HUITIÈME DISCOURS.
Justin paraît soucieux: son ame en demande la cause.—Mon ame, c'est le monde et la fortune; c'est l'envie qui poursuit les gens de bien. Depuis que je suis honnête homme, chacun me tombe sur les épaules; il me faudra changer de quartier.—Justin, prends garde de ne pas confondre deux choses fort distinctes, l'envie et la haine. Si tu excites l'envie, c'est que tu es heureux; alors ne te plains pas: si tu excites la haine, c'est qu'il y a de ta faute; en ce cas, corrige-toi.—Mais de quoi?—Ah! je t'y prends; il te faut premièrement corriger de la bonne opinion que tu as de toi-même, et qui t'est commune avec presque tous les vieillards. Rien de si propre à t'attirer la haine des voisins, et c'est la véritable cause de tes soucis; mais n'en prends pas de chaudes alarmes. Les ennemis ont leur utilité comme les amis pour qui sait s'en servir: il est bon d'avoir des uns et des autres afin que d'où la honte ne te saurait retirer, la crainte t'en recule. Suivent d'autres réflexions excellentes sur l'utilité des ennemis.