LE NERF DE LA GUERRE
Le nerf de la guerre est aussi le grand ressort du ménage. Après nous être occupé des conditions morales de la vie à deux, il est temps d'aborder l'étude des conditions matérielles dans lesquelles cette vie peut le plus aisément se maintenir et se développer. Nous n'écrivons pas pour une classe de la société plutôt que pour une autre. Afin d'éviter les redites, les doubles emplois et les divisions qui grossiraient ce livre outre toute mesure, c'est à la moyenne que nous nous adressons d'ordinaire; mais les plus riches comme les plus pauvres peuvent faire leur profit de nos calculs et de nos conseils. C'est à eux de les adapter à leur position sociale: il n'y a là qu'une affaire de proportion.
Il faut de l'argent pour vivre, peu ou prou. Strictement, il en faut plus pour vivre à deux que seul, bien que, dans la pratique, l'homme célibataire dépense presque toujours autant, si ce n'est plus, que l'homme en ménage.
Cet argent provient du patrimoine ou du travail. Tantôt c'est le mari qui le possède ou le gagne; tantôt la femme l'apporte en dot; tantôt, et c'est le cas le plus fréquent, la dot de la femme vient s'ajouter au capital ou au revenu du mari. Il est donc naturel, prudent, nécessaire même de supputer, avant le mariage, les ressources qu'on peut arriver à mettre en commun et de s'assurer si ces revenus sont suffisants pour faire face aux nécessités de la vie à deux. Nous renvoyons, pour le fond de cette question, à ce que nous en avons dit dans Doit-on se marier? Constatons seulement que si l'or est une chimere dont il faut savoir se servir, comme le chantait si bien Scribe, l'art de s'en servir sans danger n'est pas commun, et qu'en tout cas cette chimère, en dépit des facilités qu'elle apporte à l'existence, ne fait pourtant point le bonheur.
Dans l'épopée finnoise, le Kalevala, Ilmarinnen, le forgeron divin, forge une fiancée d'or et d'argent pour Weinamoinen. Celui-ci, content d'abord d'avoir une femme si riche, la trouve bientôt intolérablement froide, car, malgré feux et fourrures, chaque fois qu'il la touche, elle le glace.
Pour être vieille, l'allégorie ne manque pas encore d'actualité.
«Sous Louis XIV, une bourgeoise de Paris, ayant de vingt à trente mille livres de dot, épousait un avocat. Avec trente-cinq à quarante mille livres, elle devenait la femme d'un trésorier de France. Si sa dot s'élevait de quarante-cinq à soixante-quinze mille livres, on la mariait à un conseiller au Parlement. Apportait-elle de deux cent à six cent mille livres, elle pouvait prétendre à un gentilhomme titré[29].»
Les chiffres ne sont plus les mêmes, non plus que les désignations des positions sociales; mais, en fait de prétentions dans les alliances, les choses n'ont guère changé, que je sache. Du reste, il ne m'est pas prouvé,—au contraire—que ces trocs d'une dot contre une position ou un titre aient jamais assuré des unions heureuses, pas plus sous l'ancien régime que sous le nouveau.
C'est pourquoi je partage l'avis de l'Anglais Henry Taylor, qui écrivait dans un petit livre fort sensé, intitulé: Notes from Life: «Eu égard à la quantité de choses dont le concours est requis pour faire un bon mari et un heureux ménage, le père risque d'imposer de cruelles limites au choix de sa fille, lorsqu'il ajoute la richesse aux qualités nécessaires au prétendant. Même les mariages pauvres faits par l'imprévoyance ont moins de chances de finir mal que les mariages riches faits par la contrainte.»
Seulement cette exigence vient aussi souvent, sinon plus, du côté du garçon que du côté de la fille, et elle est alors encore plus à blâmer. Tout homme qui, par son travail ou sa fortune propre, est à même de vivre convenablement dans le milieu social où il évolue, et qui recule devant le mariage parce qu'il a peur d'imposer des privations à sa femme et à ses enfants, est un égoïste qui ne craint, à vrai dire, que pour la satisfaction de ses goûts[30].
L'union contractée, que les ressources soient petites ou grandes,—«c'est un point délicat et sur lequel les avis seront longtemps partagés, que celui de savoir si, dans un ménage bien réglé, la bourse doit être commune et la clef du secrétaire en double partie.»
Le Code conjugal, qui pose la question, la résout ainsi: «Certes, il n'appartient pas à la femme de s'ingérer dans la question des revenus communs, et il y aurait folie à elle d'avoir une telle prétention; mais il est naturel qu'elle participe à tous les avantages que procure la fortune. Dans la plupart des ménages parisiens, le mari alloue à sa femme une somme fixe pour sa toilette et sa dépense particulière. Rien ne nous semble moins convenable. Une femme, obligée d'attendre la fin du mois pour toucher ses appointements, ses gages, ne se trouve pas obligée à plus d'économie, et se voit parfois contrainte d'ajourner le mémoire d'une couturière, d'une modiste, d'un bijoutier. C'est en confiant sans réserve à sa femme la garde entière de la fortune commune, qu'on l'intéresse à n'en user qu'avec sagesse et économie.
