DEUXIÈME PARTIE.

La Prudence est la seconde déesse que j'emploie pour vous rendre digne de vos destinées.—Elle vous fera philosopher en roi et régner en philosophe;—elle vous fera bannir les étrangers de l'administration de vos États.—Un étranger (ceci paraît écrit contre Mazarin), un étranger à votre service n'est communément qu'un mercenaire.—Vous ne dépendez ni du pape, ni de l'empereur. Les honneurs que vous faites à l'empereur dans les cérémonies ne sont qu'un hommage de déférence rendu à la dignité impériale; et quant à votre soumission au pape, elle est purement spirituelle comme sa souveraineté qui, hors des États romains, n'a rien de temporel.—Une excommunication employée dans les affaires de ce monde n'est rien.—Le pape ne peut jamais délier vos sujets du serment de fidélité.—Il n'y a que les trois États de votre royaume assemblés qui le puissent faire, si vous les voulez contraindre à devenir idolâtres, si vous êtes leur tyran au lieu d'être leur père, si vous violez les lois fondamentales de votre pays.—Réunissez les immenses domaines ecclésiastiques à votre domaine royal, et chargez-vous, suivant de certaines règles de justice et de contenance, de l'entretènement des prêtres, moines, etc.—Conservez votre grand conseil, mais supprimez les charges surnuméraires.—Confiez la justice à l'ordre démocratique.—Bannissez de vos parlemens les ecclésiastiques et les seigneurs.—Remplacez les trésoriers de France par des élus et multipliez les siéges d'élection.—Abrégez la forme des procès.—Imposez les professions, les dignités, les États, les écoles, les bois, le sel, etc.—Connaissez l'état de toutes choses et de toutes personnes en fonction dans votre royaume.—Donnez vos emplois d'ambassadeurs aristocratiquement, et démocratiquement ceux de justice et d'administration.—Soyez magnifique en édifices publics utiles.—Finissez le Louvre.—Soyez libéral.—Mariez les filles de vos officiers militaires pauvres.—Ne dépensez rien en bagatelles somptueuses.—Ne soyez avare que du sang des hommes.—Faites la guerre aux fainéans et aux célibataires, tant agynes qu'anandres, c'est à dire sans femmes ou sans hommes, etc.