XV

Tu m'as demandé si j'avais été chagrine de quitter si tôt Irène, et j'ai cherché, oui, mon amour, j'ai cherché ce que ta question voulait dire. Ne sais-tu donc pas qu'il n'y a de place dans mon cœur, lorsque tu es là, près de moi, pour rien que pour toi? O bien-aimé! à Claudia, ne parle que de Claudia et de toi, de toi surtout!… Devines-tu la plénitude de joie que je trouve à être près de toi, le fulgurant éclair qui traverse mon être, lorsque seulement ton épaule effleure la mienne? Même te voir sans te toucher est un délice que je ne saurais dire! Mes yeux t'enveloppent, et, lorsque ton regard croise le mien, que tes lèvres sourient à mon sourire, et que, sans bouger, sans nous rapprocher, je sens que tu es mien, la vie vulgaire qui était en moi devient une vie sublime ; vivre me paraît alors l'acte le plus magnifique, le plus libre, car dans de pareils instants il me semble que je suis maîtresse de mon âme et de mon corps et que nul ne peut m'en ravir la possession!