»Quant à ces maris, comme on en voit trop, refusant à leurs femmes les moyens de paraître ainsi qu'il convient à leur état dans le monde; grondant, criant misère à tout propos, nous n'en parlerons pas. C'est une mauvaise économie que celle qui met une femme aux prises entre la coquetterie et la sagesse. Le bonhomme Platon écrivait, il y a quelque mille ans: «Il semble que l'or et la vertu soient placés des deux côtés d'une balance, et qu'on ne puisse ajouter au poids du premier sans que l'autre devienne au même instant plus léger.»
Voilà qui est bien, et nous n'allons pas contre la justesse de ces observations. Nous ne saurions cependant admettre comme absolu le verdict qu'Horace Raisson porte contre le système qui consiste à ouvrir à la femme, sur le budget commun, un crédit mensuel proportionné au revenu des époux et aux besoins de la maison. Elle sait au juste sur quoi elle peut compter, et c'est à elle à ne pas se mettre dans le cas que redoute l'auteur du Code conjugal, cas fâcheux assurément, mais qui l'est moins encore que la tentation de puiser les yeux fermés dans la bourse commune, et peut-être finalement de l'épuiser.
Cela n'implique, d'ailleurs, ni défiance, ni mauvaise volonté, ni gestion arbitraire de la part du mari. C'est une simple règle posée d'un mutuel accord, et qui n'empêche en aucune façon les deux époux d'avoir la plus parfaite unité de vues, de bourse et d'intérêts. On s'engage, après mûre considération, à ne dépenser, pour l'entretien courant de la maison et les articles de toilette, qu'une somme déterminée. C'est prudence et raison que d'agir ainsi.
Femme mariée doit être simple,
Et porter la guimpe,
dit un proverbe du quinzième siècle. La guimpe change de forme et de nom avec les temps et les modes. Mais ce qui ne change pas, c'est le précepte de simplicité donné dans ces vers naïfs. Nous ne voulons pas dire que la femme mariée ne doive pas se mettre suivant sa fortune, son rang, les convenances et les habitudes du monde dans lequel elle vit; mais elle doit toujours conserver cette simplicité relative qui distingue la femme d'intérieur, la mère de famille de celles pour qui la vie n'a d'autres obligations que leurs caprices et leurs plaisirs.
«L'économie domestique n'est pas une vertu brillante, disait Mercier, mais elle compose une vertu solide, et une des plus belles que je connaisse. Elle est le fondement des maisons, ainsi que des grands établissements: ce sont les racines obscures qui nourrissent les pompeux feuillages de ces arbres qui portent leur front dans la nue. La misère est une source continuelle de soucis rongeurs, d'inquiétudes, de peines d'esprit, d'insomnies cruelles: elle est conseillère de plusieurs actions basses et iniques. L'économie, qui chasse tous ces tourments, qui nous met à couvert de ces épines, est tout à la fois et le soutien consolant de notre vie, et la sauvegarde de notre vertu; c'est un doux oreiller où nous sommeillons sans crainte de l'avenir, toujours obscur. L'économie enfin est la vertu la plus utile à la génération qui doit succéder: elle embrasse donc deux âges à la fois: privilège qui n'appartient guère qu'à elle.»
Sans s'élever à des considérations si élevées, ni surtout à une langue si fleurie, un autre moraliste de la même époque[31] s'exprime ainsi:
«L'avarice et la prodigalité sont deux extrêmes, entre lesquels se trouve une sage économie. Vous sentez que cette économie est toujours relative au rang que l'on occupe. Il faut toujours tenir un état conforme à son rang; mais quand vous outrez ce qu'il demande, vous vous ruinez, sans que personne vous en sache gré. Il en est de même de celui qui ne met aucun ordre dans sa maison; il peut être perpétuellement trompé par ses domestiques; et ce qu'on lui vole est perdu pour lui, sans qu'il s'en fasse honneur. Ainsi, plus la place que l'on occupe exige que l'on ait de domestiques, plus il faut les assujettir à une règle exacte, et les maintenir avec fermeté.»
Tous ces conseils s'adressent autant à l'homme qu'à la femme. Il en est de même de ce passage, que nous empruntons à Henry Taylor:
«L'art de vivre à l'aise consiste à régler son genre de vie d'un cran au dessous de ses moyens. Le confort et la jouissance dépendent plus de la facilité dans les détails de la dépense que d'un degré de plus ou de moins dans le genre de vie que l'on mène; et, chose qui a encore une bien autre importance, l'esprit est moins obsédé de questions d'argent.
