V

Val-de-Grâce (église du): Cette église fut construite ou reconstruite par les ordres d'Anne d'Autriche qui avait fait vœu, si Dieu mettait un terme à sa longue stérilité, de lui bâtir un temple magnifique. Après vingt-deux ans d'attente, la reine eut un fils qui fut Louis XIV. L'église, commencée en 1645, ne put, à cause des troubles de la Fronde, être terminée qu'en 1665. Les architectes du monument furent François Mansard, Jacques Lemercier, Pierre Lemrut et Gabriel Leduc. Les peintures de la coupole sont dues à Mignard.

La communauté des religieuses du Val-de-Grâce de Notre-Dame de la Crèche, qui avait donné son nom à l'église, fut supprimée en 1790. Les bâtiments, que les sœurs occupaient, près de l'église, d'abord transformés en vastes magasins, devinrent, sous l'Empire, l'hôpital spécial des malades de la garnison.

Valhubert (place): Le général Valhubert, dont le nom est inscrit sur l'Arc-de-Triomphe de l'Étoile, fut tué à Austerlitz. Ayant eu la jambe emportée par un boulet, il tomba de cheval. Des soldats aussitôt s'empressent pour le relever et le porter à l'ambulance.

«Laissez, mes amis, laissez, leur dit ce martyr de la discipline; souvenez-vous de l'ordre du jour qui défend de quitter les rangs quoi qu'il arrive. Si vous êtes vainqueurs, vous m'enlèverez du champ de bataille; si vous êtes vaincus, que m'importe un reste d'existence!» Puis il ajoute après quelques instants: «Que n'ai-je perdu plutôt un bras, je pourrais combattre encore avec vous et mourir pour mon pays.»

Valhubert succomba le lendemain à ses blessures. L'empereur, par un décret, ordonna qu'une des rues nouvelles de Paris porterait son nom.

Vanneau (rue): Ainsi nommée, en souvenir de l'élève de l'École Polytechnique, tué à l'attaque de la caserne de Babylone (29 juillet).

Vaugirard (rue de): Signifie vallée de Girard. Girard de Moret, abbé de St-Germain des Prés, avait fait bâtir dans cette rue une maison de convalescence pour les malades.

Vendôme (place): Ouverte, par suite d'un arrêt du conseil de l'année 1686 et de lettres patentes du roi (1699), sur l'emplacement qu'occupait l'hôtel Vendôme démoli à cet effet. Mansart, le célèbre architecte, fut chargé des nouvelles constructions. Au milieu de la place s'élevait, dès l'année 1699, une statue équestre en bronze de Louis XIV, qui fut renversée en 1792. Elle se voyait à l'endroit où maintenant se dresse la Colonne en l'honneur de la Grande Armée.

Ventadour (rue): Nom d'une famille qui y avait un hôtel.

Verdelet (rue): Cette rue se nommait autrefois rue Merderiau, Merderai ou Merderet, expressions tant soit peu rabelaisiennes, mais que nos pères eux-mêmes trouvaient assez mal sonnantes. Le mot fut adouci par le changement de deux lettres et, dès le commencement du XVIIe siècle, la rue s'appelait comme aujourd'hui: Verdelet.

Vertbois (rue): Comme cet endroit était, au XVIe siècle, tout en marais et en jardins, il est assez vraisemblable que le nom de Vertbois lui vient des arbres qui environnaient de ce côté l'enclos du prieuré St-Martin avant qu'on eût percé la rue.

Verrerie (rue de la): Primitivement (1386) de la Voisie, puis de la Verrerie sans doute à cause de plusieurs verreries qui s'y trouvaient.

Verneuil (rue de): Doit son nom à Henri de Bourbon, duc de Verneuil, abbé de Saint-Germain des Prés, qui la fit ouvrir en 1640.

Vertus (rue des): Ce nom lui fut donné par antiphrase à cause de certaines dames ou demoiselles qui l'habitaient et dont la conduite ne faisait point honneur au sexe.

