NOTES:
[1] La plus brillante peut-être de ces invectives, qui suffira à donner une idée des autres, se trouve dans les Lettres d'un voyageur, de George Sand; c'est le chapitre intitulé le Prince. Ce sont des pages écrites avec le talent ordinaire de l'auteur; mais le sens historique y fait défaut; il n'y a pas de nuances, c'est-à-dire pas de vérité, pas même de vraisemblance, aucune vie; c'est le portrait d'un monstre abstrait et idéal, peint avec des couleurs toutes poussées au noir. Ainsi, pour ne toucher qu'à un point, madame Sand paraît n'avoir pas le moindre soupçon du rôle honorable et utile que joua l'évêque d'Autun à l'Assemblée constituante, et des services qu'il y rendit, dès le premier jour, à la cause de la révolution.
[2] La famille des Bulwer fait remonter sa généalogie jusqu'à la conquête, et celle des Lytton, à laquelle appartenait la mère de l'écrivain, se rattacherait aux Tudors.
[3] Plusieurs de ces ouvrages confondent les dates et les noms, et prodiguent les accusations les plus absurdes, en même temps que les plus méchantes; mais çà et là ils racontent des faits que des documents authentiques ont depuis confirmés, ainsi que des anecdotes que j'ai entendu répéter à des contemporains, et dont, par conséquent, je profiterai.
[4] Il semble y avoir eu quelque difficulté pour fixer d'une manière exacte la date de la naissance de M. de Talleyrand. On m'a dit, et chacun de ceux qui me renseignaient ainsi croyait avoir pour lui la plus sûre autorité, qu'il était né le 7 mars, le 1er septembre, et le 2 février. Cette dernière date est celle à laquelle je me suis arrêté, ayant, tout bien examiné, de sérieuses raisons de la croire vraie. Quant à l'année, il n'y a pas de dispute.
[5] La comtesse de Talleyrand vécut jusqu'en 1809; elle était très-fière des talents de son fils, mais elle regrettait, dit-on, l'usage qu'il en avait fait.
[6] Ce gentilhomme avait été menin du dauphin, fils de Louis XV. Il commanda ensuite un régiment pendant la guerre de Sept ans, et obtint le titre de lieutenant général dans les armées du roi. Il était très-considéré pour son caractère, mais passait pour n'avoir aucun talent.
[7] Ce fait singulier est attesté par M. Mignet dans un court et intéressant mémoire qu'il lut, après la mort de M. Talleyrand, à l'Académie des sciences morales et politiques.
Of those gay times of elegance and ease,
When Pleasure learnt so gracefully to please:
When wits and courtiers held the same resorts,
The courtiers wits, and all wits fit for courts:
When woman, perfect in her siren art,
Subdued the mind, and trifled with the heart;
When Wisdom's lights in fanes fantastic shone,
And Taste had principles and Virtue none:
When schools disdained the morals understood,
And sceptics boasted of some better good:
When all was Fairyland which met the view,
No truth untheorized, and no theory true.
[9](L'ouvrage en question ne porte ni nom de lieu ni nom d'auteur ou de libraire. C'est un volume in-8o de 204 pages. On y lit en épigraphe: «...Nullo discrimine habebo Tros, Rutulusve fuat.» Il y a une clef au commencement. Tr.)
[10] Sieyès, dans un célèbre pamphlet publié à cette époque.
[11] Évêque d'Autun, archevêque de Bordeaux, Lally, Clermont-Tonnerre, Mounier, Sieyès, etc., etc.
[12] Correspondance de Mirabeau et du comte de la Marck.
[13] Procès-verbal de l'Assemblée nationale, imprimé par son ordre, t. VI, no 97 (10 oct. 1789).
[14] La présidence était seulement de quinze jours; mais, ce qui prouve quelle considération était attachée à cette dignité, c'est le fait que Mirabeau, malgré ses plus grands efforts, ne put l'obtenir que l'année suivante.
[15] «La popularité de M. de la Fayette, qui s'était élevée si haut, commença à décliner de ce jour-là (14 juillet): un mois plus tard, les cris: «A bas la Fayette!» avaient succédé aux cris de: «Vive la Fayette!»—(Comte de la Marck.)
[16] Moniteur du 8 février 1791, p. 158.
[17] Il a été dit pour la défense de Mirabeau que l'ouvrage, composé par lui, fut publié à son insu par sa maîtresse, femme d'un libraire. Mais outre l'entière invraisemblance de ce récit, il y a le fait que Mirabeau resta jusqu'à sa mort dans les meilleurs termes avec la personne qui, ayant livré ainsi un dépôt des plus sacrés, n'aurait mérité que sa colère et son plus amer mépris.
