III

COUPS DE THÉATRE

Sur un signe du frère parleur, les dames qui accompagnaient M. d'Auvergne s'avancèrent. Dieu sait la joie; elles étaient au comble de leurs désirs.

Henri se sentait trop heureux pour ne pas faire bon visage. Il accueillit gracieusement le comte d'Auvergne et salua les dames par un: «Voilà de bien aimables dames!» qui acheva de lui conquérir M. d'Entragues, déjà fort disposé au royalisme le plus ardent.

—J'ai l'honneur de présenter à Votre Majesté madame ma mère, ajouta le comte en désignant Marie Touchet.

Le roi connaissait l'illustre personne, il salua en homme qui sait pardonner.

—Mon beau-père, M. le comte d'Entragues, poursuivit le jeune homme.

Le beau-père se courba en deux parties égales.

—Et mademoiselle d'Entragues, ma soeur, acheva le comte en prenant par la main Henriette, toute frémissante sous l'oeil attentif du roi.

—Une personne accomplie, murmura Henri, qui parcourut en connaisseur la toilette et les charmes de la jeune fille.

M. le comte d'Auvergne se rapprochant du roi avec un sourire:

—Votre Majesté, dit-il, la reconnaît-elle?

—Non, je n'avais jamais vu tant de grâces.

Le comte se pencha à l'oreille d'Henri, et lui dit tout bas:

—Votre Majesté ne se souvient donc pas du bac de Pontoise et de cette jolie jambe qui nous occupa si longtemps.

—Si, pardieu! s'écria le roi, voilà que je me rappelle. Eh bien, est-ce que cette charmante jambe….

—Ce jour-là, sire, Mlle d'Entragues, revenant de Normandie, eut l'honneur de se rencontrer à Pontoise sur le chemin de Votre Majesté.

—Vous ne me l'avez pas dit, d'Auvergne.

—Je ne connaissais point encore ma soeur.

Pendant toute cette conversation, pour le moins singulière, Henriette, les yeux baissés, rougissait comme une fraise. M. d'Entragues faisait la roue, et Marie Touchet, dans sa gravité majestueuse, feignait de ne rien entendre, pour être moins gênée et n'être pas gênante.

Le roi, que deux beaux yeux enivraient toujours, comme certains vins capiteux qu'on fuit et qu'on aime, s'écria:

—Vous avez bien fait, d'Auvergne, de ne pas être avare de vos trésors de famille; d'autant mieux que la présence de ces dames ici dément certains bruits de ligue mal sonnants avec les noms d'Entragues et de Touchet.

Ce fut au tour des grands parents à rougir.

—Sire, balbutia M. d'Entragues, Votre Majesté pourrait-elle soupçonner un seul instant notre respectueuse fidélité?

—Eh! eh!… en temps de guerre civile, dit le roi avec un sourire, qui peut répondre de soi?

—Sire, répondit Marie Touchet solennellement, le roi catholique est le roi de tous les bons Français, et nous avons fait quatre lieues à cheval pour venir le déclarer à Votre Majesté.

—Eh bien, s'écria gaiement Henri, à la bonne heure; j'aime cette réponse, elle est franche. Hier, je n'étais pas bon à jeter aux Espagnols; aujourd'hui, Vive le roi! Ventre saint-gris! vous avez raison, madame; et mon abjuration, ne m'eût-elle valu que d'être reconnu et salué des belles dames, je m'en réjouirais encore. Allons, allons, aujourd'hui n'est plus hier; enterrons hier, puisqu'il ne plaisait point à mes belles sujettes.

—Vive le roi! s'écria M. d'Entragues en délire.

—Oh! le roi, d'un seul mot, gagne les coeurs, dit Marie Touchet d'un air précieux qui eût donné de la jalousie à Charles IX, et contraria Henriette.

—Mademoiselle ne parle pas, fit remarquer le roi.

—Je pense beaucoup, sire, répliqua la jeune fille avec un regard près duquel ceux de sa mère n'étaient que feux follets.

Le roi, que toutes ces escarmouches galantes transportaient d'aise, remercia Henriette par un salut plus que courtois.

—Il me semble que nous allons bien, murmura le comte d'Auvergne à l'oreille de M. d'Entragues.

Frère Robert, qui pendant cette scène avait tout vu sans paraître rien voir, détacha un des religieux pour annoncer au roi que le couvert était mis.

—C'est vrai; j'oubliais la faim dit Henri avec une galanterie à double adresse. La collation attend; venez mesdames; la route doit vous avoir bien disposées. Nous goûterons le vin du couvent.

Cette invitation faillit suffoquer les Entragues. L'orgueil, l'avarice et la luxure se regardèrent radieux suant la joie par tous les pores. Déjà ils se croyaient couronnés.

—Et voici une charmante hôtesse qui nous en fera les honneurs, continua Henri en désignant Gabrielle qu'on voyait s'avancer splendidement belle sous l'allée ruisselante d'un soleil qu'elle effaçait.

