XXIII
De trop écouter Irène me fait mal, et jette dans mon âme une angoisse inquiète. Je voudrais ne plus penser à elle. Au fond du cœur je lui en veux presque de venir troubler mon ardent bonheur… Et cependant je la chéris. Son beau sourire se fait si rayonnant, lorsqu'elle m'entend proclamer combien je suis heureuse et ce que tu es pour moi, sang de mes veines et vie de ma vie! Mais elle, à ma place, te voudrait toujours à ses côtés ; elle ne comprend pas que je me résigne jamais à te rendre à ta vie extérieure…
— Comment peux-tu le laisser partir? n'es-tu point jalouse?
— Non, je crois en lui ; et s'il ne voulait plus m'aimer, il me le dirait, mon Irène…
— Moi je ne pourrais pas!… misérable que je suis, qui demeure près de celui que ma présence fatigue!…
Ses belles mains sont couvertes de bagues magnifiques, et dans son agitation fébrile elle fait sans cesse mouvoir et scintiller les gemmes qui les ornent ; elle prend à les toucher et à les manier un plaisir qui l'apaise ; souvent elle en laisse tomber à terre, et, si c'est un diamant, elle dit que c'est une larme, si c'est un rubis une goutte de son sang… car toutes ses actions, même les plus indifférentes, semblent se relier par un fil invisible à cet amour qui est le fond de son être, le ressort qui la fait agir et vivre.