NOTES

servant d'éclaircissements et d'autorités à divers passages du texte.

Page [7], ligne 12. (Le fil de la Sérique.) C'est-à-dire la soie, originaire du pays montueux où se termine la grande muraille, pays qui paraît avoir été le berceau de l'empire chinois, connu des Latins sous le nom de Regio Serarum, Serica.

Ibidem. (Les tissus de Kachemire.) C'est-à-dire les chales, qu'Ézéchiel, cinq siècles avant notre ère, paraît avoir désignés sous le nom de Choud-Choud.

Pag. [23], ligne 7. (La presqu'île trop célèbre de l'Inde.) Quel bien véritable le commerce de l'Inde, entièrement composé d'objets de luxe, procure-t-il à la masse d'une nation? quels sont ses effets, sinon d'en exporter, par une marine dispendieuse en hommes, des matières de besoin et d'utilité, pour y importer des denrées inutiles, qui ne servent qu'à marquer mieux la distinction du riche et du pauvre; et quelle masse de superstitions l'Inde n'a-t-elle pas ajoutée à la superstition générale?

Ibidem, ligne 25. (Voilà Thèbes aux cent palais.) L'expédition française en Égypte a prouvé que Thèbes, divisée en quatre grandes cités, sur les deux bords du Nil, ne put avoir les cent portes dont parle Homère, (Voy. le tom. ii de la Commission d'Égypte.) L'historien Diodore de Sicile avait déja indiqué la cause de l'erreur, en observant que le mot oriental, porte, signifiait aussi palais (à cause du vestibule public qui en forme toujours l'entrée), et cet auteur semble avoir saisi la cause de cette tradition grecque, quand il ajoute: «Depuis Thèbes jusqu'à Memphis il a existé le long du fleuve cent vastes écuries royales, dont on voit encore les ruines, et qui contenaient chacune deux cents chevaux (pour le service du monarque):» tous ces nombres sont exactement ceux d'Homère. (Voy. Diodore de Sicile, liv. i, sect. ii, § des premiers rois d'Égypte.) Le nom d'Éthiopiens appliqué ici aux Thébains, est justifié par l'exemple d'Homère, et par la peau réellement noire de ces peuples. Les expressions d'Hérodote, lorsqu'il dit que les Égyptiens avaient la peau noire et les cheveux crépus, d'accord avec la tête du sphinx des pyramides, ont pu et dû faire croire à l'auteur du Voyage en Syrie, que cet ancien peuple fut de race nègre; mais tout ce que l'expédition française a fait connaître de momies et de têtes sculptées est venu démentir cette idée; et le voyageur, docile aux leçons des faits, a délaissé son opinion, avec plusieurs autres qu'il avait consignées dans un Mémoire chronologique, composé à l'âge de vingt-deux ans, et qui, mal à propos, occupe une place dans l'Encyclopédie in-4º, tom. iii des Antiquités. L'expérience et l'étude lui ont procuré le mérite de se redresser lui-même sur bien des points, dans un dernier ouvrage publié à Paris en 1814 et 1815, sous le titre de Recherches nouvelles sur l'Histoire ancienne, 2 vol. in-8º, (Chez Bossange frères, rue de Seine, nº 12. Voy. le tom. ii pour les Égyptiens.)

Pag. [24], lig. 14. (Ici étaient ces ports iduméens.) Les villes d'Aïlah et d'Atsiom Gaber, d'où les Juifs de Salomon, guidés par les Tyriens de Hiram, partaient pour se rendre à Ophir, lieu inconnu sur lequel on a beaucoup écrit, mais qui paraît avoir laissé sa trace dans Ofor, canton arabe, à l'entrée du golfe Persique. (Voy. à ce sujet les Recherches nouvelles, citées ci-dessus, tom. i, et le Voyage en Syrie tom. ii.)

Pag. [46], lig. 17. (Ainsi, parce qu'un homme fut plus fort, cette inégalité, accident de la nature, fut prise pour sa loi.) Presque tous les anciens philosophes et politiques ont établi en principe et en dogme, que les hommes naissent inégaux; que la nature a créé les uns pour être libres, les autres pour être esclaves. Ce sont les expressions positives d'Aristote dans sa Politique, et de Platon, appelé divin, sans doute dans le sens des rêveries mythologiques qu'il a débitées. Le droit du plus fort a été le droit des gens de tous les anciens peuples, des Gaulois, des Romains, des Athéniens; et c'est de là précisément que sont dérivés les grands désordres politiques et les crimes publics des nations.

Pag. [47], lig. 7 (Et le despotisme paternel fonda le despotisme politique.) Qu'est-ce qu'une famille? C'est la portion élémentaire dont se compose le grand corps appelé nation. L'esprit de ce grand corps n'est que la somme de ses fractions; telles les mœurs de la famille, telles celles du tout. Les grands vices de l'Asie sont, 1º le despotisme paternel; 2º la polygamie, qui démoralise toute la maison, et qui, chez les rois et les princes, cause le massacre des frères à chaque succession, et ruine le peuple en apanages; 3º le défaut de propriété des biens-fonds, par le droit tyrannique que s'arroge le despote; 4º l'inégalité de partage entre les enfants; 5º le droit abusif de tester; 6º et l'exclusion donnée aux femmes dans l'héritage. Changez ces lois, vous changerez l'Asie.

Pag. [50], lig. 23. (L'autre (effet de l'égoïsme), que tendant toujours à concentrer le pouvoir en une seule main.) Il est très-remarquable que la marche constante des sociétés a été dans ce sens, que, commençant toutes par un état anarchique ou démocratique, c'est-à-dire par une grande division des pouvoirs, elles ont ensuite passé à l'aristocratie, et de l'aristocratie à la monarchie. De ce fait historique il résulterait que ceux qui constituent des États sous la forme démocratique, les destinent à subir tous les troubles qui doivent amener la monarchie; mais il faudrait en même temps prouver que les expériences sociales sont déja épuisées pour l'espèce humaine, et que ce mouvement spontané n'est pas l'effet même de son ignorance et de ses habitudes.

Pag. [52], lig. 26. (Sous prétexte de religion, leur orgueil fonda des temples, dota des prêtres oiseux, bâtit pour de vains squelettes d'extravagants tombeaux, mausolées et pyramides.) Le savant Dupuis n'a pu croire que les pyramides fussent des tombeaux; mais, outre le témoignage positif des historiens, lisez ce que dit Diodore de l'importance religieuse et superstitieuse que tout Égyptien attachait à bâtir sa demeure éternelle, lib. 1.

Pendant vingt ans, dit Hérodote, cent mille hommes travaillèrent chaque jour à bâtir la pyramide du roi égyptien Cheops.—Supposons par an seulement trois cents jours, à cause du sabbat; ce sera 30 millions de journées de travail en un année, et 600 millions de journées en vingt ans; à 15 sous par jour, ce sera 450 millions de francs perdus sans aucun produit ultérieur.—Avec cette somme, si ce roi eût fermé l'isthme de Suez d'une forte muraille, comme celle de la Chine, la destinée de l'Égypte eût été tout autre: les invasions étrangères eussent été arrêtées, anéanties, et les Arabes du désert n'eussent ni conquis, ni vexé ce pays.—Travaux stériles! que de millards perdus à mettre pierre sur pierre, en forme de temples et d'églises! Les alchimistes changent les pierres en or, les architectes changent l'or en pierres. Malheur aux rois (comme aux bourgeois) qui livrent leur bourse à ces deux classes d'empiriques!

Pag. [65], lig. 1. (À prononcer mystérieusement Aûm.) Ce mot pour le sens, et presque pour le son, ressemble à l'Aeuum (ævum) des Latins, l'éternité, le temps sans bornes. Selon les Indiens, ce mot est l'emblème de la divinité tripartite: A désigne Bramha (le temps passé, qui a créé); U, Vichenou (le temps présent, qui conserve); M, Chiven (le temps futur, qui détruira).

Ibid., lig. 4. (S'il faut commencer par le coude.) C'est un des grands points de schisme entre les partisans d'Omar et ceux d'Ali. Supposons que deux musulmans se rencontrent en voyage, et qu'ils s'abordent fraternellement; l'heure de la prière venue, l'un commencé l'ablution par le bout des doigts, l'autre par le coude, et les voilà ennemis à mort. En d'autres pays, qu'un homme veuille manger de la viande tel jour plutôt que tel autre; ce sera un cri d'indignation. Quel nom donner à de telles folies?

Pag. [74], lig. 29. (La horde des Oguzians.) Avant que les Turcs eussent pris le nom de leur chef Othman Ier, ils portaient celui d'Oguzians; et c'est sous cette dénomination qu'ils furent chassés de la Tartarie par Gengiz, et vinrent des bords du Gihoun s'établir dans l'Anadoli.

Pag. [80], lig. 19. (Qu'il régnait de peuple à peuple... des haines implacables.) Lisez l'histoire des guerres de Rome et de Carthage, de Sparte et de Messène, d'Athènes et de Syracuse, des Hébreux et des Phéniciens, et voilà cependant ce que l'antiquité vante de plus policé!

Pag. [87], lig. 26. (Le Chinois avili par le despotisme du bambou.) Les jésuites se sont efforcés de peindre sous de belles couleurs le gouvernement chinois, aujourd'hui l'on sait que c'est un pur despotisme oriental (entravé par le vice d'une langue et surtout d'une écriture mal construites). Le peuple chinois est pour nous la preuve que dans l'antiquité, jusqu'à l'invention de l'écriture alphabétique, l'esprit humain eut beaucoup de peine à se déployer, comme avant les chiffres arabes on avait beaucoup de peine à compter. Tout dépend des méthodes: on ne changera la Chine qu'en changeant sa langue.

Pag. [96], lig. 5. (Reconnaissez l'autorité légitime.) Pour apprécier le sens du mot légitime, il faut remarquer qu'il vient du latin legi-intimus, intrinsèque à la loi, écrit en elle. Si donc la loi est faite par le prince seul, le prince seul se fait lui-même légitime: alors il est purement despote; sa volonté est la loi. Ce n'est pas là ce qu'on veut dire; car le même droit serait acquis à tout pouvoir qui le renverserait. Qu'est-ce que la loi (source de droit)? Le latin va encore nous le dire: le radical leg-ere, lire, lectio, a fait lex, res lecta, chose lue: cette chose lue est un ordre de faire ou de ne pas faire telle action désignée, et ce, sous la condition d'une peine ou d'une récompense attachées à l'observation ou à l'infraction. Cet ordre est lu à ceux qu'il concerne, afin qu'ils n'en ignorent. Il a été écrit, afin d'être lu sans altération: tel est le sens, et telle fut l'origine du mot loi. De là les diverses épithètes dont il est susceptible: loi sage, loi absurde, loi juste, loi injuste, selon l'effet qui en résulte; et c'est cet effet qui caractérise le pouvoir d'où elle émane. Or, dans l'état social, dans le gouvernement des hommes, qu'est-ce que le juste et l'injuste? Le juste est de maintenir ou de rendre à chaque individu ce qui lui appartient: par conséquent, d'abord la vie, qu'il tient d'un pouvoir au-dessus de tout; 2º l'usage des sens et des facultés qu'il tient de ce même pouvoir; 3º la jouissance des fruits de son travail; et tout cela en ce qui ne blesse pas les mêmes droits en autrui; car s'il les blesse, il y a injustice, c'est-à-dire rupture d'égalité et d'équilibre d'homme à homme. Or, plus il y a de lésés, plus il y a d'injustices: par conséquent, si, comme il est de fait, ce qu'on appelle le peuple compose l'immense majorité de la nation, c'est l'intérêt, c'est le bien-être de cette majorité qui constitue la justice: ainsi la vérité se trouve dans l'axiome qui a dit, Salus populi suprema lex esto. Le salut du peuple, voilà la loi, voilà la légitimité. Et remarquez que le salut ne veut pas dire la volonté, comme l'ont supposé quelques fanatiques; car d'abord le peuple peut se tromper; puis comment exprimer cette volonté collective et abstraite? l'expérience nous l'a prouvé. Salus populi! L'art est de le connaître et de l'effectuer.

