VII
»—Desservez! desservez! cria l’aubergiste du Soleil d’Or à ses gens.
»Ce fut un combat désespéré.
»Nous luttions de vitesse, eux pour ôter, moi pour retenir.
»Pendant que d’une main je me cramponnais à un saladier de fraises, de l’autre j’atteignais une assiette de macarons.
»La victoire leur resta.
»Malédiction!
»Il n’y eut plus sur la table que la nappe, deux vases de fleurs, et, entre ces deux vases de fleurs, une énorme pièce de pâtisserie fort compliquée.
»Un objet d’ornement!
»Une chose faite pour l’œil!
»Cette pièce, qui figurait une espèce de montagne, était surmontée d’un groupe colorié représentant l’archange Saint Michel terrassant un dragon et le perçant de sa lance.
»La lance, c’était ma partie.
»Les domestiques étaient sortis d’un air narquois, me laissant seul dans la salle.
»Seul, c’est-à-dire en tête-à-tête avec le Saint-Michel.
»Évidemment ils étaient sans méfiance.
»Ce Saint-Michel me troublait et m’agaçait.
»J’aurais voulu ne pas le voir.
»Je comprenais bien qu’il était là surtout pour la parade, pour le spectacle.
»Mais, d’un autre côté, je me disais que si l’on fait des pâtisseries, c’est pour qu’elles soient mangées.
»Et que le dîneur a droit de consommation sur tout ce qui se trouve sur la table.
»Mon hésitation ne dura que quelques minutes.
»Je fis taire mes scrupules.
»Je me penchai, et je portai une main sacrilége sur le Saint-Michel.