SCÈNE III
LA MÈRE, LA ROSIÈRE.
LA ROSIÈRE. Eh bien, qu’est-ce que tu fais donc, maman? Voilà une heure que je t’appelle. Tu n’entends jamais quand on a besoin de toi.
LA MÈRE, en extase. Belle comme une reine!
LA ROSIÈRE. Ma robe a craqué à l’épaule; il a fallu y faire un point. Comme c’est agréable!
LA MÈRE. Cela ne se voit pas, je t’assure... Mais embrasse-moi donc, ma Thérèse!
LA ROSIÈRE. Voyons, ne me touche pas; tu vas toute me salir. Où est papa?
LA MÈRE. Il est sorti.
LA ROSIÈRE. Et Auguste?
LA MÈRE, embarrassée. Auguste aussi.
LA ROSIÈRE. Tous les deux! Qui est-ce qui m’accompagnera alors?
LA MÈRE. Dame!... moi, mon enfant.
LA ROSIÈRE. C’est pour rire, n’est-ce pas?
LA MÈRE. Il faut bien que ce soit quelqu’un, puisque ton père et ton frère...
LA ROSIÈRE. Et avec quoi t’habilleras-tu? Tu n’as seulement pas de bonnet à te mettre.
LA MÈRE. J’ai ma robe verte.
LA ROSIÈRE. Elle est propre, ta robe verte! Tu veux donc me faire honte?
LA MÈRE. Ma chère fille, on sait que nous ne sommes pas riches; c’est connu.
LA ROSIÈRE. C’est connu ici; mais il viendra beaucoup de monde de Paris. Qu’est-ce qu’on dirait en te voyant à côté de moi?
LA MÈRE. On dirait que je suis ta mère. Une mère n’a pas besoin de coquetterie.
LA ROSIÈRE. Tu crois cela? Non, maman, reste. Il est nécessaire qu’il y ait quelqu’un pour garder la maison.
LA MÈRE. Mais je veux te voir couronner, moi!
LA ROSIÈRE. Je t’apporterai ma couronne. Je te la donnerai. Tu pourras la serrer dans ta commode.
LA MÈRE, joignant les mains. Je t’en prie...
LA ROSIÈRE. Sois raisonnable; cela ne se peut pas. (On entend les cloches.)
LA MÈRE. Ah! j’ai ma robe de noce!
LA ROSIÈRE. Je l’ai donnée l’autre jour à la petite Maria pour sa première communion. Est-ce que je ne te l’avais pas dit?
LA MÈRE. Tu... as donné ma robe de noce?
LA ROSIÈRE. Une guenille!