Vero-Dodat (passage): L'un des premiers construits à Paris, ce passage doit son nom au propriétaire qui avait fait une grande fortune dans la boutique de charcuterie établie à l'angle de la rue Croix-des-Petits-Champs et de la rue Montesquieu.

Victoires (place des): Elle fut construite par François, vicomte d'Aubusson, de la Feuillade, maréchal de France, qui fit, dans ce but, abattre, en 1684, une partie de l'hôtel de la Ferté qu'il avait acheté. «Ayant reçu de la cour des bienfaits extraordinaires, il a voulu laisser à la postérité une marque éclatante de sa reconnaissance» dit G. Brice.

Pour ce motif, il fit ériger au milieu de la place une statue de Louis XIV, renversée pendant la Révolution et dont voici la description faite par un contemporain:

«La statue est élevée sur un grand piédestal de marbre blanc veiné, de vingt-deux pieds de hauteur en y comprenant un soubassement de marbre bleuâtre, avec des corps avancés du même profil. Sur ce piédestal, le Roi est représenté dans les habits dont on se sert aux cérémonies du sacre à Reims, et que l'on conserve dans le trésor de Saint-Denis. Il a un Cerbère à ses pieds, et la Victoire derrière lui, montée sur un globe, qui semble d'une main lui mettre une couronne de laurier sur la tête, et de l'autre, elle tient un faisceau de palmes et de branches d'olivier dans une attitude noble et hardie. Toutes ces choses ensemble font un groupe de treize pieds de hauteur, d'un seul jet, où l'on a employé près de trente milliers de métal. Et ce qui rend encore ce monument d'une apparence plus magnifique, quoique bien des gens de bon goût n'en soient pas contents, c'est qu'on l'a doré entièrement pour le faire paraître et briller plus loin.»

Sur le piédestal de la statue on lisait cette inscription:

VIRO IMMORTALI.

Notre-Dame-des-Victoires, (rue): Elle s'appelait anciennement le chemin Herbu «mais, depuis qu'une enseigne haute en couleur eût été pendue à l'une de ses maisons, enseigne où, sous le nom de Notre-Dame-des Victoires, la Vierge est représentée, aussitôt elle quitta son premier nom pour celui-ci», dit un historien. On la nomme aussi des Petits Pères ou des Petits Augustins à cause des Augustins déchaussés qui y avaient un couvent.

On sait que, depuis vingt ou vingt-cinq ans, ce sanctuaire est devenu un lieu de pèlerinage des plus célèbres. Qui de nous n'y va pas de temps en temps prier?

Victoire (rue de la): S'appelait d'abord Chantereine, nom qu'elle échangea contre celui de la Victoire quand le général Bonaparte, au retour de la première campagne d'Italie, vint l'habiter.

Vierge, (rue de la): Ce nom vient d'une statue de la sainte Vierge qui se voyait à l'une des extrémités de la rue.

Vignes (impasse des): Ce nom lui fut donné parce que les maisons s'élevèrent dans un grand clos de vignes appartenant aux religieuses de Sainte-Geneviève.

Hôtel-de-Ville (l'): En 1357, le Prévôt des marchands et les Échevins de la Ville de Paris achetèrent, au prix de 2,880 livres, la Maison de Grève, autrement la maison aux piliers, parce qu'elle était soutenue par devant sur des piliers. Elle avait appartenu aux deux derniers dauphins du Viennois; Charles V, n'étant que dauphin, y avait demeuré, et l'avait donnée à Jean d'Auxerre, receveur des gabelles, en considération des services que le dit Jean lui avait rendus. Ce fut sur l'emplacement de cette maison et de plusieurs autres qui l'environnaient que l'on commença à bâtir l'Hôtel-de-Ville en 1553; il ne put être achevé qu'en 1605. Dans ces derniers temps, il a été fort augmenté et en partie reconstruit.

