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Galande, (rue): Ce nom est visiblement une altération de celui de Garlande que portait une famille bien connue au XIe siècle:
..... La rue de Gallande
Où il n'a foret ni lande.
(Le dit des Rues).
Gaillon (rue): A pris ce nom d'un hôtel qui s'appelait ainsi et sur l'emplacement duquel s'éleva l'église Saint-Roch.
Galvani (rue): Médecin et physicien italien, né à Bologne le 9 septembre 1737, Galvani mourut dans cette même ville le 4 novembre 1798. Sa découverte la plus importante est celle de l'électricité animale, comme il l'appelait et que les savants, d'un accord unanime, ont appelée Galvanisme du nom de son auteur.
Mauvais Garçons (rue des): Cette rue s'appela d'abord rue de Craon, parce que les seigneurs de Craon y avaient bâti leur hôtel; mais depuis le règne de Charles VI, «comme ce fut, dit Sauval, dans ce logis-là que Pierre de Craon se cacha avec d'autres déterminés pour assassiner le connétable de Clisson, cela fut cause que la rue changea de nom et fut appelée la rue des Mauvais-Garçons.»
Il y avait une rue du même nom donnant d'un bout dans la rue des Boucheries Saint-Germain; son nom, paraît-il, lui venait d'une enseigne.
Geindre (rue): Jaillot fait venir ce mot de junior employé dans les anciens titres pour désigner un compagnon, un aide, un commis.
Geoffroy Saint-Hilaire (rue): Étienne Geoffroy Saint-Hilaire (1772-1844), célèbre naturaliste français, créa l'enseignement de la Zoologie et par suite les collections et la ménagerie du Jardin des Plantes. Le nom de cet homme illustre est à bon droit populaire, car, cher aux savants, il ne doit pas être moins cher aux familles d'artisans comme aux écoliers de tout âge auxquels, pour les jeudis et dimanches, il a ménagé un lieu de promenade qui offre tant d'attrait à la curiosité et où le plaisir s'unit à l'instruction.
Germain-Pilon (rue): Ce célèbre sculpteur (1515-1590), l'émule de Jean Goujon, mérite une place à part dans l'histoire de l'art, par son talent original qui n'est point gâté par l'affectation du savoir et la fausse imitation qu'on pourrait qualifier la parodie de l'antique.
Saint-Germain des Prés (église de): «L'abbaye de Saint-Germain des Prés, dit Sainte-Foix, proche et hors des murs de Paris, ressemblait à une citadelle; ses murailles étaient flanquées de tours et environnées de fossés. Un canal, large de treize à quatorze toises, qui commençait à la rivière et qu'on appelait la petite Seine, coulait le long du terrain où est à présent la rue des Petits-Augustins (Bonaparte) et allait tomber dans ces fossés. La prairie, que ce canal partageait en deux, fut nommée le grand et le petit prés aux Clercs, parce que les écoliers, que l'on appelait autrefois clercs, allaient s'y promener les jours de fête. Le petit pré était le plus proche de la ville.»
En 1460, les fossés furent comblés et sur le terrain qu'ils occupaient on bâtit un des côtés des rues Saint-Benoît, Sainte-Marguerite et du Colombier.
Gouvion Saint-Cyr (rue): Le maréchal Gouvion Saint-Cyr (Laurent) (1764-1830), après avoir pris une part glorieuse aux guerres de la République et de l'Empire, devint, sous la Restauration, de 1815 à 1821, ministre de la guerre. On lui dut la réorganisation de l'armée et sur des bases qui ont mérité les éloges des juges les plus compétents. «Les lois sur le recrutement, dit quelque part Gouvion Saint-Cyr, sont des institutions.»
Grenelle (rue de): Elle s'appelait autrefois chemin de Grenelle parce qu'il conduisait à ce village.
Guillemin, (rue Neuve): S'appelait d'abord rue de la Corne, nom qui lui fut donné «à cause de quelque tête de cerf (que le peuple appelle corne) scellée dans les murs de la maison qui en fait le coin vers la rue du Vieux Colombier.» Ce nom fut ensuite changé en celui de Guillemin parce que sur le terrain que couvre la rue se trouvait auparavant un jardin appartenant à une famille de ce nom. «Et parce que ce mot de Guillemin est un peu proverbial, le peuple, qui se plaît à tourner tout en raillerie, non content d'avoir ajouté au nom de Guillemin, propriétaire du jardin, l'épithète de Croque-sol, le donna encore à la rue de sorte qu'il l'appelle plus souvent la rue Guillemin Croque-sol que la rue Guillemin.»
