XXV
LE SEIGNEUR NICOLAS
Le lendemain, Pontis, qui était tout rêveur et singulièrement préoccupé, demanda au frère Robert, lorsqu'il rendit sa visite à Espérance, s'il ne serait pas possible d'échanger la chambre du premier étage contre une autre au rez-de-chaussée, attendu que le blessé auquel on permettrait bientôt quelques pas dans le jardin, n'aurait plus d'escalier à descendre.
Frère Robert répondit que précisément au-dessous, au rez-de-chaussée, se trouvait une chambre moins belle sans doute et dont le lit n'était pas historique, mais qui offrirait à ces messieurs la facilité qu'ils désiraient.
La journée fut employée au transport d'Espérance dans cette nouvelle chambre. Le soir, Espérance venait de se remettre au lit, après quelques heures passées sur un fauteuil; c'était la première faveur de son médecin. Il était un peu las, un peu étourdi. Il avait besoin de repos, et, ni les charmes puissants de la soirée, si belle et si fraîche, ni l'attrait d'une collation préparée par Pontis ne réussissaient à le distraire des promesses d'un bon sommeil.
—Tu souperas seul, près de mon lit, dit-il à son compagnon; tu me conteras quelque bonne histoire, pendant laquelle je m'endormirai. Allons, installe toi à table, et fais honneur au bon vin du couvent, toi qui n'as pas été blessé par M. la Ramée.
Pontis posa un doigt sur ses lèvres.
—Silence! dit-il; à présent que nous sommes au rez-de-chaussée, il faut parler bas. Non, dit-il, je ne souperai pas: merci.
Espérance le regarda, étonné.
—Je vous demanderai même, ajouta Pontis, la permission de rester à la fenêtre, et par conséquent de tenir la fenêtre ouverte. Tâchez de vous garantir du frais pour ce soir, mais il faut que la fenêtre reste ouverte.
—Je ne comprends pas, mon cher Pontis.
—Plus tard, plus tard, dit le garde.
—Ah çà, mais, s'écria Espérance en se soulevant, tu as depuis hier des allures de mystère qui m'étonnent. Hier soir, tu regardais déjà comme aujourd'hui par la fenêtre de notre ancienne chambre; tout à coup je t'ai vu te pencher, observer, puis faire le plongeon, puis éteindre la lampe et recommencer à guetter.
—C'est vrai, dit Pontis agité.
—Et aujourd'hui, ton refus de souper, cette demande d'ouvrir la fenêtre….
Pontis prit la lampe qu'il cacha tout allumée dans l'alcôve d'Espérance, de façon à tenir la chambre obscure, sans se priver pour cela de lumière à l'occasion.
—Voilà que tu recommences ton manège … Il y a quelque chose,
Pontis!
—Sambioux! s'il y a quelque chose, répliqua le garde à voix basse. Mais il y a des choses qui ne regardent pas les gens blessés, les gens à qui les émotions peuvent nuire.
—C'est donc bien terrible, ce qu'il y a?
—Cela peut le devenir.
—Serait-ce pour cela que tu as demandé au frère Robert de nous déménager, car le prétexte de l'escalier m'a paru un peu frivole.
—Il y a un fait, monsieur Espérance, c'est qu'au premier étage on a plus de chemin à faire qu'au rez-de-chaussée, si l'on veut tout à coup sauter dans le jardin.
—Eh! mon Dieu! sauter dans le jardin! Vite, vite, conte-moi ce dont il s'agit.
—Plus tard! après l'événement.
—Tu vois bien qu'en me tenant ainsi en haleine, tu me fais cent fois plus de mal; l'impatience est une fièvre. Tu me donnes la fièvre.
—Eh bien! voici, monsieur Espérance.
Espérance l'arrêta.
-Avant tout, nous sommes convenus que puisque je t'appelle Pontis, tu m'appelleras Espérance; pas de monsieur.
—C'était le respect… Mais puisque vous le voulez absolument, j'en raconterai plus vite.
—Qu'y a-t-il?
—Il y a que, depuis deux jours, chaque soir, un homme se glisse dans le parterre.
—Quel homme?
—Si je le savais, je vous prie de croire que je n'aurais ni ce frisson, ni cette incertitude.
