CHAPITRE IV

Paix illusoire.—Le nouveau lieutenant-général en Guienne.—Henri ne gagne pas au change.—Biron et l'éducation militaire du roi de Navarre.—Henri et Catherine de Médicis.—La cour de Navarre s'établit à Nérac.—L'affaire de Langon.—Le voyage de Catherine et de Marguerite en Gascogne.—Les deux reines à Bordeaux.—Henri les reçoit à La Réole.—Séjour à Auch.—La Réole livrée aux troupes royales.—L'«Escadron volant».—Surprise de Fleurance.—«Chou pour chou.»—Surprise de Saint-Emilion.—La conférence de Nérac.—Traité favorable aux calvinistes.—La cour de Nérac.—Galanteries dangereuses.—Les revanches de Catherine de Médicis.—Séductions et calomnies.—Le roi de Navarre entre les protestants et les catholiques.—Beaux traits de caractère.—Mémorable déclaration.—Départ de la reine-mère.—La chasse aux ours.—Mésaventures de la reine de Navarre à Pau.

La paix dont la conférence de Bergerac débattit les conditions fut conclue dans cette ville, le 17 septembre 1577, et confirmée, le 5 octobre suivant, par l'édit de Poitiers. Elle paraissait avoir comblé presque tous les vœux des partis en lutte, et ces partis en jouissaient à peine, qu'ils s'évertuèrent à la violer. Les provinces du midi ne désarmèrent pas; nous trouvons, dans la correspondance de Henri avec le maréchal de Damville, l'énumération des principaux troubles qui ensanglantèrent parfois le Languedoc. Dans ses lettres, le roi de Navarre affirme que partout où sa main peut s'étendre, où sa voix peut être entendue, il veille à la réparation des fautes commises par ses coreligionnaires, qui ne sont plus les alliés du maréchal. «Je voudrais bien, dit-il, que, de toutes parts, on fît de même...» Il n'en est rien: «De tous côtés, j'ai vu plusieurs plaintes de meurtre et entreprises faites contre ceux de la religion, sans qu'on leur fasse administrer la justice... Au contraire, on crie contre eux désespérément et les charge des plus grands crimes du monde.» Là-dessus il articule nettement: «On a surpris Saint-Anastase, on a tué le baron de Fougères, puis on couvre ce fait d'une querelle particulière. Sur cette nouvelle prise d'Avignonnet, on a emprisonné partout ceux de la religion, on en a tué une centaine... Je ne vois qu'on s'échauffe pour cela d'en faire justice, ni qu'on soit prompt à en faire donner avertissement au roi, comme on a accoutumé de faire pour le moindre fait de ceux de la religion.» L'énumération continue: «Voilà, conclut Henri, les plaintes que j'entends ordinairement de ceux de la religion et que j'ai bien voulu vous représenter, afin que vous les entendiez et que vous y apportiez les remèdes convenables».

Henri n'oubliait pas, sans doute, qu'il était le chef d'un parti dont il devait s'efforcer d'atténuer les torts, tout en faisant ressortir ceux du parti opposé; mais, dans sa réponse aux doléances du maréchal, le roi, après avoir parlé des actes de justice émanés de lui-même, signale des griefs dont on ne semble pas disposé à lui rendre raison. Il en était réduit à protester contre des dommages personnels: les agents de Henri III ajournaient outrageusement le paiement de ses pensions et la perception même d'un impôt. «Par un des articles du dernier édit de pacification, dit Berger de Xivrey, le roi avait accordé au roi de Navarre le produit de l'impôt sur les pastelz, cette plante appelée aussi guède, et qui était, à cette époque, le seul ingrédient employé pour la teinture en bleu. Mais on paraissait n'être disposé à rien accorder à ce prince, que Davila représente réduit en un coin de la Guienne, dont il n'était gouverneur que de nom, privé de la plupart de ses revenus, et entièrement exclu des bienfaits du roi; choses par le moyen desquelles ses ancêtres avaient soutenu leur dignité depuis la perte du royaume de Navarre.»

