XXV

Je suis effrayée parfois, chose fragile que je suis, des puissances de ce faible cœur, qu'un rien arrêterait, pour sentir la joie ; je me dis que je prends à la vie les mêmes délices qu'éprouverait une créature humaine qui, comme Ève, y naîtrait femme. — Je me sens souvent comme seule sur les confins d'un monde, d'un monde qui n'existe que depuis que je t'aime. Tout m'enivre et tout m'étonne : voir, entendre, respirer, se souvenir, rêver, tout me paraît merveilleux et comme incompréhensible ; tout me ramène à toi, ou te ramène à moi.

Quand tu caressais mon cou, ce soir, et que ton souffle faisait voler mes cheveux, le doux frisson dont je frémissais, ce n'était rien dans l'ordre des choses, et en cet instant ma vie entière y était concentrée. Tu l'as compris, et tu m'as dit seulement :

— Claudia, tu es mienne.

Tu as répété, sans attendre de réponse :

— Claudia, tu es mienne.

Et tes yeux qui étaient tristes, je ne sais pourquoi, plongeaient dans les miens.