales et aux ports de mer de Buenos-Ayres, Bahia-Blanca, Saint-Antoine.
Il jouira des mêmes avantages sociaux qu'en Europe, de la liberté et de l'administration communale; avec une école pour l'instruction des enfants, une église pour ses pratiques religieuses;
Chaque colonie sera pourvue d'un magasin commercial pour la vente de divers denrées, de ferretterie, de quincaillerie, d'ustensiles de ménage et d'outils agricoles;
Il sera exempt, pendant dix ans, de la contribution directe (article 114 de la loi de colonisation);
Il sera libre dans son industrie, avec la seule condition de remplir les obligations du contrat.
2o Les bénéfices sont les suivants; ils résultent de la situation avantageuse faite au colon:
Tout le produit de l'industrie agricole et de tout autre appartiennent au colon;
La moitié du produit de l'élevage du bétail lui appartient durant cinq ans; nous avons vu plus haut que le chiffre de la moitié de ce produit pouvait être calculé à 14,000 francs pour les cinq ans.
Nous terminons ici l'exposition de notre système de colonisation à production élevée, à appliquer aux territoires immenses et de fertilité reconnue de la République Argentine. L'objet de notre travail consiste à ouvrir au cultivateur pauvre européen, une voie de salut praticable, facile à parcourir, qui lui permette d'échapper au goufre béant de la misère vers lequel il est entraîné, et de s'élever par son travail à l'aisance pour lui, à la fortune pour ses enfants. À cet effet, le gouvernement argentin nous offre libéralement, largement, la terre: ce qui est beaucoup, car cette libéralité est le pivot de notre combinaison, sa grande étendue permettant au capital d'élever son action productive à un degré de rémunération tel que toute autre opération ne saurait atteindre, et cela par le fait de l'adjonction à l'industrie agricole du colon, de l'industrie de l'élève du bétail, organisée sur une grande échelle: complétant ainsi l'outillage du travailleur agricole. Pour ce grand service rendu, nous devions au capital une large part dans la répartition des produits; c'est ce que nous avons fait, comme on l'a déjà vu, en nous conformant aux usages dans la pratique du cheptel et aux principes économiques. Donc, toute idée d'exploitation doit être écartée, et les énormes bénéfices que fait l'entreprise ne doivent être attribués qu'à l'importance du capital employé, à son application, à la multiplicité des opérations (40 par colonie), et à la combinaison bien ordonnée des trois facteurs: terre—travail—capital, élevés à leur puissance, et dont la résultante production (m) devait être la conséquence nécessaire.
Jamais, nous osons le dire, système de colonisation n'a été établi sur des bases aussi bien définies, aussi clairement déterminées et d'une aussi grande puissance de production; jamais entreprises de colonisation n'auront donné de si considérables résultats, jamais colons n'ont obtenu des conditions aussi avantageuses; jamais gouvernement n'a fait des concessions si libérales, mais aussi n'aura recueilli des résultats aussi grandioses.
Jamais capital aussi bien garanti, doté d'un intérêt satisfaisant et d'une prime équitable, n'aura produit une rémunération aussi considérable pour le service rendu durant la courte période de cinq ans. Jamais enfin situation aussi favorable n'a été offerte à la population agricole européenne pauvre.
Nous pourrons donc voir se réaliser, à une époque peu éloignée, les belles paroles prophétiques d'un notable écrivain de l'Amérique du Sud: «La rédemption de la race blanche se trouverait dans l'acquisition morale de tout un monde riche et vierge, d'un monde qui donnerait terre, travail, fortune.»
Andres LAMAS.
(Notice sur l'Uruguay).
C'est donc une œuvre philanthropique et économique de haute importance que nous conseillons d'entreprendre. Quand à ses résultats heureux, nul ne peut les contester. Les bénéfices, si réduits qu'ils soient ne peuvent se nier. Un fait incontestable, c'est l'intérêt dix pour cent par an et la prime de vingt pour cent sur le capital, alloués par la loi argentine au capital employé à la colonisation hypothéquée sur l'avoir mobilier et immobilier avancé au colon et sur une grande concession de terrain qui devient propriété de l'entreprise, dès le moment de l'installation de la colonie, c'est-à-dire au moment de l'application du capital.
Quant à nous, ouvriers de la première heure, dans ce genre d'entreprise de colonisation dans la République Argentine, notre conscience satisfaite nous dit que nous faisons une bonne œuvre et une bonne action.
Auguste BROUGNES,
Docteur en médecine, propriétaire du domaine de
Caixon, près Vic-Bigorre (Hautes-Pyrénées).
Caixon, le 20 novembre 1882.