«Gardez-vous d'associer faussement dans votre esprit le plaisir avec la dépense,—de vous dire que, puisque le plaisir peut s'acheter avec de l'argent, l'argent ne saurait se dépenser sans procurer de plaisir.»
Le proverbe qu'on répète encore dans certaines de nos provinces:
Assez n'y a si trop n'y a,
ne signifie pas qu'il faut en avoir trop pour en avoir assez, mais bien qu'on n'en aura assez qu'autant qu'on mettra, quelle que soit d'ailleurs la chose à consommer, un surplus en réserve, ne serait-ce que pour se convaincre soi-même que, si l'on peut encore désirer au delà, ce qu'on a suffit réellement. En un mot, il faut se contenter non pas de ce qu'on a, mais d'un peu moins qu'on a.
Notre proverbe est donc d'un degré plus sage que celui de G. Meurier:
Il faut prendre le pot au feu
Selon son estat et revenu,
Et qui guères n'a despendre peu.
Charron a traité le sujet dans une page remarquable, que je demande la permission de rapporter.
«Les préceptes et advis de mesnagerie principaux sont ceux-cy: 1. Acheter et despendre toutes choses en temps et saison, elles sont meilleures et à meilleur prix. 2. Garder que les choses qui sont en la maison ne se gastent et perissent, ou se perdent et s'emportent, cecy est principalement à la femme: à laquelle Aristote donne par preciput ceste authorité et ce soin. 3. Pourvoir premierement et principalement à ces trois, Necessité, Netteté, Ordre: et puis s'il y a moyen, l'on advisera à ces trois autres (mais les Sages ne s'en donneront pas grand peine: non ampliter sed munditer convivium: plus salis quam sumptus) Abondance, pompe et parade, exquise et riche façon. Le contraire se pratique souvent aux bonnes maisons, où il y aura licts garnis de soye, pourfilez d'or, et n'y aura qu'une couverture simple en hyver, sans aucune commodité de ce qui est le plus necessaire. Ainsi de tout le reste.
»Regler sa despense: ce qui se fait en ostant la superfluë, sans faillir à la necessite, devoir et bienseance: un ducat en la bourse fait plus d'honneur que dix mal despendus, disait quelqu'un. Puis, mais c'est l'industrie et la suflisanse, faire mesme despense à moindre frais, et sur tout ne despendre jamais sur le gain advenir et esperé.
»Avoir le soin et l'œil sur tout: la vigilance et présence du maistre, dit le proverbe, engraisse le cheval et la terre. Mais pour le moins le maistre et la maistresse doivent celer leur ignorance et insuffisance aux affaires de la maison, et encores plus leur nonchalance, faisant mine de s'y entendre et d'y penser: car si les officiers et valets voyent que l'on ne s'en soucie, ils en feront de belles.»
On le voit, la sagesse ne vieillit point. Elle était la même au temps des Œconomiques qu'au seizième siècle; elle est la même encore aujourd'hui.
L'administration générale de la fortune, le placement des fonds, les dépenses extérieures que l'homme est amené à faire par ses affaires ou ses distractions, ne nous occuperont pas ici. Ce que nous avons à en dire, et nous ne voulons en dire que peu, trouvera place au chapitre suivant. Mais, dans l'organisation intime de la vie à deux, dans le fonctionnement de cet organisme délicat dont le cœur est au foyer, la femme joue un si grand rôle, la façon dont elle emploie l'argent qu'elle a entre les mains a des conséquences telles, non seulement sur le bien-être, mais aussi sur le bonheur des deux époux, qu'il nous faut forcément entrer dans quelques détails. Nous les emprunterons à un livre oublié, œuvre de deux dames qui y ont enseigné en bons termes et avec toute la lucidité du bon sens, le résultat de leur expérience. En voici le titre tout au long: Manuel complet de la Maîtresse de maison et de la parfaite Ménagère, ou Guide pratique pour la gestion d'une maison à la ville et à la campagne, contenant les moyens d'y maintenir le bon ordre et d'y établir l'abondance. Par madame Gacon-Dufour. Seconde édition, mise dans un nouvel ordre et très augmentée par madame Celnart. Paris, Roret, 1828; 1 vol. in-16.
Tout, à peu près, est prévu dans les réflexions générales dont ces dames font précéder les instructions qu'elles donnent pour les divers soins du ménage, et nous croyons ne pouvoir mieux faire, malgré la longueur de la citation, que de les offrir à méditer.
«Ce n'est pas assez de faire le bien, dit un livre de piété fort connu, il faut le bien faire. Cette maxime toujours utile est indispensable en ménage, où tout doit être exécuté avec une méthode, un ordre constant. La première chose à faire est donc un sage calcul de ses moyens pécuniaires, une sage distribution de leurs produits, un invariable emploi de ses instans; la seconde est l'observation des règles que l'on s'est prescrites.