La scène changea, les Entragues pâlirent; Henriette fit un pas involontairement, comme pour combattre cette rivale qui arrivait. Elle en dévora les traits, le maintien, la taille, les mains, les pieds, la parure en un seul coup d'oeil, empreint de toute sa haine intelligente et, de pâle qu'elle était, Henriette devint livide, car tout ce qu'elle venait de voir était incomparable, inattaquable, parfait.

M. d'Entragues, effrayé, dit tout bas à son beau-fils:

—Qui est celle-là?

—J'ai bien peur que ce ne soit la nouvelle passion du roi, dit le comte, cette d'Estrées dont je vous parlais.

—Elle est bien aussi, murmura M. d'Entragues, n'est-ce pas, madame?

—Elle est blonde répliqua Marie Touchet avec un dédain qui ne rassura pas ces messieurs.

Le roi était allé prendre la main de Gabrielle et l'avait amenée à table. Les dames frissonnèrent de rage lorsque Henri, au lieu de leur présenter Gabrielle, les présenta elles-mêmes à la jeune femme, qui salua la compagnie avec une grâce modeste et une sécurité plus désespérante encore que sa beauté.

Le roi s'assit, plaçant Gabrielle à sa droite, Marie Touchet à sa gauche. Henriette s'alla mettre en face, entre son père et son frère. Elle avait la ressource de plonger ses regards comme des coups d'épée dans l'âme de cette inconnue, qui venait lui voler sa place à la droite du roi.

Henri, s'étant fait verser a boire:

—Je bois, dit-il d'abord, au bonheur de la nouvelle marquise de Liancourt, qui s'appelait hier mademoiselle d'Estrées.

Chacun dut imiter le roi; mais Henriette ne toucha pas même son verre de ses lèvres.

—Il va falloir déraciner cette fleur avant qu'elle n'ait pris croissance, murmura le comte d'Auvergne bas à sa mère, tandis que le roi souriait à Gabrielle, brusquez, et tranchez!

—Sire, dit Marie Touchet, notre visite avait un double but. Il s'agissait non-seulement de présenter nos humbles félicitations à Sa Majesté,—c'était là nous obliger nous-mêmes,—mais d'offrir au roi nos services au moment de la campagne qui va s'ouvrir. Il se répand partout que Votre Majesté marche contre Paris, or le roi n'a ni camp formé, ni quartier général digne d'un si grand prince.

—C'est vrai, dit Henri, sans comprendre encore le but de ce discours.

—J'ai souvent ouï dire, poursuivit Marie Touchet, à des hommes expérimentés dans la guerre, qu'une des meilleures positions autour de Paris est l'espace compris entre la route de Saint-Denis et Pontoise.

—C'est encore vrai, madame.

—Nous y avons une maison assez simple, mais commode et fortifiée naturellement, à l'abri de toute insulte. Quel honneur pour nous si Sa Majesté daignait la choisir pour asile!

—Ormesson, je crois? dit Henri.

—Oui, sire. Comblez de joie toute notre famille en acceptant. C'est une maison historique, sire: le feu roi Charles IX s'y plut quelquefois, et bon nombre d'arbres ont été plantés de ses mains royales…. Dîtes un mot, sire, et cette maison sera à jamais illustre.

Henri regardait les yeux ardents de mademoiselle d'Entragues, qui le fascinaient sous prétexte de le supplier.

—De là, s'écria M. d'Entragues, pour décider le roi, on a le pied sur toutes les routes.

—On vient même ici en une heure et demie, ajouta le comte d'Auvergne.

—Sans compter que le roi étant chez lui, s'il daigne accepter, reprit Marie Touchet, trouvera des appartements à Ormesson pour toutes les personnes qu'il y voudra loger.

Cette dernière phrase contenait tant de choses! Elle promettait si poliment une complaisance que réclament trop souvent les fausses positions amoureuses, que déjà Henri flottait, en interrogeant du regard Gabrielle.

Soudain il vit derrière Henriette, à quelques pas, osciller lentement le capuchon du frère parleur, comme si ce triangle de laine grise eût dit: Non! non! non!

Il regarda plus fixement, comme pour interroger le moine, et le capuchon répéta: Non! non! non!

—Chicot ne veut pas que j'aille à Ormesson, se dit Henri avec surprise. Il doit avoir ses raisons.

—Impossible, madame, répliqua-t-il avec un gracieux sourire. L'ordre de mes plans ne me permet point de faire ce que vous désirez. Je n'en reste pas moins votre obligé.

—Bien, fit le capuchon en s'inclinant de haut en bas jusque sur la poitrine du moine.

—Allons, se dit le roi avec un sourire que nul ne put comprendre, me voilà réduit au rôle du prieur Gorenflot, avec cette différence que je parle pour le frère parleur.