Le roi de Navarre n'avait pas eu à se louer des actes de l'amiral de Villars, son lieutenant imposé en Guienne: à la conférence de Bergerac, il avait exprimé le désir de voir un autre officier à la tête de ce gouvernement. La cour rappela Villars, d'ailleurs fort avancé en âge, et mit à sa place le maréchal de Biron, dont Henri espérait s'accommoder mieux que de son prédécesseur. Il ne gagna pas au change: Biron, qui le servit plus tard glorieusement, après la mort de Henri III, n'était pas encore d'humeur à exposer pour lui sa fortune et sa vie. Il lui rendit pourtant un grand service, pendant la durée de sa charge: toujours à l'affût de quelque déconvenue à lui infliger, souvent à ses trousses, tantôt l'empêchant de reprendre une ville révoltée, tantôt lui en prenant une, sous ses yeux, Biron, sans le vouloir, lui apprit ce qu'il savait de l'art de la guerre, où il comptait peu de rivaux. En attendant, le maréchal s'appliquait, à Bordeaux et dans tout le gouvernement, à contrarier les vues, à déconcerter les projets du roi de Navarre. Henri en eut force déplaisirs, qui, s'ajoutant à beaucoup d'autres, le poussèrent à écrire au roi de France, le 6 juillet, une lettre que Chassincourt était chargé de présenter à Henri III, comme l'entrée en matière et le thème de plaintes assez vives. «Le sieur de Chassincourt vous fera entendre bien au long l'état des affaires en deçà, qui ne sont pas, à mon grand regret, selon l'intérêt de V. M., déclaré tant par l'édit de la paix et traité de conférence faite avec la reine votre mère, que par plusieurs de vos dépêches, mais, au contraire, selon la mauvaise affection d'aucuns vos principaux ministres et officiers qui, ayant les moyens pour remédier aux maux, ne les veulent employer. De sorte que, faute de punition, et voyant qu'on me fait expérimenter une telle défaveur de me priver de la jouissance de mes maisons et châteaux de Nontron, Montignac, Aillas et autres, la licence de mal faire et la témérité des turbulents accroît tous les jours pour entreprendre sur vos villes et places...—Il est besoin que votre autorité soit fortifiée par V. M. plus qu'elle n'est en ce gouvernement. A quoi il vous plaira de pourvoir. Autrement, je me vois gouverneur du seul nom et titre, qui m'est fort mal convenable, ayant cet honneur de vous être ce que je suis...»

On a remarqué l'allusion à Catherine de Médicis. Henri connaissait, de longue date, la reine-mère, toujours maîtresse du pouvoir, et ce fut à la dernière extrémité, après le traité de Nemours, qu'il rompit décidément avec elle, ou du moins se déshabitua de solliciter son influence. Jusque-là, nous le verrons, non seulement respectueux envers Catherine, comme il fut toujours, mais encore prêt à prendre devant elle l'attitude d'un client. La reine-mère gouvernait la France, autant qu'à cette époque on pouvait la gouverner. Aussi, ne faut-il pas s'étonner de voir le roi de Navarre écrire presque toujours à Catherine en même temps qu'à Henri III. Il lui arrivait aussi parfois de n'invoquer que l'appui de la reine-mère. C'est ainsi que, dans une lettre du mois de juillet 1578, il prie Catherine d'accorder sa protection à «un sieur de Pierrebussière, impliqué dans un procès de meurtre aboli» par l'édit de pacification, et en faveur de qui le roi de Navarre demande que l'affaire soit envoyée devant la chambre tri-partie[22], établie à Agen, en conséquence de l'article 22 de l'édit de Poitiers.

[22] Appendice: [XI.]

Henri aurait eu grand besoin des bons offices de la reine-mère pour échapper aux persécutions de Biron. Au mois d'août, le maréchal, sans l'agrément du roi de Navarre, mit des garnisons à Agen et à Villeneuve-sur-Lot, et força la petite cour à se réfugier à Lectoure, puis à Nérac. Déjà le 8 avril, date douteuse, à notre avis, mais adoptée par plusieurs historiens, les catholiques avaient surpris, saccagé et pillé la ville de Langon, qui se reposait sur la foi du traité de paix. Biron, accouru trop tard, n'avait trouvé rien de mieux, pour réparer ces désordres, que de faire combler les fossés et démolir les fortifications, en un mot, de punir les victimes, dont les dépouilles furent transportées, à pleines barques, à Bordeaux. Henri se plaignait en vain de ces dénis de justice et de bien d'autres à Henri III ou au maréchal de Damville, dont il n'avait pas perdu l'espoir de reconquérir le dévouement. Il prenait patience, néanmoins, comptant ou affectant de compter sur la présence de la reine-mère, pour redresser tant de torts. Le voyage en Gascogne de Catherine et de la reine de Navarre venait, en effet, d'être décidé. Le 1er septembre, Henri écrivait à Damville, en protestant contre les procédés abusifs de Biron: «J'espère que, à cette prochaine venue de la reine, il sera pourvu à une générale exécution de l'édit et à l'établissement d'une paix assurée».

Le but apparent de ce voyage était simple. Il s'agissait, pour Catherine, de présider à la réunion de Marguerite avec le roi de Navarre, Henri ayant jugé que le séjour de sa femme en Guienne et en Gascogne pourrait avoir quelque heureuse influence, et exprimé, par un message spécial, le désir de la revoir. En réalité, la reine-mère se mettait en route, la tête pleine de ces projets machiavéliques, tantôt déjoués par les événements, tantôt menés à bonne fin, dans lesquels avait toujours consisté sa science politique. Elle quitta Paris, au mois d'août, pendant que Monsieur se ridiculisait par sa première aventure dans les Pays-Bas, qu'il réussit à agiter, mais d'où il ne sortit pour la France que de nouveaux embarras diplomatiques. Les deux reines voyageaient avec toute une cour, au sein de laquelle on remarquait un groupe de jeunes femmes d'une élégance et d'une coquetterie extrêmes, baptisées du nom de dames d'honneur, selon le cérémonial, et surnommées «l'escadron volant», parce que la reine-mère, qui les avait, pour ainsi dire, enrégimentées, les menait avec elle partout où elle voulait accroître, par leurs séductions, les ressources de sa diplomatie.

