TROISIÈME PARTIE.
HISTOIRE DES ROIS D'ÉGYPTE.
Il n'y a point dans toute l'antiquité d'histoire plus obscure ni plus incertaine que celle des premiers rois d'Égypte. Cette nation fastueuse, et follement entêtée de son antiquité et de sa noblesse, trouvait qu'il était beau de se perdre dans un abyme infini de siècles, qui Diod. l. 1, p. 41. semblait l'approcher de l'éternité. Si on l'en croit, les dieux d'abord, ensuite les demi-dieux ou héros, la gouvernèrent successivement pendant l'espace de plus de vingt mille ans [124]. On sent assez combien cette prétention est vaine et fabuleuse.
[Note 124: ][ (retour) ] Diodore, cité par Rollin, dit: un peu moins de dix-huit mille ans. (1, § 44.) Fréret a montré que cette antiquité si reculée provient de l'équivoque causée par le mot année, qui a désigné originairement des saisons de trois ou de quatre mois. En réduisant les dates égyptiennes, d'après cette hypothèse, on reconnaît qu'elles se renferment dans les limites de la chronologie de l'Écriture Sainte.--L.
Après les dieux et demi-dieux régnèrent des hommes égyptiens, dont Manéthon nous a laissé trente dynasties ou principautés. Ce Manéthon était Égyptien, grand-prêtre et garde des archives sacrées de l'Égypte; il avait été instruit dans les lettres grecques. Il a écrit l'histoire des Égyptiens, et l'a tirée, à ce qu'il dit, des écrits de Mercure, et des autres anciens mémoires conservés dans les archives des temples. Il avait composé cet ouvrage sous le règne et par l'ordre de Ptolémée Philadelphe.
Si l'on suppose les trente dynasties de Manéthon successives, elles composent plus de cinq mille trois cents ans jusqu'au règne d'Alexandre, ce qui est manifestement convaincu de fausseté. D'ailleurs on voit dans Ératosthène [125], appelé à Alexandrie par Ptolémée Evergète, une liste de trente-huit rois thébains, tous différents Eratosthen. ap. Syncell. p. 91. c. 147 D. de ceux de Manéthon. Le soin d'éclaircir ces difficultés a beaucoup exercé les savants. La voie la plus sûre de concilier ces contradictions est de supposer, comme le font maintenant presque tous ceux qui traitent cette matière, que les rois dont il est parlé dans les différentes dynasties ne se sont pas tous succédé les uns aux autres, mais que plusieurs ont régné en même temps dans des contrées différentes. Il y a eu en Égypte quatre dynasties principales: celle de Thèbes, celle de Thin, celle de Memphis, et celle de Tanis. Je ne ferai point ici le dénombrement des rois qui y ont régné: l'histoire ne nous en a presque conservé que les noms. Je ne rapporterai que ce qui me paraîtra propre à éclairer et à instruire les jeunes gens, pour qui principalement j'écris; et je m'arrêterai sur-tout à ce qu'Hérodote et Diodore de Sicile nous apprennent des rois d'Égypte, sans même y garder une suite fort exacte, du moins dans les commencements de cette histoire, qui sont fort obscurs, et sans me mettre en devoir de concilier ces deux historiens. Leur dessein, surtout d'Hérodote, a été, non de donner une suite exacte des rois d'Égypte, mais seulement d'indiquer ceux dont l'histoire leur a paru plus intéressante et plus instructive. Je suivrai le même plan; et j'espère qu'on ne me saura pas mauvais gré de n'être point entré moi-même, et de n'avoir point engagé avec moi les jeunes gens, dans un labyrinthe de difficultés qui est presque sans issue, et d'où les plus habiles ont bien de la peine à se tirer quand ils veulent suivre le fil de l'histoire et fixer des dates assurées. Les curieux pourront consulter les savants [126] ouvrages où cette matière est traitée à fond.
[Note 125: ][ (retour) ] Il était de Cyrène.
[Note 126: ][ (retour) ] La chronique du chevalier Marsham; les ouvrages du P. Pezron; les dissertations du P. Tournemine, et celles de M. l'abbé Sevin.
Je dois avertir dès le commencement qu'Hérodote, sur la foi des prêtres Égyptiens qu'il avait consultés, rapporte beaucoup d'oracles et de faits singuliers qu'un lecteur éclairé ne prendra que pour ce qu'ils sont, c'est-à-dire pour des fables.
L'histoire ancienne d'Égypte contient 2158 ans, et elle se divise naturellement en trois parties.
La première commence à l'établissement de la monarchie égyptienne, fondée par Ménès ou Mesraïm, fils de Cham, l'année du monde 1816, et finit à la destruction de cette même monarchie par Cambyse, roi de Perse, l'an 3479; et cette première partie comprend 1663 ans.