Saint-Germain l'Auxerrois. Cette église est une des plus anciennes et des plus remarquables de Paris, et il n'en est aucune pourtant dont l'origine présente plus d'obscurité. Il est certain qu'elle existait au VIIe siècle, puisque saint Landri, évêque de Paris, mort vers l'an 655 ou 656, y fut inhumé. L'église subsista, telle qu'elle avait été bâtie d'abord, jusqu'au siége de Paris par les Normands. Ces barbares l'épargnèrent tant qu'elle leur parut utile à leur défense; ils la fortifièrent à cet effet d'un fossé dont on retrouve encore la trace aujourd'hui dans la rue qui en porte le nom; mais lorsqu'ils furent forcés de battre en retraite, ils la détruisirent de fond en comble. Helgaud, moine de Fleury, nous apprend que le roi Robert la fit rebâtir. À différentes reprises, elle fut reconstruite ou réparée par l'ordre de nos rois qui la considéraient comme leur paroisse quand ils eurent fait du Louvre leur demeure habituelle. Ce qu'on voit de plus ancien dans l'édifice est le grand portail qui paraît être du siècle de Philippe-le-Bel; le vestibule ou portique qui le précède ne fut construit que sous le règne de Charles VII.
Gesvres (quai de): «Il faut se figurer, dit Jaillot, qu'au commencement du siècle passé, le terrain, qui est entre le Pont-au-Change et le pont Notre-Dame, allait en pente jusqu'à la rivière, et qu'il n'était couvert que par quelques vilaines maisons qui formaient la Tuerie et l'Écorcherie. En 1641, le marquis de Gesvres demanda ce terrain au Roi et, sur l'avis des trésoriers de France, il obtint des lettres-patentes, au mois de février 1642, lettres qui, malgré l'opposition des bouchers et des propriétaires de forges du Pont-au-Change, furent enregistrées le 30 août de la même année: En voici la teneur:
«Louis (etc.) savoir faisons que Nous, ayant pris en considération les signalés recommandables services que le marquis de Gesvres nous a rendus dès sa tendre jeunesse, tant en nos armées qui ont tenu la campagne qu'es siéges les plus importants dans l'Allemagne, la Flandre et l'Espagne où, en divers combats et entreprises, il a donné telle preuve de son courage et de sa valeur, qu'au prix de son sang et de plusieurs blessures et d'une prison de neuf mois, il a mérité de Nous et du public l'estime et les gratifications qui sont dues à ceux qui nous servent avec tant de cœur et de fidélité. À quoi ayant égard comme aux grandes et excessives dépenses qu'il a faites jusques à présent dans nos armées et qu'il est encore obligé de continuer à l'avenir à icelui avons.... accordé, donné, octroyé, cédé, quitté, transporté et délaissé du tout à toujours les places qui sont entre les ponts Notre-Dame et aux Changeurs, du côté de l'Écorcherie, sur la largeur qui se rencontrera depuis la culée du pont Notre-Dame jusqu'à la première pile d'icelui, pour en quelle place y faire construire, à ses frais et dépens, un quai porté sur arcades et piliers posés d'alignement, depuis le point de la dite première pile du dit pont Notre-Dame jusques à celles du Pont-aux-Changeurs de présent construit de neuf: et quatre rues, l'une de vingt pieds de large avec maisons, qui prendra son embouchure sur le pont Notre-Dame, etc., etc.»
Gît-le-Cœur (rue): Il y a contestation sur l'origine de cette dénomination. Piganiol prétend qu'elle vient d'un descendant de Jacques Cœur, propriétaire d'une des maisons. Cette opinion paraît peu fondée; la plus vraisemblable et la plus suivie veut que le mot Gît-le-Cœur soit une corruption de Gilles queux ou Gui le queux, Gilles le cuisinier dans le vieux langage.
Au coin de cette rue, François Ier avait fait bâtir un petit palais communiquant par un escalier avec l'hôtel habité par la duchesse d'Étampes. Vers le commencement du siècle, Sainte-Foix voulut visiter cette résidence jadis fameuse et voici ce qu'il raconte: «Le cabinet de la duchesse d'Étampes sert à présent d'écurie à une auberge qui a retenu le nom de la Salamandre. Un chapelier fait sa cuisine dans la chambre du lever de François Ier, et la femme d'un libraire était en couches dans le petit salon de délices lorsque j'allai pour examiner les restes du palais.»
Sic transit gloria mundi.
Glatigny (rue de): Des titres anciens disent qu'on voyait en cet endroit une maison de Glatigny, qui, en 1241, appartenait à Robert et Guillaume de Glatigny. Au XIVe siècle, cette rue fort mal habitée s'appela le Val d'Amour.