Pag. [102], lig. 17. (L'idée de liberté contient essentiellement celle de justice, qui naît de l'égalité.) Les mots retracent eux-mêmes cette connexion; car æquilibrium, æquitas, æqualitas sont tous d'une même famille, et l'idée de l'égalité matérielle, de la balance, est le type de toutes ces idées abstraites. La liberté elle-même, bien analysée, n'est encore que la justice: car si un homme, parce qu'il se dit libre, en attaque un autre, celui-ci, par le même droit de liberté, peut et doit le repousser; le droit de l'un est égal au droit de l'autre: la force peut rompre cet équilibre, mais elle devient injustice et tyrannie de là part du plus bas démocrate, comme de celle du plus haut potentat.

Pag. [116], lig. 15. (Et cette religion (de Mahomet) n'a cessé d'inonder de sang la terré.) Lisez l'histoire de l'islamisme par ses propres écrivains, et vous vous convaincrez que toutes les guerres qui ont désolé l'Asie et l'Afrique depuis Mahomet, ont eu pour cause principale le fanatisme apostolique de sa doctrine. On a calculé que César avait fait périr trois millions d'hommes: il serait curieux de faire le même calcul sur chaque fondateur de religion.

Pag. [119], lig. 21. (Et cent autres sectes.) Lisez à ce sujet le Dictionnaire des hérésies, par l'abbé Pluquet, qui en a omis un grand nombre; 2 vol. in-8º, petit caractère.

Pag. [122], lig. 3. (Et les Parsis se diviseront.) Les sectateurs de Zoroastre, nommés Parsis, comme descendants des Perses, sont plus connus en Asie sous le nom injurieux de Gaures ou Guèbres, qui veut dire infidèles; ils y sont ce que sont les Juifs en Europe. Môbed est le nom de leur pape ou grand-prêtre. Voy. Henri lord Hyde, et le Zend-avesta, sur les rites de cette religion.

Ibidem, lig. 26 (Brahma... réduit à servir de piédestal au lingam.) Voy. le tome Ier in-4º du Voyage de Sonnerat aux Indes.

Pag. [124], lig. 13. (Le Chinois l'adore dans Fôt). La langue chinoise n'ayant ni le B ni le D, ce peuple a prononcé Fôt ce que les Indiens et les Persans prononcent Bodd, ou Boùdd (par bref). Fôt, ou Pégou, est devenu Fota et Fta, etc. Ce n'est que depuis peu d'années que l'on commence d'avoir des notions exactes de la doctrine de Boudd et de ses divers sectaires: nous devons ces notions aux savants anglais, qui, à mesure que leur nation subjugue les peuples de l'Inde, en étudient les religions et les mœurs, pour les faire connaître. L'ouvrage intitulé Asiatick Researches est une collection précieuse en ce genre: on trouve dans le tome VI, pag. 163, dans le tome VII, pag. 32 et pag. 399, trois mémoires instructifs sur les Boudistes de Ceylan et de Birmah ou Ava. Un écrivain anonyme, mais qui paraît avoir médité ce sujet, a publié dans l'Asiatick journal de 1816, mois de janvier et suivants, jusqu'en mai, des lettres qui font désirer de plus grands développements. Nous reviendrons à cet article dans une note du chapitre xxi.

Ibidem, lig. 29. (Le sintoïste nie l'existence.) Voyez dans Kempfer la doctrine des sintoïstes qui est celle d'Épicure mêlée à celle des stoïciens.

Pag. [125], lig. 4, (Le Siamois, l'écran talipat à la main.) C'est une feuille de palmier latanier; de là est venu aux bonzes le nom de Talapoin. L'usage de cet écran est un privilège exclusif.

Ibidem, lig. 9. (Le sectateur de Confutzée cherche son horoscope.) Les sectateurs de Confucius ne sont pas moins adonnés à l'astrologie que les bonzes: c'est la maladie morale de tout l'Orient.

Ibidem, lig. 13. Le Dalaï-Lama, ou l'immense prêtre de La, est ce que nos vieilles relations appelaient le prêtre Jean, par l'abus du mot persan Djehân, qui veut dire le monde. Ainsi le prêtre Monde, le dieu Monde, se lient parfaitement.

Dans une expédition récente, les Anglais ont trouvé des idoles des lamas qui contenaient des pastilles sacrées de la garde-robe du grand-prêtre. On peut citer pour témoins Hastings, et le colonel Pollier, qui a péri dans les troubles d'Avignon. On sera bien étonné d'apprendre que cette idée si révoltante tient à une idée profonde, celle de la métempsycose, qu'admettent les lamas. Lorsque les Tartares avaient les reliques du pontife (comme ils le pratiquent), ils imitent le jeu de l'univers, dont les parties s'absorbent et passent sans cesse les unes dans les autres. C'est le serpent qui dévore sa queue; et ce serpent est Boudd ou le monde.

Pag. [126], lig. 12. (Qui adorent un serpent dont les porcs sont avides.) Il arrive souvent que les porcs dévorent des serpents de l'espèce que les nègres adorent, et c'est une grande désolation dans le pays. Le président de Brosses a rassemblé, dans son Histoire des Fétiches, un tableau curieux de toutes ces folies.

(Voilà le Teleute) Les Teleutes, nation tartare, se peignent Dieu portant un vêtement de toutes les couleurs, et surtout des couleurs rouge et verte; et parce qu'ils les trouvent dans un habit de dragon russe, ils en font la comparaison à ce genre de soldat. Les Égyptiens habillaient aussi le dieu Monde d'un habit de toutes couleurs. Eusèbe, Prep. evang., p. 115, lib. 111. Les Teleutes appellent Dieu Bou, ce qui n'est qu'une altération de Boudd, le dieu Œuf et Monde.

(Voilà le Kamtschadale.) Consultez à ce sujet l'ouvrage intitulé Description des peuples soumis à la Russie, et vous verrez que le tableau n'est point chargé.

Pag. [140], lig. 28. (Votre système porte tout entier sur des sens allégoriques.) Quand on lit les Pères de l'Église, et que l'on voit sur quels arguments ils ont élevé l'édifice de la religion, l'on a peine à comprendre tant de crédulité ou de mauvaise foi; mais c'était alors la manie des allégories: les païens s'en servaient pour expliquer les actions des dieux, et les chrétiens ne firent que suivre l'esprit de leur siècle, en le tournant vers un autre côté. Il serait curieux de publier aujourd'hui de tels livres, ou seulement leurs extraits.

Pag. [144], lig. 24 (Les Juifs devinrent nos imitateurs, nos disciples.) Voy. à ce sujet le tome Ier des Recherches nouvelles sur l'Histoire ancienne, où il est démontré que le Pentateuque n'est point l'ouvrage de Moïse: cette opinion était répandue dans les premiers temps du christianisme, comme on le voit dans les Clémentines, homélie i, §51, et homélie viii, §42; mais personne n'avait démontré que le véritable auteur fût le grand-prêtre Helkias, l'an 618 avant J. C.

Pag. [146], lig. 5. (Tant de choses analogues aux trois religions.) Les Parsis modernes et les Mithriaques anciens, qui sont la même chose, ont tous les sacrements des chrétiens, même le soufflet de la confirmation. «Le prêtre de Mithra, dit Tertullien, De præscriptione, c. 40, promet la délivrance des péchés par leur aveu et par le baptême; et, s'il m'en souvient bien, Mithra marque ses soldats au front (avec le chrême, Kouphi égyptien); il célèbre l'oblation du pain, l'image de la résurrection, et présente la couronne, en menaçant de l'épée, etc.»

Dans ces mystères on éprouvait l'initié par mille terreurs, par la menace du feu, de l'épêe, etc., et on lui présentait une couronne, qu'il refusait, en disant: Dieu est ma couronne. (Voyez cette couronne dans la sphère céleste, à côté de Bootes.) Les personnages de ces mystères portaient tous des noms d'animaux constellés. La messe n'est pas autre chose que la célébration de ces mystères et de ceux d'Éleusis. Le Dominus vobiscum est à la lettre la formule de réception, chon-k, àm, p-ak. Voy. Beausobre, Histoire du Manichéisme, tom. ii.

Pag. [147], lig. 10. Les Védas ou Vedams sont les livres sacrés dés Indous, comme les Bibles chez nous. On en compte trois: le Rick Veda, le Yadjour Veda, et le Sama Veda. Ils sont si rares dans l'Inde, que les Anglais ont eu beaucoup de peine à en trouver l'original, dont ils ont fait faire une copie déposée au British Muséum. Ceux qui comptent quatre Védas, y comprennent l'Attar Veda, qui traite des cérémonies, et qui est perdu. Il y a en suite des commentaires nommés Upanishada, dont l'un a été publié par Anquetil Duperron, sous le titre de Oupnekhat, livre curieux en ce qu'il donne une idée de tous les autres. La date de ces livres passe 25 siècles au-dessus de notre ère; leur contenu prouve que toutes les rêveries des métaphysiciens grecs viennent de l'Inde et de l'Égypte.—Depuis l'an 1788, les savants Anglais exploitent dans l'Inde une mine de littérature dont on n'avait aucune idée en Europe, et qui prouve que la civilisation de l'Inde remonte à une très-haute antiquité. Après les Védas viennent les Chastras, au nombre de six. Ils traitent de théologie et de sciences. Puis viennent au nombre de 18, les Pouranas, qui traitent de mythologie et d'histoire: voyez le Bahgouet-guîta, le Baga Vedam, et l'Ézour-Vedam, traduits en français, etc.

Pag. [151], lig. 14. Toute cette cosmogonie des lamas, des bonzes, et même des brames, comme l'atteste Henri Lord, revient littéralement à celle des anciens Égyptiens. «Les Égyptiens, dit Porphyre, appellent Kneph l'intelligence ou cause effective (de l'univers). Ils racontent que ce dieu rendit par la bouche un œuf, duquel fut produit un autre dieu, nommé Phtha ou Vulcain (le feu principe, le soleil;) et ils ajoutent que cet œuf est le monde.» Eusoeb., Prep. evang., pag. 115.

«Ils représentent, dit-il ailleurs, le dieu Kneph ou la cause efficiente, sous la forme d'un homme de couleur bleu foncé (celle du ciel), ayant en main un sceptre, portant une ceinture, et coiffé d'un petit bonnet royal de plumes très-légères, pour marquer combien est subtile et fugace l'idée de cet être.» Sur quoi j'observerai que Kneph, en hébreu, signifie une aile, une plume; que cette couleur bleue (céleste) se trouve dans la plupart des dieux de l'Inde, et qu'elle est, sous le nom de narayan, une de leurs épithètes les plus célèbres.

Pag. [153], lig. 25. (Que les lamas ne sont que des manichéens.) Voyez l'Histoire du Manichéisme, par Beausobre, qui prouve que ces sectaires furent purement des zoroastriens; ce qui fait remonter l'existence de leurs opinions 1200 ans avant J. C. Il suit de là que Boudd Chaucasam fut encore antérieur, puisque la doctrine boudiste se trouve dans les plus anciens livres indiens, dont la date passe 3100 ans avant notre ère (tel que le Bahgouet-guîta). Observez d'ailleurs que Boudd est la 9e avatar ou incarnation de Vichenou, ce qui le place à l'origine de cette théologie. En outre, chez les Indiens, les Chinois, les Thibétains, etc., Boudd est le nom de la planète que nous appelons Mercure, et du jour de la semaine consacré à cette planète (le mercredi); cela le remonte à l'origine du calendrier; en même temps cela nous l'indique primitivement identique à Hermès, ce qui étend son existence jusqu'en Égypte. Maintenant remarquez que les prêtres égyptiens racontaient qu'Hermès mourant avait dit: «Jusqu'ici j'ai vécu exilé de ma véritable patrie; j'y retourne: ne me pleurez pas; je retourne à la céleste patrie où chacun se rend à son tour: là est Dieu; cette vie n'est qu'une mort.» Voyez Chalcidius in Timœum. Or, cette doctrine est précisément celle des boudistes anciens, ou samanéens, des pythagoriciens et des orphiques. Dans la doctrine d'Orphée, le dieu monde est représenté par un œuf: dans les idiomes hébreu et arabe, l'œuf se nomme baidh, analogue à Boùdd (Dieu), et à Boûd, en persan l'existence, ce qui est (le monde), Boùdd est encore analogue à bed et vad, qui chez les Indiens signifie science. Hermès en était le dieu: il était l'auteur des livres sacrés ou Védas égyptiens. On voit quels rameaux présente, et à quelle antiquité tout ceci nous porte. Maintenant le prêtre boudiste d'Ava ajoute: «Qu'il est de foi que, de temps à autre, le ciel envoie sur la terre des Boudda pour amender les hommes, les retirer de leurs vices, et les remettre en voie de salut.» Avec un tel dogme répandu dans l'Inde, dans la Perse, dans l'Égypte, dans la Judée, on sent combien les esprits ont dû être disposés dès long-temps à ce que des siècles postérieurs nous offrent.