Le désappointement qui se peignit sur tous les visages eût pu montrer à Henri combien était avancé déjà l'édifice que son refus venait de faire crouler.

—Encore battus cette fois; nous chercherons autre chose, se dit le comte d'Auvergne.

Gabrielle promenait autour d'elle, dans sa naïve innocence, des regards affables, caressants, qui eussent adouci de leur seul reflet tous ces fauves coups d'oeil de tigres. Henriette allait se décider à battre en brèche l'esprit du roi puisque rien ne pouvait ébranler son coeur.

Et déjà elle commençait un de ces entretiens tout saccadés, où son génie brillant de malice et d'audace allait lui conquérir un triomphe. Déjà le roi, plus attentif, ripostait à ce bombardement, lorsque le frère parleur, s'approchant d'Henriette, lui dit avec bonhomie:

—N'est-ce point vous, madame, qui auriez perdu quelque chose?

—Moi? s'écria Henriette surprise.

—En route… un joyau.

—Mon bracelet peut-être. Mais qu'importe?

—Il vous est rapporté par un gentilhomme qui l'a trouvé.

—Un gentilhomme? demanda le roi.

—Je ne sais pas son nom, dit naïvement frère Robert.

—Eh bien! qu'il entre et rende le bracelet, dit Henri.

Frère parleur fit un signe au religieux, et l'on vit s'approcher à grands pas quelqu'un dont la présence arracha à Henriette et à sa mère un mouvement de colère bientôt réprimé.

C'était la Ramée, le bracelet à la main.

—Qu'a donc cet éternel la Ramée, murmura le comte d'Auvergne à l'oreille de M. d'Entragues, on dirait une mouche altérée qui suit nos chevaux depuis ce matin.

—Voilà une mauvaise figure, dit le roi tout bas à Gabrielle, en considérant le pâle jeune homme. Savez-vous à qui il ressemble?

—Non, sire.

—Vous allez voir! N'est-ce pas, madame, ajoute étourdiment Henri s'adressant à Marie Touchet, que ce jeune homme ressemble à feu mon beau-frère Charles IX?

—En effet…quelque peu, répondit Marie Touchet en se pinçant les lèvres.

La Ramée ne s'avançait plus; il restait à moitié caché par les arbres, tenant toujours le bracelet que Mlle d'Entragues ne lui redemandait pas. Ce qu'il avait tant souhaité il l'avait enfin! Surveiller Henriette, même dans l'endroit où elle se fût le moins attendue à le voir.

Et en effet, l'obsession victorieuse de ce gardien infatigable commençait à épouvanter la jeune fille, qui cherchait du secours dans l'oeil froid et impénétrable de sa mère.

Ce petit malaise passa pourtant inaperçu, grâce à l'habitude de dissimuler qui fait partie de toute éducation mondaine. La Ramée remit le joyau à Henriette, qui n'eut pas pour lui, même un remercîment. Le roi s'entretint encore quelques secondes de la ressemblance du personnage avec le feu roi. Les dames se rassurèrent, le comte d'Auvergne prit un parti, M. d'Entragues se promit de jeter à la porte sans rémission le malencontreux jeune homme qui se permettait d'avoir avec Charles IX un air, ou même un faux air de famille et, enfin, la Ramée profita de cette pause pour s'éloigner de quelques pas, et continuer, sans être remarqué, son rôle d'observateur.

Henriette, comme si, en se retirant d'elle, ce mauvais génie lui eût rendu l'esprit et la vie, commença ses saillies; plus hardie parce que le danger était plus grand, elle déploya tant de finesse et de méchanceté divertissante que le roi, piquant et gascon comme quatre, se mit à rire et rendit coup pour coup, épigramme pour épigramme, folie pour folie à cette sirène toujours l'oeil alerte, toujours prête à la riposte, victorieuse souvent, vaincue jamais, et qui, plus sûre de son terrain, commençait, comme tout bon général après une heure d'équilibre dans la bataille, à faire charger sa réserve pour relever la position et déloger l'ennemi.

Gabrielle avait ri d'abord comme tout le monde; elle avait fourni son mot sensé, délicat, tendre à la conversation générale; mais l'affaire dégénérant en un duel où Henriette et le roi s'engageaient seuls, elle se tut comme font les esprits doux et graves auxquels le bruit fait peur, elle sourit des lèvres, puis ne sourit plus, et se contenta d'écouter, éblouie, fatiguée, gênée même par cet intarissable volcan d'explosions et d'étincelles.

—La blonde est battue, murmura Marie Touchet à l'oreille de son fils.

Tout à coup l'ombre du frère parleur s'interposa entre le soleil et
Henriette.

—Sire, dit-il, ces jeunes gens que vous avez mandés sont là-bas qui attendent.

—Quels jeunes gens? demanda Henri tout à fait distrait par l'enchanteresse, et qui peut-être même en voulut à frère Robert de l'avoir troublé, je n'ai mandé personne que je sache.

