XLVII

J'ai été si surprise en voyant Irène entrer dans ma chambre!… Tu ne m'avais pas prévenue, et ma tendresse égoïste n'avait eu besoin que de toi. Cependant lorsque Irène a paru, apportant avec elle une odeur de violette, que ses beaux yeux sombres tachetés d'or se sont levés doucement sur moi, j'ai éprouvé une grande joie. J'étais seule, car j'avais voulu que tu ailles respirer au dehors ; étendue sur le lit de repos, près du feu, une lente tristesse me gagnait. Je n'ai pu trouver néanmoins qu'une seule parole :

— Irène!

— Oui, Claudia, c'est moi qui viens pour te guérir et t'emporter.

Et elle m'a dit, de sa voix qui me prend toujours l'âme, que tu lui avais écrit mon danger, et qu'aussitôt libre, elle était accourue, et qu'elle allait m'emmener : je retournerais avec elle dans ma maison familière, elle y resterait avec moi. Se faisant grave, elle ajouta :

— Obéis-moi, Claudia, et laisse-le un peu se reposer, revivre, être libre d'inquiétudes.

J'ai compris qu'elle avait raison, j'ai mesuré l'esclavage et l'ennui pour toi de ces jours d'anxiété, et j'aurais voulu les expier ; cela me faisait mal de te quitter : pourtant j'y fus résolue en un instant.

— Oui, mon Irène, car il doit être bien las ; mais toi, pourras-tu demeurer près de moi?

— Ma Claudia, cela me fera tant de bien, à moi aussi! J'ai été bien malade, je t'assure, autrement que toi ; prends-moi un peu avec toi, si tu m'aimes.

Lorsque tu es revenu, tu as trouvé Irène à mes côtés ; elle t'a dit notre résolution, de cet air fier et noble qui donne un charme à ses moindres paroles. Tu l'as écoutée, et tu lui as baisé la main ; puis tu t'es approché de moi, et je t'ai prié de consentir à mon désir, t'assurant que j'éprouvais la nostalgie des lieux qui me sont chers. Tu m'as crue. Cependant, lorsque nous avons été seuls, tu m'as conjurée de ne rien cacher de mes désirs : si je souhaitais ta présence, tu viendrais, tu quitterais tout.

— Irène m'assure que je t'empêcherais de guérir tout à fait, que tu as besoin de calme, qu'elle veillera sur toi, et que tu seras mieux quelques jours seule et tranquille ; est-ce vrai, Claudia?

Je voyais dans le miroir mon visage pâle et défait ; je t'ai juré sans hésiter que, de ce repos complet, je m'en sentais le besoin, — et tu m'as laissée partir.