La seconde partie est mêlée avec l'histoire des Perses et des Grecs, et s'étend jusqu'à la mort d'Alexandre-le-Grand, arrivée en 3681, et renferme par conséquent 202 ans.
La troisième est celle où s'est élevée en Égypte une nouvelle monarchie sous les Lagides, c'est-à-dire sous les Ptolémées, descendants de Lagus, jusqu'à la mort de Cléopatre, dernière reine d'Egypte, en 3974; et ce dernier espace renferme 293 ans.
Je ne traiterai ici que la première partie, réservant les deux autres pour les temps qui leur sont propres.
ROIS D'ÉGYPTE.
AN. M. 1816 AV. J.C. 2188 MÉNÈS. Tous les historiens conviennent que Ménès est le premier roi d'Égypte. On prétend, et ce n'est point sans fondement, qu'il est le même que Mesraïm, fils de Cham.
Cham était le second fils de Noé. Lorsque la famille de ce dernier, après la folle entreprise de la tour de Babel, se dispersa en différentes contrées, Cham tourna du côté de l'Afrique: et c'est lui sans doute qui dans la suite y fut honoré comme dieu sous le nom de Jupiter Ammon. Il avait quatre enfants: Chus, Mesraïm, Phuth Gen. 10, 6. et Canaan. Chus s'établit en Ethiopie; Mesraïm dans l'Égypte, qui, dans l'Écriture, est le plus souvent appelée de son nom et de celui de Cham son père; Phuth, dans la partie de l'Afrique qui est à l'occident de l'Égypte; et Canaan, dans le pays qui depuis a porté son nom. Les Cananéens sont certainement le même peuple que les Grecs nomment presque toujours Phéniciens, sans qu'on puisse rendre raison ni de ce nom étranger, ni de l'oubli du véritable.
Herod. l. 1, cap. 99. Diod. lib. 1, pag. 42. Je reviens à Mesraïm. On convient que c'est le même que Ménès, que tous les historiens donnent pour le premier roi d'Égypte. Ils disent que c'est lui qui y établit le premier le culte des dieux et les cérémonies des sacrifices.
BUSIRIS, assez long-temps après, bâtit la fameuse ville de Thèbes, et y établit le siège de l'empire [127]. Nous avons parlé ailleurs de la magnificence et des richesses de cette ville. Ce n'est pas le Busiris connu par sa cruauté [128].
[Note 127: ][ (retour) ] Diodore de Sicile compte deux rois de ce nom: le premier a régné 1400 ans après Ménès; et l'autre est le huitième successeur du premier: c'est à celui-ci qu'il attribue la fondation de Thèbes. (I, § 45.)--L.
[Note 128: ][ (retour) ] Strabon (XVII, pag. 802), et Diodore de Sicile (§ 45 et 88), nient l'existence de ce Busiris, et traitent de fables tout ce que les Grecs en ont dit. Marsham et Newton sont de l'avis de ces deux auteurs.--L.
Diod. lib. 2, pag. 44, 45. OSYMANDYAS. Diodore décrit fort au long plusieurs édifices magnifiques que ce prince avait fait construire [129], dont l'un entre autres [130] était orné de scupltures et de peintures d'une beauté parfaite, qui représentaient son expédition contre les Bactriens, peuple de l'Asie, qu'il avait attaqués avec une armée de quatre cent mille hommes de pied, et de vingt mille chevaux. On y voyait, dans un autre endroit, une assemblée de juges, dont le président portait au cou une image de la Vérité, qui avait les yeux fermés, et avait autour de lui un grand nombre de livres; symbole énergique, qui marquait que les juges devaient être instruits des lois, et juger sans acception de personnes.
On y avait peint aussi le roi, qui offrait aux dieux l'or et l'argent qu'il tirait chaque année des mines d'Égypte, qui montaient à la somme de seize millions [131].
[Note 129: ][ (retour) ] A Thèbes.--L.
[Note 130: ][ (retour) ] C'était son tombeau.--L.
[Note 131: ][ (retour) ] Trois mille deux cents myriades de mines. = Rollin a voulu dire seize cent millions; car les trois mille deux cents myriades ou 32,000,000 de mines d'argent, 533,000 talents, valent 1,599,000,000 fr., d'après l'évaluation du talent, suivie par Rollin, ou les talents dont il est question ici sont de fort peu de valeur, ou les prêtres en ont imposé à Diodore de Sicile.--L.
Non loin de là paraissait une magnifique bibliothèque, la plus ancienne dont il soit parlé dans l'histoire; elle avait pour titre: le trésor des remèdes de l'ame. Près de cette bibliothèque on avait placé des statues de tous les dieux d'Égypte, à chacun desquels le roi offrait des présents convenables; par où il semblait vouloir annoncer à la postérité que pendant sa vie il avait eu le bonheur de montrer toujours beaucoup de piété envers les dieux et de justice envers les hommes.