La cour de parlement de Bordeaux envoya une députation au-devant de Leurs Majestés, et leur fit une entrée solennelle. «Il fut arrêté par la cour, dit l'abbé O'Reilly, qu'elle ferait aux deux princesses une entrée aussi solennelle que possible, et qu'elle y assisterait en robes rouges, en chaperons fourrés et à cheval; que le maréchal de Biron, gouverneur et maire de Bordeaux, et, en l'absence du roi de Navarre, lieutenant du roi en Guienne, serait vêtu d'une robe de velours cramoisi et de toile d'argent ou de velours blanc; que les parements et le chaperon seraient de brocatelle; que les jurats et les clercs de la ville auraient des robes de satin cramoisi et blanc; que le poêle serait de damas blanc; qu'il serait fait à la reine-mère un présent d'un pentagone d'or massif du poids de deux marcs, ayant les bords richement émaillés, et que sur les angles et sur chaque face du pentagone seraient gravées les lettres qui forment le mot grec signifiant salut; que sur un des côtés serait représentée une nuée d'azur, à rayons d'or et surmontant deux sceptres violets, entrelacés d'une chaîne; que sur le revers et au centre serait gravée l'inscription: A l'immortelle vertu de la divine Marguerite de France, reine de Navarre, fille de roi et sœur de trois rois, Bordeaux».

«Le 18 septembre, la reine-mère fut reçue sur le port, au Portau-Barrat, par les autorités de la ville; elle fut conduite, avec pompe, chez M. de Pontac, trésorier, d'autres disent chez M. de Villeneuve, président au parlement; on lui présenta un dauphin de huit pieds qu'on venait de pêcher. La reine de Navarre logea chez M. Guérin, conseiller, près du palais.»

De Bordeaux, les deux reines allèrent à La Réole, où elles avaient donné rendez-vous au roi de Navarre. Il y vint accompagné de six cents gentilshommes catholiques ou huguenots, qui donnèrent aux princesses et à leur suite une assez favorable idée de la cour de «Gascogne». De La Réole, le roi et les reines se rendirent à Agen. Là, se succédèrent de nombreuses fêtes, après lesquelles Catherine jugea nécessaire de pousser jusqu'à Toulouse, pour résoudre quelques questions relatives aux affaires du Languedoc. Le 2 novembre, elle revint sur ses pas, toujours accompagnée de Marguerite, et se rendit à l'Isle-Jourdain, pour conférer avec le roi de Navarre. Les princesses y reçurent une magnifique hospitalité, au château de Pibrac. La reine-mère et la reine de Navarre firent l'une après l'autre, le 20 et le 21 novembre, leur entrée solennelle à Auch. Catherine entra la première. «Cinq consuls, dit l'abbé Monlezun, vinrent à sa rencontre, à la tête d'un grand nombre d'habitants. Vivès, l'un d'eux, la harangua, et après la harangue, un enfant de la ville prononça une oraison ou discours d'apparat, où il relevait les vertus de l'illustre princesse qui honorait la Gascogne de sa présence. La reine s'avança ensuite, portée dans une grande coche. Les autres consuls l'attendaient, avec le reste de la population, à la porte de Latreille. Ils lui offrirent les clefs de leur cité; mais Catherine les refusa en disant qu'on les gardât pour le roi son fils. Les consuls montèrent alors à cheval et escortèrent la princesse jusque sous le porche de l'église métropolitaine, où les chanoines la reçurent au son des cloches et au chant du Te Deum. Marguerite entra le lendemain, portée dans une magnifique litière de velours, et reçut les mêmes honneurs que sa mère. Le chapitre de Saint-Orens s'était joint au cortége. Des enfants faisaient retentir les airs de chants composés à sa louange; on arriva ainsi aux portes de Sainte-Marie. Le chapitre métropolitain attendait en habit de chœur. La princesse prétexta une indisposition, et se fit conduire à l'ancien cloître des chanoines, qui lui avait été préparé pour logement, ainsi qu'à la reine sa mère. Marguerite ne s'était jamais montrée à Auch. Elle usa de la faculté que lui donnait sa qualité de comtesse d'Armagnac, et en l'honneur de sa première entrée, elle fit élargir, par l'évêque de Digne, son premier aumônier, deux malheureux détenus dans la prison du sénéchal.»

