X
»—Mais, objectai-je timidement, c’est que je viens de dîner à table d’hôte.
»—Bah! bah! s’écria-t-il, ces dîners de table d’hôte, est-ce que cela tient au ventre? D’ailleurs venez par ici.
»Et me prenant le bras, il me conduisit vers un placard, d’où il tira une bouteille d’eau-de-vie et un grand verre, qu’il remplit jusqu’aux bords.
»—Avalez-moi cela, me dit-il, et vous aurez bientôt oublié votre dîner.
»Avait-il tort? avait-il raison?
»Toutefois est-il qu’après avoir bu je me laissai placer à une immense table en fer à cheval, au milieu d’une centaine d’invités.
»Les parfums d’une soupe homérique achevèrent de me faire perdre la mémoire; et, lorsque le bouilli se présenta, je m’en servis moi-même une énorme tranche en contre-fil.
XI
»—Comme vous venez tard, cher ami! dit derrière moi M. Mauprat à un nouvel arrivant.
»—Ne m’en parlez pas! j’ai été retenu jusqu’à présent par un animal, une espèce d’anthropophage... Un peu plus, il engloutissait ma table et mes chaises.
»A cette voix, je me retournai, et j’aperçus l’aubergiste du Soleil d’Or.
»Il me reconnut, et pensa défaillir en me voyant aux prises avec le bouilli.
»—Qu’avez-vous? lui demanda M. Mauprat.
»—C’est lui! dit l’aubergiste d’une voix étranglée.
»—Qui, lui?
»—Celui qui a mangé mon Saint-Michel.
»On le plaça à côté de moi; et pendant tout le festin, il ne cessa de pousser des exclamations d’étonnement en me regardant.
»Je finis par ne plus m’occuper de cet imbécile et par faire honneur au repas, qui fut magnifique comme la plupart des repas de noce en province.
»Vous en savez quelque chose, vous aussi, mon gaillard.
»Et maintenant que je vous ai conté l’histoire du grand Saint-Michel, à votre santé!
Une belle arme la lance!
De beaux hommes, les lanciers!