ÉSOPE EN BELLE HUMEUR.
(1 vol. in-12, figures).
(1690-93—1700.)
Il y a deux éditions de ce livre, uniquement recherché pour ses jolies gravures, la première de Michiels, Amsterdam, 1690-93, en un volume in-12; la seconde, beaucoup plus ample et mieux exécutée, renfermant deux tomes en un volume in-12 également, Bruxelles, Foppens, 1700. Cette dernière contient une courte vie d'Esope et une table des fables. L'ouvrage est plutôt une imitation qu'une traduction, tantôt en vers, tantôt en prose, des fables d'Esope, composée par Jean Bruslé de Montplainchamp, chanoine de Sainte-Gudule de Bruxelles, mort vers 1712, biographe médiocre du duc de Mercœur, de don Juan d'Autriche, d'Emmanuel Philibert, duc de Savoie, d'Alexandre Farnèse et de l'archiduc Albert. Jean Bruslé est encore plus mauvais fabuliste que biographe, soit qu'il invente, soit qu'il traduise. On lit, à la fin de la première édition de l'Esope en belle humeur, l'énigme fameuse de Boursault: Je suis un invisible corps, etc., etc., étendue et gâtée. Laquelle des deux est l'originale? c'est un procès à juger entre deux esprits passablement cyniques, dont l'un est très fin et l'autre l'est très peu. Voici un des quatrains de l'énigme de Jean Bruslé que Boursault n'eût pas écrit:
Je n'ay ni lustre ni splendeur;
J'ai des sœurs qui donnent à boire;
Je suis en fort mauvaise odeur;
Pourtant l'on parle de ma gloire.
LES HÉROS DE LA LIGUE,
OU
LA PROCESSION MONACALE,
Conduite par Louis XIV pour la conversion des protestans de son royaume. A Paris, chez Père Peters. (Hollande) à l'enseigne de Louis le Grand. ↀ.ⅮC.LXXXXI.
(1691.)
C'est un volume petit in-4o contenant 24 figures en charge, gravées à la manière noire, qui représentent les bustes des divers personnages accusés de la révocation de l'édit de Nantes. Il n'y a point d'autre texte que les quatrains placés au bas de chaque figure, et un sonnet final où les réfugiés, s'adressant à leurs persécuteurs, menacent Louis XIV du sort de Jacques II. Voici les noms des personnages, figurés en moines ridicules ou atroces:
1o. Louis XIV. A face de soleil, une torche à la main.
2o. Le Père Lachaise.
3o. Le roi Jacques Déloge (Jacques II).
4o. Le Père Peters, jésuite, confesseur de Jacques II.
5o. Guillaume de Furstemberg (Guillaume Egon, prince de Furstemberg, évêque de Strasbourg, après son frère, et comme lui très zélé pour déraciner le protestantisme en Alsace, mort à Paris, en 1704, abbé de Saint-Germain-des-Prés).
6o. L'archevêque de Reims, Asne Mitré (Le Tellier).
7o. L'archevêque de Paris (François de Harlay de Champ-Vallon, prélat éloquent et vigoureux, connu par son ardeur contre les dissidens, protestans et jansénistes).
8o. L'évêque de Meaux (Bossuet). Qui peut se croire à l'abri des caricatures quand la figure d'un tel homme a été parodiée?
9o. L'évêque de Saintes (Guillaume de la Brunetière, fils d'Antoine de la Brunetière, seigneur du Plessis de Gesté, se fit remarquer, particulièrement en l'année 1685, si tristement fameuse, par son activité à poursuivre l'hérésie calviniste. Il mourut en 1702, le 2 mai).
10o. Le Père Maimbourg (jésuite, bel esprit, grand buveur, historien du calvinisme et du luthéranisme, aussi bien que des croisades, ni plus ni moins).
11o. Le chancelier Le Tellier.
12o. Le marquis de Louvois.
13o. Le maréchal de Boufflers, général de la dragonnerie.
14o. Marillac, intendant du Poitou.
15o. La Rapine, le directeur de Valence et d'Acepline.
16o. Bâville (intendant du Languedoc. Il eut de grands talens, mais sa férocité envers les calvinistes des Cévennes lui fit donner le surnom de Néron des montagnes. Il était fils du vertueux Guillaume de Lamoignon, premier président au parlement de Paris).
17o. Pélisson, qui a laissé sa religion pour avancer ses affaires.
18o. Demevin, qui fut cassé de son intendance de Rochefort pour avoir outré la persécution des huguenots.
19o. Beaumier, advocat à La Rochelle, persécuteur perpétuel.
20o. Du Vigier, conseiller au parlement de Bordeaux, qui perdit au jeu ce qu'il avait gagné contre les protestans.
21o. M. Le Camus, lieutenant civil du Châtelet de Paris.
22o. De la Reinie, persécuteur du peuple et des huguenots. (Cette désignation est injuste à l'égard d'un magistrat vigilant, habile et intègre, à qui la capitale doit sa bonne police. Gabriel Nicolas, seigneur de la Reinie, premier lieutenant-général de police qu'ait eu Paris, mourut en 1709 à quatre-vingt-cinq ans.)
23o. Le commissaire de la marine, douce mine et fin renard.
24o. Madame de Maintenon, veuve de Scarron.