Henri arriva le jour suivant, et alla loger à l'archevêché. Il avait refusé les honneurs d'une réception officielle; néanmoins, il fallut que les consuls vinssent lui offrir les clefs de la ville et l'hommage de leur fidélité. La position était embarrassante pour des magistrats qui, deux ans auparavant, avaient fermé leurs portes au prince. Les consuls ne purent s'empêcher de le lui rappeler, au moins indirectement: «Non, non, répondit Henri, avec sa courtoisie ordinaire, il ne me souvient pas du passé, mais vous, soyez-moi gens de bien, à l'avenir.» Puis, prenant les clefs des mains de Vivès et les lui rendant aussitôt, il ajouta: «Tenez, à condition que vous me serez tel que vous devez».

Entre autres réjouissances organisées pour les royales visiteuses, un bal leur fut offert par Madame de La Barthe, parente de ce capitaine Giscaro qui avait offensé le roi de Navarre. Le jour de cette fête fut marqué par un épisode qui tient du roman, si même il n'en dépasse pas les récits imaginaires.

Le bal avait commencé dans l'après-midi. Il était dans tout son éclat, les deux cours y joutant d'entrain et de galanterie, lorsque le roi de Navarre fut averti par Armagnac, son valet de chambre, qu'une grave nouvelle venait d'arriver de La Réole.

Cette place, confiée à la garde du vieux baron d'Ussac, calviniste zélé, avait ouvert ses portes aux catholiques. D'Ussac s'était laissé vaincre, au passage, par une des plus séduisantes amazones de l'«escadron volant». Hors d'âge et de mine rébarbative, il fut, après sa défaite, le sujet des railleries des jeunes gentilshommes venus avec le roi de Navarre au-devant des deux reines, et Henri, lui-même, dit-on, lui lança quelque sarcasme. D'Ussac, blessé dans sa vanité, laissa voir beaucoup d'humeur à sa maîtresse, cette belle et rieuse Anne d'Acquaviva, fille du duc d'Atrie, et que d'Aubigné qualifie de «bouffonne Atrie». La dame d'honneur de Catherine exploita ce dépit de guerrier et d'amoureux, et conseilla la vengeance. Deux mois après, d'Ussac laissait entrer les catholiques dans La Réole.

A cette fâcheuse nouvelle, Henri contient son émotion. D'un geste, il appelle à lui quelques-uns de ses partisans les plus sûrs, entre autres Turenne, Rosny et Manaud de Batz. On tient conseil. «Le premier mouvement, dit Turenne dans ses Mémoires, fut si nous étions assez forts pour nous saisir de la ville d'Auch: il fut jugé que non. Soudain, je dis qu'il nous fallait sortir et qu'avec raison, nous pourrions nous saisir du maréchal de Biron et autres principaux personnages qui étaient avec la reine, pour ravoir La Réole.» La seconde proposition de Turenne fut rejetée comme la première; mais quelqu'un ayant ouvert l'avis de surprendre Fleurance, petite ville située à quelques lieues d'Auch, Henri adopta le projet. Ordonnant le secret, il se confia au baron de Batz pour l'exécution. Le gouverneur d'Eauze court vers Fleurance avec quelques hardis cavaliers, s'embusque dans le voisinage de la place, et, par affidé, essaie vainement d'y nouer quelque intelligence, comme le lui avait recommandé le roi. Jugeant qu'il faut en venir aux coups, il envoie un message à Henri, qui, le pied à l'étrier, lui répond sur-le-champ: «C'est merveille que la diligence de votre homme et la vôtre. Tant pis que n'ayez pu pratiquer ceux du dedans à Fleurance: la meilleure place m'est trop chère du sang d'un seul de mes amis. Mais puisque est, cette fois, votre envie de pratiquer la muraille, bien volontiers. Pour ce, ne vous enverrai ni le monde ni le pétard que vous me demandez, mais bien vous les mènerai, et y seront les bons de mes braves. Par ainsi, ne bougez de la tuilerie, où vous irons trouver. Sur ce, avisez le bon endroit pour notre coup: de quoi et du reste pour bien faire se repose sur vous le bien vôtre à jamais.»

A trois heures du matin, Henri, Turenne, Rosny arrivaient devant Fleurance, avec une poignée d'hommes déterminés, et, se joignant à ceux du baron de Batz, qui avait trouvé le «bon endroit», enlevaient cette place, après avoir essuyé quelques arquebusades. Il n'en coûta pas même au roi «le sang d'un seul de ses amis». Cette prouesse accomplie, Henri tourne bride et regagne Auch. Au lever du jour, il se trouvait désarmé et souriant auprès de la reine-mère. On venait d'annoncer à Catherine la nouvelle de la prise de Fleurance par le roi en personne, et elle refusait d'y croire, convaincue que Henri, au sortir de la fête, avait passé la nuit à Auch. Quand le doute ne fut plus permis, elle dit au roi: «C'est la revanche de La Réole; vous avez fait chou pour chou; mais le nôtre est mieux pommé».