»De concert avec son époux, la maîtresse de maison commencera par calculer ses revenus et ses dépenses: elle verra ce qu'il faut pour le loyer, le mobilier et son entretien, le chauffage, l'éclairage, les domestiques; elle allouera les frais des vêtemens, de la nourriture ordinaire, et les dépenses extraordinaires qu'elle pourra avoir à faire dans ce genre: ceux du blanchissage l'occuperont ensuite. Il est bon de subdiviser pour éviter l'erreur, et de dire, tant pour le mari, tant pour la femme, pour chaque enfant, etc. Elle songera ensuite aux menues dépenses qui s'attacheront spécialement à son état dans le monde et à celui de son époux, comme voyages, ports de lettres, réceptions, cadeaux, abonnements aux journaux, achats de livres, frais d'éducation, etc.; il faut toujours prévoir et même laisser un léger compte ouvert pour les dépenses imprévues, comme le remplacement d'objets perdus, cassés, la réparation de divers accidens, les soins qu'exigent de légères indispositions et autres choses semblables. Par là, on s'épargne à la fois et ces lamentations, ces regrets prolongés lorsqu'arrivent quelques-unes de ces contrariétés, et cette économie mal entendue qui, pour épargner le remplacement d'une vitre brisée, laisse pénétrer dans les appartemens une humidité nuisible, malsaine, qui gâte les meubles, occasionne des rhumes fatigans, dangereux peut-être... M. Say, dans ses Principes d'Économie politique, cite une famille de villageois ruinée pour avoir omis de mettre un loquet à une porte, qu'on se contentait de fermer au moyen d'une cheville de bois. Un porc, sur lequel ils comptaient pour payer leur terme, s'échappa par la porte mal fermée; en courant inutilement après, le fermier gagna une fluxion de poitrine; cette maladie acheva de le mettre à la misère, et ses meubles furent saisis par les huissiers. On sent comment, dans chaque ménage, des causes semblables peuvent produire de semblables effets.
»Ce n'est pas assez d'avoir assigné pour chaque dépense, d'avoir songé même aux frais imprévus; il faut encore, il faut indispensablement s'arranger de manière à mettre de côté une partie de son revenu de chaque année. Si l'on n'avait point d'enfans, il serait bon de prendre cette précaution pour se prémunir contre les pertes, les maladies: jugez si l'on peut s'en dispenser lorsqu'on a une nombreuse famille, qu'il faut élever, pourvoir selon son état?... L'obligation d'économiser devient encore plus urgente, si la grande partie, si la totalité de vos revenus dépend d'une place que mille circonstances peuvent subitement vous ôter...
»Il est encore une résolution que doit prendre une maîtresse de maison, sans se permettre une seule fois de l'oublier, c'est de payer comptant tout ce qu'elle achète, pour sa toilette surtout: les besoins du luxe sont, dans l'état actuel de nos mœurs, si bien mêlés aux besoins de la nécessité, ils sont si décevans, si variés, il est si facile de se laisser entraîner, qu'il faut se prémunir contre l'occasion, contre soi-même. Remet-on à payer plus tard, on achète avec facilité à mesure que les circonstances, l'attrait, la fantaisie excitent; on ne songe plus au paiement; les emplettes s'accumulent, les mémoires s'enflent, et l'instant de les acquitter est l'instant des troubles, des querelles, de la gêne. S'acquitte-t-on, au contraire, à mesure qu'on achète, on sent la valeur de l'argent, on retranche sur ce que sollicite l'occasion, on refuse à la fantaisie. Fait-on une dépense déraisonnable, l'aisance de son intérieur, les besoins de son mari, de ses enfans, qui souffrent de cette capricieuse emplette, donnent une forte leçon dont on se souvient à l'avenir. Du reste, quelque frivole que l'on soit, on voit avec regret cet échange d'une forte somme contre les brillantes bagatelles de la mode; et je suis persuadée que nos plus prodigues élégantes dissiperaient une fois moins d'argent si l'habitude de payer tout de suite leur permettait de réfléchir.
«Ces points convenus, la maîtresse de maison aura un livre ouvert qui portera les sommes allouées pour chacune des dépenses mentionnées plus haut: elle écrira régulièrement les détails journaliers de chacune de ces dépenses; l'addition en sera faite chaque mois, et la récapitulation générale à la fin de l'année, afin de juger si l'ordre adopté dans la maison excède l'allocation des fonds; si, au contraire, l'allocation excède, ou si l'un et l'autre marchent également. On sent que, dans le premier cas, une réforme est urgente; que, dans le second, il faut attendre, avant d'augmenter sa dépense, que l'expérience de l'année suivante, de plusieurs années même, ait renouvelé cet excédent, car on ne saurait trop se précautionner contre les chances fâcheuses du sort et l'entraînement de la vanité... L'habitude d'un surcroît de dépense se prend bien vite, se quitte difficilement, et de courts succès engendrent de longs revers.»