Pag. [154], lig. 6. (Long-temps avant Iésous.) D'après les notions des savants anglais de l'Inde, la doctrine de Boudda y est très-ancienne. L'écrivain anonyme que nous avons cité, pag. 319, lig. 23, cite un traité écrit il y a peu d'années par le chef des prêtres bouddites d'Ava, à la prière de l'évêque catholique de cette ville, qui dit: «Que les dieux qui ont apparu dans le présent monde jusqu'à ce jour, sont au nombre de quatre, savoir: Boudda Chaucasam, Boudda Gonagom, Boudda Gaspa, et Boudda Gautama, duquel la loi règne actuellement; il obtint la divinité à trente-cinq ans, et passa à l'immortalité 2362 ans (avant la date du dit écrit, qui se place vers 1805.)» Par conséquent Gautama serait mort vers l'an 557 avant l'ère chrétienne, au temps où régnait Kyrus en Perse, et où florissait Pythagore.

2º D'autre part, des écrivains arabes et persans, cités dans l'Hist. des Huns, tom. II, par de Guignes; dans l'Hist. de la Chine, tom. V, in-4º, note de la page 50, et dans la préface de l'Ezour Vedam (Yadjour-Veda), placent l'apparition d'un autre Boudda à l'année 1027 avant notre ère (ce serait Gaspa).

3º Le tableau statistique de l'empereur mogol Akbar, intitulé Ain Akberi, traduit par Gladwin, dit, pag. 433, tom. II, que Boudd avait disparu 2962 ans avant l'an 40 de cet empereur, c'est-à-dire 1366 ans avant J.-C. (ce serait Gonagom.)

Pag. [154], lig. 14 (Fondés sur l'absence de tout témoignage authentique.) «Tout le monde sait,» disait Fauste, qui, quoique manichéen, fut un des plus savants hommes du IIIe siècle, «tout le monde sait que les Évangiles n'ont été écrits ni par J.-C. ni par ses apôtres, mais long-temps après, par des inconnus, qui, jugeant bien qu'on ne les croirait pas sur des choses qu'ils n'avaient pas vues, mirent à la tête de leurs récits des noms d'apôtres ou d'hommes apostoliques et contemporains.» Sur cette question, voyez l'Histoire des Apologistes de la Religion chrétienne, attribuée à Fréret, mais qui est de Burigny, membre de l'Académie des inscriptions. Voyez aussi Mosheim, De rébus christianorum; Correspondance of Atterbury, Archbishop, 5 vol. in-8º, 1798; Toland, Nazarenus; et Beausobre, Histoire du Manichéisme, tom, i. Il résulte de tout ce qu'on a écrit pour et contre, que l'origine précise du christianisme n'est pas connue; que les prétendus témoignages de Josèphe (Antiq. jud., lib. XVIII, c. 3) et de Tacite (Annales, lib. XV, c. 44) ont été interpolés vers le temps du concile de Nikée, et que personne n'a encore mis en évidence le fait radical, c'est-à-dire l'existence réelle du personnage qui a occasioné le système. Sans cette existence néanmoins, il serait difficile de concevoir l'apparition du système à son époque connue, encore qu'il ne soit pas sans exemple en histoire de voir des suppositions gratuites et absolues. Pour résoudre ce problème, vraiment curieux et important, il faudrait qu'un esprit doué de sagacité, muni d'instruction, et surtout d'impartialité, profitant des recherches déja faites, y ajoutât un tableau comparatif de la doctrine des boudistes, et spécialement de la secte de Samana Gautama, contemporain de Kyrus; qu'il examinât quelle fut la facilité des communications de l'Inde avec la Perse et la Syrie, surtout depuis le règne de Darius Hystaspe, qui, selon Agathias et Ammien, consulta les sages de l'Inde, et introduisit plusieurs de leurs idées chez les mages; quelle fut encore cette facilité depuis Alexandre, sous les Séleucides, qui entretenaient des relations diplomatiques avec les rois indiens, il verrait que, par suite de ces communications, le système des samanéens put se répandre de proche en proche jusqu'en Égypte; qu'il put être la cause déterminante de la corporation des esséniens en Judée, etc,: alors il ne resterait plus qu'à examiner si, toutes choses étant ainsi préparées, l'exaltation générale des esprits n'a pas pu susciter un individu qui aurait rempli le rôle désigné: soit que lui-même se fût cru et annoncé pour être le personnage attendu, soit que ce fût la multitude qui, enthousiasmée de sa conduite, de sa doctrine et de ses prédications, lui en eût attribué l'emploi. Dans l'un et l'autre cas, il serait conforme aux probabilités humaines que des attroupements populaires eussent excité la surveillance et l'inquiétude du gouvernement romain, et qu'enfin un incident remarquable, tel que l'entrée en Jérusalem, eût déterminé le préfet à une mesure de rigueur, à un acte de sévice qui aurait brusquement terminé ce drame (à peu près comme il est raconté), mais qui n'aurait fait qu'accroître l'intérêt pour le personnage regretté, et par-là donné lieu à des récits et à des associations dont le résultat cadrerait parfaitement avec l'état de choses qui apparaît ensuite dans l'histoire. Sans doute là où manque son témoignage positif, l'on ne pourrait établir ce qu'on appelle certitude morale; mais par l'enchaînement des causes et des effets, on pourrait arriver à un degré de probabilité qui en produirait l'effet; puisque d'ailleurs, avec les témoignages les plus positifs, l'histoire n'a jamais de droit qu'aux plus ou moins grandes probabilités.

Ibidem, lig. 27. (La doctrine intérieure) Les boudistes ont deux doctrines, l'une publique et ostensible, l'autre intérieure et secrète, précisément comme les prêtres égyptiens. Pourquoi cette différence? demandera-t-on. C'est que la doctrine publique enseignant les offrandes, les expiations, les fondations, etc., il est utile de la prêcher au peuple; au lieu que l'autre enseignant le néant et ne rapportant rien, il convient de ne la faire connaître qu'aux adeptes. On ne peut classer plus évidemment les hommes en fripons et en dupes.

Pag. [156], lig. 18. (Voilà ce qu'a révélé notre Boudah.) Ce sont les propres termes de La Loubère, dans sa Description du royaume de Siam et de la théologie des bonzes. Leurs dogmes, comparés à ceux des anciens philosophes de la Grèce et de l'Italie, retracent absolument tout le système des stoïciens et des épicuriens, mêlé avec des superstitions astrologiques et quelques traits du pythagorisme.

Pag. [165], lig. 4. (La barbarie originelle du genre humain.) C'est le témoignage unanime de toutes les histoires, et même des légendes, que les premiers hommes furent partout des sauvages, et que ce fut pour les civiliser et leur apprendre à faire du pain, que les dieux se manifestèrent.

Ibidem, lig. 9. (N'acquiert d'idées que par l'intermède de ses sens). Voilà précisément où ont échoué les anciens, et d'où sont venues leurs erreurs: ils ont supposé les idées de Dieu innées, coéternelles à l'ame; et de là toutes les rêveries développées dans Platon et Iamblique. Voy. le Timée, le Phédon, et de Mysteriis Ægyptiorum, sect. Ire, chap, 3.

Pag. [170], lig. 21. (Le témoignage de tous les anciens monuments.) Il résulte clairement, dit Plutarque, des vers d'Orphée et des livres sacrés des Égyptiens et des Phrygiens que la théologie ancienne, non-seulement des Grecs, mais en général de tous les peuples, ne fut autre chose qu'un système de physique, qu'un tableau des opérations de la nature, enveloppé d'allégories mystérieuses et de symboles enigmatiques: de manière que la multitude ignorante s'attachât plutôt au sens apparent qu'au sens caché, et que même dans ce qu'elle comprenait de ce dernier, elle supposât toujours quelque chose de plus profond que ce qui paraissait. Plutarque, fragment d'un ouvrage perdu, cité dans Eusèbe, Præpar. evang. lib. III, chap. I, page 85.

«La plupart des philosophes, dit Porphyre, et entre autres Chæremon (qui vécut en Égypte dans le premier siècle de l'ère chrétienne) ne pensent pas qu'il ait jamais existé d'autre monde que celui que nous voyons: et ils ne reconnaissent pas d'autres dieux, de tous ceux qu'allèguent les Égyptiens, que ce que l'on appelle vulgairement les planètes, les signes du zodiaque et les constellations, qui jouent avec eux en aspect (de lever et de coucher); à quoi ils ajoutent leurs divisions de signes en décans ou maîtres du temps, qu'ils appellent les chefs forts et puissants dont les noms, les vertus curatives des maladies, les couchers, les levers, les présages de ce qui doit arriver, font la matière des almanachs (c'est-à-dire que les prêtres égyptiens faisaient de véritables almanachs de Mathieu Laensberg); car lorsque les prêtres disaient que le soleil était l'architecte de l'univers, Chæremon sentait que tous leurs récits sur Isis et sur Osiris, que toutes leurs fables sacrées se rapportaient en partie aux planètes, aux phases de la lune; au cours du soleil, en partie (aux étoiles de) l'hémisphère du jour et de la nuit, ou au fleuve du Nil, en un mot, à des êtres physiques, naturels, et rien à des êtres immatériels et dépourvus de corps... Tous ces philosophes croient que les mouvements de notre volonté et de nos actions dépendent de ceux des astres, qu'ils en sont dirigés; et ils se soumettent aux lois d'une nécessité (physique) qu'ils appellent destin ou fatum, supposant une chaîne (de causes et d'effets) qui lie, par je ne sais quel lien, tous les hommes entre eux (depuis l'atome) jusqu'à la puissance supérieure et à l'influence première de ces dieux; en sorte que, soit dans les temples, soit dans les simulacres ou idoles, ils n'adorent autre chose que la puissance de la destinée,» (Porphyr. Epis. ad Ianebonem.)

Pag. [171], lign. 11. (Exigea la connaissance des cieux.) Jusqu'à ce jour on a répété, sur l'autorité indirecte de la Genèse, que l'astronomie avait été inventée par les enfants de Noé. On a raconté gravement que, pâtres errants dans les plaines de Sennaar, ils employaient leur désœuvrement à rédiger un système des cieux; comme si des pâtres avaient besoin de connaître plus que l'étoile polaire, et comme si le besoin n'était pas l'unique motif de toute invention! Si les anciens pasteurs furent si studieux et si habiles, comment arrive-t-il que les modernes soient si ignorants et si négligents? Or, il est de fait que les Arabes du désert ne connaissent pas six constellations, et qu'ils n'entendent pas un mot d'astronomie.

Pag. [172], lign. 12. (Des génies auteurs des biens et des maux.) Il paraît que par le mot genius les anciens ont entendu proprement une qualité, une faculté génératrice, productrice; car tous les mots de cette famille reviennent à ce sens: generare, genos, genesis, genus, gens.

«Les sabéens anciens et modernes, dit Maimonides, reconnaissent un dieu principal, fabricateur du monde et possesseur du ciel; mais à cause de son éloignement trop grand, ils le pensent inaccessible; et imitant la conduite du peuple à l'égard des rois, ils emploient auprès de lui pour médiateurs les planètes et leurs anges, auxquels ils donnent le titre de princes et de rois, et qu'ils supposent habiter dans ces corps lumineux, comme dans des palais ou tabernacles, etc.» (More Nebuchim, pars III, c. 29.)