Sully raconte que, peu de temps après, il arriva pareille aventure pendant un séjour que les deux cours firent à Coutras. Dès l'arrivée de la reine-mère en Guienne, une trêve avait été conclue entre les deux partis. Catherine aurait pu convenir avec le roi de Navarre d'une trêve générale; mais, obéissant à une arrière-pensée que la trahison de La Réole permit de pénétrer, elle décida que la trêve serait locale, c'est-à-dire que tout fait de guerre serait interdit dans un rayon de deux lieues environ, autour de la résidence royale. Dans ces limites, catholiques et protestants devaient fraterniser; aussitôt qu'elles étaient franchies, ils avaient le droit de se couper la gorge. La cour étant à Coutras, le roi sut que les habitants de Saint-Emilion avaient dépouillé un marchand calviniste, et s'en plaignit à la reine-mère: elle ne répudia point la prise. Henri résolut donc de faire encore «chou pour chou», et, cette fois, le sien fut le mieux pommé.

De Coutras, il envoya Roquelaure, Rosny et quelques autres jeunes capitaines bien accompagnés passer la nuit à Sainte-Foy, pour y faire plus librement leurs préparatifs, parce que cette ville n'était pas dans les limites de la trêve. Le récit des Economies royales offre de l'intérêt: «... Deux heures avant jour, on se trouva à un quart de lieue de Saint-Emilion, où ayant mis pied à terre, disent les secrétaires de Sully, vous marchâtes par un profond vallon et arrivâtes sans alarmes près des murailles. Celui qui menait le dessein marchait devant avec six soldats choisis qui portaient les saucisses (les pétards), lesquelles ils fourrèrent dans une assez grosse tour, par deux canonnières (embrasures) assez basses qui étaient en icelle; auxquelles saucisses le feu ayant été mis, le tour s'entr'ouvrit, de sorte que deux hommes y pouvaient entrer de front, avec un tel tintamarre qu'il fut entendu jusqu'à Coutras; laquelle occasion fut aussitôt embrassée par tous vous autres qui étiez couchés sur le ventre, départis en trois bandes, chacune composée de vingt hommes et soixante arquebusiers, et après eux, venait encore M. de Roquelaure avec soixante hommes armés, pour demeurer dehors et subvenir aux accidents qui se pourraient présenter. Vous entrâtes dans la ville sans aucune opposition et ne rencontrâtes que deux troupes qui, ayant tiré quelques arquebusades, se retirèrent. Bref, il n'y eut que quatre hommes de tués de ceux de la ville, et six ou sept de blessés; et de votre côté, deux soldats tués et trois ou quatre blessés; puis tous les habitants se renfermèrent dans leurs maisons, sans faire plus aucune défense; puis on s'employa au pillage, où les gens de guerre, et surtout les voisins du lieu, s'employèrent comme braves Gascons.»

Quand la reine-mère fut informée de cette nouvelle revanche, elle se fâcha, et dit qu'elle ne pouvait regarder la prise de Saint-Emilion que comme un acte déloyal, cette ville étant dans les limites de la trêve; mais le roi de Navarre la réduisit, sans trop de peine, au silence, en lui rappelant l'affaire toute récente du marchand molesté par ceux dont elle prenait la défense.

D'Auch, les deux reines allèrent s'établir à Nérac, où Catherine séjourna plus longtemps que dans aucune autre ville de Guienne ou de Gascogne. C'était là qu'elle avait résolu de livrer au roi de Navarre et à ses partisans une vraie bataille de diplomatie et de galanterie. Au mois de janvier, s'ouvrirent des conférences en vue d'un nouveau traité ou d'une interprétation du traité précédent. Y prirent part: la reine-mère, le cardinal de Bourbon, oncle du roi de Navarre, le duc de Montpensier et son fils, le prince dauphin d'Auvergne, Armand de Gontaud, maréchal de Biron, Guillaume de Joyeuse, Louis de Saint-Gelais, seigneur de Lansac, Bertrand de Salignac de la Mothe-Fénelon, Guy Dufaur de Pibrac, et Jean-Etienne Duranti, avocat général au parlement de Toulouse, nommé, l'année suivante, président à la même cour. Le traité, signé, le 28 février 1579, par ces personnages et par le roi de Navarre, était en vingt-neuf articles. Il fut ratifié à Paris, le 19 mars suivant, par le roi de France. Le jour même de la signature, Catherine de Médicis et Henri communiquèrent le texte de ce document au maréchal de Damville: «Nous avons, grâces à Dieu, résolu et arrêté, par l'avis des princes et sieurs du conseil privé du roi, après avoir aussi ouï les remontrances de ceux de la religion prétendue réformée, les moyens qu'il faut tenir, tant pour faire cesser tout acte d'hostilité que pour l'entière exécution de l'édit de pacification fait et arrêté, au mois de septembre 1570.» La lettre royale invitait le maréchal à publier cette nouvelle, avec des injonctions conformes, et elle était signée: «Votre bonne cousine et cousin, Catherine,—Henri». Diverses lettres du roi de Navarre et de la reine-mère, sur le même sujet et dans le même sens, furent adressées aux officiers généraux, gouverneurs et capitaines, soit immédiatement, soit après la ratification. La plupart des clauses du traité de Nérac étaient favorables aux calvinistes. «On accorda encore au roi de Navarre trois places en Guienne pour l'assurance de l'exécution de cet édit, savoir: Figeac, Puymirol et Bazas, qu'ils devaient rendre, au mois d'août suivant, et onze aux calvinistes de Languedoc, à condition de s'en dessaisir, au mois d'octobre; les principales étaient Alais, Sommières et Lunel. On ne les leur accorda que sur la parole qu'ils donnèrent qu'on n'y ferait nulle nouvelle fortification, qu'on y conserverait les églises, et qu'on n'y maltraiterait point les catholiques. Mais, quand ils en furent une fois les maîtres, ils en chassèrent les prêtres et firent tomber tous les impôts sur les catholiques, pour en décharger ceux de leur religion. C'est ainsi, ajoute le Père Daniel, que les calvinistes profitaient de l'envie que l'on avait à la cour d'entretenir la paix, tandis que, sous main, ils prenaient entre eux de nouvelles liaisons, pour ne pas se laisser surprendre, en cas qu'il fallût en revenir à la guerre, ou qu'ils trouvassent l'occasion favorable de la recommencer eux-mêmes.»

