I

Cette question a le privilège de provoquer des adhésions enthousiastes et d'amères récriminations.

Semez, disent les idéalistes, semez l'instruction à pleines mains dans les intelligences féminines, et vous verrez bientôt lever la semence et grandir la moisson. C'est le fonds qui manque le moins. Pourquoi les hommes auraient-ils peur des savantes et des doctoresses? Comment le foyer conjugal pourrait-il en souffrir? La femme en est déjà la grâce et la joie: faites de plus qu'elle en soit la lumière et le bon conseil, et elle vivra en communion plus étroite avec son mari. Que de fois celui-ci s'est plaint de l'indifférence de sa compagne pour les connaissances qu'il possède, pour les études qu'il entreprend! Élevez-la donc à son niveau; et l'époux, enfin compris, encouragé dans ses ambitions, soutenu dans ses projets, assisté même en ses travaux, sera moins tenté de chercher au dehors l'appui ou la distraction qu'il trouvera chez lui. Sans compter que, peu à peu, par une infiltration lente et mystérieuse, les mères pourront transmettre à leurs enfants des dispositions cérébrales plus actives et plus puissantes; et le milieu social s'en trouvera surélevé, l'esprit français élargi et fortifié. S'il faut en croire le verbe sonore de M. Izoulet, on ne saurait s'imaginer de quelles délices l'épanouissement intellectuel de la femme enivrera la «spiritualité» de l'homme. «Supposez-les tous deux également, quoique diversement, développés au dedans: alors se consomme la communion des consciences; alors se multiplient, innombrablement, dans le jeu des affinités secrètes, les invisibles rencontres et les subtiles élections; alors, vraiment, le couple humain féconde par l'esprit la misère des heures et éternise la vie brève en y faisant sourdre l'infini [69].» Point de doute: ce sera le paradis des anges.

[Note 69: ][ (retour) ] Lettre publiée par M. Joseph Renaud dans la Faillite du mariage, p. 31-32.

Erreur! protestent les misogynes. Gardez-vous bien d'ouvrir aux femmes les réservoirs de la science: elles s'y noieraient. L'appétit de savoir et l'orgueil de connaître leur feront tourner la tête. De quelle vanité dominatrice vos bachelières et vos doctoresses écraseront les redingotes environnantes! Nietzsche a mille fois raison de tenir l'émancipation intellectuelle de la femme pour «le déshonneur du genre mâle.» D'après lui, «le bonheur de l'homme s'appelle: je veux! tandis que le bonheur de la femme s'appelle: il veut!» Comparant l'âme de celle-ci à «une pellicule mouvante sur une eau peu profonde,» il tient l'obéissance pour le meilleur moyen de donner «une profondeur à sa surface.» Au reste, cet être superficiel et léger ne se relève que par l'enfantement. «La femme est une énigme dont la solution s'appelle maternité.» Hors de là, elle rapetisse à sa mesure tout ce qu'elle touche. C'est donc folie de l'instruire, afin de l'élever jusqu'à nous et d'en faire la confidente de notre idéal, l'âme de notre volonté, notre égale intellectuelle. Il n'est que temps, au contraire, de la rappeler à son rôle et de la remettre à sa place. Nietzsche a bien mérité de l'humanité lorsqu'il l'a définie: «Un chat, un oiseau, au meilleur cas, une nourrice [70]

[Note 70: ][ (retour) ] L'Individualisme et l'Anarchie, par Édouard Schuré. Revue des Deux-Mondes du 15 août 1895, p. 795-796.

Convient-il donc de monopoliser la lumière et la science au profit des hommes, et de condamner les femmes à l'ignorance et à la frivolité? Loin de nous cette injustice et cette cruauté. Il ne nous paraît pas impossible que le sexe féminin croisse en hauteur et en largeur d'esprit sans oublier sa tâche maternelle, sans rien perdre de sa grâce et de sa douceur. «Vous êtes donc partisan, me dira-t-on, de l'instruction des femmes?»--Parfaitement; et je vais dire comment je la conçois.