[18] Quand M. Mercy, ambassadeur d'Autriche, et, pendant longtemps, agent intermédiaire entre la cour et Mirabeau, quitta Paris, M. de Montmorin, ministre des affaires étrangères, fut, à l'insu de ses collègues, initié au secret des engagements de la cour, et autorisé à correspondre avec Mirabeau pour ce qui en concernait l'exécution.
[19] «Ce prince (Louis XVI) dont on ne peut trop déplorer le manque de bonne foi dans cette occasion, lui donna des assurances si positives, si solennelles, qu'il crut pouvoir répondre sur sa tête que le roi ne partirait pas.» (Mémoires de Lafayette.)
[20] Ce rapport fit une grande sensation au moment où il parut. Voici en quels termes en parle le Journal de Paris (12 septembre 1790): «M. de Talleyrand a repris la lecture de son rapport ou plutôt de son livre sur l'instruction publique: elle a duré encore plus de trois heures. Aujourd'hui MM. de Beaumez et Le Chapelier lui ont prêté quelquefois le secours de leur voix. Dans le succès que cet ouvrage a obtenu, il y a quelque chose de très-remarquable et de très-flatteur pour l'auteur. Il était impossible que les attentions ne fussent pas fatiguées après avoir entendu pendant plusieurs heures sans relâche un ouvrage fortement pensé et sur des matières profondes; et cependant c'est dans les derniers moments et dans les derniers morceaux que les applaudissements ont été les plus répétés et les plus universels. Cet effet ne peut être produit que par les ouvrages qui rendent, par le plaisir qu'ils donnent, les forces qu'ils épuisent par l'attention qu'ils commandent. Le jugement de la nation, de l'Europe et de la postérité, prononcera, nous le croyons, que c'est le plus grand ouvrage qui ait été fait dans l'Assemblée nationale.»
(Tr.)
[21] M. de Rulhières, l'ancien secrétaire du baron de Breteuil à Saint-Pétersbourg, le confident du maréchal de Richelieu, le poëte de la duchesse d'Egmont, narrateur fort redouté de Catherine II, etc., etc.
[22] 9 mars. Lord Grenville à lord Gower.
[23] En qualité de secrétaire de la mission.
[24] Cette apologie forme une brochure in-8 de 35 pages, très-rare aujourd'hui. Elle a pour titre: Éclaircissements donnés par le citoyen Talleyrand à ses concitoyens. Paris, chez Laran, libraire, Palais-Égalité, an VII.
[25] Voyez [l'Appendice].
[26] Bourrienne, Mémoires, vol. III, p. 324, 325.
[27] «Qui ne reconnaît là, ajoute Bourrienne, le premier germe de l'archichancellerie et de l'architrésorerie de l'empire?»
[28] Quand Roger Ducos et Sieyès portaient le titre de consuls, les trois membres de la commission consulaire étaient égaux, sinon de fait, du moins en droit. Cambacérès et Lebrun les ayant remplacés, M. de Talleyrand, appelé dans le même moment à succéder à M. Reinhard au ministère des relations extérieures, fut reçu en audience particulière dans le cabinet du Premier consul, et lui adressa les paroles que nous venons de citer.
[29] Voyez la lettre de Napoléon au roi George III, avant Marengo.
[30] Fouché, qui n'était pas alors au pouvoir, fut aussi consulté.
[31] On remarque que, quelques jours auparavant, le duc de Dalberg avait été informé qu'il n'y avait rien à craindre de la part des émigrés sur cette frontière. Voyez M. de Rovigo, vol. II, et Lettre du duc Dalberg à M. de Talleyrand, 13 novembre 1823.
[32] Il y eut deux «procès-verbaux» ou comptes rendus de ce jugement. L'un, publié dans le Moniteur, qui cite les lois en vertu desquelles le prince fut condamné, et les pièces produites à l'appui de l'accusation. Il a évidemment été écrit après l'événement; on n'eut le temps de rien écrire au moment ou sur la place même. L'autre ne cite rien que le décret du 29 ventôse, et les réponses du prince après une délibération d'après laquelle son exécution immédiate est décidée. Ceci est naïf. Les lois d'après lesquelles il est condamné sont laissées en blanc.
[33] Thiers, le Consulat et l'Empire, t. V, p. 4.
[34] «Bonaparte seul, mal informé par ce que la police avait de plus vil, et n'écoutant que sa fureur, se porta à cet excès sans consulter. Il fit enlever le prince avec l'intention de le tuer. Il est connu que sous votre ministère, vous n'avez cessé de modérer les passions de Bonaparte.» (Lettre du duc de Dalberg, 13 mai 1823.)