—Il faut prévenir les frères….
—Ah! bien oui, pour me faire manquer mon coup. Non pas, non pas!
—Quel coup!
—L'homme apparaît là-bas, tenez, au bout du petit mur. Vous saisissez bien la topographie, n'est-ce pas?
—Parfaitement. J'ai passé aujourd'hui toute la journée derrière la fenêtre, et j'ai vu, j'ai admiré ces beaux jardins.
—Vous savez que nous avons en face le bâtiment neuf.
—Où l'on se querelle?
—Oui, ces oiseaux méchants qu'on appelle femmes. Eh bien! ce bâtiment est tout a fait séparé du couvent par un mur, ce mur couvert de ces beaux pêchers….
—Fort bien. Mais cependant une porte ouvre dans ce mur pour communiquer de la cour aux bâtiments neufs.
—Porte fermée du côté des habitants du pavillon. Ce ne peut être par là que se glisse l'homme en question. Non. Il vient de droite, comme s'il entrait par le couvent.
—Mon Dieu, tu te tourmentes bien vainement. Partout où il y a des femmes, il vient des hommes. Qui dit femme dit intrigue. Qui dit homme, dit papillon nocturne, phalène. Quelque lumière brille dans ce bâtiment neuf, ne fût-ce que dans les yeux de ces femmes, vite une phalène arrive, et s'y mire en attendant qu'elle s'y brûle.
—Oh! je me suis fait tous ces raisonnements-là, répondit Pontis, et avec des variantes beaucoup moins flatteuses pour les femmes. Mais il faut bien se rendre à l'évidence. Si l'homme en question venait pour les gens du bâtiment neuf, c'est au bâtiment neuf qu'il irait, n'est-ce pas?
—Je crois que oui.
—Eh bien! pourquoi l'ai-je vu hier sous nos fenêtres à nous?
—Ah! fit Espérance.
—Regardant, marchant comme un chien d'arrêt qui sent le gibier, faisant le gros dos et choisissant les touffes de lilas ou les orangers pour s'y cacher.
—C'est bizarre.
—Vous croyez que cet homme vient pour le bâtiment neuf, et moi je crois qu'il vient pour nous.
Espérance se redressa.
—Cherchez bien, dit Pontis, si quelqu'un n'a pas intérêt à savoir ce qu'est devenu M. Espérance depuis son singulier départ d'un certain balcon caché sous les marronniers.
—Mais, oui; tu as raison.
—Cherchez bien si quelqu'un n'a pas un intérêt plus cher encore à finir ici ce qui a été si bien commencé là-bas; c'est-à-dire à défaire tout le bel ouvrage de nos bons génovéfains, et à remplacer M. Espérance, le ressuscité, par un beau jeune homme tout à fait et à jamais couché dans la bière.
—Pontis! murmura Espérance, tu n'as pas eu en ce cas une bien heureuse idée en nous logeant à la portée du bras de ce misérable.
—C'est que j'ai voulu le mettre à la portée du mien. Or voici mon idée. Si le rôdeur nocturne est, comme je le suppose, la Ramée ou un de ses complices, il reviendra, il s'embusquera au même endroit, il aura même fait quelque amélioration à son plan, afin de se rapprocher de nous. Tout à coup je lui tombe sur le dos par cette fenêtre, qui n'est qu'à trois pieds du sol. Ce sera un joli coup d'oeil, mon bon monsieur, mon cher Espérance! un coup d'oeil qui ne vaudra pas certainement le spectacle de Crillon sur la brèche, mais tant vaut l'homme, tant vaut la terre; tout est relatif, du creux de votre lit vous aurez de l'agrément.
—Oh! j'en serai, dit Espérance, avec une sombre colère.
—Vous me ferez le plaisir de rester coi, calme, et de ne pas seulement accélérer d'une pulsation les battements de votre coeur. Je ne cours pas le moindre danger; je n'y mettrai pas la moindre courtoisie. Quand on a affaire à un pareil assassin, on ne met pas des gants de gentilhomme. Voici la marche: boum! je saute; crac! je le saisis à la gorge pour bien constater son identité; prrr! je lui passe mon épée au travers du corps jusqu'à la garde. Et je ne vous demande qu'un quart de minute pour faire tout cela.
