II

Mais M. Catulle Mendès restera. Il restera, parmi les romantiques de la dernière heure, comme le plus magnifique exemplaire de l'art du décalque. Son tempérament ne le disposait à aucun genre bien particulier. Il s'est fait romantique, comme il se serait fait naturaliste ou symboliste avec une égale souplesse. Car c'est un merveilleux virtuose, capable de se plier à toutes langues et de les parler toutes, fors la sienne. Dans son romantisme, il n'y a à bien prendre qu'une chose qui lui appartienne en propre: la sensualité, une sensualité raffinée et d'autant plus excitante, qui n'est pas là seulement pour chatouiller et gagner la clientèle, mais qui s'épand aussi, je crois, par quelque vice de l'encéphale. Dans ce genre, les amateurs possèdent de lui toute une bibliothèque de chaise longue: Pour lire au bain, Tendrement, Lili et Colette, les Iles d'amour, Le nouveau décaméron, de ces livres comme les aimait la belle dame de Jean-Jacques et qu'elle ne trouvait incommodes qu'en ce qu'on ne les peut lire que d'une main[ [142]. La plupart de ces livres sont, au reste, de simples recueils de nouvelles. Mais dans les romans (Zo'har, la Première maîtresse, etc.), la veine libertine coule tout aussi large. Mettons à part, si vous voulez, un livre entièrement beau et sain: Les mères ennemies.

Malheureusement, il n'est pas que cette littérature n'ait fait école. M. Clovis Hugues, qui fut mieux inspiré, jadis, a donné dans Madame Phaéton une contrefaçon assez réussie des romans de M. Mendès. C'est suffisamment lubrique et atourné. Je crois bien que le délicat M. Maizeroy relève aussi du genre. Sur le champ littéraire, tout au moins, l'auteur de Deux amies[ [143] peut tendre le petit doigt à l'auteur de Zo'har. En somme, toutes ces classifications reviennent à: dis-moi qui te lit, je te dirai de qui tu procèdes. Ce qui fait que M. Jacques Madeleine avec Un couple, M. d'Argis avec Sodome, et M. de Souillac, avec Zé Boïm, pourraient bien appartenir à la même école d'indécence et de préciosité.