[35] Les maisons des classes élevées avaient des planchers de chêne, appelés parquets; les maisons des classes inférieures avaient des carreaux de brique.
[36] Mignet, Notices et portraits, t. I, p. 210-213.
[37] Mémoires de Rovigo.
[38] Mémoires de Rovigo, vol. III, p. 116.
[39] Quant à ses habitudes à cet égard, il ne sera peut-être pas mal à propos d'avoir recours à la correspondance américaine. (Papiers officiels et documents publics des États-Unis, vol. III, p. 473-479.)
[40] Une note écrite par Izquierdo, ambassadeur d'Espagne à la cour de France, et datée du 24 mars 1808, est excessivement curieuse à propos de ces détails.
[41] Mémoires de Fouché, vol. II., p. 113.
[42] Mémoires de Rovigo, vol. VI, p. 66.
[43] Mémoires de Rovigo, vol. VI, p. 229.
[44] Mémoires de Rovigo, vol. VI, p. 298.
[45] M. Thiers fait le récit d'une scène du genre de celle que je viens de décrire; mais il en fixe l'époque en 1809; rien n'y est omis, pas même la manière dont M. de Talleyrand jouait avec son chapeau; et dans ce récit, Talleyrand, suivant M. Thiers, est accusé par Napoléon du meurtre du duc d'Enghien. M. Thiers s'est sans doute trompé. Le comte Molé ne pouvait avoir été induit en erreur ni quant aux dates, ni quant aux faits, puisqu'il était présent à la scène que j'ai racontée, et qu'il m'en a donné tous les détails, sans parler du duc d'Enghien, ce qu'il aurait certainement fait si Napoléon lui-même y eût fait allusion. Les reproches de l'empereur, suivant le comte Molé, ne s'attaquaient qu'à ce qu'il considérait comme les intrigues de M. de Talleyrand à ce moment particulier, intrigues qui, cependant, se bornaient alors à un effort pour écarter les obstacles qui pourraient contrarier sa défection, si Napoléon venait dans la suite à être défait.
[46] Mémoires du duc de Rovigo, cités par M. Thiers.
[47] Thiers, le Consulat et l'Empire, t. XVIII, p. 41.
[48] Mémoires de Beugnot, p. 121.
[49] M. Thiers est de cette opinion.
[50] «Madame de Simiane reprit: Il ne s'agit pas de cela; c'était bon du temps de Bonaparte; aujourd'hui il faut mettre dans les ministères des gens de qualité et qui ont à leurs ordres de bons travailleurs qui font les affaires, ce qu'on appelle des bouleux!» (Mémoires de Beugnot, p. 142.)
[51] Il a été fait des récits si nombreux et si variés du moment où l'on reçut cette nouvelle, et de la manière dont elle fut transmise, que j'en donne tout simplement le récit populaire, sans assurer qu'il soit réel.
[52] Mémoires du comte Beugnot, t. II, p. 274.
[53] La sœur du duc d'Orléans.
[54] Cécrops, Cadmus et Danaüs.
[55] Didon.
[56] Énée.
[57] Syracuse.
[58] Milet, Éphèse.
[59] Grand nombre de petites colonies dans le pays latin; aucune ne devint célèbre.
[60] Invasion des Huns, Goths, Vandales, Cimbres, etc.
[61] Croisades.
[62] Dans un temps de factions politiques, cela cesserait d'être exact; car alors chaque secte voudrait nécessairement être l'auxiliaire de tel ou tel parti, comme on l'a déjà vu; mais ces factions une fois calmées, la religion deviendrait à l'instant dans les États-Unis ce qu'elle y est aujourd'hui; ce qui veut dire, en résultat, qu'elle n'y a point de fanatisme pour son propre compte, et c'est déjà beaucoup.—(Note du citoyen Talleyrand, au mois de ventôse an VII.)
[63] Cela était littéralement vrai lorsque ce mémoire a été lu à l'Institut. Si depuis ce moment des partis s'y sont formés de nouveau, s'il en est un qui travaille à remettre honteusement l'Amérique sous le joug de la Grande-Bretagne, cela confirmerait beaucoup trop ce que j'établis dans le cours de ce mémoire, que les Américains sont encore Anglais; mais tout porte à croire qu'un tel parti ne triomphera pas, que la sagesse du gouvernement français aura déconcerté ses espérances; et je n'aurai pas à rétracter le bien que je dis ici d'un peuple de qui je me plais à reconnaître qu'il n'est Anglais que par des habitudes qui ne touchent point à son indépendance politique, et non par le sentiment qui lui ferait regretter de l'avoir conquise.—(Note du citoyen Talleyrand, au mois de ventôse an VII.)