VIII
Assis près de l’orchestre où les quadrilles l’ont refoulé, il se tourne vers son voisin, un monsieur cravaté de satin noir, et dont le nez est tout en sueur, par suite de l’attention passionnée qu’il prête à la danse.
—Monsieur, lui dit-il, n’est-ce pas une chose à la fois anormale et pénible, à l’époque où nous sommes, au degré de civilisation où nous voilà parvenus, et dans la voie de progrès où nous nous engageons chaque jour... de voir des nations policées s’égorger entre elles, à l’instar des peuplades barbares, et comme en ces temps primitifs où les trois quarts du genre humain étaient plongés dans la nuit de l’ignorance et de la superstition?
Le monsieur ne bronche pas.
—N’est-ce pas votre opinion? continue le chicard.
Visiblement contrarié, le monsieur affecte de regarder d’un autre côté.
—Observez que je ne prétends en aucune sorte vous imposer ma manière de voir.
Le monsieur fronce le sourcil et pince les lèvres; son nez suait tout à l’heure, il fume à présent.
—Êtes-vous éclectique?
—Laissez-moi tranquille, gronde sourdement le monsieur.
—Pas poli, dit chicard.
Et posant amicalement la main sur son épaule:
—Mais considérez donc, mon bonhomme, que...
Pour le coup, le monsieur n’y tient plus:
—Je vous défends de toucher à mes vêtements ou je vous fais mettre au poste.
—Excusez! Dis tout de suite que tu es Fouché, alors.