—D'ailleurs, ajouta Pontis, il faut tout prévoir. Si dans ce combat, le malheur voulait que je fusse vaincu—c'est difficile, c'est impossible,—mais avec les lâches il faut toujours redouter quelque trahison: le pied peut me glisser; je puis m'enferrer dans quelque couteau dont ces coquins ont toujours plein leurs poches; en ce cas, prenez ma dague; vous aurez toujours bien assez de force pour la tenir droite de vos deux mains comme un clou. Le bandit, après m'avoir terrassé, viendrait vous achever. Il rencontrera la pointe et terminera ses destins, comme on dit, entre vos bras. Si je respire encore, avertissez-moi par un cri, et mon dernier souffle sera un joyeux éclat de rire.
—Que d'imagination! allait répondre Espérance.
Neuf heures sonnèrent à la chapelle du couvent.
—Chut! dit Pontis, silence absolu d'abord! c'est à peu près l'heure.
Pontis s'agenouilla devant la fenêtre ouverte, après avoir enveloppé Espérance dans ses rideaux et lui avoir mis le poignard dans les mains.
La nuit était magnifique. Les fenêtres du bâtiment neuf scintillaient des premiers rayons de la lune; tout le jardin attenant au couvent était plongé dans une obscurité d'autant plus profonde.
La tête seule de Pontis dépassait l'appui de la croisée; encore l'avait-il cachée derrière un gros vase de faïence à fleurs qui contenait des plantes grasses.
Espérance, lui aussi, passait sa tête curieuse par l'ouverture de ses rideaux, et avait allongé hors du lit son bras armé.
Pontis, comme un braconnier à l'affût, étendit derrière lui sa main droite, ce qui voulait dire à Espérance:
—Je vois quelque chose.
En effet, un homme dont les longues jambes arpentaient le sentier près du mur, dont le gros dos se courbait comme pour laisser moins de prise à la lumière du ciel, traversa le parterre et entra dans l'allée bordée d'orangers, qui longeait le bâtiment du couvent.
Il vint s'arrêter à vingt pas de la fenêtre où guettait Pontis.
On eût pu entendre craquer ses pas sur le sable.
Le coeur des deux jeunes gens battait de telle force qu'en dépit de toutes les précautions de Pontis, la santé d'Espérance ne devait pas s'en trouver meilleure.
L'homme s'accroupit derrière un oranger dont la vaste caisse le cachait tout entier, puis, après des regards multipliés qu'il adressait, tantôt devant, tantôt derrière, soit au zénith, soit au nadir, comme font les passereaux qui craignent d'être pris en flagrant délit de vol, il se rapprocha de la maison, à une distance de cinq ou six pas de la fenêtre.
Pontis, bouillant d'impatience, de colère, de toutes les passions féroces qui allument chez l'homme la soif du sang naturelle aux tigres, n'attendit pas plus longtemps. Son épée nue dans les dents, se ramassant pour prendre un élan plus nerveux, il alla sauter presque sur le dos du mystérieux visiteur, le saisit d'une main à la gorge, selon son programme, de l'autre à la ceinture, et l'élevant en l'air, l'apporta et le jeta comme une masse dans la chambre d'Espérance. En un clin d'oeil il ferma la fenêtre, et approchant ses yeux ardents du visage de l'ennemi dont sa pointe menaçait la coeur:
—Nous te tenons, brigand! murmura-t-il.
Espérance dégagea promptement la lampe de l'alcôve. et alors s'offrit à leurs yeux un bien curieux spectacle.
—Ce n'est pas lui! s'écria Espérance en apercevant une maigre et bizarre figure, hideuse de pâleur et d'effroi, un dos voûté, des genoux cagneux qui s'entre-choquaient avec épouvante.
—C'est un bossu! dit Pontis.
—Sans armes! ajouta Espérance.
—Oui, sans armes, messieurs, sans armes et sans mauvaises intentions, articula faiblement une voix chevrotante, tandis que les jambes se redressaient, que l'homme se relevait et que les deux amis le considéraient, prêts à éclater de rire en présence de cette cigale qu'ils trouvaient à la place de l'hydre.