Un des chapitres les plus importants dans les fonctions de la maîtresse de maison est celui de la table ou de la nourriture.
Viande et boisson perdition de maison,
déclare, non sans quelque vérité, un dicton populaire. Il faut pourtant boire et manger. La manière dont on le fait a même une grande influence sur l'agrément des rapports entre les deux époux, outre qu'elle intéresse au plus haut degré les finances du ménage. Voyons donc ce que disent mesdames Gacon-Dufour et Celnart sur un sujet où la femme est maîtresse absolue, agissant sans autre contrôle que la satisfaction ou le mécontentement gastronomique de son mari.
«La maîtresse de maison doit considérer la nourriture sous le triple rapport de la santé, du plaisir et de l'économie...
»Son premier soin sera de fixer des heures invariables pour les repas, d'après l'état de son mari et les habitudes reçues... Les heures une fois adoptées d'après les convenances de votre intérieur, que rien ne puisse les déranger, car si la domestique pense qu'on attendra, elle retardera ensuite; ou si elle est exacte et que vous ne le soyez pas, les ragoûts seront brûlés, les sauces tournées; on emploiera beaucoup plus de combustible, et il coûtera davantage pour manger un mauvais dîner. Que la règle de vos repas ait donc, en quelque sorte, force de loi; n'attendez jamais ni personne de la maison, ni convives invités; qu'on en soit bien persuadé, et que si l'on a besoin de faire avancer ou retarder l'heure des repas, on vous en prévienne à l'avance, afin que les préparatifs soient faits en conséquence et que les mets n'en souffrent pas. Outre l'ordre du temps du repas, la bonne ménagère veillera à l'ordre de leur composition...» Elle profitera «de la saison pour que sa table soit variée d'une manière agréable. Ce soin la dispensera de la recherche dans les assaisonnemens, témoignera de son attention pour le bien-être de son époux, et lui deviendra en très peu de temps chose si facile, qu'elle ne s'en apercevra même pas.
»Les détails de la nourriture sont extrêmement multipliés, et cependant il faut tous les connaître... Pour y parvenir, il faut payer chaque mois le boulanger, le boucher, l'épicier, le charcutier, s'il y a lieu; porter leurs comptes sur le grand livre de dépenses, et avoir un autre petit livre sur lequel on inscrira chaque jour tout ce qui s'achètera pour la table; on en fera le relevé chaque semaine, et au bout du mois, additionnant les calculs des quatre semaines, on portera le total sur le grand livre...» On verra de cette façon «si la dépense est égale d'un mois à l'autre: on se rendra compte des motifs, des circonstances qui ont pu la diminuer ou l'accroître, et on ne dira jamais, comme trop de femmes: Je ne sais pas comment cela se fait.
»Quelque fortune qu'ait la maîtresse de maison, quelque confiance qu'elle ait en ses domestiques, elle ne se contentera pas de commander les repas d'après ce qui a été dit précédemment; elle veillera à ce que les provisions journalières soient faites de bonne heure, afin de mieux choisir et de payer moins cher; elle examinera si le poids est juste, si les objets sont de bonne qualité; elle les fera disposer de la manière la plus avantageuse pour la garde, dans l'office de cuisine ou dans le garde-manger...» Elle prendra soin qu'aucun gaspillage ne se produise, que rien ne se perde et qu'on tire parti de tout. Légères économies, dira-t-on. «J'en conviens; mais nulle économie répétée n'est à dédaigner. Les grandes économies du ménage, dit M. Ch. Dupin, portent toujours sur les objets à bon marché...»
L'art de conserver les substances alimentaires procurera à la bonne ménagère d'agréables et profitables économies. «Par là, elle se dispensera des frais de détail, toujours coûteux; elle épargnera la peine et le temps de ses domestiques, et, tout en exigeant moins, elle en retirera plus; car une domestique que l'on ne charge pas d'une multitude de commissions, de courses, de petits achats mal entendus, ayant beaucoup de temps de reste, peut en donner une partie au raccommodage du linge de cuisine, à la filature, etc... Survient-il à dîner quelques personnes que l'on n'attendait pas? on n'est point forcé de courir chez le traiteur; les provisions sont sous la main: que de fatigue, d'impatience, de frais et d'ennuis sont épargnés!...»
L'impartialité nous force à dire ici que nous avons entendu des personnes fort compétentes vanter le système contraire, et assurer que, malgré la surveillance la plus active, les approvisionnements amènent forcément le gaspillage. Provisions, profusion, voilà leur mot d'ordre. Nous ne nous sentons point en état de prendre parti, mais nous croyons, sans malice, que, l'un et l'autre système, suivant les circonstances et celles qui les appliquent, sont fort bons. C'est le cas de répéter une fois de plus le proverbe anglais: Rien ne réussit comme le succès.