Son tombeau était d'une magnificence extraordinaire. Il était environné d'un cercle d'or qui avait une coudée de largeur, et trois cent soixante-cinq coudées de circuit [132], sur chacune desquelles étaient marqués le lever et le coucher du soleil, de la lune et des autres constellations; car dès-lors les Égyptiens divisaient l'année en douze mois, chacun de trente jours, et après le douzième mois ils ajoutaient chaque année cinq jours [plus haut, p. 76.] et six heures. On ne savait ce qu'on devait le plus admirer dans ce superbe monument, ou la richesse de la matière, ou l'art et l'industrie des ouvriers.
Diod. p. 46. UCHORÉUS, l'un des successeurs d'Osymandyas, bâtit la ville de Memphis [133]. Elle avait cent cinquante stades de circuit [134], c'est-à-dire plus de sept lieues. Il la plaça à la pointe du Delta, à l'endroit où le Nil se partage en plusieurs branches. Du côté du midi, il fit une levée fort haute. A droite et à gauche, il creusa des fossés très-profonds [135] pour y recevoir le fleuve. Ils étaient revêtus de pierres, et, du côté de la ville, rehaussés par de fortes chaussées: le tout pour mettre la ville en sûreté et contre les inondations du Nil, et contre les attaques des ennemis. Une ville si avantageusement située, et si bien fortifiée, qui était comme la clef du Nil, et qui par là dominait sur tout le pays, devint bientôt la demeure ordinaire des rois. Elle demeura en possession de cet honneur jusqu'au temps où Alexandre-le-Grand fit bâtir Alexandrie.
[Note 132: ][ (retour) ] Il est permis de douter de l'existence de ce merveilleux cercle d'or, qui avait 192 mètres (590 pieds) de circonférence; car Diodore n'a pu le décrire que d'après le récit des prêtres, attendu qu'il avait été détruit cinq siècles auparavant par Cambyse. (I, § 49.)--L.
[Note 133: ][ (retour) ] Bâtie par Ménès, selon Hérodote.--L.
[Note 134: ][ (retour) ] Environ 31,620 mètres, environ 6 lieues; mais peut-être s'agit-il du petit stade (V. plus bas, p. 101): dans ce cas, la mesure se réduit à 3 lieues.--L.
[Note 135: ][ (retour) ] Diodore dit un lac.--L.
plus haut, p. 22, n. 1. MOERIS. C'est lui qui construisit ce lac si fameux qui porta son nom. Nous en avons parlé ci-devant.
AN. M. 1920 AV. J.C. 2084. L'Égypte avait été long-temps gouvernée par des princes nés dans le pays même, lorsque des étrangers, qu'on nomma rois-pasteurs, en langue égyptienne hycsos, Arabes ou Phéniciens, s'emparèrent d'une grande partie de la basse Égypte et de Memphis: mais ils ne furent point maîtres de la haute Égypte, et le royaume de Thèbes subsista toujours jusqu'au temps de Sésostris. La domination de ces rois étrangers dura environ 260 ans.
Gen. 12, 20-20. AN. M. 2084 AV. J.C. 1920. C'est sous l'un d'eux, appelé dans l'Écriture Pharaon, nom commun à tous les rois d'Égypte, qu'Abraham passa dans ce pays avec Sara sa femme, qui y courut un grand risque, parce que le prince, informé de sa rare beauté, et ne la croyant que sœur et non épouse d'Abraham, l'avait fait enlever.
AN. M. 2179 AV. J.C. 1825 AN. M. 2276 AV. J.C. 1728. TETHMOSIS, ou Amosis, ayant chassé les rois-pasteurs, régna dans la basse Égypte.
Long-temps après, Joseph fut mené en Égypte par des marchands ismaélites, vendu à Putiphar, et, par une suite d'événements merveilleux, conduit à une suprême autorité, et élevé à la première place du royaume. Je ne dis rien ici de son histoire, qui est connue de tout le monde. Justin. l. 36, cap. 2. J'avertis seulement que Justin, qui n'a fait qu'abréger Trogue Pompée, historien excellent du temps d'Auguste, remarque que Joseph, le dernier des enfants de Jacob, que ses frères, par envie, avaient vendu à des marchands étrangers, ayant reçu du ciel l'intelligence des songes et la connaissance de l'avenir, sauva, par sa rare prudence, l'Égypte de la famine dont elle était menacée, et fut extrêmement considéré du roi.
AN. M. 2298 AV. J.C. 1706. Jacob y passa aussi avec toute sa famille, qui fut toujours bien traitée par les Égyptiens pendant qu'ils conservèrent le souvenir des services importants que Exod. 1-8. Joseph leur avait rendus. Mais, dit l'Écriture, après la mort de Joseph il s'éleva un nouveau roi, à qui Joseph était inconnu.