Pontis mit son épée sous son bras, ajusta ses cheveux hérissés, et dit à l'étranger:
—D'abord, qui êtes-vous?
—Un honnête gentilhomme, monsieur.
—Il me semble que les honnêtes gens ne se promènent pas la nuit en rampant dans les jardins. Vous me faites plutôt l'effet d'un voleur.
L'étranger tira de sa poche une énorme bourse dont la rotondité, la sonorité métallique firent dire à Pontis:
—Ce n'est point en effet la bourse d'un voleur; mais cependant, vous ne méditiez pas une bonne action en rôdant ainsi sous nos fenêtres!
—Vos fenêtres, dit l'étranger… Ah! monsieur, ce n'était pas à vos fenêtres que j'en voulais.
—Cependant, vous étiez dessous.
~-Parce que, monsieur, c'est d'ici qu'on peut le mieux guetter l'endroit où je guettais.
—Quel endroit?
—La petite porte du bâtiment là-bas, celle qui donne dans le jardin.
—Le bâtiment neuf? dit Espérance, se mêlant pour la première fois à l'entretien, celui où il y a des femmes?
—Précisément, monsieur, répliqua l'étranger en adressant un salut courtois au malade, qui le lui rendit civilement.
—Quand je te disais, ajouta Espérance en regardant Pontis. Monsieur vient pour….
—Bah!… interrompit Pontis brutalement, car il lui en coûtait trop
d'abandonner ainsi tout de suite ses beaux rêves de vengeance.
Monsieur ne nous fera pas accroire qu'il muguettait au bâtiment neuf.
Un amant, avec ce dos et ces jambes!
—Pontis!… dit Espérance.
L'étranger fit la grimace pour essayer de bien prendre la plaisanterie et répondit:
—Ce n'est pas comme amant, monsieur, que je viens, c'est comme mari.
—Ah! s'écrièrent les deux jeunes gens, dites-nous donc cela tout de suite.
—Vous guettez votre femme? ajouta Pontis.
—Ma future femme.
—Une personne qui criait l'autre jour très-fort contre un homme assez vieux?
—Mon futur beau-père, le comte d'Estrées, dit l'étranger. Quant à moi, messieurs, je ne suis pas un voleur, comme vous avez pu vous en convaincre, ni un homme de mauvaises moeurs; je m'appelle Nicolas d'Armeval de Liancourt.
—Très-bien! très-bien! monsieur; prenez donc la peine de vous asseoir, s'écria Pontis en offrant un siège à l'étranger.
—Et recevez tous nos regrets, ajouta Espérance. Nous vous avions pris pour un malfaiteur.
—Nous avions formé le projet de vous massacrer, monsieur, dit Pontis. Ce m'est une joie sensible de vous voir sain et sauf. Une seconde de plus vous étiez mort.
Nicolas d'Armeval de Liancourt se frotta, en souriant, les genoux et le dos.
—Vous êtes peut-être froissé? demanda Espérance.
—Je le crains. Mais cela se passera. Il me restera, messieurs, l'éternel plaisir d'avoir fait votre connaissance.
Et il se frotta la peau de plus belle.
—M. de Pontis, dit Espérance en présentant son ami, garde de Sa
Majesté, favori de M. le chevalier de Crillon.
Nicolas d'Armeval se leva pour saluer.
—Le seigneur Espérance, l'un des plus riches gentilshommes de France, dit Pontis à son tour.
—Qui regrette que sa blessure ne lui permette pas de vous saluer debout, ajouta Espérance avec sa riante et séduisante physionomie. Mais maintenant que nous vous connaissons mieux, pourrions-nous faire quelque chose qui vous fût agréable?
Le seigneur de Liancourt se tournant vers les deux amis alternativement:
—Oui, messieurs, vous pourriez d'abord me laisser accomplir paisiblement la tâche que je m'étais imposée.
—De surveiller votre future femme? dit Pontis. Faites, monsieur, faites, et prenez-la en faute, monsieur, je vous le souhaite de tout mon coeur.
Nicolas d'Armeval salua gracieusement.
—Mais, dit Espérance, je ne vois pas bien ce que monsieur pouvait surveiller derrière cette caisse d'oranger. Le bâtiment où loge mademoiselle sa future est très-loin. De loin on voit mal.
