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Oh! qu'elles sont rares les créatures humaines qui, même pendant une heure, accomplissent leur destinée! Moi, cependant, j'ai monté jusqu'au sommet des joies… Ce matin, j'y songeais en ouvrant les yeux. J'aurai accompli ma vie, et c'est à toi, bien-aimé, que je l'aurai dû. Quelle pensée que la certitude d'avoir réalisé la pleine expansion de mon être! Je pourrai regarder en arrière sans un regret ; j'ai fait ma moisson, l'hiver peut venir, l'abondance est à jamais dans ma maison. O maître de ma vie, je suis partie avec toi vers ces régions où les cœurs et les âmes planent comme de grands oiseaux fiers au-dessus des misères humaines ; tu m'as aimée et mes jours et mes nuits n'ont plus connu que des heures enchantées : la terre, la terre aimante et féconde, s'unissait à nos tendresses : les frémissements du printemps, les halètements torrides de l'été, les mélancolies de l'automne, les ombres de l'hiver, tour à tour, ont servi à nous faire goûter plus divinement nos joies. Tant de femmes passent et meurent sans une heure véritable d'amour! Elles vont, oppressées comme des aveugles, souhaitant voir la radieuse lumière, et ne la connaissant jamais.