RAMESSÈS-MIAMUN était, selon Ussérius, le nom de ce nouveau roi connu dans l'Écriture sous celui de AN. M. 2427 AV. J.C. 1577. Pharaon. Il régna pendant soixante-six ans, et fit souffrir aux Israélites des maux infinis. «Il établit, dit l'Écriture, des intendants des ouvrages, afin qu'ils accablassent les Hébreux de fardeaux insupportables. Exod. 1-11-13-14. Et ils bâtirent à Pharaon des villes pour servir de [136] magasins, savoir: Phithom et Ramessès... Les Égyptiens haïssaient les enfants d'Israël: ils les affligeaient en leur insultant; et ils leur rendaient la vie ennuyeuse en les employant à des travaux pénibles de boue, de mortier et de brique, et à toutes sortes d'ouvrages de terre dont ils étaient accablés.» Ce roi avait deux fils, Aménophis et Busiris.
[Note 136: ][ (retour) ] Heb. urbes thesaurorum; Sept. urbes munitas. Ces villes étaient destinées pour y mettre en réserve le blé, l'huile et les autres richesses de l'Égypte. Vatab. = Dans la Vulgate, urbes tabernaculorum.--L.
AN. M. 2494 AV. J.C. 1510. AN. M. 2513 AV. J.C. 1491, AMÉNOPHIS, qui était l'aîné, lui succéda. C'est ce Pharaon sous qui les Israélites sortirent d'Égypte, et qui fut submergé au passage de la mer Rouge.
Selon le P. Tournemine, Sésostris, dont nous parlerons bientôt, est celui des rois d'Égypte qui commença la persécution contre les Israélites, et qui les accabla de travaux pénibles; ce qui est très-conforme à ce que Diodore remarque de ce prince, qu'il n'employa dans les ouvrages qu'il fit en Égypte que des étrangers. Ainsi l'on peut mettre le grand événement du passage de la mer Rouge sous [137] Phéron son fils; et le caractère d'impiété que lui donne Hérodote rend cette conjecture très-vraisemblable. Le plan que je me suis proposé me dispense d'entrer dans ces discussions de chronologie.
[Note 137: ][ (retour) ] Ce nom ressemble fort à celui de Pharaon, qui était commun aux rois d'Égypte.
Lib. 3, p. 74. Diodore, en parlant de la mer Rouge, dit une chose bien digne de remarque. Il y avait, observe cet historien, dans tout le pays, une ancienne tradition, transmise des pères aux enfants depuis plusieurs siècles, qu'autrefois, par un reflux extraordinaire, la mer avait été entièrement desséchée, en sorte qu'on en voyait le fond, et que bientôt après, les eaux, par un flux violent, avaient repris leur première place. Il est évident que c'est le passage miraculeux de la mer Rouge sous Moïse qui est ici désigné; et j'en fais la remarque exprès pour avertir les jeunes gens de ne pas laisser échapper, dans la lecture des auteurs, ces traces précieuses d'antiquité, sur-tout quand elles ont, comme celle-ci, quelque rapport à la religion.
Ussérius dit qu'Aménophis laissa deux fils, l'un nommé Séthosis ou Sésostris, l'autre Armaïs. Les Grecs l'ont appelé Bélus, et ses deux enfants, Ægyptus et Danaüs.
Herod. l. 2, c. 102-110. Sésostris a été non-seulement l'un des plus puissants Diod. l. 1, p. 48-54. rois qu'ait eus l'Égypte, mais l'un des plus grands conquérants que vante l'antiquité.
Son père, ou par instinct, ou par humeur, ou, comme le disent les Égyptiens, par l'autorité d'un oracle, conçut le dessein de faire de son fils un conquérant. Il s'y prit à la manière des Égyptiens, c'est-à-dire avec grandeur et noblesse. Tous les enfants qui naquirent le même jour que Sésostris furent amenés à la cour par ordre du roi. Il les fit élever comme ses enfants, et avec les mêmes soins que Sésostris, près duquel ils étaient nourris. Il ne pouvait lui donner de plus fidèles ministres, ni des officiers plus zélés pour le succès de ses armes. On les accoutuma sur-tout, dès l'âge le plus tendre, à une vie dure et laborieuse, pour les mettre en état de soutenir un jour avec facilité les fatigues de la guerre. On ne leur donnait pas à manger qu'auparavant ils n'eussent fait à pied ou à cheval une course considérable [138]. La chasse était leur exercice le plus ordinaire.