Mézeray prétend expliquer les avantages que les protestants trouvèrent dans la paix de Nérac: la reine Marguerite, recherchant tous les moyens de se venger de Henri III, aurait «pris soin de s'acquérir secrètement le cœur de Pibrac, qui était le conseiller de sa mère, en sorte que, n'agissant que par son mouvement et contre les intentions de la reine-mère, il éclaircit plusieurs articles en faveur des religionnaires et leur fit accorder beaucoup de choses, même plusieurs places de sûreté». En somme, Catherine de Médicis avait été battue sur le terrain diplomatique[23]. Ses artifices et les manœuvres de son «escadron volant» lui valurent une revanche dont se ressentirent longtemps les affaires du roi de Navarre.

[23] Appendice: [XVI.]

La présence des deux reines à Nérac transforma en capitale cette ville, déchue, par plus de vingt années de guerre et de troubles, du rang qu'elle avait occupé sous le règne de Henri d'Albret et de la première Marguerite. La seconde, dans ses Mémoires, nous a laissé un tableau riant de la cour de Nérac: «Notre cour était si belle et plaisante, que nous n'enviions point celle de France, y ayant la princesse de Navarre et moi, avec nombre de dames et filles, et le roi mon mari étant suivi d'une belle troupe de seigneurs et gentilshommes aussi honnêtes que les plus galants que j'aie vus à la cour; et n'y avait rien à regretter en eux, sinon qu'ils étaient huguenots. Mais de cette diversité de religion il ne s'en oyait point parler, le roi mon mari et la princesse sa sœur allant d'un côté au prêche, et moi et mon train à la messe, à une chapelle, d'où, quand je sortais, nous nous rassemblions pour nous aller promener ensemble en un très beau jardin ou bien au parc, dont les allées, de trois mille pas de long, côtoyaient la rivière; et le reste de la journée se passait en toutes sortes d'honnêtes plaisirs, le bal se tenant d'ordinaire l'après-dînée et le soir.» Sully et d'Aubigné apportent leur témoignage à Marguerite: Nérac jouissait de toutes les élégances et de tous les plaisirs d'une cour; mais il en offrait aussi les vices et les dangers, comme l'éprouvèrent le roi de Navarre et un grand nombre de ses partisans. Henri avait pris, à la cour de France, des habitudes de libertinage dont rien, pas même l'âge, ne put jamais le guérir. Il tomba, plus d'une fois, dans les pièges tendus à sa faiblesse trop connue par les suivantes de Catherine et de Marguerite: à l'histoire de ses liaisons avec Madame de Sauves et Mademoiselle de Tignonville, s'ajouta la chronique scandaleuse de ses caprices pour Mademoiselle Dayelle, Mademoiselle de Fosseuse-Montmorency et Mademoiselle Le Rebours. Tout ce qu'il est permis de dire, pour atténuer, s'il se peut, ces torts et bien d'autres qui gâtèrent sa vie privée, c'est que la cour des Valois n'allait point sans ces débordements, et que, fort heureusement pour lui et pour la France, ils ne lui firent jamais oublier ni les devoirs de la politique, ni le noble souci de la gloire.