Ibidem, lign. 28. (Un sexe tiré du genre de son appellation.) Selon qu'un objet se trouva du genre masculin ou féminin dans la langue d'un peuple, le dieu qui porta son nom se trouva mâle ou femelle chez ce peuple. Ainsi les Cappadociens disaient le dieu Lunus et la déesse Soleil; et ceci présente sans cesse les mêmes êtres sous des formes diverses, dans la mythologie des anciens.

Pag. [173], lig. 20. (Ce qui contribue à la conservation de soi et de ses semblables.) À ceci Plutarque ajoute que ces prêtres (égyptiens) ont toujours fait le plus grand cas de la conservation de la santé..., et qu'ils la regardent comme une condition nécessaire au service des dieux et à la piété, etc. (Voy. Isis et Osiris, à la fin.)

Ibidem, lig. 26.(Paraissent remonter au delà de quinze mille ans.) L'orateur historien suit ici l'opinion du savant Dupuis, qui d'abord en son mémoire sur l'Origine des Constellations, puis dans son grand ouvrage sur l'Origine de tous les Cultes, à rassemblé une foule de preuves que jadis la balance était placée à l'équinoxe du printemps, et le belier à l'équinoxe d'automne, c'est-à-dire que la précession des équinoxes a causé un déplacement de plus de sept signes. L'action de ce phénomène est incontestable: les calculs les plus récents l'évaluent à 50 secondes, 12 ou 15 tierces par an; donc chaque degré de signe zodiacal est déplacé et mis en arrière, en 71 ans 8 ou 9 mois; donc un signé entier, en 2152 ou 53 ans. Or si, comme il est de fait, le point équinoxial du printemps fut juste au 1er degré du belier, l'an 388 avant J.-C.; c'est-à-dire si, à cette époque, le soleil avait parcouru et mis en arrière tout ce signe pour entrer dans les poissons, qu'il a quittés de nos jours, il s'ensuit qu'il avait quitté le taureau 2153 ans auparavant, c'est-à-dire vers l'an 2540 avant J.-C., et qu'il y était entré vers l'an 4692 avant J.-C. Ainsi, remontant de signe en signe, le 1er degré du belier avait été le point équinoxial d'automne environ 12,912 ans avant l'an 388, c'est-à-dire 13,300 ans avant l'ère chrétienne: ajoutez nos dix-huit siècles, vous avez 15,100 ans, et de plus la quantité de temps et de siècles qu'il fallut pour amener les connaissances astronomiques à ce degré d'élévation. Maintenant remarquez que le culte du signe taureau joue un rôle principal chez les Égyptiens, les Perses, les Japonais, etc.; ce qui indique à cette époque une marche commune d'idées chez ces divers peuples. Les 5 ou 6000 ans de la Genèse ne font objection que pour ceux qui y croient par éducation: (Voy. à ce sujet l'analyse de la Genèse, dans le tom. ier des Recherches nouvelles sur l'histoire ancienne; voy. aussi l'Origine des Constellations, par Dupuis, 1781; l'Origine des Cultes, en 3 vol. in-4º, 1794, et le Zodiaque chronologique, in-4º, 1806.)

Pag. [176], lig. 2. (Les noms des objets terrestres qui leur répondaient.) «Les anciens, dit Maimonides, portant toute «leur attention sur l'agriculture, donnèrent aux étoiles des «noms tirés de leurs occupations pendant l'année.» (More Neb...., pars v.)

Pag. [177], lig. 19. (Tel fut le moyen d'appellation.) Les anciens disaient: crabiser, capriser, tortuiser, comme nous disons serpenter, coqueter; tout le langage a été construit sur ce mécanisme.

Pag. [179], lig. 26. (En qui la vertu des astres s'était insérée.) «Les anciens astrologues, dit le plus savant des Juifs (Maimonides), ayant consacré à chaque planète une couleur, un animal, un bois, un métal, un fruit, une plante, ils formaient de toutes ces choses une figure ou représentation de l'astre, observant pour cet effet de choisir un instant approprié, un jour heureux, tel que la conjonction ou tout autre aspect favorable; par leurs cérémonies (magiques), ils croyaient pouvoir faire passer dans ces figures ou idoles les influences des êtres supérieurs (leurs modèles). C'étaient ces idoles qu'adoraient les Kaldéens-sabéens: dans le culte qu'on leur rendait, il fallait être vêtu de la couleur propre.... Ainsi, par leurs pratiques, les astrologues introduisirent l'idolâtrie, ayant pour objet de se faire regarder comme les dispensateurs des faveurs des cieux; et parce que les peuples anciens étaient entièrement adonnés à l'agriculture, ils leur persuadaient qu'ils avaient le pouvoir de disposer des pluies et des autres biens des saisons; ainsi, toute l'agriculture s'exerçait par des règles d'astrologie, et les prêtres faisaient des talismans pour chasser les sauterelles, les mouches, etc.» Voy. Maimonides, More Nebuchim, pars 111, c. 9.

«Les prêtres égyptiens, indiens, perses, etc., prétendent lier les dieux à leurs idoles, les faire descendre du ciel à leur gré; ils menacent le soleil et la lune de révéler les secrets des mystères, d'ébranler les cieux, etc.» Eusèbe, Præparat. evang., pag. 198; et Iamblique, de Mysteriis Ægyptiorum.

Pag. [180], lign. 12. (Fut censé en remplir les rôles astronomiques.) Ce sont les propres paroles de Iamblique, de Symbolis Ægyptiorum, c. 2, sect. 7. Il était le grand Protée, le métamorphiste universel.

Pag. [181], lig. 22. (Votre tonsure est le disque du soleil.) «Les Arabes, dit Hérodote, lib. iii, se rasent la tête en rond et autour des tempes, ainsi que se la rasait, disaient-ils, Bacchus (qui est le soleil).» Jérémie, c. 25, v. 23, parle de cette coutume. La touffe que conservent les musulmans est encore prise du soleil, qui, chez les Égyptiens, était peint, au solstice d'hiver, n'ayant plus qu'un cheveu sur la tête. (Votre étole est son zodiaque). Les étoles de la déesse de Syrie et de la Diane d'Éphèse, d'où dérive celle des prêtres, portent les douze animaux du zodiaque. Les chapelets se retrouvent dans toutes les idoles indiennes, composées il y a plus de 4500 ans, et leur usage est universel et immémorial en Asie. La crosse est précisément le bâton de Bootes ou Osiris. (Voy. la planche iii.) Tous les lamas portent la mitre, ou bonnet conique, qui était l'emblème du soleil.

Pag. [182], lig. 21. (On en fit la vie historique d'Hercule.) Voy. l'ouvrage de Dupuis, Origine des Constellat, et Origine de tous les Cultes.

Pag. [183], lig. 19. (La réunion de ces figures avait des sens convenus.) Le lecteur verra sans doute avec plaisir plusieurs exemples des hiéroglyphes des anciens.

«Les Égyptiens, dit Hor-Apollo, désignent l'éternité par les figures du soleil et de la lune. Ils figurent le monde par un serpent bleu à écailles jaunes (les étoiles; c'est le dragon chinois). S'ils veulent exprimer l'année, ils représentent Isis, qui dans leur langue se nomme aussi Sothis, ou la canicule, première des constellations, par le lever de qui l'année commençait. Son inscription à Saïs était: C'est moi qui me lève dans la constellation du chien.

«Ils figurent aussi l'année par un palmier, et le mois par un rameau, parce que, chaque mois, le palmier pousse une branche.

«Ils la figurent encore par le quart d'un arpent. (L'arpent entier, divisé en quatre, désignait la période bissextile de quatre ans: l'abréviation de cette figure du champ quadripartite est visiblement la lettre ha ou hêth, septième de l'alphabet samaritain; les lettres alphabétiques pourraient bien n'être que des abréviations d'hiéroglyphes astronomiques, et par cette raison on aurait écrit de droite à gauche, dans le sens de la marche des étoiles.) Ils désignent un prophète par l'image d'un chien, attendu que l'astre-chien (Anoubis) annonce par son lever l'inondation.

«Ils peignent l'inondation par un lion, parce qu'elle arrive sous ce signe; et de là, dit Plutarque, l'usage des figures de lion vomissant de l'eau à la porte des temples.

«Ils expriment Dieu et la destinée par une étoile. Ils représentent aussi Dieu, dit Porphyre, par une pierre noire, parce que sa nature est ténébreuse, obscure. Toutes les choses blanches expriment les dieux célestes, lumineux; toutes les circulaires expriment le monde, la lune, le soleil, les orbites; tous les arcs et croissans, la lune.... Ils figurent le feu et les dieux de l'Olympe par des pyramides et des obélisques (le nom du soleil, Baal, se trouve dans ce dernier mot); le soleil par un cône (la mitre d'Osiris); la terre par un cylindre (qui roule); la puissance génératrice (de l'air) par le phallus, et celle de la terre par un triangle, emblème de l'organe femelle. (Euseb., Præpar. evang., p. 98.)

«Le limon, dit Iamblique, de Symbolis, sect. 7, c. 2, désigne la matière, la puissance générative et nutritive; tout ce qui reçoit la chaleur, la fermentation de la vie.

«Un homme assis sur le lotos ou nénuphar désigne l'esprit moteur (le soleil), qui, de même que cette plante vit dans l'eau sans toucher au limon, existe pareillement séparé de la matière, nageant dans l'espace, se reposant sur lui-même; rond dans toutes ses parties, comme le fruit, les feuilles et les fleurs du lotos. (Brahma a des yeux de lotos, dit le Chaster Néardisen, pour désigner son intelligence, son œil, qui surnage à tout, comme la fleur du lotos sur l'eau.) Un homme au timon d'un vaisseau, continue Iamblique, désigne le soleil qui gouverne tout. Et Porphyre nous dit que c'est encore lui que représente un homme dans un vaisseau sur un crocodile (amphibie, emblème de l'air et de l'eau.)

«À Éléphantine on adorait une figure d'homme assis, de couleur bleue, ayant une tête de belier, et des cornes de bouc qui embrassaient le disque; le tout pour figurer la conjonction du soleil dans le belier avec la lune. La couleur bleue désigne la puissance attribuée à la lune dans cette conjonction, d'élever les eaux en nuages (apud Euseb., Præpar. evang., pag. 116).

«L'épervier est l'emblème du soleil et de la lumière, à raison de son vol rapide et élevé au plus haut de l'air, où abonde la lumière.

«Le poisson est l'emblème de l'aversion, et l'hippopotame de la violence, parce que, dit-on, il tue son père et viole sa mère. De là, dit Plutarque, l'inscription hiéroglyphique du temple de Saïs, où l'on voit peints sur le vestibule, 1º un enfant, 2º un vieillard, 3º un épervier, 4º un poisson, et 5º un hippopotame; ce qui signifie: 1º arrivants (à la vie), et 2º partants, 3º dieu, 4º hait, 5º l'injustice. (Voyez Isis et Osiris.)

«Les Égyptiens, ajoute-t-il, peignent le monde par un scarabée, parce que cet insecte pousse à contre-sens de sa marche une boule qui contient ses œufs, comme le ciel des fixes pousse le soleil (jaune de l'œuf) à contre-sens de sa rotation.

«Ils peignent le monde par le nombre cinq, qui est celui des éléments, savoir, dit Diodore, la terre, l'eau, l'air, le feu et l'éther ou spiritus (ils sont les mêmes chez les Indiens); et, selon les mystiques, dans Macrobe, ce sont le Dieu suprême ou premier mobile, l'intelligence ou mens née de lui, l'ame du monde qui en procède, les sphères célestes et les choses terrestres. De là, ajoute Plutarque, l'analogie de penté, cinq (en grec), à Pan, le tout.