«De toutes les économies mal entendues dont la maîtresse de maison doit se défendre, une des plus pernicieuses est celle qui aboutit au manque d'éclairage. Faute d'y voir on perd du temps, on casse les objets, on se heurte souvent d'une manière dangereuse. Si dans la nuit on se trouve subitement réveillé par quelque accident, les secours sont lens, et souvent même inefficaces, par cette raison. La ménagère doit donc établir un éclairage constant, suffisant, approprié aux divers endroits de la maison, aux différentes heures et occupations. Elle doit en ce genre avoir des provisions, les distribuer avec ordre, et surtout veiller à ce que tous les ustensiles soient tenus dans la plus grande propreté.»
Le chauffage, les approvisionnements et l'aménagement des combustibles, donnent lieu à des observations analogues.
Pour ce qui est du linge, il faut que la maîtresse de maison n'en ait ni trop, ni trop peu. «Trop, il jaunit sans servir, encombre les armoires, et c'est de l'argent inerte qui pourrait avoir un produit avantageux. Pas assez est peut-être pis encore: on n'a pas le temps de l'arranger, de le raccommoder convenablement; la nécessité des autres dépenses fait ajourner celle-ci; le linge s'altère de plus en plus, s'use bientôt tout à fait: il faut des frais extraordinaires pour le renouveler. Si on ne le peut, l'esprit de désordre s'introduit dans la maison...
«Une chose indispensable, c'est de placer le linge à votre usage, ainsi que vos vêtemens, le linge et les habits de votre mari, de vos enfans, à portée de la chambre de chacun. Cette seule précaution épargne beaucoup de perte de temps, de confusion et d'ennui...
»Tout le linge en général, et principalement les serviettes, doit être longtemps reprisé avec soin; mais il arrive un certain point où il n'est plus susceptible d'être raccommodé; alors le temps énorme qu'on emploie à sa réparation est un temps perdu. Quand le linge est ce que l'on appelle élimé, choisissez ce qu'il peut y avoir de bon dans les coins pour l'usage de vos enfants, ou pour mettre des pièces à celui qu'on peut raccommoder encore, et que le reste soit en réserve pour les cas de maladie... Chacun voit combien il est ennuyeusement onéreux d'employer beaucoup de temps, de payer de nombreuses journées d'ouvrières pour raccommoder du linge qui revient du blanchissage tout aussi mauvais qu'avant d'y aller. Voilà, s'il en fut jamais, une économie mal entendue...
»Un état détaillé du linge, qui en marque le nombre, les diverses qualités, la date, le degré de bonté et d'usage, doit se trouver dans chaque armoire, et se vérifier tous les trois mois. Grâce à cette habitude, vous saurez à point nommé la quantité de linge qui s'approche plus ou moins de la réforme...
»Il en est des habits comme de tout le reste; dit madame Pariset dans ses Lettres sur l'Economie domestique, «c'est l'arrangement et la propreté qui conservent tout, l'on a remarqué que les femmes les moins riches et qui dépensent le moins pour leur toilette sont souvent les mieux mises.» La nécessité de conserver ce qu'elles ne peuvent renouveler que rarement, l'habitude de l'ordre qu'inspire et facilite en général une fortune médiocre, voilà les raisons de cet avantage, qui surprend au premier abord.» Ajoutons-y le bon goût, que les richesses ne donnent pas.
«Attendez pour adopter quelque mode, qu'elle se soit établie, et lorsqu'elle est d'une nature ridicule, attendez que l'usage général en ait presque fait une loi, car il arrive que ces modes grotesques ne durent qu'un mois, et qu'ensuite il est impossible de se servir de choses qui ont coûté fort cher. Au reste, gardez-vous de la manie de faire et de refaire sans cesse vos bonnets, vos fichus: comme la mode et la fantaisie varient continuellement, le temps s'use, l'étoffe disparaît dans ces mutations puériles, qui entraînent beaucoup de peines, de dépenses, font négliger le soin du ménage, et, en déplaisant avec raison au mari, amènent souvent l'humeur et la discorde. De plus, les petites filles prennent ce goût et, femmes, restent toujours de grandes enfants jouant à la poupée...
»Quant aux emplettes des vêtemens, le temps en est à peu près fixé à chaque saison, afin d'avoir des choses plus nouvelles. Il importe de se garder des bons marchés, des choses passées de mode, puisque la mise d'une femme ne vaut que par la grâce et la fraîcheur. Mais il faut avant tout consulter les circonstances qui peuvent se rencontrer, comme les frais d'une maladie, un retard de paiement, une perte quelconque. C'est alors sur l'habillement, et surtout sur sa toilette personnelle que la maîtresse de maison doit faire porter la réduction nécessaire; son premier devoir comme son premier plaisir étant le bien-être continuel de son intérieur. Alors son mari ne s'apercevra point du sacrifice, ou s'il s'en aperçoit, ce sera pour chérir encore plus sa compagne...»