—Ceux que Votre Majesté voulait remercier, continua le frère sans s'effaroucher de l'étonnement du roi.

—Ah! je sais, moi, dit tout bas Gabrielle rougissante à l'oreille d'Henri
IV, ce garde, son ami….

—Très-bien! très-bien! s'écria Henri, oui, nos amis, appelez-les, frère Robert, ils ne sont pas de trop, et je les verrai volontiers avant mon départ.

Un religieux partit au signe du frère parleur.

Henri se retourna vers Mme d'Entragues et Henriette:

—Je veux que vous les voyiez; l'un d'eux, surtout, dit-il; l'autre est dans mes gardes, et n'a rien que très-ordinaire; mais le blessé est ce qu'on peut appeler un charmant garçon.

—Le blessé? dirent à la fois plusieurs voix, il est blessé?

—Oui; Crillon qui l'aime et le protège,—entre nous, c'est une excellente recommandation,—l'a fait conduire ici, où ces dignes religieux l'ont guéri et rétabli comme par miracle. Et vraiment, c'est une bénédiction du ciel qu'il ait échappé ainsi à la mort, car la blessure était, dit-on, affreuse; n'est-ce pas, frère Robert.

—Un grand coup de couteau dans la poitrine, dit le moine qui, froidement, promena ses regards autour de lui, sans paraître remarquer ni le tressaillement d'Henriette, ni la rougeur de sa mère, ni le soubresaut convulsif que fit la Ramée derrière l'arbre qui l'abritait.

—Tenez, mesdames, ajouta le roi, voici ces jeunes gens qui arrivent; jugez vous-mêmes si celui dont je parle n'est pas d'une beauté à rendre les femmes jalouses.

—Voyons cette merveille, dit Marie Touchet.

—Admirons ce phénix, dit Henriette avec enjouement.

Tout à coup Marie Touchet pâlit et laissa tomber le verre qu'elle tenait à la main. Henriette, qui s'était retournée pour voir plus tôt, se leva comme à l'aspect d'un danger terrible. Elle poussa un cri, et ses doigts crispés se cramponnèrent convulsivement à la table qui retenait tout son corps cambré en arrière.

Espérance et Pontis, conduits par un servant, débouchaient de l'allée, et venaient d'entrer sous le berceau. Espérance, qui marchait le premier, s'était incliné pour saluer son hôte illustre. Lorsqu'il se redressa, il vit en face de lui, à trois pas, la figure livide d'Henriette, dont la terreur roidissait les lèvres et dilatait les yeux. Il saisit la main de Pontis et resta cloué au sol.

Au cri de la jeune fille, une rauque exclamation avait répondu sous les arbres. La Ramée aussi venait de reconnaître le fantôme d'Espérance et le couvait d'un regard épouvanté, comme Macbeth regarde l'ombre de Banquo, comme le remords regarde le châtiment.

Ni M. d'Entragues, ni M. d'Auvergne ne semblaient rien comprendre à cette scène. Quant au roi, après quelques mots vagues adressés à Espérance, il avait, pour s'instruire, attaché ses yeux sur le moine qui, en ce moment, rejeta son capuchon en arrière, pour mieux dévorer chaque détail du spectacle, et sa physionomie curieuse et maligne fit dire à Henri:

—Il faut qu'il se passe ici quelque chose d'extraordinaire, car notre ancien ami vient d'oublier un instant le rôle de frère Robert.

Henriette, après avoir essayé vainement de dominer son émotion, après avoir tenté de repousser l'apparition par toutes les forces de sa volonté, de sa nature énergique, ne résista plus au feu terrible qui jaillissait des prunelles d'Espérance. Elle chancela, la main qui lui servait d'arc-boutant fléchit, tout le corps s'affaissa, et sans le secours des deux bras de son père, elle fût tombée à la renverse.

La pâleur de Marie Touchet s'expliqua aussitôt par l'état douloureux de sa fille, et Gabrielle s'étant avec une vive compassion emparée de Mlle d'Entragues pour lui faire reprendre connaissance, le comte d'Auvergne ne s'occupa plus que de remettre en bonne voie l'esprit du roi qui faisait déjà des questions embarrassantes.

—Que peut avoir cette jeune fille? disait Henri en regardant frère Robert.
Serait-ce la vue de notre Adonis qui l'aurait ainsi férue d'amour?

—Mademoiselle a vu sans doute quelque énorme araignée, dit tranquillement le moine, ou bien une chenille de celles que nous appelons hirsuta; elles sont communes dans nos jardins.

—C'est cela, s'écria M. d'Entragues en essayant de redresser sa fille et sa femme, n'est-ce pas, madame, que c'est cela?

—A la bonne heure! dit le roi de plus en plus défiant à la vue du trouble général.

Marie Touchet balbutia quelques mots sans suite.

