XXVII
Tu ne saurais croire combien Irène met d'elle-même en toutes choses, et le charme que sa seule présence répand autour d'elle. Là, dans cette vieille habitation où se sont écoulées des vies ternes d'épouses délaissées et résignées, elle a communiqué à l'atmosphère comme une qualité neuve ; où elle passe, passe la lumière. Je m'imaginais ne pouvoir trouver bon aucun lieu du monde où tu n'es pas ; et je comprends maintenant que tu as eu raison, en voulant que j'aille auprès d'Irène pendant cette séparation, la plus longue de celles qui nous auront divisés… Mais le retour, oh! bien-aimé, le retour, y songes-tu? t'en imagines-tu la douceur?… Je ne peux, je n'ose y arrêter ma pensée : car alors le poids des heures va m'accabler… et Irène ne me retrouvera plus… Or je m'efforce d'être à elle, de lui prêter mon cœur. C'est ici, dans cette maison, qu'elle passe les jours les plus cruels, parce que le voisinage du Pioggio, qui appartient aux Riva, l'oblige souvent à voir celle qui est sa rivale et qui la comble de ses tendresses fausses ; et c'est pour elle un martyre, mais elle s'y soumet, car il le veut.