Tout le chapitre XIX serait à citer. «Je n'ai, dit l'auteur, cessé jusqu'ici de prêcher l'ordre, et la régularité en est l'âme. Fixez le temps du sommeil pour chaque personne de votre maison; les femmes doivent dormir un peu plus que les hommes, et les enfants plus que les femmes. Que chez vous, en été, on se couche à dix heures et qu'on se lève à six, et pendant l'hiver à onze heures et à sept. Les domestiques doivent se coucher un peu après et se lever avant. Pour éviter toute discussion et tout prétexte à cet égard, mettez un réveille-matin dans leurs chambres...
«Dès que vous serez levée, vous ferez préparer le cabinet, l'atelier, le laboratoire de votre mari, en un mot la pièce où il doit s'occuper; si un emploi quelconque l'appelle à bonne heure dehors, vous veillerez à ce qu'il prenne quelque chose de chaud. Donnez ensuite un coup d'œil à toute la maison; voyez si la cuisine est propre; examinez les restes et le parti qu'on en peut tirer, ordonnez les repas du jour: veillez à faire nettoyer et préparer les chambres; tandis qu'on fera la vôtre, occupez-vous à mettre en ordre les comptes de la veille... Si vous avez de jeunes enfans, à l'heure déterminée pour leur lever, passez avec la bonne dans leur chambre, veillez à ce qu'on les habille, qu'on les peigne proprement, ou bien occupez-vous de ces soins, si doux pour une mère... Sachez toujours ce qu'ils font, même lorsqu'ils s'amusent.
«... Ne laissez jamais la moindre dépense arriérée, même celle des ports de lettres chez le portier; fixez le temps que vous emploierez à l'éducation de vos enfans, et cela d'après leur âge, leur sexe, votre état. Si vous êtes seule, tout en vous occupant d'ouvrages à l'aiguille, nécessaires au bien-être de la maison, cultivez votre mémoire, exercez votre imagination sur quelque sujet littéraire, votre jugement sur quelque trait d'histoire; tâchez de pouvoir vous dire chaque jour: «Je n'ai pas perdu un moment pour les autres et pour moi-même.»
«... Passez à vous distraire le temps qui suit immédiatement le repas, et fixez l'emploi habituel de vos soirées selon qu'il conviendra à votre mari. Tâchez d'y mettre un peu de variété; qu'il y ait chaque semaine une soirée pour aller au dehors, une pour se réunir entre amis, ou recevoir, si c'est votre usage; une autre pour la lecture, une autre pour les correspondances de politesse et d'amitié, etc.; toutes choses que vos goûts et votre position doivent nécessairement varier.
»Fixez également les époques où vous paierez vos domestiques, soit chaque année, soit tous les six ou trois mois (ou tous les mois), comme il leur conviendra... Ne manquez jamais à leur donner leur argent au jour convenu, car, faute de cela, ils seront négligens et d'une arrogance outrageante... Parlez-leur avec bonté, mais ne les entretenez point pour vous-même; gardez-vous de ces moments d'épanchemens, où, malgré soi, on parle de ce qui intéresse: c'est le commencement de l'empire d'un domestique, ou tout au moins d'une familiarité qui finira par devenir insupportable, et à laquelle plus tard vous ne pourrez plus vous opposer... Fixez le temps qu'ils peuvent donner au maintien de leurs propres affaires; qu'ils aient le dimanche quelques heures de promenade ou de récréation. A l'occasion du premier de l'an et de votre fête, ainsi que de celle de votre mari, qu'ils aient une gratification, donnez-leur aussi quelques-uns des restes de vos vêtemens, mais qu'ils ne s'en fassent jamais un droit. Faire fréquemment et sans motif des cadeaux à ses domestiques, est leur inspirer cent fois plus d'exigence que de gratitude. Ne souffrez point qu'ils s'arrogent le droit de punir vos enfans; qu'ils soient pleinement convaincus qu'ils seront congédiés dès qu'ils les frapperont.
«Quelque habileté qu'ait une domestique, si vous suspectez sa fidélité, il faut la congédier sans balancer, parce que c'est un vrai supplice de vivre avec quelqu'un dont on se défie. Vainement vous ôteriez vos clefs, vous prendriez toutes les précautions imaginables, elle trouverait à chaque instant le moyen de mettre votre vigilance en défaut; et, du reste, ces soins continuels sont bien la chose la plus ennuyeuse et la plus pénible. Le manque de mœurs ne doit trouver non plus aucune indulgence auprès de vous. Pour la malpropreté, l'humeur, la négligence, vous pourrez faire plusieurs représentations et fixer le temps que vous accordez pour que l'on se corrige de ces défauts; mais au bout du temps prescrit, s'il n'y a point d'amendement, avertissez que vous ne pouvez plus les souffrir. Quant à l'impertinence, quelle que soit la douceur que l'on trouve à pardonner, vous êtes forcée de ne la point tolérer, car on vous ferait ensuite la loi. Les domestiques sont comme les enfans, ce n'est qu'en montrant de la fermeté que l'on acquiert le droit d'avoir de la douceur. Pour tous les autres travers, l'oubli, l'étourderie, montrez-vous patiente, indulgente; au surplus, qu'en toute occasion on voie qu'il vous en coûte de gronder; acquittez-vous-en le plus brièvement possible. Si vous avez de l'humeur, gardez-vous de la passer sur vos domestiques, vous paieriez cet instant de pitoyable satisfaction par leur manque d'égards, d'attachement, d'obéissance même, car il est avéré que plus on crie, plus on exige, et moins on est obéi...