[Note 138: ][ (retour) ] Diodore dit 180 stades, mesure qui a paru si longue à Rollin, qu'il n'a pas osé l'exprimer; et pour sauver l'invraisemblance, il laisse croire que ces jeunes gens faisaient cette route ou à pied ou à cheval, quoique Diodore parle seulement d'une course à pied; il faut voir comme Voltaire se moque de l'extravagance de Diodore (Philosoph. de l'hist.), à l'occasion de ces 180 stades, qu'il évalue à 8 lieues. Diodore se sert ici, comme plus bas (pag. 106, note 2), du petit stade Égyptien (= 105, 4 mètres), et les 180 stades valent 18,970 mètres, ou seulement 3 lieues 1/2; or, il n'y a rien d'invraisemblable à ce qu'on exige de jeunes gens, habitués à de rudes exercices, qu'ils fassent tous les matins 3 lieues 1/2 avant de prendre de la nourriture.--L.
Élien [139] remarque que Sésostris fut instruit par Mercure, Lib. 12, c. 4. et qu'il apprit de lui la politique et l'art de régner. Ce Mercure est celui que les Grecs ont appelé Trismégiste, c'est-à-dire trois fois grand [140]. L'Égypte, où il était né, lui doit l'invention de presque tous les arts. Les deux ouvrages que nous avons sous son nom portent des marques si certaines de nouveauté, qu'il n'y a personne qui doute maintenant de leur supposition. Il y a encore eu un autre Mercure, fort célèbre chez les Égyptiens par ses rares connaissances, et beaucoup plus ancien que celui-ci. Jamblique, prêtre de l'Égypte, nous assure que l'usage de ce pays était de mettre sous le nom d'Hermès ou Mercure les ouvrages et les inventions que l'on donnait au public.
[Note 139: ][ (retour) ] Τὰ νοήµατα έκµουσωθῆναι.
[Note 140: ][ (retour) ] Trois fois très-grand.--L.
Quand Sésostris fut plus âgé, son père lui fit faire son apprentissage par une guerre contre les Arabes. Ce jeune prince y apprit à supporter la faim et la soif, et soumit cette nation, jusqu'alors indomptable. La jeunesse élevée avec lui le suivit toujours dans toutes ses campagnes.
Accoutumé aux travaux guerriers par cette conquête, son père le fit tourner vers l'occident de l'Égypte. Il attaqua la Libye, et la plus grande partie de cette vaste région fut subjuguée.
AN. M. 2513 AV. J. C. 1491. SÉSOSTRIS. En ce temps son père mourut, et le laissa en état de tout entreprendre. Il ne conçut pas un moindre dessein que celui de la conquête du monde; mais, avant que de sortir de son royaume, il avait pourvu à la sûreté du dedans, en gagnant le cœur de tous ses peuples par la libéralité, par la justice, et par des manières douces et populaires. Il n'eut pas moins de soin de ménager les officiers et les soldats, qui devaient toujours être prêts à répandre leur sang pour lui, persuadé qu'il ne pourrait réussir dans ses entreprises s'ils n'étaient fortement attachés à sa personne par les liens de l'estime, de l'affection, et même de l'intérêt. Il divisa tout le pays en trente-six gouvernements (on les appelait des nomes), et il les donna à des personnes du mérite et de la fidélité desquelles il était assuré.
Cependant il faisait ses préparatifs. Il levait des troupes, et leur donnait pour capitaines les officiers les plus braves et les plus estimés, et sur-tout les jeunes gens que son père avait fait nourrir avec lui. Il y en avait dix-sept cents [141], capables d'inspirer aux troupes le courage, l'amour de la discipline, et le zèle pour le service du prince. Son armée montait à six cent mille hommes de pied, et vingt-quatre mille chevaux, sans compter vingt-sept mille chars armés en guerre.
[Note 141: ][ (retour) ] Ce nombre est beaucoup trop fort; il est impossible que l'on vît naître en Egypte 1700 mâles en un jour. En adoptant la condition la plus favorable pour les naissances, il en résulte une population d'environ 29,000,000 d'habitants. Or, on a tout lieu de croire que celle de l'Égypte n'a jamais excédé 7,500,000 ames. Ce passage de Diodore a beaucoup exercé les savants; j'ai fait voir, dans un Mémoire particulier, que Diodore a mal compris le renseignement que lui ont donné les prêtres égyptiens.--L.
Il commença son expédition par l'Éthiopie, située au midi de l'Égypte. Il la rendit tributaire, et obligea les peuples de lui payer tous les ans une certaine quantité d'ébène, d'ivoire et d'or.