Il est du rôle des femmes deux conceptions qui ne suffisent plus ni à leur âme, ni à notre raison. L'une est mondaine et futile: elle voit dans la femme un enfant capricieux et exquis, un joujou précieux et fragile, une créature délicieuse, mère de toutes les élégances, la joie de nos yeux, le repos de nos nerfs, une fleur de salon, dont la fonction est de distraire nos soirées, de décorer notre intérieur, d'embellir et d'égayer notre vie. L'oisiveté est sa loi. Elle est née pour le luxe et la coquetterie; et les jeux de l'amour sont ses péchés mignons. L'autre conception, celle des gens pratiques et rudes, est réfractaire à ces mignardises de boudoir. Rien de plus simple: la femme est, par destination naturelle, la maîtresse du logis. Qu'elle ne sorte point de son intérieur: les travaux d'aiguille et les soins du ménage doivent absorber tous ses instants. Elle est faite pour garder le foyer, diriger la maison, surveiller le pot-au-feu, raccommoder le linge et débarbouiller les mioches.

De ces deux façons pour l'homme de comprendre le rôle de la femme, la première dénote beaucoup d'orgueil et de fatuité, et la seconde, beaucoup d'égoïsme et de vulgarité. Toutes deux sont inacceptables. La femme ne doit être ni «bête de luxe», ni «bête de somme».

II

Dans l'intérêt de la race et dans l'intérêt de l'homme, il n'est ni bon ni sage que la femme s'attarde dans l'ignorance, la niaiserie et la futilité. On ne nous fera jamais croire qu'il est nécessaire au bonheur du mari et des enfants, que la mère languisse dans une complète indigence d'esprit. L'élévation de l'homme ne va point sans l'élévation correspondante de la femme, celle-ci partageant avec celui-là ses jours et ses nuits, ses joies et ses souffrances, ses désirs et ses rêves. Comment l'un vivrait-il dans la lumière, si l'autre s'obstine dans les ténèbres? Lorsque l'épouse est légère, vaine, sotte ou nulle, comment voulez-vous que l'homme soit heureux et les enfants bien doués?

Ce n'est pas qu'il soit besoin d'être lettrée ou artiste pour faire une épouse fidèle et une mère excellente. Si vous n'aimez pas une jeune fille peintre, violoniste ou doctoresse, rien, mon ami, ne vous oblige à l'épouser: le monde sera toujours plein de naïves bourgeoises et de simples et accortes héritières. Personne ne réclame la suppression des «petites oies blanches». Dieu nous garde d'aussi noirs desseins! Nous ne voulons même pas, pour la jeune fille, d'une instruction intégrale, d'une instruction égalitaire et obligatoire, qui en ferait une poupée savante ou une pédante chagrine et enlaidie: ce qui n'empêche qu'il y ait de sérieux avantages à élargir ses connaissances, à élever et à enrichir son esprit. On préparera de la sorte une compagne plus digne au mari et une directrice plus éclairée aux enfants.

Suivant l'expression de Michelet, la femme est surtout «productive par son influence sur l'homme, et dans la sphère de l'idée, et dans le réel.» Comment serait-il indifférent de cultiver son esprit, si l'on réfléchit que les fils, qui naîtront d'elle, seront formés de sa chair et de son sang, qu'elle les nourrira de son lait, qu'elle leur insufflera le meilleur d'elle-même, son âme et sa vie? Comment douterait-on qu'il ne fût utile d'élever et d'épanouir son intelligence, son jugement, sa raison, si l'on songe que, par le mariage, elle devient la compagne, le soutien, le conseil de son mari; qu'instruite, elle sera pour lui un guide et un réconfort; qu'ignorante, elle deviendra, faute de le comprendre, une cause de découragement et d'impuissance? Les femmes ne sont point une espèce isolée dont nous ne puissions recevoir aucune influence. Comme épouses et comme mères, elles sont mêlées à notre vie; et Dieu sait le pli profond et indélébile que leur contact journalier imprime à notre coeur et à notre esprit! Avec son admirable clairvoyance, Mme de Lambert nous prévient «qu'elles font le bonheur ou le malheur des hommes, qui toujours sentent le besoin de les avoir raisonnables; que c'est par elles que les maisons s'élèvent ou se détruisent, puisque l'éducation des enfants leur est confiée dans la première jeunesse, temps où les impressions sont plus vives et plus profondes.»