«L'âne, dit-il encore, désigne Typhon, parce qu'il est de couleur rousse, comme lui: or, Typhon est tout ce qui est bourbeux, limoneux» (et j'observerai qu'en hébreu, limon, couleur rousse, et âne, sont des mots formés de la même racine hamr). De plus, Iamblique nous a dit que le limon désignait la matière, et il ajoute ailleurs que tout mal, toute corruption viennent de la matière; ce qui, comparé au mot de Macrobe, tout est périssable, sujet au changement dans la sphère céleste, nous donne la théorie du système d'abord physique, puis moralisé, dû bien et du mal des anciens. (Voy. encore le Mémoire sur le zodiaque de Dendera, que le savant Dupuis a inséré dans le journal intitulé: Revue philosophique, année 1801.)

Pag. [187], lig. 1. (Une cause insensée de superstition.) C'est le propre texte de Plutarque, qui raconte que ces divers cultes furent donnés par un roi d'Égypte, aux différentes villes, pour les désunir et les asservir (et ces rois étaient pris dans la caste des prêtres). V. Isis et Osiris.

Pag. [189], lig. 15. (Dans la projection de la sphère que traçaient les prêtres astronomes.) Les anciens prêtres eurent trois espèces de projection, qu'il est utile de faire connaître au lecteur.

«Nous lisons dans Eubulus, dit Porphyre, que Zoroastre fut le premier qui, ayant choisi dans les montagnes voisines de la Perse une caverne agréablement située, la consacra à Mithra (le soleil), créateur et père de toutes choses, c'est-à-dire qu'ayant partagé cet antre en divisions géométriques qui représentaient les climats et les éléments, il imita en petit l'ordre et la disposition de l'univers par Mithra. Après Zoroastre, ce devint un usage de consacrer les antres à la célébration des mystères; en sorte que, de même que les temples sont affectés aux dieux célestes, les autels champêtres aux héros et aux dieux terrestres, les souterrains aux dieux infernaux (inférieurs); de même les antres et les grottes furent spécialement attribués au monde, à l'univers et aux nymphes: de là est venue à Pythagore et à Platon l'idée d'appeler le monde une caverne, un antre. (Porphyre, De antro Nympharum.)

Voici donc une première projection en relief; et quoique les Perses aient fait honneur de son invention à Zoroastre, on peut assurer qu'elle eut lieu chez les Égyptiens, et que même étant la plus simple, elle dut y être la plus ancienne; les cavernes de Thèbes, remplies de peintures, autorisent ce sentiment.

En voici une seconde. «Les prophètes ou hiérophantes des Égyptiens, dit l'évêque Synnesius, qui avait été initié aux mystères, ne permettent pas aux ouvriers ordinaires de faire les idoles ou images des dieux; mais ils descendent eux-mêmes dans les antres sacrés, où ils ont des coffres cachés, qui renferment certaines sphères sur lesquelles ils composent ces images en secret et à l'insu du peuple, qui méprise les choses simples et naturelles, et qui veut des prodiges et des fables.» (Syn., in Calvit.) C'est-à-dire que les prêtres avaient des sphères armillaires comme les nôtres; et ce passage, si concordant avec celui de Chérémon, nous donne la clé de toute leur théologie astrologique.

Enfin, ils avaient des plans plats, dans le genre de la planche III; avec cette différence, que leurs plans, très-compliqués, portaient toutes leurs divisions fictives de décans et sous-décans, avec les indications (hiéroglyphiques) de leurs influences. Kirker en a donné une copie dans son Œdipe égyptien, et Gébelin un fragment figuré dans son volume du calendrier (sous le nom de Zodiaque égyptien). Les anciens Égyptiens, dit l'astrologue Julius Firmicus (Astron., lib. ii, c. 4, et lib. iv, c. 16), divisent chaque signe du zodiaque en trois sections; et chaque section fut sous la direction d'un être fictif, qu'ils appelèrent décan ou chef de dixaine; en sorte qu'il y eut trois décans par mois et trente-six par an. Or, ces décans, qui furent aussi appelés dieux (Théoi), règlent les destinées des hommes..., et ils étaient spécialement placés dans certaines étoiles.... Dans la suite on imagina en chaque dixaine trois autres dieux, que l'on appela les dispensateurs; de sorte qu'il y en eut neuf par mois, qui furent encore divisés en un nombre infini de puissances. (Les Perses et les Indiens firent leurs sphères sur des plans semblables; et si l'on dressait un tableau de la description qu'en donne Scaliger à la fin de Manilius, l'on y verrait précisément la définition de leurs hiéroglyphes, car chaque article en est un.)

Ibidem, lig. 18. (L'hémisphère d'hiver lui était antipode.) Voilà précisément pourquoi le nom d'Ahrimanes était toujours écrit par les Perses renversé ainsi:

Pag. [190], lig. 12. (Typhon, c'est-à-dire le déluge, à raison des pluies.) Typhon, prononcé touphon par les Grecs, est précisément le touphan arabe, qui veut dire déluge; et tous ces déluges des mythologies ne sont, tantôt que l'hiver et les pluies, et tantôt le débordement du Nil; de même que les prétendus incendies qui doivent terminer le monde, ne sont que la saison d'été. Voilà pourquoi Aristote, De meteoris, lib. 1, c. 14, dit que l'hiver de la grande année cyclique est un déluge, et son été un incendie. «Les Égyptiens, dit Porphyre, emploient chaque année un talisman en mémoire du monde; au solstice d'été, ils marquent de rouge les maisons, les troupeaux, les arbres, disant que ce jour-là tout le monde a été incendié. C'était aussi alors que se célébrait la danse pyrrhique ou de l'incendie.» (Et ceci explique l'origine des purifications par le feu et par l'eau, car ayant appelé le tropique du cancer portes des cieux et de la chaleur ou feu céleste, et celui du capricorne porte du déluge ou de l'eau, il fut censé que les esprits ou ames qui passaient par ces portes pour aller et venir aux cieux, étaient rôtis ou baignés: de là le baptême de Mithra, et le passage à travers les flammes, pratiqués dans tout l'Orient long-temps avant Moïse.)

Ibidem, lig. 14. (Dans la Perse, en un temps postérieur.) Dans un temps postérieur, c'est-à-dire lorsque le belier devint le signe équinoxial, ou plutôt lorsque le dérangement du ciel eut fait apercevoir que ce n'était plus le taureau.

Pag. [191], lig. 11. (Tous les actes religieux du genre gai.) Toutes les fêtes anciennes, relatives au retour ou à l'exaltation du soleil, portaient ce caractère: de là les hilaria du calendrier romain au passage (pascha) de l'équinoxe vernal. Les danses étaient des imitations de la marche des planètes. Celle des derviches la figure encore aujourd'hui.

Ibid., lig. 17. (Tous les actes religieux du genre triste.) On n'offre, dit Porphyre, de sacrifices sanglants qu'aux démons et aux génies malfaisants, pour détourner leur colère.... Les démons aiment le sang, l'humidité, la puanteur. Apud Euseb., Præp. evang., p. 173.

«Les Égyptiens, dit Plutarque, n'offrent de victimes sanglantes qu'à Typhon. On lui immole un bœuf roux; et l'animal de sacrifice est un animal exécré, chargé de tous les péchés du peuple (le bouc de Moïse).» Voyez De Iside et Osiride.

(Ce partage des animaux en sacrés et abominables.) Strabon dit, à l'occasion de Moïse et des Juifs: «De la superstition sont nées les prohibitions de certaines viandes et les circoncisions.»—Et j'observe, à l'égard de cette dernière pratique, que son but était d'enlever au symbole d'Osiris (phallus) l'obstacle prétendu de la fécondation: obstacle qui portait le sceau de Typhon, «dont la nature, dit Plutarque, est tout ce qui empêche, s'oppose, fait obstruction

Pag. [197], lig. 6. (Les heureux n'y donneront point d'ombre.) Il est à ce sujet un passage de Plutarque si intéressant et si explicatif de tout ce système, que le lecteur nous saura gré de le lui citer en entier; après avoir dit que la théorie du bien et du mal avait de tout temps exercé les physiciens et les théologiens: «Plusieurs, ajoute-t-il, croient qu'il y a deux dieux dont le penchant opposé se plaît, l'un au bien, et l'autre au mal; ils appellent spécialement dieu le premier, et génie ou dæmon le second. Zoroastre les a nommés Oromaze et Ahrimanes, et il a dit que de tout ce qui tombe sous nos sens, la lumière est l'être qui représente le mieux l'un; les ténèbres et l'ignorance, l'autre. Il ajoute que Mithra leur est intermédiaire; et voilà pourquoi les Perses appellent Mithra le médiateur ou l'intermédiaire. Chacun de ces dieux a des plantes et des animaux qui lui sont particulièrement consacrés: par exemple, les chiens, les oiseaux, les hérissons, sont affectés au bon génie; tous les animaux aquatiques au mauvais.

Les Perses disent encore qu'Oromaze naquit ou fut formé de la lumière la plus pure; Ahrimanes, au contraire, des ténèbres les plus épaisses; qu'Oromaze fit six dieux aussi bons que lui, et qu'Ahrimanes leur en opposa six méchants; qu'ensuite Oromaze se tripla (Hermès trismégiste), et s'éloigna du soleil autant que le soleil est éloigné de la terre, et qu'il fit les étoiles, et entre autres Sirius, qu'il plaça dans les cieux comme un gardien et une sentinelle. Or, il fit encore vingt-quatre autres dieux, qu'il plaça dans un œuf; mais Ahrimanes en créa vingt-quatre autres qui percèrent l'œuf, et alors les biens et les maux furent mêlés (dans l'univers). Mais enfin Ahrimanes doit être un jour vaincu, et la terre deviendra égale et aplanie, afin que tous les hommes vivent heureux.

Théopompe ajoute, d'après les livres des mages, que tour à tour l'un de ces dieux domine tous les trois mille ans, pendant que l'autre a du dessous; qu'ensuite ils combattent à armes égales pendant trois autres mille ans; mais enfin que le mauvais génie doit succomber (sans retour). Alors les hommes deviendront heureux, et ne donneront point d'ombre. Or, le dieu qui médite ces choses, se repose en attendant qu'il lui plaise de les exécuter.» (De Iside et Osiride.)

L'allégorie se montre à découvert dans tout ce passage. L'œuf est la sphère des fixes, le monde; les six dieux d'Oromaze sont les six signes d'été; les six signes d'Ahrimanes, les six signes d'hiver. Les quarante-huit dieux créés ensuite sont les quarante-huit constellations de la sphère ancienne, partagée également entre Ahrimanes et Oromaze. Le rôle de Sirius, gardien, sentinelle, décèle l'origine égyptienne de ces idées; enfin cette expression, que la terre deviendra égale et aplanie, et que les hommes heureux ne donneront point d'ombre, nous montre que le paradis véritable était l'équateur.

Ibidem, lig. 15. (Les cérémonies de l'antre de Mithra.) Dans les antres factices que les prêtres pratiquèrent partout, on célébrait des mystères qui consistaient, dit Origène contre Celse, à imiter les mouvemens des astres, des planètes et de tous les cieux. Les initiés portaient des noms de constellations, et prenaient des figures d'animaux. L'un était déguisé en lion, l'autre en corbeau, celui-ci en belier. De là les masques de la première comédie. Voy. Antiq. dévoilée, tom. II pag. 244. Dans les mystères de Cérès, le chef de la procession s'appelait le créateur; le porteur de flambeau, le soleil; celui qui était près de l'autel, la lune; le héraut ou diacre, Mercure. En Égypte, il y avait une fête où des hommes et des femmes représentaient l'année, le siècle, les saisons, les parties du jour, et ils suivaient Bacchus. (Athénée, lib. v, c. 7.) Dans l'antre de Mithra il y avait une échelle à sept échelons ou degrés, figurant les sept sphères des planètes, par ou montaient et descendaient les ames; c'est précisément l'échelle de la vision de Jacob; ce qui indique, à cette époque, tout le système formé. Il y a à la Bibliothèque royale un superbe volume de peinture des dieux de l'Inde, où l'échelle se trouve representée avec les ames qui y montent, planche dernière.