Il avait équipé une flotte de quatre cents voiles. L'ayant fait avancer sur la mer Rouge, il se rendit maître des îles, et de toutes les villes placées sur le bord de la mer. Pour lui, il marcha à la tête de son armée de terre. Il parcourut et soumit l'Asie avec une rapidité étonnante, et pénétra dans les Indes plus loin qu'Hercule et que Bacchus, et plus loin que ne fit depuis Alexandre, puisqu'il soumit le pays au-delà du Gange, et s'avança jusqu'à l'Océan [142]. On peut juger par là si les pays voisins lui résistèrent. Les Scythes, jusqu'au Tanaïs lui furent assujettis, aussi-bien que l'Arménie et la Cappadoce. Il laissa une colonie dans l'ancien royaume de Colchos, situé vers la partie orientale de la mer Noire, où les mœurs d'Égypte sont toujours demeurées depuis. Hérodote a vu dans l'Asie mineure, d'une mer à l'autre, les monuments de ses victoires. On lisait en plusieurs pays cette inscription gravée sur des colonnes: Sésostris, le roi des rois et le seigneur des seigneurs, a conquis ce pays par ses armes. Il y en avait jusque dans la Thrace, et il étendit son empire depuis le Gange jusqu'au Danube. Il y eut des peuples qui défendirent courageusement leur liberté: d'autres cédèrent sans résistance. Sésostris eut soin de marquer dans ses monuments cette différence en figures hiéroglyphiques, à la manière des Égyptiens.
[Note 142: ][ (retour) ] Les prêtres Égyptiens, en décrivant les conquêtes de Sésostris, paraissent avoir pris à tâche de faire croire qu'il avait été aussi loin que le Bacchus, l'Hercule et l'Alexandre des Grecs.--L.
La difficulté des vivres l'arrêta dans la Thrace, et l'empêcha d'entrer plus avant dans l'Europe. On remarque un caractère singulier dans ce conquérant, qui ne songea pas, comme les autres, à maintenir sa domination sur les nations vaincues, mais qui, se bornant à la gloire de les avoir assujetties et dépouillées, après avoir couru le monde pendant neuf ans, se renferma presque dans les anciennes bornes de l'Égypte, à l'exception de quelques provinces voisines: car on ne voit par aucun vestige que ce nouvel empire ait subsisté, ni sous lui, ni sous ses successeurs.
Il revint donc chargé des dépouilles de tous les peuples vaincus, traînant après lui une multitude infinie de captifs, et couvert de gloire plus que ne l'avait jamais été aucun de ses prédécesseurs; j'entends de cette gloire qui consiste à faire beaucoup parler de soi, à envahir par les armes et par la violence un grand nombre de provinces, et souvent à faire bien des malheureux. Il récompensa les officiers et les soldats avec une magnificence vraiment royale, traitant chacun selon sa qualité et son mérite. Il se faisait un plaisir, et regardait comme un devoir, de mettre les compagnons de ses victoires en état de jouir paisiblement le reste de leur vie d'un doux loisir, juste fruit de leurs travaux.
Pour lui, toujours occupé du soin de sa réputation, et encore plus du désir de rendre sa puissance utile et salutaire à ses peuples, il employa le repos que la paix lui laissait, à construire des ouvrages plus propres encore à enrichir l'Égypte qu'à immortaliser son nom, et où l'art et l'industrie des ouvriers se faisaient plus admirer que l'immense grandeur des dépenses qu'on y avait faites.
Cent temples fameux, érigés en actions de graces aux dieux tutélaires de toutes les villes, furent les premiers aussi-bien que les plus illustres témoignages de ses victoires; et il eut soin de publier par des inscriptions que ces grands ouvrages avaient été achevés sans fatiguer aucun de ses sujets. Il mettait sa gloire à les ménager, et à ne faire travailler que les captifs aux monuments de ses victoires. L'Écriture [143] remarque quelque chose de pareil en parlant des bâtiments de Salomon.
[Note 143: ][ (retour) ] «Porrò de filiis Israel non posuit ut servirent operibus regis». (2 Paral. 8, 9.)
Il se piqua sur-tout d'orner et d'enrichir le temple de Vulcain à Péluse, en reconnaissance de la protection qu'il croyait en avoir éprouvée lorsqu'au retour de ses expéditions, son frère lui dressa des embûches dans cette ville, et voulut le faire périr avec sa femme et ses enfants en mettant le feu à l'appartement où il était couché.
Son grand travail fut de faire construire dans toute l'étendue de l'Égypte un nombre considérable de hautes levées [144], sur lesquelles il bâtit de nouvelles villes, afin que les hommes et les bestiaux y pussent être en sûreté pendant les débordements du Nil.
Depuis Memphis jusqu'à la mer, il fit creuser des deux côtés du fleuve un grand nombre de canaux pour faciliter le commerce et le transport des vivres, et pour établir une communication aisée entre les villes les plus éloignées les unes des autres; outre que par là il rendit l'Égypte inaccessible à la cavalerie des ennemis, qui avait coutume auparavant de l'infester par de fréquentes irruptions.
Il fit plus: pour mettre le pays à l'abri des incursions des Syriens et des Arabes, qui en sont fort voisins, il fortifia tout le côté de l'Égypte qui est tourné vers l'orient, depuis Péluse jusqu'à Héliopolis, c'est-à-dire plus de sept lieues en longueur [145].