Notre conviction est donc que, pour un homme instruit, le bonheur domestique est impossible avec une femme ignorante; et nous souscrivons à cette pensée de Miss Edgeworth que le charme et le prestige des femmes, «leurs moyens de plaire, leur capacité d'attacher pour la vie des hommes dignes de respect et d'amour, dépendent plus de la culture de l'intelligence que de toutes les institutions de la galanterie moderne [71]

[Note 71: ][ (retour) ] Opinions de femmes sur la femme. Revue encyclopédique du 28 novembre 1896, p. 810.

Est-il croyable, d'ailleurs, que l'homme puisse grandir en science et en raison sans que la femme cherche à le suivre et à l'imiter? Quoi de plus naturel que le progrès de l'instruction parmi les hommes ait piqué l'amour-propre des femmes? Aujourd'hui, elles nous somment de leur ouvrir plus libéralement nos grandes écoles pour devenir des épouses moins ignorantes et des mères plus cultivées: qu'avons-nous à répondre? Nous voyant mordre à belles dents aux fruits cueillis sur l'arbre de la science, l'envie est venue à la femme moderne d'y goûter à son tour: rien de plus logique et de plus humain. C'est la revanche de la gourmandise originelle. Succombant à d'imprudentes suggestions, Adam reçut jadis la pomme fatale des mains de notre première mère; et voici maintenant que, prêchant d'exemple, les hommes induisent les filles d'Ève en tentation d'avide curiosité. Ne soyons donc point surpris qu'elles réclament leur part des fruits de la science moderne. Il serait illogique de vouloir garder pour nous seuls toute la pomme; et elles ne le souffriraient pas.

Au surplus, l'instruction bien donnée et bien reçue ne va point sans un exhaussement et un affermissement de tout l'être humain, sans une ascension vers la lumière et la justice. La personnalité de la femme y trouvera son compte. Eu égard aux difficultés de vivre, le sexe féminin réclame de nouvelles occasions de travail. Nous avons beau examiner gravement les aptitudes intellectuelles et l'avenir scientifique de «la femme en soi,» cette discussion académique ne résout point le problème du pain quotidien, qui se pose chaque matin pour un grand nombre de nos soeurs les plus méritantes. Combien d'entre elles sont condamnées à gagner leur vie par un labeur indépendant? Or, j'ai établi, qu'en ce qui concerne la plupart des fonctions ordinaires actuellement remplies par les hommes, l'intelligence féminine vaut bien l'intelligence masculine. Encore est-il qu'elle a besoin, comme la nôtre, d'être instruite et cultivée. Ayant le devoir de travailler, il faut donc que les femmes aient les moyens de travailler. Ne nous moquons point de leurs formules pédantes: le «droit à la science» est tout simplement, pour les filles pauvres de la moyenne et de la petite bourgeoisie, le «droit à la vie». Si elles veulent s'instruire, c'est que beaucoup ont l'espoir de tirer profit de ce capital intellectuel. Au lieu de tendre la main à la communauté, n'est-il pas plus honorable de gagner le repas de chaque jour à la sueur de son front?

III

Que l'instruction soit donc largement départie aux femmes! Je ne trouve point risible qu'elles parlent l'anglais ou l'allemand, qu'elles s'occupent de physique et de chimie, de botanique et de géologie, ni même qu'elles lisent le latin ou traduisent le grec, si le coeur leur en dit. Et plus s'élèvera le niveau de leurs connaissances, moins elles seront portées à tirer vanité de leur science. Distinguant ce que Molière n'a pas distingué, nous concevons très bien aujourd'hui qu'une «femme savante» ne soit pas nécessairement une «précieuse ridicule».