Pourquoi maintenant nous faut-il ajouter: ce monument si superbe, ce palais splendide, il y a si peu de mois encore, incendié comme tant d'autres par les sectaires de la Commune et les séides de l'Internationale, n'est plus qu'une ruine, ruine imposante d'ailleurs et que nous serions assez d'avis (comme on l'a proposé) de laisser dans cet état pour l'enseignement des générations à venir. Mais de cet enseignement, de ces leçons si formidables, profiteront-elles quand sur les contemporains il semble que l'impression en ait été trop fugitive? Quel miracle de la Providence faudrait-il pour guérir ce malheureux peuple de la cécité comme de la surdité?

Ville-l'Évêque (rue de la): Son nom lui vient du territoire sur lequel elle est située et qui appartenait à l'Évêque et au chapitre.

Léonard de Vinci (rue): Peintre, poète, écrivain, cet illustre Italien (1459-1519) est connu de nous surtout par ses tableaux et ses dessins et aussi par une précieuse et ancienne copie de la Cène, cette fresque célèbre, hélas! aujourd'hui presque entièrement effacée. Le portrait de la Joconde (Monna Lisa) une des merveilles de l'art, suffirait, seul, à la gloire du maître. Dans cette figure étrange on ne sait ce qu'il faut admirer davantage ou la finesse prodigieuse et l'intensité de l'expression, ou la touche si savamment dissimulée et le modelé qui tient du miracle. Quel étonnant visage! et la main donc, la main!

Vivienne (rue): Elle a pris ce nom d'une famille connue au XVIe siècle et qui fit bâtir les premières maisons de la rue. Louis Vivien, seigneur de Saint-Marc, était échevin de la ville de Paris en 1599, sous la prévôté de Jacques Danès.

Trois-Visages (rue des): «Le nom qu'elle a maintenant, dit Sauval, vient de trois têtes ou trois visages de pierre et tous trois de relief que j'ai vus autrefois à l'une de ses maisons. Présentement il en reste encore une.»

Volta (rue): Volta, physicien célèbre par la découverte de l'électro-moteur, naquit à Côme en 1745. Appelé à Paris en 1801 par Bonaparte qui l'avait connu en Italie, il répéta devant l'Académie des Sciences ses curieuses expériences sur l'électricité. Comblé d'honneur par Napoléon Ier, fait sénateur et comte, Volta jouit paisiblement de sa gloire à laquelle, dès lors, il parut peu soucieux d'ajouter. Il mourut, octogénaire, le 6 mars 1826.

Voltaire (rue et quai): Joubert, dont feu Ste-Beuve faisait si grand cas et qu'il a loué pour son goût exquis comme pour sa modération, n'hésite pas à dire de Voltaire: «Voltaire avait le jugement droit, l'imagination riche, l'esprit agile, le goût vif et le sens moral détruit. .... Voltaire est l'esprit le plus débauché, et ce qu'il y a de pire, c'est qu'on se débauche avec lui. La sagesse, en contraignant son humeur, lui aurait incontestablement ôté la moitié de son esprit. Sa verve avait besoin de licence pour circuler en liberté. Et cependant jamais homme n'eut l'âme moins indépendante. Triste condition, alternative déplorable, de n'être, en observant les bienséances, qu'un écrivain élégant et utile, ou d'être, en ne respectant rien, un auteur charmant et funeste. Ceux qui le lisent tous les jours s'imposent à eux-mêmes, et d'une invincible manière, la nécessité de l'aimer. Mais ceux qui, ne le lisant plus, observent de haut les influences que son esprit a répandues, se font un acte d'équité, une obligation rigoureuse et un devoir de le haïr. .... Voltaire a, comme le singe, les mouvements charmants et les traits hideux. On voit toujours en lui, au bout d'une habile main, un laid visage.»