[Note 144: ][ (retour) ] Les collines factices dont Rollin a parlé plus haut (p. 25.)--L.
[Note 145: ][ (retour) ] 1500 stades.
= Cette distance était, selon Strabon, de 750 stades (XVII, pag. 1156 Almel.); selon Diodore, elle était de 1500 stades, ce qui est précisément le double. Il s'ensuit que Diodore se sert ici, comme plus haut (p. 101, n. 1), du petit stade égyptien, qui était la moitié du grand, égal à 210,8 mètres. Ainsi les 750 grands stades, ou 1500 petits, représentent une distance de 158,300 mètres, ou environ 28 lieues. C'est précisément la distance qui existe entre Péluse et Héliopolis, en ligne droite.--L.
On pourrait regarder Sésostris comme un des héros les plus illustres et les plus vantés de l'antiquité, s'il n'avait lui-même terni l'éclat de ses exploits guerriers et de ses vertus pacifiques par une soif de gloire et par une aveugle complaisance dans sa grandeur, qui lui firent oublier qu'il était homme. Les rois et les chefs des nations subjuguées venaient, dans de certains temps marqués, rendre hommage à leur vainqueur, et lui payer les tributs qu'on leur avait imposés. En toute autre occasion, il les traitait avec assez de douceur et de bonté; mais, quand il allait au temple ou qu'il entrait dans la ville, il faisait atteler à son char ces rois et ces princes quatre à quatre, au lieu de chevaux, et se croyait bien grand de se faire ainsi traîner par les maîtres et les seigneurs des autres nations. Ce qui m'étonne le plus, c'est que l'historien Diodore mette cette folle et inhumaine vanité au nombre de ses plus éclatantes actions.
Devenu aveugle dans sa vieillesse, il se donna la mort à lui-même, après avoir régné trente-trois ans, et laissa l'Égypte extrêmement riche. Son empire pourtant ne passa point la quatrième génération; mais il Tacit. Annal. lib. 2, cap. 60. restait encore du temps de Tibère des monuments magnifiques qui marquaient l'étendue qu'il avait eue du vivant de Sésostris, aussi-bien que la quantité des tributs qu'on lui payait.
Je reprends quelques faits particuliers arrivés dans le temps dont je viens de parler, que j'ai omis pour ne point interrompre le fil de l'histoire, et que je me contenterai d'indiquer ici simplement.
AN. M. 2448. Vers le temps dont nous parlons, les peuples d'Égypte s'établirent dans divers endroits de la terre. La colonie que Cécrops amena d'Égypte fonda douze villes, ou plutôt douze bourgs, dont il composa le royaume d'Athènes.
Nous avons remarqué que le frère de Sésostris, appelé par les Grecs Danaüs [146], lui avait dressé des embûches et avait voulu le faire périr lorsque après ses conquêtes il revint en Égypte. Son dessein n'ayant 2530. pas réussi, il fut obligé de prendre la fuite. Il se retira dans le Péloponnèse, où il s'empara du royaume d'Argos, fondé près de quatre cents ans auparavant par Inachus.
[Note 146: ][ (retour) ] C'est Manéthon qui donne Sésostris comme frère de Danaüs. Son témoignage à cet égard est vivement attaqué par plusieurs chronologistes, tels que Périzonius et Larcher. (Chronol. d'Hérodote, tom. VII, pag. 323.)--L.
2533. Busiris, frère d'Aménophis, si célèbre chez les anciens pour sa cruauté, exerçait alors sa tyrannie en [V. plus haut p. 96, n. 1.] Égypte sur les bords du Nil, et égorgeait impitoyablement tous les étrangers qui abordaient dans le pays: ce fut apparemment pendant l'absence de Sésostris.
2549. Vers le même temps Cadmus porta de Syrie en Grèce l'invention des lettres. Quelques-uns prétendent que ces lettres étaient les égyptiennes, et que Cadmus lui-même était d'Égypte, et non de Phénicie; et les Égyptiens, qui se disent inventeurs de tout, et qui vantent leur antiquité par-dessus celle de tous les autres peuples, n'ont pas manqué d'attribuer à leur Mercure l'invention des lettres [147]. La plupart des savants conviennent que Cadmus porta en Grèce les lettres syriennes ou phéniciennes, et que ces lettres sont les mêmes que les hébraïques, les Hébreux, qui ne faisaient qu'un petit peuple, étant compris sous le nom général de Syriens. Joseph Scaliger, dans ses notes sur la Chronique d'Eusèbe, prouve que les lettres grecques, et celles de l'alphabet latin qui en ont été formées, tirent leur origine des anciennes lettres phéniciennes, qui sont les mêmes que les samaritaines, dont les Juifs se sont servis avant la captivité de Babylone. Cadmus ne porta que seize lettres [148] en Grèce, auxquelles on en ajouta huit autres dans la suite.
