I
Tout est là: savoir où est le cadavre.
Et quand on le sait, on est le maître de la situation.
Ah! c’est une jolie langue que le parisien, et qui pour la plupart des habitants de nos fertiles provinces n’est pas sans rapport avec le tibétain. De nos jours, elle a été singulièrement enrichie par Gavarni, par les acteurs, par les ouvriers typographes et par quelques condamnés à mort.
Pourtant, il ne faut pas confondre le parisien pur avec l’argot.
L’argot crée des mots;—le parisien se contente des mots créés; il vit en bonne intelligence avec les dictionnaires français, et ne procède que par images.
Mais quelles images!
Tropes-clowns! Métaphores plus soudaines et plus hardies que des danseuses espagnoles! Comparaisons saisies de vertiges! Hyperboles qui ont dû s’épanouir dans un coup de foudre, comme la fleur de l’aloès.
Et adjectifs de toutes les couleurs!
Une illumination générale de la grammaire!
C’est en langue parisienne qu’on dit:
Avoir son plumet,—pour: être gris.
Attraper un papillon de guinguette,—pour: recevoir un coup de poing.
Lâcher la rampe,—pour: se laisser mourir.
Avaler un enfant de chœur,—pour: boire un verre de vin rouge.
Et Il sait où est le cadavre,—pour: il connaît un secret.