Quand le sage critique parle ainsi, faut-il s'étonner d'entendre le poète satirique qu'on vît:

Fouetter d'un vers sanglant les grands hommes du jour,

faire tonner, lui victime infortunée de la secte, contre l'Idole son alexandrin énergique?

Sous peine d'être un sot, nul plaisant téméraire
Ne rit de nos amis et surtout de Voltaire.
On aurait beau montrer ses vers tournés sans art,
D'une moitié de rime habillés au hasard,
Seuls et jetés par ligne exactement pareille;
De leur chute uniforme importunant l'oreille,
Ou, bouffis de grands mots qui se choquent entre eux,
L'un sur l'autre appuyés, se traînant deux à deux;
Et sa prose frivole, en pointes aiguisée,
Pour braver l'harmonie incessamment brisée;
Sa prose, sans mentir, et ses vers sont parfaits;
Le Mercure, trente ans, l'a juré par extraits;
Qui pourrait en douter? Moi, cependant j'avoue
Que d'un rare savoir à bon droit on le loue;
Que ses chefs-d'œuvre faux, trompeuses nouveautés,
Étonnent quelquefois par d'antiques beautés;
Que par ses défauts même il peut encore séduire.
Talent que peut absoudre un siècle qui l'admire[67]

À propos du vers souligné par nous, on peut rappeler ce passage de l'éminent critique déjà cité: «Mépriser et décrier, comme Voltaire, les temps dont on parle, c'est ôter tout intérêt à l'histoire qu'on écrit.»

Vosges (place des): Autrefois Place Royale, commencée eu 1604 par l'ordre de Henri IV, et terminée en 1612. Au milieu de la place ou plutôt du jardin, se voit une statue équestre de Louis XIII qui rappelle en partie celle que le cardinal de Richelieu fit ériger, le 27 septembre 1639, en l'honneur du roi. «Elle était élevée sur un piédestal de marbre blanc, dit Saint-Victor. Le prince y était représenté le casque en tête, vêtu à la romaine, retenant d'une main la bride de son cheval et étendant l'autre en signe de commandement.»

Sur les diverses faces du piédestal on lisait de longues inscriptions en français et en latin, et entre autres un curieux sonnet de Desmarets de Saint-Sorlin qui n'y fut gravé, il est juste de le dire, qu'après la mort du roi et de son ministre.

Que ne peut la vertu? Que ne peut le courage?
J'ai dompté pour jamais l'hérésie et son fort;
Du Tage impérieux j'ai fait trembler le bord,
Et du Rhin jusqu'à l'Ebre accru son héritage.

J'ai sauvé par mon bras l'Europe d'Esclavage;
Et si tant de travaux n'eussent hâté mon sort,
J'eusse attaqué l'Asie, et d'un pieux effort
J'eusse du saint Tombeau vengé le long servage.

Armand, le grand Armand, l'âme de mes exploits,
Porta de toutes parts mes armes et mes lois,
Et donna tout l'éclat aux rayons de ma gloire.

Enfin il m'éleva ce pompeux monument
Où, pour rendre à son nom mémoire pour mémoire,
Je veux qu'avec le mien il vive incessamment.

La grille qui entoure la place ne fut placée qu'en 1685. On la dut à la libéralité des propriétaires des 35 pavillons qui composent ce quadrilatère et qui souscrivirent chacun pour une somme de 1,000 livres. Au commencement de XIXe siècle, Saint-Victor écrivait: «Ces maisons, regardées naguère comme les plus grandes et les plus superbes de Paris, servaient autrefois de demeure à ce qu'il y avait de plus illustre à la cour et à la ville, elles sont aujourd'hui presque abandonnées ainsi qu'une partie de celles qui les environnent, ou du moins elles sont devenues l'asile de la médiocrité ou même de l'indigence.»

Il n'en est plus ainsi maintenant, et il ne faut pas être pauvre pour habiter même l'étage le plus élevé de l'un de ces pavillons.

[ [67] Gilbert: Mon Apologie.