—Laissons les dames prendre soin des dames, ajouta Henri. Je vais remonter à cheval. Que nul ne se dérange. Tout le monde est trop occupé ici.

—Nous accompagnerons au moins Votre Majesté jusqu'aux portes, dirent le comte et son beau-père en se faisant force clins d'yeux désespérés.

Henri baisa tendrement la main de Gabrielle et se mit en route suivi des deux Entragues et du frère parleur.

Espérance et Pontis, les bras entrelacés, se montraient l'un à l'autre la
Ramée immobile à distance, comme un serpent tenu en arrêt par un lion.

Deux traits de plume suffiront pour expliquer la position de chacun des personnages de ce tableau.

Gabrielle suivant des yeux le roi, et regardant avec curiosité soit Mlle d'Entragues, soit Espérance; Marie Touchet empressée de faire revenir sa fille; Henriette plus à l'aise depuis que le départ du roi empêchait toute explication.

Au fond du berceau Espérance et Pontis, et en face d'eux la Ramée.

—Voilà bien le scélérat, dit Pontis à son ami; il nous brave!

—Tu te trompes, répliqua Espérance; il est à moitié mort de peur.

—Il faudrait qu'il fût mort tout à fait, M. Espérance.

—Ah! souviens-toi de nos conditions. Pas un mot qui révèle jamais le secret d'Henriette. Vois sa pâleur; vois cet évanouissement, et avoue qu'elle m'a pris pour un fantôme. Crois-tu que je me venge!

—Médiocrement, dit Pontis.

—Cela me suffit, compagnon.

—Pas à moi, murmura le garde. En tout cas, si vous n'avez rien à demander à la demoiselle, j'ai encore un compte à régler avec le garçon. Il a voulu me faire pendre, moi!

—Vous me ferez le plaisir, Pontis, dit sévèrement Espérance, de laisser votre épée au fourreau! C'est une affaire qui me regarde seul. Ah! pas de discussion, pas de coup de tête,—l'épée au fourreau!

—Soit, répliqua Pontis; il sera fait comme vous le désirez.

—Tu le promets?

—Je le jure!

—Eh bien! suis-moi, nous allons prendre le drôle dans quelque coin, je lui dirai deux mots qu'il n'oubliera de sa vie.

Pontis, que les pourparlers impatientaient dans cette circonstance, où les coups lui paraissaient le seul dénoûment possible, haussa les épaules en grommelant une diatribe contre ces généreux absurdes qui sont l'éternelle pâture des lâches et des méchants.

Espérance lui prit le bras et commença de marcher avec lui vers la Ramée, dont les joues devenaient plus pâles à mesure que ses ennemis s'approchaient de lui.

Mais avant qu'ils se fussent joints, Henriette, qui avait compris sans l'entendre chaque nuance de ce dialogue, s'arracha des bras de sa mère et de Gabrielle. Elle courut à Espérance, lui saisit la main et l'entraîna, par un geste rapide comme la pensée, hors du berceau où l'intelligente Marie Touchet retint Gabrielle. Le champ demeura libre de cette façon à toutes les explications possibles.

Espérance essaya bien de résister, mais Henriette, cette fois encore, fut irrésistible. Pontis ne se sentit pas plus tôt libre, qu'il traversa le jardin à la course et disparut dans le rez-de-chaussée du couvent, en se disant avec une sombre ironie:

—J'ai mon idée, Espérance n'aura rien à dire et l'épée restera au fourreau!

Ce qu'il allait faire si vite et si loin, nous le verrons tout à l'heure. Il est certain que la Ramée ne s'en doutait pas, et qu'Espérance en le voyant fuir si vite ne s'en fut jamais douté non plus quand même son attention n'eût pas été absorbée tout entière par Henriette. Celle-ci, une fois hors de la portée des voix, arrêta Espérance, et le regardant avec des yeux noyés de larmes, qui n'étaient pas feintes:

—Pardon! s'écria-t-elle. Oh! pardon, monsieur, vous ne m'accusez point, n'est-ce pas de l'horrible aventure qui a failli vous coûter la vie.

—Je ne vous accuse, assurément, mademoiselle, dit Espérance d'un ton calme, ni de m'avoir assassiné vous-même, ni de m'avoir jeté sous le couteau.

—De quoi m'accuserez-vous alors?

—Mais il me semble que je ne vous ai rien dit, mademoiselle. Je suis en ce couvent pour me rétablir. Je ne vous y ai pas appelée; vous arrivez par hasard, vous me voyez, c'est tout simple, puisque j'y suis.

—Vivant! Oh! Dieu merci, ce remords va donc cesser d'empoisonner mes nuits.

—Enchanté, mademoiselle, d'avoir involontairement contribué à vous rendre le sommeil meilleur. Mais, puisque vous êtes rassurée, et que désormais vos nuits, comme vous dites, vont devenir charmantes, nous n'avons plus rien à nous raconter. Saluons-nous donc poliment. Pour ma part, je vous tire ma révérence.