Gluck (rue): Gluck (Christophe Willibald), célèbre compositeur de musique, (1714-1787), auteur d'Alceste, Iphigénie en Aulide, etc.
Gobelins (rue et manufacture des): L'établissement des Gobelins, dont la réputation est européenne, doit son nom à une famille qu'on croit originaire de Reims et dont le chef «Jéhan Gobelin, teinturier en escarlate» fonda en 1450 une fabrique bientôt des plus prospères, et qui resta la propriété de l'un des membres de la famille jusqu'au commencement du XVIIe siècle. À cette époque, dans une des maisons qu'il avait acquises de la famille Gobelin, Henri IV fonda l'établissement que la perfection de ses produits a rendu si fameux.
Godot de Mauroy (rue): Ouverte en 1818 seulement et qui doit son nom aux frères Godot de Mauroy, propriétaires du terrain.
Goujon (rue Jean): Jean-Goujon, sculpteur d'un talent délicat autant qu'original, périt malheureusement dans la fatale journée de la Saint-Barthélemy (1572). Il fut tué, disent les biographes, d'un coup d'arquebuse tiré sur lui pendant qu'il travaillait aux sculptures du Louvre. Possible qu'il se trouvât sur son échafaud, mais je doute qu'en un pareil moment, il songeât à tenir l'ébauchoir ou le ciseau. Maudite d'ailleurs la balle et maudit l'assassin, quel qu'il fût, qui nous ont privés de tant de chefs-d'œuvre qu'on pouvait attendre encore de l'artiste dans toute la vigueur de l'âge et le plein épanouissement de son génie!
Gracieuse (rue): Ce nom vient de Jean Gracieuse qui habitait dans cette rue, vers 1243, une maison à lui appartenant.
Grande-Truanderie (rue de la): Deux étymologies: les uns font venir ce nom du vieux mot truand qui signifiait un gueux, un vagabond, un diseur de bonne aventure, espèce de gens qu'on suppose avoir occupé cette rue autrefois. D'autres, et c'est le plus grand nombre, font dériver ce nom du vieux mot tru, truage qui signifie tribut, impôt, subside; Jaillot incline à cette opinion.
Grange aux Belles (rue): Désignation pittoresque dont l'origine est inconnue.
Grange-Batelière (rue): Origine douteuse: tout ce qu'on sait de plus précis, c'est que, dans une déclaration faite en 1522, les religieuses de l'abbaye Saint-Antoine reconnaissent que, le 12 avril 1204, on leur donna un muids de grains à prendre sur la Grange-Batelière. L'abbé Lebœuf pense que cette dénomination de Granchia Batelleria provient des joûtes ou exercices militaires qui se faisaient en cet endroit.
Gravilliers (rue des): En 1250, elle s'appelait Gavelier, nom d'un bourgeois notable qui l'habitait. Par corruption, ce nom s'est changé en celui des Gravilliers, qui sait comment?
Grenétat (rue): On comprend plus difficilement toutefois que ce nom de Grenétat vienne de d'Arnetal, transformé en Garnetal et enfin Grenétat.
Grégoire de Tours (rue Saint): Saint Grégoire de Tours, né à Tours en 559, mourut en 593, dans cette même ville dont il était évêque. Son grand ouvrage, ayant pour titre Histoire ecclésiastique des Francs, est admirable par la candeur et la sincérité de la narration, quoiqu'il laisse à désirer au point de vue de la critique historique. Sans ce trésor, ou cet ensemble inappréciable de faits recueillis par le bon évêque avec une sollicitude si persévérante, que saurions-nous des premiers temps de nos annales?
Grès (rue des): Autrefois le passage des Jacobins; dès l'année 1220, les Frères Prêcheurs ou Dominicains eurent, dans la rue Saint-Jacques, avec un couvent, une église dédiée à saint Jacques le Majeur, leur patron. C'est de là que leur vint le nom de Jacobins, sous lequel furent généralement connus dès lors les Dominicains de Paris. Ce nom de Jacobins, étrangement détourné de sa signification primitive, sert aujourd'hui à désigner la pire espèce des révolutionnaires, parce que les séances d'un club trop fameux sous la révolution, et dont Robespierre était l'idole, se tenaient dans un ancien couvent des Jacobins (Dominicains).
Guénégaud (rue): Ce nom vient d'un hôtel appartenant à Henri de Guénégaud, ministre et secrétaire d'État en 1641.
Guisarde (rue): On lui donna ce nom en souvenir de l'hôtel du Petit-Bourbon qui, du temps de la Ligue, était habité par la fameuse duchesse de Montpensier et servait de quartier-général à la faction des Guises.