A qui fera-t-on croire que, même dans les réunions les plus mondaines, l'instruction soit d'un secours inutile? Elle élève et aiguise le ton de la conversation. Quel plaisir d'interloquer son valseur par une habile pointe d'érudition! ou même de faire rougir de honte, par d'insidieuses questions d'histoire, quelque joli garçon plus familier avec le roi de pique qu'avec les rois de France! Le développement de l'instruction féminine multipliera peut-être un type de jeune fille, dont il m'a été donné de connaître quelques jolis exemplaires: un type très vivant, très attirant, très français, je veux dire une jeune fille ouverte et franche, loyale et fière, pure sans pruderie, libre sans licence, rieuse sans frivolité, qui n'a point peur de la vie et ne redoute ni le travail ni l'épreuve, ayant de la volonté et de la décision, très capable de se dévouer, de s'attacher à qui sait la comprendre et l'aimer, en deux mots, une jeune fille qui, unissant aux qualités charmantes de son sexe une raison haute et ferme, ne saurait manquer, suivant une gracieuse image de Tennyson, de s'harmoniser avec l'époux de son choix «comme une musique parfaite avec de nobles paroles.»

Mme de Rémusat ne voyait «aucun motif de traiter les femmes moins sérieusement que les hommes.» J'ajouterai, pour dire toute ma pensée, que je ne vois aucun motif de refuser à une femme intelligente les moyens d'apprendre ce qu'un homme intelligent doit savoir. Pourquoi lui dissimuler la vérité, si elle est capable de la connaître? N'ayez crainte que les femmes usent trop généralement des facilités de s'instruire que nous réclamons pour leur sexe: il y aura toujours de ces créatures languides et nonchalantes qui, suivant le mot de Mme de Souza, «passent leur vie à se dire trop jeunes pour savoir, jusqu'au jour où elles se croient trop vieilles pour apprendre.» Il est si doux de ne rien faire, que la paresse, qui compte tant de fidèles parmi les hommes, conservera bien assez de dévotes parmi les femmes. Qu'on se rassure: l'espèce ne se perdra point de ces oisives incultes, dont Mlle de Scudéry disait au XVIIe siècle, non sans malice, «qu'elles ne sont au monde que pour dormir, pour être grasses, pour être belles, pour ne rien faire et pour ne dire que des sottises! [72]

[Note 72: ][ (retour) ] Opinions de femmes sur la femme, loc. cit., p. 840.

Si tout de même les dames de cette sorte avaient une raison plus éclairée et une existence plus active, la société s'en trouverait-elle plus mal? Le nombre est grand des Françaises qui, pourvues de tous les agréments de leur sexe, n'en font qu'un usage frivole ou insuffisant. Ce n'est point qu'elles manquent de grâce et de goût. Elles s'habillent avec élégance; elles ont du charme, de l'imagination, de l'aisance. Bien que la conversation soit en déclin dans la plupart des salons, elles causent bien,--ou à peu près. De ce qu'il faut pour exceller dans cet art, elles ont au suprême degré la coquetterie et la finesse; il ne leur manque qu'une instruction, plus solide et plus sérieuse, que les familles et les maîtresses ont la faiblesse de sacrifier aux arts d'agrément, au chant, au piano, à la danse, à l'aquarelle, à ces petits talents agréables qui fleurissent l'esprit sans le mûrir et polissent les manières sans tremper le caractère ni fortifier la raison.

Loin de nous la pensée de bannir ces jolies choses de l'éducation des jeunes filles: elles sont la distraction, le sourire, l'embellissement et le luxe de la vie. Encore est-il que la culture des fleurs ne doit point nous faire oublier ou négliger la culture des fruits. A méconnaître cette règle majeure de toute éducation, les parents peuvent faire de leurs jeunes filles de gracieuses personnes, agréables à voir dans un salon, avides de plaire et de briller, bonnes musiciennes, excellentes valseuses, fières de leurs succès mondains, mais aussi de petites têtes folles, ne songeant qu'au plaisir et à la toilette, frivoles de goût, légères d'esprit, pauvres de coeur et de jugement.