Tenez, voilà madame votre mère qui regarde de ce côté comme si elle vous rappelait.

—Ma mère! ma mère! il s'agit bien de ma mère. Elle doit être trop heureuse que je réussisse près de vous! s'écria Henriette avec furie.

—Comme vous y allez! Une mère si sévère, aux yeux de qui vous vous compromettez à me parler!

Cette ironie fit bondir Henriette comme un coup d'éperon.

—Par grâce! dit-elle, ne m'épargnez point la colère, les reproches, l'insulte même, cela se pardonne chez un homme aussi cruellement offensé; mais le sarcasme, le mépris…oh! monsieur!

—Et pourquoi donc vous honorerais-je de ma colère? répliqua Espérance. Jalouse, un poignard à la main, vous m'eussiez troué la poitrine, bien, je vous redouterais, je ne vous mépriserais pas. Mais vous rappelez-vous cette femme, cette hyène, cette voleuse, qui s'est penchée sur mon cadavre? Vous l'avez peut-être oubliée, je m'en souviens toujours. Je ne veux, plus avoir rien de commun avec cette femme. Allez de votre côté, madame, laissez-moi vivre du mien.

—J'ai été lâche, j'ai été vile, j'ai eu peur.

—Que m'importe, je ne vous demande point de justification. Ma blessure est cicatrisée, ou à peu près; tenez.

Il ouvrit sa poitrine dont la blanche et douce surface était sillonnée par une cicatrice encore rouge et enflammée.

Elle frissonna et cacha son visage dans ses mains.

—Vous voyez bien, reprit-il, que je n'ai plus le droit de garder rancune à l'assassin. Souffrance du corps, morsures dévorantes, brûlure amère, douze à quinze nuits de fièvre, de délire, qu'est-ce que cela?…c'est le payement des heures de volupté, d'ivresse, que ma maîtresse m'avait données. Nous sommes quittes. Quant à l'âme, oh! c'est différent. Effaçons, effaçons.

Il salua de nouveau et chercha une allée de traverse, elle le retint avidement.

—Et si je vous aime! s'écria-t-elle, si je vous trouve beau, juste, sublime, si je m'humilie, si je me dénonce et que je vous avoue, si toute ma vie est suspendue à votre pardon, si, depuis que vous m'avez quittée, oh! quittée, comment, hélas! si depuis le terrible moment où je me suis réveillée, quand on n'a plus trouvé votre corps, quand ma mère et ce la Ramée maudissaient, menaçaient, si, depuis cette infernale nuit, Espérance, je n'ai pas dormi. Riez, riez…. Si je n'ai pensé qu'à vous retrouver vivant ou mort. Mort, pour aller me rouler à deux genoux sur votre tombe et vous jeter mon coeur en expiation; vivant, pour vous prendre les mains comme je fais et vous dire: Pardonne, j'ai été infâme! Pardonne encore, j'ai été ambitieuse, j'ai caressé les chimères qui dessèchent le coeur, pardonne, je suis tantôt un démon, tantôt une femme frivole, tantôt une créature capable de tout le bien que ferait un ange. Fais plus que pardonner, Espérance, toi qui n'es pas composé de fiel et de boue comme nous autres, aime-moi encore, et je m'élèverai par l'amour à une telle hauteur, que de ces sphères nouvelles nous ne verrons plus la terre où j'ai été criminelle, où j'ai failli mériter ta haine et ton mépris. Espérance, je t'en supplie, le moment est solennel! Demain, ni pour toi ni pour moi il ne serait plus temps. Oubli, espoir, amour!

Il tenait ses yeux fixés sur le gazon comme l'ombre de Didon que suppliait
Enée.

—Tu répondras, n'est-ce pas? dit-elle. Tu me fais attendre, tu veux me punir, mais tu répondras.

—A l'instant, répliqua le jeune homme d'une voix ferme, et avec un lumineux regard qui effraya Henriette tant il pénétrait dans les abîmes de sa pensée qu'elle venait de lui ouvrir. L'amour que vous me demandez, vous ne l'éprouvez pas vous-même. Ne m'interrompez point. C'est un reste de jeunesse, un des derniers attendrissements de la fibre que l'âge n'a pas encore eu le temps de pétrifier tout à fait. Cet amour n'est autre chose que votre repentir d'avoir causé la mort d'un homme. Cet attendrissement, c'est le résultat de la peur que vous a causée mon fantôme.

—Oh! vous abusez de mon humiliation.