Les amis et les serviteurs du roi payèrent aussi leur tribut aux roueries italiennes de la reine-mère: on vit Turenne, Roquelaure, Béthune domptés à leur tour, et Rosny, qui devait être plus tard le grave ministre d'un grand roi, succomba comme les autres. Il faut même ajouter que, après le départ de Catherine et de son dangereux «escadron», la galanterie ne laissa pas de régner à la cour de Nérac, du moins tant qu'elle fut tenue par la belle reine de Navarre. Ces passions ou amourettes à la mode entraînèrent de fâcheuses conséquences politiques. Catherine semait l'esprit de division et de défection. Quand elle quitta la Gascogne, vingt trahisons étaient à la veille de se déclarer, et elles amoindrirent le parti: Lavardin, Gramont et Duras, entre autres, devinrent les adversaires de Henri. Nous ne mentionnerons que pour mémoire les rivalités, les querelles et les duels: Condé et Turenne eux-mêmes, brouillés par le contre-coup des intrigues de la reine-mère, en arrivèrent à croiser le fer, et le vicomte faillit périr quelque temps après, dans une rencontre, à Agen, avec Durfort de Rauzan.

Lorsque Catherine de Médicis ne pouvait ni subjuguer par son manège personnel, ni désarmer par la galanterie les partisans du roi de Navarre, elle les faisait habilement calomnier auprès de lui, comme il arriva pour le gouverneur d'Eauze. La reine-mère, se souvenant que l'expédition de Fleurance avait été organisée par ce gentilhomme, donna mission à un de ses affidés, personnage important, de faire naître, dans l'esprit du roi, des soupçons sur la fidélité de son «Faucheur». Averti, Manaud de Batz sollicita une explication de Henri, qui la lui donna dans une lettre où se marquent, en termes éloquents, la délicatesse et la magnanimité de son cœur[24].

[24] Appendice: [XIII.]

C'est avec une sorte de prédilection, remarquée par les historiens de notre temps, que le roi de Navarre a prodigué les traits de son beau et séduisant caractère dans ses lettres au baron de Batz. Sully et d'Aubigné constatent qu'il y eut souvent rivalité entre les protestants et les catholiques au service de Henri, et qu'il fallait à ce prince beaucoup de tact pour les mettre d'accord. Quand les principaux calvinistes, tels que Turenne, d'Aubigné et Du Plessis-Mornay, lui conseillaient de se défier de ses officiers catholiques, il leur fermait la bouche par cette juste réflexion, que les «papistes» méritaient toute sa confiance, puisqu'ils le servaient par un pur attachement à sa cause ou à sa personne. Du reste, il excella de bonne heure à lire au fond des cœurs. «Beaucoup m'ont trahi, mais peu m'ont trompé», écrivait-il à propos d'une défection prévue; et il ajoutait: «Celui-ci me trompera, s'il ne me trahit bientôt». L'habileté n'eût pas toujours suffi pour maintenir le faisceau de tant de fidélités diverses; mais, dans les cas extraordinaires, Henri puisait en lui-même une éloquence irrésistible.

Pendant la campagne de 1580, un jour que l'on discutait, en présence du roi de Navarre, le plan d'une petite expédition, les avis se partagèrent. Du Plessis-Mornay opinait absolument pour l'action immédiate, et Manaud de Batz, qui connaissait le pays et les difficultés de l'entreprise, n'épargnait pas les objections. «Je ne puis comprendre», dit à la fin Mornay, «comment un homme si déterminé aux armes est si timide en conseil!» Le roi de Navarre se chargea de la réponse: «Un vrai gentilhomme, répliqua-t-il, est le dernier à conseiller la guerre, et le premier à la faire!» Mais on connaît de Henri de Bourbon une parole encore plus haute, la plus royale peut-être qui ait été prononcée dans les temps modernes.

En 1578, pendant que le roi de Navarre était en Agenais, quelques-uns de ses partisans béarnais, pourchassés à travers l'Armagnac par les troupes du roi de France, furent recueillis par Antoine de Roquelaure et Manaud de Batz, qui les prirent sous leur sauvegarde. Henri écrivit, à ce sujet, au gouverneur d'Eauze:

«Monsieur de Batz, j'ai entendu avec plaisir les services que vous et M. de Roquelaure avez faits à ceux de la Religion, et la sauveté que vous particulièrement avez donnée, dans votre château de Suberbies, à ceux de mon pays de Béarn, et aussi l'offre, que j'accepte pour ce temps, de votre dit château. De quoi je vous veux bien remercier et prier de croire que, combien que soyez de ceux-là du Pape, je n'avais, comme vous le cuydiez, méfiance de vous dessus ces choses. Ceux qui suivent tout droit leur conscience sont de ma religion, et moi, je suis de celle de tous ceux-là qui sont braves et bons[25]

[25] Voir le [fac-simile].

C'était au nom de cette «religion» faite d'honneur, de probité et de vaillance, que le roi de Navarre savait conquérir de fidèles amis, et ce fut elle qui monta avec lui sur le trône de France.