Voy. l'astronomie ancienne par Bailly, où nos assertions sur les connaissances des prêtres sont amplement prouvées.

Pag. [200], lig. 1. (Dont toutes les parties avaient une liaison intime.) Ce sont les propres paroles de Iamblique. De myst. Ægypt.

Ibidem, lig. 4. (Un fluide iégn, électrique.) Plus je considère ce que les anciens ont entendu par æther et esprit, et ce que les Indiens nomment l'akache, plus j'y trouve d'analogie avec le fluide électrique. Un fluide lumineux remplissant l'univers, composant la matière des astres, principe de mouvement et de chaleur, ayant des molécules rondes, lesquelles s'insinuant dans un corps, le remplissent en s'y dilatant, quelle que soit son étendue: quoi de plus ressemblant à l'électricité?

Ibidem, lig. 7. (Le cœur ou le foyer.) Les physiciens, dit Macrobe, appelèrent le soleil cœur du monde, c. 20, Som. Scip. Les Égyptiens, dit Plutarque, appellent l'orient le visage, le nord le côté droit, le midi le côté gauche du monde (parce que le cœur y est placé). Sans cesse ils comparaient l'univers à un homme, et de là le Microcosme si célèbre des alchimistes. Observons, en passant, que les alchimistes, les cabalistes, les francs-maçons, les magnétiseurs, les martinistes, et tous les visionnaires de ce genre, ne sont que des disciples égarés de cette école antique. Consultez, encore le pythagoricien Ocellus Lucanus, et l'Œdipus Ægypliacus de Kirker, t. ii, page 205.

Ibidem, lig. 28. (Dans l'éther, au milieu de la voûte des cieux.) Cette comparaison à un jaune d'œuf porte, 1º sur l'analogie de la figure ronde et jaune; 2º sur la situation au milieu; 3º sur le germe ou principe de vie placé dans le jaune. La figure ovale serait-elle relative à l'ellipse des orbites? Je suis porté à le croire. Le mot orphique offre d'ailleurs une remarque nouvelle. Macrobe dit (Som. Scipion., c. 14 et c. 20) que le soleil est la cervelle de l'univers, et que c'est par analogie que dans l'homme le crâne est rond, comme l'astre siége de l'intelligence: or, le mot ærph (par aïn) signifie en hébreu le cerveau et son siège (cervix); alors Orphée est le même que Bedou ou Baits; et les bonzes sont ces mêmes orphiques que Plutarque nous peint comme des charlatans qui ne mangeaient point de viande, vendaient des talismans, des pierres, etc., et trompaient les particuliers et même les gouvernements. Voy. un savant Mémoire de Fréret, sur les Orphiques. Acad des Inscrip. tom. xxiii, in-4º.

Pag. [201], lig. 10. (Sur là tête une sphère d'or.) Voy. Porphyre, dans Eusèbe, Præpar. evangel., lib. iii, pag., 115.

Pag. [203], lig. 13. (De la tout le système de l'immortalité de l'ame.) Dans le système des premiers spiritualistes, l'ame n'était point créée avec le corps, ou en même temps que lui, pour y être insérée; elle existait antérieurement et de toute éternité. Voici, en peu de mots, la doctrine qu'expose Macrobe à cet égard. Som. Scip. passim.

«Il existe un fluide lumineux, igné, et très subtil, qui, sous le nom d'æther et de spiritus, remplit l'univers; il compose la substance du soleil et des astres; il est le principe et l'agent essentiel de tout mouvement, de toute vie; il est la Divinité. Quand un corps doit être animé sur la terre, une molécule ronde de ce fluide gravite par la voie lactée vers la sphère lunaire; et parvenue là, elle se combine avec un air plus grossier, et devient propre à s'associer à la matière: alors elle entre dans le corps qui se forme, le remplit tout entier, l'anime, croît, souffre, grandit et diminue avec lui: lorsque ensuite il périt et que ses éléments grossiers se dissolvent, cette molécule incorruptible s'en sépare, et elle se réunirait de suite au grand océan de l'éther, si sa combinaison avec l'air lunaire ne la retenait: c'est cet air (ou gaz) qui, conservant les formes du corps, reste dans l'état d'ombre ou de fantôme, image parfaite du défunt. Les Grecs appelaient cette ombre l'image ou l'idole de l'ame; les pythagoriciens la nommaient son char, son enveloppe; et l'école rabbinique son vaisseau, sa nacelle. Lorsque l'homme avait bien vécu, cette ame entière, c'est-à-dire, son char et son éther, remontaient à la lune, où il s'en faisait une séparation; le char vivait dans l'élysée lunaire, et l'éther retournait aux fixes, c'est-à-dire à Dieu; car, dit Macrobe, plusieurs appellent Dieu le ciel des fixes (c. 14).

«Si l'homme n'avait pas bien vécu, l'ame restait sur terre pour se purifier, et elle errait çà et là à la manière des ombres d'Homère, qui connut toute cette doctrine, en Asie, trois siècles avant que Phérécyde et Pythagore l'eussent rajeunie en Grèce. Hérodote dit, à cette occasion, que tout le roman de l'ame et de ses transmigrations a été inventé par les Égyptiens, et répandu en Grèce par des hommes qui s'en sont prétendus les auteurs. Je sais leurs noms, dit-il, mais je veux les taire (lib. ii). Cicéron y supplée, en nous apprenant positivement que ce fut Phérécyde, maître de Pythagore (Tuscul., lib. i, § 16). Dans la Syrie et dans la Judée, nous trouvons une preuve palpable de son existence, cinq siècles avant Pythagore, en cette phrase de Salomon, où il dit: «Qui sait si l'esprit de l'homme monte dans les régions supérieures? Pour moi, méditant sur la condition des hommes, j'ai vu qu'elle était la même que celle des animaux. Leur fin est la même; l'homme périt comme l'animal; ce qui reste de l'un n'est pas plus que ce qui reste de l'autre; tout est néant.» Eccles., c. III, V. II.

Et telle avait été l'opinion de Moïse, comme l'a bien observé le traducteur d'Hérodote (Larcher, dans sa première édition, note 389 du liv. II), où il dit aussi que l'immortalité ne s'introduisit chez les Hébreux que par la communication des Assyriens. Du reste, tout le système pythagoricien, bien analysé, n'est qu'un pur système de physique mal entendu.

Pag. [206], lig. 27. (Ses noms mêmes, tous dérivés.) En dernière analyse, tous les noms de la Divinité reviennent à celui d'un objet matériel quelconque, qui en fut censé le siège. Nous en avons vu une foule d'exemples: donnons-en un encore dans notre propre mot dieu. Ce terme, comme on le sait, est le deus des Latins, qui lui-même est le theos des Grecs. Or, de l'aveu de Platon (in Cratylo), de Macrobe (Saturn. lib. I, c. 24), et de Plutarque (Isis et Osiris), sa racine est théin, qui signifie errer, comme planéin; c'est-à-dire qu'il est synonyme à planètes, parce que, ajoutent ces auteurs, les anciens Grecs, ainsi que les barbares, adoraient spécialement les planètes. Je sais que l'on a beaucoup décrié cette recherche des étymologies; mais si, comme il est vrai, les mots sont les signes représentatifs des idées, la généalogie des uns devient celle des autres, et un bon dictionnaire étymologique serait la plus parfaite histoire de l'entendement humain. Seulement il faut porter dans cette recherche des précautions que l'on n'a pas prises jusqu'à ce jour, et entre autres il faut avoir fait une comparaison exacte de la valeur des lettres des divers alphabets. Mais, pour continuer notre sujet, nous ajouterons que dans le phénicien, le mot thàh (par aïn) signifié aussi errer, et qu'il paraît être la source de théin: si l'on veut que déus dérive du grec Zeus, nom propre de Youpiter, ayant pour racine zaw, je vis, il reviendra précisément au sens de you, qui signifiera l'ame du monde, le feu principe. Div-us, qui ne signifie que génie, dieu du second ordre, me paraît venir de l'oriental div pour dib, loup et chacal, l'un des emblèmes du soleil. À Thèbes, dit Macrobe, le soleil était peint sous la forme d'un loup ou chacal (car il n'y a pas de loups en Égypte). La raison de cet emblème est sans doute que le chacal annonce par ses cris le lever du soleil, ainsi que le coq; et cette raison se confirme par l'analogie du mot lykos, loup, et lyké, lumière du matin, d'où est venu lux.

Dius, qui s'entend aussi du soleil, doit venir de dîh, épervier. «Les Égyptiens, dit Porphyre (Euseb., Præp. evang., p. 92), peignent le soleil sous l'emblème d'un épervier, parce que cet oiseau vole au plus haut des airs, où abonde la lumière.» Et, en effet, on voit sans cesse au Kaire des milliers de ces oiseaux planer dans l'air, d'où ils ne descendent que pour importuner par leur cri qui imite la syllabe dîh; et ici comme dans l'exemple précédent, se retrouve l'analogie des mots dies, jour, lumière, et dius, dieu, soleil.

Pag. [207], lig. 16. (Hâtèrent par leurs disputes le progrès des sciences et des découvertes.) L'une des preuves les plus plausibles que ces systèmes furent inventés en Égypte, réside surtout en ce que ce pays est le seul où l'on voie un corps complet de doctrine formé dès la plus haute antiquité.

Clément d'Alexandrie nous a transmis (Stromat. lib. VI) un détail curieux de 42 volumes que l'on portait dans la procession d'Isis. «Le chef, dit-il, ou chantre, porte un des instruments, symboles de la musique, et deux livres de Mercure, contenant, l'un des hymnes aux dieux, l'autre la liste des rois. Après lui l'horoscope (l'observateur du temps) porte une palme et une horloge, symboles de l'astrologie; il doit savoir par cœur les quatre livres de Mercure qui traitent de l'astrologie, le premier sur l'ordre des planètes, le second sur les levers du soleil et de la lune, et les deux autres sur les levers et aspects des astres. L'écrivain sacré vient ensuite, ayant des plumes sur la tête (comme Kneph), et en main un livre, de l'encre et un roseau pour écrire (ainsi que le pratiquent encore les Arabes); il doit connaître les hiéroglyphes, la description de l'univers, le cours du soleil, de la lune, des planètes; la division de l'Égypte (en 36 nomes), le cours du Nil, les instruments, les ornements sacrés, les lieux saints, les mesures, etc. Puis vient le porte-étole, qui porte la coudée de justice, ou mesure du Nil, et un calice pour les libations: dix volumes concernent les sacrifices, les hymnes, les prières, les offrandes, les cérémonies, les fêtes. Enfin arrive le prophète, qui porte dans son sein et à découvert une cruche: il est suivi par ceux qui portent les pains (comme aux noces de Cana). Ce prophète, en qualité de président des mystères, apprend dix (autres) volumes sacrés qui traitent des lois, des dieux et de toute la discipline des prêtres, etc. Or, il y a en tout quarante-deux volumes, dont trente-six sont appris par ces personnages; les six autres sont du ressort des pastophores: ils traitent de la médecine, de la construction du corps humain (l'anatomie), des maladies, des médicaments, des instruments, etc.»

Nous laissons au lecteur à déduire toutes les conséquences d'une pareille encyclopédie. On l'attribuait à Mercure; mais Iamblique nous avertit que tout livre composé par les prêtres était dédié à ce dieu, qui, à titre de génie ou décan ouvreur du zodiaque, présidait à l'ouverture de toute entreprise: c'est le Janus des Romains, le Guianesa des Indiens, et il est remarquable que Ianus et Guianes sont homonymes. Du reste, il paraît que ces livres sont la source de tout ce que nous ont transmis les Latins et les Grecs dans toutes les sciences, même en alchimie, en nécromancie, etc. Ce que l'on doit le plus regretter est la partie de l'hygiène et de la diététique, dans lesquelles il paraît que les Égyptiens avaient réellement fait de grands progrès et d'utiles observations.