»Ne souffrez pas que vos domestiques demeurent dans une inaction absolue, même en dehors de leur service; engagez-les à lire de bons livres, à raccommoder leurs effets, à soigner leurs affaires; opposez-vous aussi aux commérages et surtout gardez-vous d'imiter la plupart des maîtres qui, pour se débarrasser du bruit des enfans, les envoient le soir à la cuisine, c'est-à-dire à l'école des caquets, de la sottise, et c'est encore le moindre mal.
»... Si vous connaissez le prix du temps, que vous chérissiez la propreté; que, juste et bonne, vous ne vous emportiez jamais sans cause et ne le fassiez en quelque sorte que malgré vous; si vous prenez garde à tout, et tirez parti de toutes choses, que vous gouverniez sagement votre maison, soyez sûre que vos domestiques seront laborieux, propres, dociles, économes, reconnaissans; ils vieilliront chez vous, feront partie de la famille et contribueront plus qu'on ne pense au bien-être de votre intérieur.
»Il n'est pas besoin que j'appuie sur le désagrément de changer souvent de domestiques, car il faut ajourner forcément l'ordre, l'aisance du service, qui tiennent à l'habitude, ainsi que la confiance et l'affection. Que vos domestiques n'ignorent pas votre répugnance sur ce point: ils estimeront votre caractère; mais qu'ils sachent aussi que cette répugnance ne vous fera jamais tolérer un vice: ils redouteront votre fermeté.»
Arrivée au bout de sa tâche,—nous n'avons, bien entendu, rapporté ici que les préceptes les plus généraux, à l'usage de tout le monde et praticables dans tous les cas,—l'auteur dit, sans fausse modestie, et avec l'honnête et simple accent de la vérité: «Je crois avoir donné tous les conseils véritablement utiles pour la conduite d'une maison: ce sera aux ménagères à suppléer à ce que je n'ai pu dire... mais je suis persuadée qu'une femme qui suivrait ces avis, qui se répéterait comme des maximes constantes: ordre et propreté, ne rien laisser perdre, rendre tout utile ou agréable, qui se regarderait comme l'artisan obligé du bien-être de tous les siens, ferait la fortune, et, ce qui est mieux encore, le bonheur de sa maison.»
On ne saurait trop y insister: la femme «doit faire régner l'ordre, l'économie et la plus exquise propreté dans l'intérieur de sa maison; il existe une foule de petits détails domestiques qui ne sont pas faits pour un mari; et c'est pourtant la négligence de ces riens importans qui ruine une fortune, parce que les dépenses, sans importance au premier coup d'œil, sont journalières et reviennent à chaque instant[32].»
Que le mari mette donc entre les mains d'une telle femme l'argent qu'il gagne ou qu'il reçoit, le nerf de la guerre, et elle saura, qu'il y en ait peu ou beaucoup, le manier avec assez d'intelligence et d'énergie pour sortir victorieuse de toutes les difficultés matérielles qui peuvent s'opposer à la félicité conjugale, au radieux et complet épanouissement de la vie à deux.
Pour terminer par une note plus gaie ce chapitre un peu bourré de détails techniques et spéciaux, rappelons les dix commandements de la ménagère. Comme les dix commandements de l'Église, ils en supposent au moins douze autres dont le texte, pour n'être pas formulé, n'en a pas moins, dans tout ce que nous disons ici, son commentaire perpétuel.
1. Dans la maison n'enfermeras
Tes enfants seuls aucunement.
2. Allumettes ne laisseras
Traîner partout imprudemment.
3. D'un bon grillage entoureras
Foyer qu'approche ton enfant.
4. Eau bouillante ne laisseras
Dans son chemin un seul instant.
5. Lampe à pétrole n'empliras
Sans bien l'éteindre auparavant.
6. Jamais ton feu n'aviveras
Par ce pétrole follement.
7. Ta citerne ne quitteras
Sans la fermer soigneusement.
8. Dans le cuivre ne laisseras
Refroidir aucun aliment.
9. Dans le zinc ne placeras
Fruits au vinaigre inconsciemment.
10. Poisons toujours enfermeras
Pour éviter triste accident.