La paix de Nérac signée, Catherine se dirigea vers le Languedoc, où elle avait plusieurs affaires à traiter avec le maréchal de Damville. Après une excursion à Agen, elle passa dans le comté de Foix, accompagnée du roi et de la reine de Navarre. Ce pays de montagnes offrit aux deux cours une fête qui fut tragique. C'était une chasse aux ours. Les chasseurs, surexcités par la présence des reines, des dames et de tant de grands personnages, firent des prodiges d'audace, et plusieurs d'entre eux périrent dans une lutte corps à corps avec les redoutables fauves. A Castelnaudary, où l'attendaient les Etats de Languedoc, la reine-mère prit congé de sa fille et de son gendre, qui allèrent séjourner dans le Béarn. Bascle de Lagrèze a esquissé le tableau pittoresque de l'entrée et du séjour de Marguerite à Pau.

«Elle arrive dans sa litière faite à piliers doublés de velours incarnadin d'Espagne, en broderie d'or et de soie nuée à devise, pour me servir des expressions de ses Mémoires. Cette litière est toute vitrée et les vitres sont faites à devise, y ayant, ou à la doublure, ou aux vitres, quarante devises toutes différentes, avec des mots en espagnol et en italien sur le soleil et ses effets. Après la litière de la reine s'avancent celles de ses dames d'honneur. Dix filles à cheval l'entourent; puis viennent à la suite six carrosses ou chariots contenant les autres dames ou femmes de la cour. C'est dans le château de Pau que la reine étale ses plus brillantes toilettes. Elle est décidée à user ses robes; car, lorsqu'elle retournera à Paris, elle n'y portera que des ciseaux et des étoffes pour se faire habiller à la mode du jour.»

L'abbé Poeydavant rapporte que la nouvelle de l'arrivée de cette princesse ne fut pas agréable aux consistoires du pays: ils en conçurent des alarmes dont on aperçut bientôt les signes. «Le fondement en était pris du zèle de cette princesse pour la religion catholique. On craignait, avec quelque apparence de raison, qu'il ne portât atteinte à la dernière constitution qui la bannissait du pays souverain. Sur cette appréhension, le synode, qui, vers la fin de cette année (1578), se tint dans Oloron, fit publier un jeûne pour obtenir du ciel la grâce de détourner le grand malheur dont on se croyait menacé. Tandis que ces réformateurs appréhendaient si vivement le retour de la liberté religieuse et civile pour leurs concitoyens, ils abusaient eux-mêmes, d'une manière étrange, des édits que l'intolérance avait dictés contre les catholiques.» Les Mémoires de Marguerite nous apprennent, en effet, qu'elle fut elle-même victime de l'intolérance calviniste.

La reine, jouissant du libre exercice de sa religion, faisait dire la messe au château de Pau par des aumôniers de sa suite. Les catholiques, dont le nombre était considérable dans la ville, désiraient ardemment l'entendre. Il y avait, au château, un pont-levis d'où l'on s'introduisait dans la cour qui conduisait à la chapelle. Chaque fois qu'on disait la messe, on prenait la précaution de lever le pont, afin d'interdire aux catholiques l'accès du lieu saint. La fête de la Pentecôte étant survenue, raconte Marguerite, plusieurs d'entre eux trouvèrent le moyen de s'introduire dans la cour et de gagner la chapelle avant que le pont fût levé. Des huguenots, les ayant aperçus, coururent les dénoncer à Du Pin, secrétaire du roi, et intraitable adversaire des catholiques. Du Pin dépêche aussitôt des gardes, qui, sans nul respect pour le lieu, ni pour l'assemblée, ni pour la personne de la reine, expulsent violemment les catholiques et les traînent en prison. Ils y furent détenus pendant plusieurs jours, et n'en sortirent qu'au moyen d'une grosse amende, après avoir risqué de n'en être pas quittes à si bon marché.

La reine de Navarre ressentit vivement cette «indignité», et en porta ses plaintes au roi son mari, le suppliant de faire relâcher ces pauvres catholiques, qui ne méritaient point, disait-elle, un pareil traitement, pour avoir voulu, dans un jour solennel, profiter de son arrivée pour assister au saint sacrifice de la messe, dont ils avaient été privés depuis si longtemps. Du Pin, sans être interpellé, se mit à la traverse entre la reine et son mari, osant dire à la reine qu'il n'en serait ni plus ni moins, pour ce dont elle se plaignait touchant les catholiques, se fondant, quant à sa conduite, sur la teneur des ordonnances qui défendaient la messe en Béarn, «sur peine de la vie». La reine, outrée des propos insolents de Du Pin, renouvela ses plaintes au roi, en présence de plusieurs personnes qu'elle mit dans ses intérêts. Henri lui promit de s'employer auprès des conseillers du parlement de Pau, en faveur des catholiques prisonniers, pour obtenir un jugement plus modéré et qui hâtât leur délivrance. Afin de complaire à Marguerite, le roi congédia, pour quelque temps, son secrétaire. Mais cet incident et les menées fanatiques dont elle avait le spectacle inspirèrent à la reine un dégoût qu'elle ne put surmonter.