X
—Sophie, as-tu ton châle?
C’est lui qui, ahuri, avachi, adossé au mur, à quelques pas du vestiaire, adresse machinalement cette question à une femme imaginaire. Il est quatre heures du matin.
—Sophie, as-tu ton châle?
Il n’en peut plus; sa tête penche, appesantie, sur son estomac; ses bras sont inertes; ses genoux fléchissants. Son plumet s’est cassé à toutes les portes; un pan de son habit vert est resté aux mains d’un garde municipal. Ce n’est plus un homme, c’est une ruine qui s’écroule.
—Sophie, as-tu ton châle?
Tout le monde défile devant lui depuis une demi-heure. Il ne voit personne, on le heurte, on lui rit au nez; tout lui est égal. Il n’a de conscience que pour répéter toutes les cinq minutes:
—Sophie, as-tu ton châle?
Une bande de pierrots et de pierrettes descend ou dégringole l’escalier. L’un d’eux, qui n’a plus de chapeau, plus de farine, plus de gants, s’écrie en apercevant le chicard:
—Tiens, c’est Tolbiac! emmenons déjeuner Tolbiac!
On prend sous le bras le chicard, qui n’entend rien, et on l’emmène à la maison Dorée.