VII

Lorsque tu n'es pas là, je demeure toujours longtemps devant le miroir appendu près de mon lit, ce vieux miroir ovale qui depuis trois cents ans est à cette place, sur la tenture de soie aux gros nœuds d'amour… Je ne puis plonger mes yeux dans un miroir sans avoir le sentiment d'être regardée par tous les yeux que ce miroir a réfléchis… Toujours il me semble qu'il doit rester quelque chose des ombres qui ont flotté dans cette transparence. J'ai pensé à toutes celles dont les doux yeux ont cherché leur reflet sur cette glace un peu trouble : il est impossible qu'il ne demeure pas quelque chose des regards… J'y crois voir les tiens, lorsque ta tête apparaît au-dessus de mon épaule et que tes yeux bruns sourient à côté des miens. Ne pouvant baiser tes lèvres, j'ai baisé le miroir ; mon souffle l'a terni un moment, et, du lointain de la profondeur, il m'a semblé que tu venais vers moi. J'avais dénoué mes cheveux, mes cheveux longs, souples et mouvants, dont tu aimes à enrouler les mèches soyeuses autour de ton cou… L'amour me rend belle, et j'ai souri à ma propre image. Puis j'ai enlevé mon collier de perles : ce rang unique de perles nacrées comme des roses thé ; je l'ai suspendu à côté du miroir. J'aime mes perles, j'aime les sentir caresser ma chair ; et leur ombre a des lueurs rosées comme une carnation d'enfant.