«Mais elles vont au cours!» m'objectera-t-on.--Ne m'en parlez pas! L'instruction des jeunes filles consiste aujourd'hui à les promener à travers la science, sans ordre ni méthode, à toucher légèrement à toutes les questions pour leur permettre de parler superficiellement de tous les sujets, à introduire et à empiler dans leurs jeunes cervelles mille et mille notions confuses et indigestes, en un mot, à leur donner les apparences de l'instruction plus que la réalité du savoir et le discernement de la raison. On traite leur pauvre tête comme un vulgaire phonographe, comme une simple horloge à répétition, comme un mécanisme automatique, en la forçant à enregistrer fidèlement, à reproduire exactement tout ce qu'elle absorbe et emmagasine. Oubliant cette sage recommandation de Montaigne qu'«il ne faut pas attacher le savoir à l'âme, mais l'y incorporer,» qu'«il ne faut pas l'en arroser, mais l'en teindre,» on demande trop à leur mémoire qui est surmenée, persécutée, violentée. Et comme je comprends bien qu'après plusieurs années d'un traitement aussi féroce, nos jeunes filles de condition prennent l'étude en horreur et se jettent passionnément sur les chiffons et les romans! A cela, quel remède?

IV

Aujourd'hui l'objectif de l'instruction des jeunes filles doit être double: les élever plus fortement à la connaissance de la vérité, les préparer plus sérieusement aux devoirs de la vie. Ces deux choses se tiennent.

Voici ce que M. Alfred Mézières pense de la première: «En général, les jeunes filles françaises n'ont que trop de tendance à la frivolité, trop de goût naturel pour le succès, trop de désir de plaire. On devrait les préserver avec soin de la légèreté d'esprit qui est leur défaut capital, les habituer à réfléchir et à penser.» Oui; une pédagogie bien comprise se fera une loi d'élever, de fortifier leur esprit, de leur insuffler une âme plus grave, de leur inspirer la ferveur du travail et le souci de la réflexion. A cette fin, elle tâchera surtout de faire entrer dans la tête des jeunes filles (c'est un point sur lequel Mgr Dupanloup avait coutume d'insister) que «leur éducation n'est pas finie à dix-huit ans et que la première robe de bal n'a, pas plus que le diplôme de bachelier pour les jeunes gens, la vertu de donner à leur science son parfait développement [73].» Est-ce donc si difficile?

[Note 73: ][ (retour) ] Cité par Rebière, Les Femmes dans la science, menus propos, p. 339.

Je me refuse à croire que la légèreté féminine soit incurable. On calomnie le sexe faible en lui prêtant je ne sais quelle impuissance à s'instruire et à raisonner hors de ce qui est rubans, modes, chapeaux ou autres futilités mondaines. Il n'en est pas moins vrai que «ce qui leur manque le plus (c'est encore M. Mézières qui parle), ce sont les goûts sérieux. Il faut éveiller en elles l'amour de l'étude, leur faire lire et leur faire aimer les chefs-d'oeuvre de l'esprit humain, les dégoûter ainsi d'avance des productions frivoles dont notre littérature est inondée et, en les habituant aux lectures solides, leur inspirer le mépris de tout ce qui ne l'est pas [74]

Faute de cultiver, d'éclairer, de redresser même le goût littéraire des femmes, le goût public ne saurait se former ou se maintenir, ce qui est beau et bon ne réussissant jamais sans elles. «Tout ce qui peut arracher les femmes à l'inutilité d'une existence mondaine ou misérable est un bien pour la patrie, un gage d'avenir [75].» A ces mots de Mme Edgar Quinet, nous ajouterons que détourner les femmes de la littérature légère ou vicieuse qui s'étale dans les livres et les journaux, est tout profit pour l'esprit national et la moralité publique, parce qu'en plus de la maternité physique, la femme est appelée à faire oeuvre de maternité morale, parce que ses fils selon la chair sont aussi les enfants de son âme et qu'elle leur transmet avec le sang, avec le lait, avec la vie, tous les germes de progrès, l'idée qui éclaire, l'amour qui enflamme et la vertu qui exalte et sanctifie l'humanité. On lit dans les «Lois» de Platon: «Les femmes ont une si grande influence sur les hommes que ce sont elles qui déterminent leur caractère. Partout où elles sont accoutumées à une vie molle et somptueuse, vous pouvez dire que les hommes sont corrompus et amollis.» Tâchons donc de les rendre sérieuses.

[Note 74: ][ (retour) ] Le Travail des femmes. Revue encyclopédique, loc. cit., p. 908-909.

[Note 75: ][ (retour) ] Ibid., La Femme moderne, p. 882.