Pag. [208], lig. 18. (Son dieu n'en fut pas moins un dieu égyptien.) «À une certaine époque, dit Plutarque (De Iside), tous les Égyptiens font peindre leurs dieux-animaux. Les Thébains sont les seuls qui ne paient pas de peintres, parce qu'ils adorent un dieu dont les formes ne tombent pas sous les sens et ne se figurent point.» Et voilà le dieu que Moïse, élevé à Héliopolis, adopta par préférence, mais qu'il n'inventa point.

Ibid., lig. 20. (Et Yahouh, décelé par son propre nom.) Telle est la vraie prononciation du Jehovah de nos modernes, qui choquent en cela toutes les règles de la critique, puisqu'il est constant que les anciens, surtout les orientaux Syriens et Phéniciens, ne connurent jamais ni le ni le v, venus des Tartares. L'usage subsistant des Arabes, que nous rétablissons ici, est confirmé par Diodore, qui nomme Iaw le dieu de Moïse (lib. i); et l'on voit que Iaw et Iahouh sont le même mot: l'identité se continue dans celui de Ioupiter; mais afin de la rendre plus complète, nous allons la démontrer par le sens même.

En hébreu, c'est-à-dire dans l'un des dialectes de la langue commune à la basse Asie, le mot Yahouh équivaut à notre périphrase celui qui est lui, l'être existant, c'est-à-dire le principe de la vie, le moteur ou même le mouvement (l'ame universelle des êtres). Or, qu'est-ce que Jupiter? Écoutons les Latins et les Grecs expliquant leur théologie: «Les Égyptiens,» dit Diodore d'après Manethon, prêtre de Memphis, «les Égyptiens, donnant des noms aux cinq éléments, ont appelé l'esprit (ou éther) Youpiter, à raison du sens propre de ce mot; car l'esprit est la source de la vie, l'auteur du principe vital dans les animaux; et c'est par cette raison qu'ils le regardèrent comme le père, le générateur des êtres. Voilà pourquoi Homère dit père et roi des hommes et des dieux.» (Diod., lib. i, sect. i.)

Chez les théologiens, dit Macrobe, Youpiter est l'ame du monde; de là le mot de Virgile: Muses, commençons par Youpiter: tout est plein de Youpiter (Songe de Scipion, c. 17); et dans les Saturnales, il dit: Jupiter est le soleil lui-même; c'est encore ce qui a fait dire à Virgile: «L'esprit alimente la vie (des êtres), et l'ame répandue dans les vastes membres (de l'univers) en agite la masse, et ne forme qu'un corps immense.»

«Youpiter,» disent les vers très-anciens de la secte des orphiques nés en Égypte, vers recueillis par Onomacrite, au temps de Pisistrate; «Youpiter, que l'on peint la foudre à la main, est le commencement, l'origine, la fin et le milieu de toutes choses: puissance une et universelle, il régit tout, le ciel, la terre, le feu, l'eau, les éléments, le jour, la nuit. Voilà ce qui compose son corps immense; ses yeux sont le soleil et la lune; il l'éternité, l'espace. Enfin, ajoute Porphyre, Jupiter est le monde, l'univers, ce qui constitue l'existence et la vie de tous les êtres. Or, continue le même auteur, comme les philosophes dissertaient sur la nature et les parties constituantes de ce dieu, et qu'ils n'imaginaient aucune figure qui représentât tous ses attributs, ils le peignirent sous l'apparence d'un homme.... Il est assis, pour faire allusion à son essence immuable; il est découvert dans la partie supérieure du corps, parce que c'est dans les parties supérieures de l'univers (les astres) qu'il s'offre le plus à découvert. Il est couvert depuis la ceinture, parce qu'il est le plus voilé dans les choses terrestres. Il tient un sceptre de la main gauche, parce que le cœur est de ce côté, et que le cœur est le siége de l'entendement, qui (dans les hommes) règle toutes les actions.» (Voy. Euseb., Præpar. evang., page 100.)

Enfin, voici un passage du géographe philosophe Strabon, qui lève tous les doutes sur l'identité des idées de Moïse et de celles des théologiens païens.

«Moïse, qui fut un des prêtres égyptiens, enseigna que c'était une erreur monstrueuse de représenter la Divinité sous les formes des animaux, comme faisaient les Égyptiens, ou sous les traits de l'homme, ainsi que le pratiquent les Grecs et les Africains: cela seul est la Divinité, disait-il, qui compose le ciel, la terre et tous les êtres, ce que nous appelons le monde, l'universalité des choses, la nature; or, personne d'un esprit raisonnable ne s'avisera d'en représenter l'image par celle de quelqu'une des choses qui nous environnent. C'est pourquoi, rejetant toute espèce de simulacres (idoles), Moïse voulut qu'on adorât cette Divinité sans emblème et sous sa propre nature; il ordonna qu'on lui élevât un temple digne d'elle, etc.» Geograph., lib. xvi, pag. 1104, édit. de 1707.

La théologie de Moïse n'a donc point différé de celle des sectateurs de l'ame du monde, c'est à-dire des stoïciens, et même des Épicuriens.

Quant à l'histoire de Moïse, Diodore la présente sous un jour naturel, quand il dit, lib. xxxiv et xl, «que les Juifs furent chassés d'Égypte dans un temps de disette, où le pays était surchargé d'étrangers, et que Moïse, homme supérieur par sa prudence et par son courage, saisit cette occasion pour établir sa nation dans les montagnes de Judée.» À l'égard des six cent mille hommes armés que l'Exode lui donne, c'est une erreur de copiste, dont le lecteur trouvera la démonstration tirée des livres mêmes, au tom. 1er des Recherches nouvelles sur l'Histoire ancienne, pag. 162 et suivantes.

Ibid., lig. 25. (Sous le nom d'Éi.) C'était le monosyllabe écrit sur la porte du temple de Delphes. Plutarque en a fait le sujet d'un traité.

Pag. [209], lig. 13. (Le nom d'Osiris même.) Il se trouve en propres termes au chap. 32 du Deutéronome. «Les ouvrages de Tsour sont parfaits.» On a traduit Tsour par créateur; en effet, il signifie donner des formes; et c'est l'une des définitions d'Osiris dans Plutarque.

Pag. [213], lig. 23. (Satan, l'archange Michel.) «Les noms des anges et des mois, tels que Gabriel, Michel, Yar, Nisan, etc., vinrent de Babylone avec les Juifs,» dit en propres termes le Talmud de Jérusalem. Voyez Beausobre, Hist. du Manich., tom. II, pag. 624, où il prouve que les saints du calendrier sont imités des 365 anges des Perses; et Iamblique, dans ses Mystères égyptiens, sect. 2, ch. 3, parle des anges, archanges, séraphins, etc., comme un vrai chrétien.

Pag. [214], lig. 9. (Consacrèrent la théologie de Zoroastre.) «Toute la philosophie des gymnosophistes,» dit Diogène Laërce, sur l'autorité d'un ancien, «est issue de celle des mages, et plusieurs assurent que celle de Juifs en a aussi tiré son origine;» (lib. I, c. 9.) Mégastène, historien distingué du temps de Séleucus Nicanor, et qui avait écrit particulièrement sur l'Inde, parlant de la philosophie des anciens sur les choses naturelles, joint dans un même sens les brachmanes et les Juifs.

Pag. [215], lig. 13. (Ramener l'âge d'or sur la terre.) Voilà la raison de tous ces oracles païens que l'on a appliqués à Jésus, et, entre autres, de la quatrième églogue de Virgile et des vers sibyllins si célèbres chez les anciens.

Pag. [216] lig. 21. (Au bout des six mille ans prétendus.) Lisez à ce sujet le chapitre 17 du tome I des Recherches nouvelles sur l'Histoire ancienne, où est expliquée la Mythologie de la création. La version des Septante comptait cinq mille et près de six cents ans; et ce calcul était le plus suivi: on sait combien, dans les premiers siècles de l'Église, cette opinion de la fin du monde agita les esprits. Par la suite, les saints conciles s'étant rassurés, ils la taxèrent d'hérésie dans la secte des millénaires; ce qui forme un cas bien singulier; car, d'après les propres Évangiles que nous suivons, il est évident que Jésus eût été un millénaire, c'est-à-dire un hérétique.

Pag. [217], lig. 22. (Figuré par la constellation du serpent.) «Les Perses, dit Chardin, appellent la constellation du serpent Ophiuchus, serpent d'Ève;» et ceser pent Ophiuchus ou Ophioneus jouait le même rôle dans la théologie des Phéniciens; car Phérécydes, leur disciple et le maître de Pythagore, disait: «qu'Ophioneus serpentinus avait été le chef des rebelles à Jupiter.» Voy. Mars. Ficin. Apol. Socrat., p. m, 797, col. 2. Et j'ajouterai qu'oephah (par aïn) signifie en hébreu vipère, serpent.

Au sens physique, séduire, seducere, n'est qu'attirer à soi, mener avec soi.

Voy. dans Hyde, pag. 111, édit. de 1760, De religione veterum Persarum, le tableau de Mithra, cité ici.

Pag. [218], ligne 12. (Persée monte de l'autre côté.) Bien plus, la tête de Méduse, cette tête de femme jadis si belle, que Persée coupa et qu'il tient à la main, n'est que celle de la Vierge, dont la tête tombe sous l'horizon précisément lorsque Persée se lève; et les serpents qui l'entourent sont Ophiuchus et le dragon polaire, qui alors occupent le zénith. Ceci nous indique la manière dont les anciens astrologues ont composé toutes leurs figures et toutes leurs fables; ils prenaient les constellations qui se trouvaient en même temps sur la bande de l'horizon, et en assemblant les parties, ils en formaient des groupes qui leur servaient d'almanach, en caractères hiéroglyphiques: voilà le secret de tous leurs tableaux, et la solution de tous les monstres mythologiques. La Vierge est encore Andromède délivrée par Persée de la baleine qui la poursuit (pro-sequitur).

Ibid., lig. 26. (Allaité par une vierge chaste.) Tel était le tableau de la sphère persique, cité par Aben-Ezra, dans le Coelum poeticum de Blaeu, pag. 71. «La case du premier décan de la Vierge, dit cet écrivain, représente cette belle vierge à longue chevelure, assise dans un fauteuil, deux épis dans une main, allaitant un enfant appelé Iésus par quelques nations, et Christ en grec.»

Il existe à la Bibliothèque du Roi un manuscrit arabe, nº 1165, dans lequel sont peints les douze signes, et celui de la vierge représente une jeune fille ayant à côté d'elle un enfant; d'ailleurs, toute la scène de la naissance de Jésus se trouve rassemblée dans le ciel voisin. L'étable est la constellation du cocher et de la chèvre, jadis le bouc; constellation appelée proesepe Jovis Heniochi, étable d'Iou; et ce mot Iou se retrouve dans le nom d'Iou-seph (Joseph). Non loin est l'âne de Typhon (la grande ourse), et le bœuf ou taureau, accompagnements antiques de la crèche. Pierre, portier, est Janus avec ses clefs et son front chauve: les douze apôtres sont les génies des douze mois, etc. Cette vierge a joué les rôles les plus variés dans toutes les mythologies; elle a été l'Isis des Égyptiens, laquelle disait dans l'inscription citée par Julien: Le fruit que j'ai enfanté est le soleil. La plupart des traits cités par Plutarque lui sont relatifs, de même que ceux d'Osiris conviennent à Bootes. Aussi les sept étoiles principales de l'ourse, appelées chariot de David, s'appelaient-elles chariot d'Osiris (voy. Kirker); et la couronne qu'il a derrière lui était formée de lierre, appelé chen-Osiris, arbre d'Osiris. La Vierge a aussi été Cérès, dont les mystères furent les mêmes que ceux d'Isis et de Mithra; elle a été la Diane d'Éphèse; la grande déesse de Syrie, Cybèle traînée par les lions; Minerve, mère de Bacchus; Astrée, vierge pure, qui fut enlevée au ciel à la fin de l'âge d'or; Thémis aux pieds de qui est la balance qu'on lui mit en main; la Sibylle de Virgile, qui descend aux enfers ou sous l'hémisphère avec son rameau à la main, etc.