—Nullement, je vous dis la vérité; c'est un droit que j'ai payé cher. Je n'en profiterais même pas, croyez-le bien, si je n'espérais que le miroir brutalement présenté attirera votre attention sur la réalité désolante de votre image, et vos progrès dans le bien, si vous en faites, serviront à d'autres, je m'en applaudirai de loin. Quant à moi, que vous dites aimer, et que vous sollicitez de vous aimer encore, j'en suis pour le moins aussi incapable que vous-même. Cet amour que j'avais, était une sève exubérante qui a tari avec mon sang. Peut-être eût-il survécu, si quelque racine en eût été plantée dans le coeur, mais, je vous le déclare,—et cela sans chercher des mots qui vous choquent, je les évite au contraire soigneusement,—en appuyant la main sur ce coeur tant de fois joint au vôtre, je ne sens rien qui batte, rien que le mouvement régulier et banal d'une vie tenace, il faut le croire, puisqu'elle a résisté à un si rude assaut. Je ne vous aime plus, mademoiselle, et je ne crois pas en conscience que vous soyez fondée à me le reprocher.

Henriette, les sourcils contractés par une souffrance inexprimable, tenta pourtant un dernier effort.

—Au moins, dit-elle, puisque vous me réduisez à demander l'aumône, au moins faut-il que je fasse valoir mes titres à votre charité. Tout à l'heure vous évoquiez des souvenirs qui m'ont fait tressaillir. Ce temps à jamais évanoui de l'amour, ces heures d'étreintes où votre coeur, glacé aujourd'hui, battait si fort, ne plaideront-ils pas pour moi? Et au lieu de répéter avec moi: Oubli et amour; ne consentirez-vous pas à me tendre la main en répétant: Oubli et amitié!

Espérance attacha son regard sincère sur l'oeil noir et profond d'Henriette. Il y lut une sorte d'avidité sinistre. Peut-être cette femme était-elle en ce moment sincère comme lui; mais Dieu, qui lui avait donné le pouvoir de brûler, d'entraîner les coeurs, lui avait refusé la douceur qui persuade, le charme qui endort les défiances. Si Espérance n'eût pas été l'esprit noble et choisi par excellence, on eût pu croire qu'il ne pardonnait pas à Henriette d'avoir tant surfait l'amour pour arriver à l'amitié.

—Eh bien, répliqua-t-il lentement, j'ai le regret de ne pouvoir encore vous satisfaire, je ne suis pas de votre opinion quant aux degrés que vous établissez; l'amitié vaut à mes yeux autant que l'amour, sinon plus; elle n'est pas le reste usé, fané, racorni de l'autre. Pour accorder de l'amitié à quelqu'un, il faut que je sois absolument sûr de cette personne. Pour aimer d'amour, je ne prends mes informations que dans des yeux, une taille, un pied, un sein qui me séduisent. Je vous ai aimée, je ne m'en repens point, mais je ne serai jamais un ami pour vous, n'y pensons pas plus qu'à l'autre chose.

Elle pâlit et se redressa.

—Cette fois, dit-elle, vous ne ménagez même plus en moi la position ni le sexe. Vous m'insultez comme si j'étais un homme.

—Vous n'en pensez pas un mot. Ma nature n'est ni provocante ni hargneuse, vous le savez.

—En quoi mon amitié peut-elle vous nuire?

—En quoi la mienne peut-elle vous servir?

—Ne fût-ce que pour les jours où le hasard nous rapprochera.

—Oh! ces jours-là, mademoiselle, deviendront de plus en plus rares. Nos astres ne gravitent pas dans le même sens. Et puis, c'est chose facile: lorsque nous nous rencontrerons, comme vous savez que je ne suis pas mort, vous n'aurez plus cette émotion désagréable; je n'aurai plus cette première surprise assez naturelle, nous nous tournerons civilement le dos ou nous nous saluerons plus civilement encore, si vous y tenez.

—Je n'y tiens pas, si j'y tiens seule, dit Henriette avec une hauteur qui prouva bien vite à Espérance que le vernis de douceur n'était point épais sur cette rude écorce. Ainsi, je suis refusée, bien refusée, monsieur? |

Espérance s'inclina.

—Sur tous les points?

Il s'inclina encore.

—Il ne nous reste plus, dit Henriette les dents serrées, qu'à causer d'affaires.

Il la regarda d'un air surpris.

—Oui, monsieur. Un refus d'amitié signifie promesse de haine. Vous me haïssez, soit!

—Je n'ai pas dit cela, mademoiselle, et j'ai dit tout le contraire. Je répète ma profession de foi: Pas d'amour, pas d'amitié, pas de haine….

—Phrases! subterfuges! subtilités auxquelles je suis intéressée à ne me pas méprendre. Ne me regardez pas de cet oeil étonné. Vous n'êtes pas plus étonné que je n'étais amoureuse tout à l'heure. Nous jouons une partie, n'est-ce pas? eh bien, cartes sur table. Puisque vous allez être libre, puisque je renonce bien complètement à vous, votre intention ne saurait être de me retenir votre esclave?

—Mon esclave?

—Je la suis. Vous tenez un bout de chaîne qui gênera perpétuellement mes allures, ma liberté, ma vie, une chaîne qui me déshonore! Rompez-la, monsieur, lâchez-la!

