SECOND DIALOGUE.
Mon père, quelle divine religion que la nôtre! Si j'eusse été huguenot, je serais bien bourrelé à cette heure, car qui me dirait que je fusse absous? au lieu que vous m'assurez que je le suis. Cependant j'ai une difficulté; pensez-vous que, si je fusse mort hier sur la confession que je vous ai faite, j'eusse été sauvé?—Sans nul doute, sire; je vous trouve aujourd'hui une foi bien vacillante.—En ce cas, vous avez une grande puissance.—Je l'avoue, mais enfin nous l'avons. Dominus tribuit, ainsi que le dit Pierre Lombard, le maître des sentences.—Toutefois, j'ai une difficulté; vous m'avez donné pour pénitence de quitter deux fois la semaine mes plaisirs accoutumés, et ces plaisirs-là m'ont quitté d'eux-mêmes; je n'ai donc point de mérite à cet égard.—Vous en avez, sire, également; l'intention vaut l'acte.—Que vous me donnez de consolations!—Sire, je vous prédis que vous aurez l'empire de l'Europe, pourvu que certaines gens que je connais soient morts.—Mais, mon père, il y a de la lâcheté à empoisonner ou assassiner ceux avec qui l'on est en guerre.—Vains scrupules! nos casuistes sont tous d'accord sur ce point, que l'on peut tuer son adversaire. Nous avons bien fait ce que nous avons pu, nous autres, pour étouffer, dès sa naissance, ce crocodile de prince d'Orange; et il n'a pas tenu à notre volonté que ce roi-là ne finît quasi avant d'avoir commencé.—Vous l'appelez roi, mon père?—C'est machinalement. Du reste, il ne sera jamais le vrai roi de la Grande-Bretagne, aussi vrai qu'il l'est que Jacques II le sera toujours à Saint-Germain.—Vous avez beau dire, j'enragerais si l'on venait à dire, dans mon histoire, que j'ai fait assassiner ou empoisonner le prince d'Orange.—Enragez donc tout votre soûl; car les écrivains ne manqueront pas de dire que vous avez essayé de le faire.—J'en tombe d'accord.—Sire, un roi doit se mettre au dessus de tout.