Pag. [219], lig. 2. (Vivrait abaissé, humble.) Ce mot humble vient du latin humi-lis, humi-jacens, couché ou penché à terre; et toujours le sens physique se montre la racine du sens abstrait et moral.

Ibid., lig. 16. (Renaissait ou résurgeait dans la voûte des cieux.) Resurgere, se lever une seconde fois, n'a signifié revenir à la vie que par une métaphore hardie; et l'on voit l'effet perpétuel des sens équivoques de tous les mots employés dans les traditions.

Ibid., lig. 20. (Chris, c'est-à-dire le conservateur.) Selon leur usage constant, les Grecs ont rendu par x ou jota espagnol le aspiré des Orientaux, qui disaient hàris; en hébreu, héres s'entend du soleil; mais en arabe, le mot radical signifie garder, conserver, et hâris, gardien, conservateur. C'est l'épithète propre de Vichenou; et ceci démontre à la fois l'identité des trinités indienne et chrétienne, et leur commune origine. Il est évident que c'est un même système, qui, divisé en deux branches, l'une à l'orient, l'autre à l'occident, a pris deux formes diverses: son tronc principal est le système pythagoricien de l'ame du monde, ou Ioupiter. Cette épithète de piter ou père ayant passé au Démi-Ourgos des platoniciens, il en naquit une équivoque qui fit chercher le fils. Pour les philosophes, ce fut l'entendement, nous et logos, dont les Latins firent leur verbum; et l'on touche ici au doigt et à l'œil l'origine du père éternel et du verbe son fils, qui procède de lui (mens ex Deo nata, dit Macrobe); l'anima ou spiritus mundi fut le Saint-Esprit; et voilà pourquoi Mânes, Basilide, Valentin, et d'autres prétendus hérétiques des premiers siècles, qui remontaient aux sources, disaient que Dieu le père était la lumière inaccessible et suprême du ciel (premier cercle, l'aplanès); que le fils était la lumière seconde résidante dans le soleil, et le Saint-Esprit l'air qui enveloppe la terre. (Voy. Beausobre, t. ii, p. 586.) De là, chez les Syriens, son emblème de pigeon, oiseau de Vénus Uranie, c'est-à-dire de l'air. «Les Syriens (dit Nigidius in Germanico) disent qu'une colombe couva plusieurs jours dans l'Euphrate un œuf de poisson, d'où naquit Vénus.» Aussi ne mangent-ils pas de pigeon, dit Sextus Empiricus, Inst. Pyrrh., lib. iii, c. 23; et ceci nous indique une période commencée au signe des poissons (solstice d'hiver). Remarquons d'ailleurs que si Chris vient de Harisch par un chin, il signifiera fabricateur; épithète propre du soleil. Ces variantes, qui ont dû embarrasser les anciens, prouvent toujours également qu'il est le véritable type de Jésus, ainsi qu'on l'avait déja aperçu dès le temps de Tertullien. «Plusieurs,» dit cet écrivain, «pensent, avec plus de vraisemblance, que le soleil est notre Dieu; et ils nous renvoient à la religion des Perses.» (Apologétique, c. 16.)

Ibid., lig. 26. (L'une des périodes solaires). Voy. l'ode curieuse de Martianus Capella au soleil, traduite par Gébelin, volume du Calendrier, pag. 547 et 548.

Pag. [228], lig. 17. (Des sacrifices humains.) Lisez la froide déclamation d'Eusèbe, Proep. ev., lib. I, pag. ii, qui prétend que depuis que Christ est venu, il n'y a plus eu ni guerres, ni tyrans, ni anthropophages, ni pédérastes, ni incestueux, ni sauvages mangeant leurs parents, etc. Quand on lit ces premiers docteurs de l'Église, on ne cesse de s'étonner de leur mauvaise foi ou de leur aveuglement. Un travail curieux serait de publier aujourd'hui un demi-volume de leurs passages les plus remarquables, pour mettre en évidence leur folie. La vérité est que le christianisme n'a rien inventé en morale, et que tout son mérite a été de mettre en pratique des principes dont le succès a été dû aux circonstances du temps; c'est-à-dire que le despotisme orgueilleux et dur des Romains, dans ses diverses branches militaires, judiciaires et administratives, ayant lassé la patience des peuples, il se fit, dans les classes inférieures ou populaires, un mouvement de réaction absolument semblable à celui qui, depuis vingt-cinq ans, a lieu en Europe de la part des peuples contre l'oppression des deux castes dites sacerdotale et féodale.

Pag. [230], lig. 19. (Association d'hommes assermentés pour nous faire la guerre.) C'était l'ordre de Malte, dont les chevaliers faisaient vœu de tuer ou de réduire en esclavage des musulmans, pour la gloire de Dieu.

Pag. [232], lig. 12. (Un tarif de crimes.) Tant qu'il existera des moyens de se purger de tout crime, de se racheter de tout châtiment avec de l'argent ou de frivoles pratiques; tant que les grands et les rois croiront se faire absoudre de leurs oppressions et de leurs homicides en bâtissant des temples, en faisant des fondations; tant que les particuliers croiront pouvoir tromper et voler, pourvu qu'ils jeûnent le carême, qu'ils aillent à confesse, qu'ils reçoivent l'extrème-onction, il est impossible qu'il existe aucune morale privée ou publique, aucune saine législation pratique. Au reste, pour voir les effets de ces doctrines, lisez l'Histoire de la puissance temporelle des Papes, 2 vol. in-8º, Paris, 1811.

Ibid., lig. 19. (Jusque dans le sanctuaire du lit nuptial.) La confession est une très-ancienne invention des prêtres, qui n'ont pas manqué de saisir ce moyen de gouverner.... Elle était pratiquée dans les mystères égyptiens, grecs, phrygiens, persans, etc. Plutarque nous a conservé le mot remarquable d'un Spartiate qu'un prêtre voulait confesser. Est-ce à toi ou à Dieu que je me confesserai? À Dieu, répondit le prêtre. En ce cas, dit le Spartiate, homme, retire-toi. (Dits remarquables des Lacédémoniens.) Les premiers chrétiens confessèrent leurs fautes publiquement comme les esséniens. Ensuite commencèrent de s'établir des prêtres, avec l'autorité d'absoudre du péché d'idolâtrie.... Au temps de Théodose, une femme s'étant publiquement confessée d'avoir eu commerce avec un diacre, l'évêque Nectaire, et son successeur Chrysostôme, permirent de communier sans confession. Ce ne fut qu'au septième siècle que les abbés des couvents imposèrent aux moines et moinesses la confession deux fois l'année; et ce ne fut que plus tard encore que les évêques de Rome la généralisèrent. Quant aux musulmans, qui ont en horreur cette pratique, et qui n'accordent aux femmes ni un caractère moral, ni presque une ame, ils ne peuvent concevoir qu'un honnête homme puisse entendre le récit des actions et des pensées les plus secrètes d'une fille ou d'une femme. Nous, Français, chez qui l'éducation et les sentimens rendent beaucoup de femmes meilleures que les hommes, ne pourrions-nous pas nous étonner qu'une honnête femme pût les soumettre à l'impertinente curiosité d'un moine ou d'un prêtre?

Pag. [233], lig. 1. (Corporations ennemies de la société.) Veut-on connaître l'esprit général des prêtres envers les autres hommes, qu'ils désignent toujours par le nom de peuple, écoutons les docteurs de l'Église eux-mêmes. «Le peuple, dit l'évêque Synnésius (in Calvit., pag. 515), veut absolument qu'on le trompe; on ne peut en agir autrement avec lui.... Les anciens prêtres d'Égypte en ont toujours usé ainsi; c'est pour cela qu'ils s'enfermaient dans leurs temples, et y composaient, à son insu, leurs mystères; (et oubliant ce qu'il vient de dire) si le peuple eût été du secret, il se serait fâché qu'on le trompât. Cependant, comment faire autrement avec le peuple, puisqu'il est peuple? Pour moi, je serai toujours philosophe avec moi, mais je serai prêtre avec le peuple.»

«Il ne faut que du babil pour en imposer au peuple, écrivait Grégoire de Nazianze à Jérôme. (Hieron. ad Nep.) Moins il comprend, plus il admire.... Nos Pères et docteurs ont souvent dit, non ce qu'ils pensaient, mais ce que leur faisaient dire les circonstances et le besoin.»

«On cherchait, dit Sanchoniaton, à exciter l'admiration par le merveilleux.» (Proep. ev., lib. iii.) Tel fut le régime de toute l'antiquité; tel est encore celui des brahmes et des lamas, qui retrace parfaitement celui des prêtres d'Égypte. Pour excuser ce système de fourberie et de mensonge, on dit qu'il serait dangereux d'éclairer le peuple, parce qu'il abuserait de ses lumières. Est-ce à dire qu'instruction et friponnerie sont synonymes? Non; mais comme le peuple est malheureux par la sottise, l'ignorance, et la cupidité de ceux qui le mènent et l'endoctrinent, ceux-ci ne veulent pas qu'il y voie clair. Sans doute il serait dangereux d'attaquer de front la croyance erronée d'une nation; mais il est un art philanthropique et médical de préparer les yeux à la lumière, comme les bras à la liberté. Si jamais il se forme une corporation dans ce sens, elle étonnera le monde par ses succès.

Pag. [234], lig. 3. (Devins, magiciens. Qu'est-ce qu'un) magicien, dans le sens que le peuple donne à ce mot? C'est un homme qui, par des paroles et de gestes, prétend agir sur les êtres surnaturels, et les forcer de descendre à sa voix, d'obéir à ses ordres. Voilà ce qu'ont fait tous les anciens prêtres, ce que font encore ceux de tous les idolâtres, et ce qui, de notre part, leur mérite le nom de magiciens. Maintenant quand un prêtre chrétien prétend faire descendre Dieu du ciel, le fixer sur un morceau de levain, et rendre, avec ce talisman, les ames pures et en état de grace, que fait-il lui-même, sinon un acte de magie? Et quelle différence y a-t-il entre lui et un chaman tartare, qui invoque les génies, ou un brahme indien, qui fait descendre Vichenou dans un vase d'eau, pour chasser les mauvais esprits? Mais telle est la magie de l'habitude et de l'éducation, que nous trouvons simple et raisonnable en nous, ce qui dans autrui nous paraît extravagant et absurde....

Ibid., lig. 25. (Denrées du plus grand prix.) Ce serait une curieuse histoire que l'histoire comparée des agnus du pape et des pastilles du grand-lama! En étendant cette idée à toutes les pratiques religieuses, il y a un très-bon ouvrage à faire: ce serait d'accoler par colonnes les traits analogues ou contrastants de croyance et de superstition de tous les peuples. Un autre genre de superstition dont il serait également utile de les guérir, est le respect exagéré pour les grands; et, pour cet effet, il suffirait d'écrire les détails de la vie privée de ceux qui gouvernent le monde, princes, courtisans et ministres. Il n'est point de travail plus philosophique que celui-là: aussi avons-nous vu quels cris ils jetèrent quand on publia les Anecdotes de la cour de Berlin. Que serait-ce si nous avions celles de chaque cour? Si le peuple voyait à découvert toutes les misères et toutes les turpitudes de ses idoles, il ne serait pas tenté de désirer leurs fausses jouissances, dont l'aspect mensonger le tourmente, et l'empêche de jouir du bonheur plus vrai de sa condition.

FIN DES NOTES.

/\/\/\/\/\/\/\/\/\/\/\/\/\/\/\/\/\/\/\/\/\/\/\/\/\/\/\/\/\/\/\/\/\/\/\/\/\/\\/\/\/\/\/\/\/\/\/\/\/\/\/\/\\/\/\/\/\/\/\/\/\/\/\/\/\/\/\\/\/\/\/\/\/\/\/\/\/\/\/\/\/\\/\/\/\/\/\/\/\/\/\/\/\/\/\/\\/\/\/\/\/\/\/\/\/\/\/\/\/\/\\/\/\/\/\/\/\/\/\/\/\/\/\/\/\\/\/\/\/\/\/\/\/\/\/\/\/\/\/\\/\/\/\/\/\/\/\/\/\/\/\/\/\/\