—Je fais tous mes efforts pour comprendre, dit Espérance, et je n'y parviens pas.

—Je vais vous aider. L'amant qui conserve des gages de sa liaison avec une femme, peut perdre cette femme, n'est-ce pas?

—Ah! s'écria Espérance, je comprends.

—C'est heureux.

—Votre billet, n'est-ce pas?

—Vous allez me répondre que vous ne l'avez pas sur vous.

—D'abord.

—Je le crois. Envoyez quelqu'un à Ormesson avec ce billet. Je remettrai en échange les diamants que vous avez oubliés chez moi.

—Inutile, mademoiselle, dit froidement Espérance, je n'enverrai pas chercher ces diamants, jetez-les dans la rivière, égrenez-les par les chemins, renvoyez-les-moi pour que je les donne aux pauvres, faites-en ce que bon vous semblera. Quant au billet….

—Eh bien!

—Vous ne le reverrez jamais. Il me plaît non pas de vous tenir esclave, comme vous disiez, ou de vous faire rougir à mon passage. Oh! je vous promets, je vous jure de tourner à droite quand je vous verrai à gauche. Mais, mademoiselle, il me plaît de garder contre vous cette arme terrible.

—C'est lâche! s'écria Henriette avec, un regard effrayant.

—Si j'en crois vos yeux, c'est plutôt téméraire.

—Vous ne voulez pas me rendre ce billet?

—Non.

—Eh bien! je vous le prendrai.

—Tant que vous ne m'aurez pas fait assassiner, tant que je serai debout, tant qu'il me restera une goutte de sang pour me défendre, je vous en défie.

—Encore une fois, réfléchissez! Espérance haussa les épaules.

—N'ayez donc pas peur de moi, dit-il avec sérénité; vous voyez bien que je n'ai pas peur de vous.

—Oh! malheur, murmura la jeune fille avec un geste terrible. Adieu! je ne vous dirai plus qu'un mot. Espérance, je vous hais! prenez garde!

—Vous en avez dit deux de trop, répondit Espérance, tandis qu'Henriette regagnait rapidement le berceau.

Elle prit le bras de sa mère, ne salua pas même Gabrielle qui s'informait de sa santé, et traînant avec une vigueur inouïe la majestueuse Marie Touchet à la rencontre de M. d'Entragues et du comte d'Auvergne, qui revenaient au berceau après avoir assisté au départ de Henri IV, elle répéta plus de dix fois:

—Partons! partons!

Cependant elle jetait à droite et à gauche des regards inquiets.

—Que cherchez-vous dit le comte d'un ton bourru, est-ce que votre syncope va vous reprendre?

—Maladroite syncope! murmura M. d'Entragues.

—Je cherche la Ramée, dit Henriette d'un ton farouche.

—Il s'agit bien de la Ramée, répondirent les deux courtisans de mauvaise humeur. Demandez-nous donc plutôt ce qu'a pensé le roi de votre évanouissement.

—Le roi, dit vivement Marie Touchet, sait bien qu'une jeune fille peut avoir des crises nerveuses.

—Et d'ailleurs, qu'importe, interrompit fiévreusement Henriette. Il me faut la Ramée.

Un jardinier qui travaillait dans le parterre entendit la question. Il avait vu le jeune homme attendre et guetter longtemps près du berceau tandis qu'Henriette causait avec Espérance.

—Ne cherchez-vous pas le gentilhomme en habit vert qui était là tout à l'heure? dit-il.

—Précisément.

—C'est qu'on est venu l'appeler voilà dix minutes.

—Qui donc?

—M. de Pontis, le garde du roi, qui loge ici.

—Ah! murmura Henriette.

—Oui, le jeune homme pâle regardait là-bas au fond, du côté du berceau; alors M. de Pontis s'est approché, lui a frappé sur l'épaule. L'autre s'est retourné vivement, je ne sais pas ce qu'ils se sont dit, mais ils sont partis ensemble et d'un bon pas encore.

—C'est bien, c'est bien, dit Marie Touchet en serrant le bras de sa fille, on le retrouvera. Partons.

Toute la famille disparut sous le portique.

Espérance, à bout de forces, était tombé sur un banc.

Il cherchait des yeux Pontis, car il se sentait défaillir.

Gabrielle était retournée auprès de son père.

Soudain, un bruit pareil à celui du sanglier qui écrase un taillis réveilla le pâle jeune homme; il vit ou plutôt il devina Pontis sous les traits d'un fou égaré, essoufflé, écorché, en haillons, trempé de sueur, qui faisait irruption dans le berceau par la charmille, et qui, l'embrassant à l'étouffer, lui dit d'une voix rauque:

—Adieu…à bientôt, mille compliments aux bons frères.

Et il s'enfuyait. Espérance le saisit par un des lambeaux de son pourpoint et s'écria:

—Au nom du ciel! qu'y a-t-il, et dans quel état t'es-tu mis?