—Messieurs, vous me paraissez de si aimables jeunes gens, dit le seigneur de Liancourt, que je me sens pour vous plein de confiance.
Il se frotta l'épaule avec une grimace de douleur.
—Nous la justifierons, dit Pontis.
—Il faut vous dire d'abord que M. d'Estrées et moi, nous désirons vivement ce mariage, mais que la future ne paraît pas aussi enchantée.
—Les jeunes filles ont parfois des caprices, dit Espérance.
—Mais savez-vous pourquoi Mlle d'Estrées me refuse?
Espérance et Pontis, après avoir toisé M. de Liancourt de la tête aux pieds, échangèrent un regard qui signifiait:
—Nous le devinons bien!
—Elle refuse, poursuivit le futur mari, parce qu'en ce moment quelqu'un lui fait la cour.
—Bah!
—Un très-grand personnage qui lui envoie des messagers, des billets.
—Êtes-vous bien sûr?
—L'autre jour j'en ai surpris un.
—Un billet?
—Non, un messager. Un homme trop connu, messieurs, pour qu'on ne le reconnaisse pas….
M. de Liancourt poussa un soupir.
—M. de la Varenne, dit-il.
—Le porte-poulets du roi? s'écria Pontis.
—Lui-même, dit piteusement le futur.
—Eh bien! alors le galant serait donc….
—Chut! dit M. de Liancourt en se tournant vers le jardin.
—Qu'y a-t-il?
—Pendant que nous causons, la chose que je voulais empêcher s'est faite.
—Quelle chose, cher monsieur Nicolas? demanda Espérance.
—Mlle d'Estrées avait dit au messager: « Demain, à neuf heures et demie, ma réponse à la petite porte! »
—Eh bien!
—Eh bien, j'avais projeté de m'embusquer, de surprendre la Varenne. Or, il est neuf heures et demie, la petite porte vient de se refermer et la réponse est donnée; je suis perdu.
—Bon! Cher monsieur, dit Pontis, vous rattraperez cela. Est-ce que vous vouliez tuer la Varenne, par hasard?
—Non, oh! non. Tuer un officier de Sa Majesté! non, certes, telle n'était pas mon intention.
—Je comprends, dit Espérance, vous vouliez profiter de la surprise pour tout rompre avec votre beau-père.
—Oh! pas davantage! rompre avec M. d'Estrées, perdre Mlle d'Estrées! une si charmante fille, un si beau parti!
—Alors, que vouliez-vous donc faire, demanda Pontis, voyant Espérance froncer le sourcil.
—Je voulais être sûr … bien sûr: cela m'eût servi plus tard.
Les deux jeunes gens se regardèrent.
—Ne vous affligez donc pas, répliqua Pontis, c'est comme si vous l'étiez.
—Je recommencerai mon épreuve, dit le seigneur d'Armeval, et maintenant que nous sommes amis, vous m'aiderez au besoin.
—Pour être désagréable à une femme, dit Pontis, il n'est rien que je ne fasse.
—Merci, merci, mon cher monsieur; et vous, seigneur Espérance?
—Moi, je suis blessé, je ne puis bouger de mon lit, dit Espérance d'un ton sec.
—Ainsi, je circulerai tant que je voudrai dans le jardin, la nuit, vous n'y ferez pas obstacle?
—Pas le moins du monde, répliqua Pontis
—Alors donc je m'en retourne pour cette fois, je serai plus heureux demain. Adieu, messieurs, adieu. Bonne santé, seigneur Espérance; gardez-moi le secret, n'est-ce pas?
—Oh! sambioux! je le jure, dit Pontis.
—Et moi non, murmura Espérance, tandis que le garde faisait repasser obligeamment le seigneur Nicolas par la fenêtre.
Pontis rentra en se frottant les mains.
—Bonne affaire, s'écria-il, voilà déjà que nous nous vengeons des femmes. Et d'une!
—Viens ici, Pontis, dit Espérance, tu parles comme un croquant, comme un bélître, comme un Nicolas d'Armeval, mais non comme un gentilhomme; assieds-toi près de moi, je vais te le prouver en deux mots.
—Tiens! dit Pontis surpris et calmé dans ses transports.
Et il s'assit au chevet d'Espérance.