LVII

Tu es parti, mon amour, tes pas se sont éloignés à regret, mais enfin tu m'as laissée ; tu es allé vers la vie et l'action, et moi je suis là… Elles sont évanouies pour toujours, ces heures que tu as rendues si précieuses à mon cœur ; elles ont été et elles ne seront plus. Je regarde dans le vide, surprise de ne plus rencontrer devant mes yeux cette forme et ce visage bien-aimés, cet être vivant et mystérieux, qui est toi, toi et nul autre… Comment à ce souverain et véhément besoin de s'unir l'absence peut-elle succéder? Comment deux êtres qui n'avaient qu'un cœur peuvent-ils vivre avec le monde entre eux? car c'est le monde qu'une distance! Aurai-je la force de résister au désir qui me presse, et demain n'irai-je pas te rejoindre? Je le puis ; nulle volonté extérieure ne m'en empêche, tu le souhaites, et cependant une voix secrète me dit que le salut de mon amour est dans le repos. Je veux avoir pour toi la douceur du crépuscule qui calme les agitations de l'âme, et lui fait oublier la fatigue et la chaleur du jour.