[Note 147: ][ (retour) ] On peut voir sur cette matière deux savantes dissertations de M. l'abbé Renaudot, insérées dans le second volume de l'Histoire de l'Académie des Inscriptions.
[Note 148: ][ (retour) ] Les seize lettres que Cadmus porta en Grèce sont: α, ß, γ, δ, ε, ι, κ, λ, µ, ν, ο, π, ρ, σ, τ, υ. Palamède, à l'époque de la guerre de Troie, c'est-à-dire plus de 250 ans après Cadmus, ajouta les quatre suivantes: ξ, θ, χ, φ; et Simonide, long-temps après, inventa les quatre autres, qui sont: η, ω, ζ, ψ.
VIII, cap. 57.
= Quelques savants, et entre autres M. Larcher, croient que les Grecs avaient une écriture alphabétique avant l'arrivée de Cadmus, et que ce prince apporta seulement quelques lettres nouvelles. (LARCHER, sur Hérodote, tom. IV, pag. 258.)--L.
Je reviens à l'histoire des rois d'Égypte, et je les rangerai désormais dans l'ordre qu'Hérodote leur a donné [149].
[Note 149: ][ (retour) ] Je ne crois pas devoir entrer dans la discussion d'une difficulté qui serait fort embarrassante s'il fallait concilier ici la suite des rois d'Hérodote avec le sentiment d'Ussérius. Celui-ci suppose, avec plusieurs savants, que Sésostris est le fils du roi d'Égypte qui fut submergé dans la mer Rouge, dont le règne, par conséquent, a commencé l'année du monde 1513, et a duré jusqu'à l'année 1547, puisque son règne est de 33 ans. Quand on donnerait 50 ans au règne de Phéron, son fils, il resterait encore plus de 200 ans entre Phéron et Protée, qu'Hérodote dit avoir succédé immédiatement au premier, puisque Protée était du temps du siége de Troie, dont Ussérius met la prise en 2820. Je ne sais pas si c'est parce qu'il a senti cette difficulté que, depuis Sésostris, il ne parle presque plus des rois d'Égypte. Je suppose qu'entre Phéron et Protée il y a eu un grand vide et un long intervalle. En effet Diodore (lib. 1, pag. 54) y place plusieurs rois, et il en faut dire autant de quelques-uns des rois suivants.
AN. M. 2547 AV. J.C. 1457 PHÉRON succéda aux états de Sésostris, mais non à sa gloire. Hérodote ne rapporte de lui qu'une action, qui marque combien il avait dégénéré des sentiments religieux de son père. Dans un débordement du Nil, Herod. l. 2, c. III. Diod. lib. 1, pag. 54. qui fut extraordinaire, et qui passa dix-huit coudées, indigné du dégât qu'il causerait dans le pays, il lança un javelot contre le fleuve, comme pour le châtier; et, s'il en faut croire l'historien, il fut puni lui-même sur-le-champ de son impiété par la perte de la vue.
AN. M. 2800 AV. J.C. 1204. Herod. lib. 2, c. 112-120. PROTÉE. Il était de Memphis, où, du temps d'Hérodote, on voyait encore son temple, dans lequel il y avait une chapelle dédiée à Vénus l'étrangère: on conjecture que c'était Hélène. Du temps de ce roi, Pâris le Troyen, retournant chez lui avec Hélène, qu'il avait ravie, fut poussé par la tempête à une des embouchures du Nil appelée Canopique. De là il fut conduit à Memphis devant Protée, qui lui reprocha fortement le crime et la lâche perfidie dont il s'était rendu coupable en enlevant la femme de son hôte et avec elle tous les biens qu'il avait trouvés dans sa maison. Il ajouta qu'il ne s'abstenait de le faire mourir, comme son crime le méritait, que parce que les Égyptiens évitaient de souiller leurs mains dans le sang des étrangers; qu'il retiendrait Hélène avec toutes ses richesses, pour les restituer à leur légitime possesseur; que, pour lui, il eût à sortir de ses états dans l'espace de trois jours, faute de quoi il serait traité comme ennemi. La chose fut ainsi exécutée. Pâris continua sa route, et arriva à Troie. L'armée des Grecs l'y suivit de près. Elle commença par sommer les Troyens de leur rendre Hélène et toutes les richesses qu'on avait emportées avec elle. Ils répondirent que ni cette princesse ni ses biens n'étaient point dans leur ville. Quelle apparence en effet, remarque Hérodote, que Priam, ce vieillard si sage, eût mieux aimé voir périr sous ses yeux ses enfants et sa patrie que de donner aux Grecs une satisfaction aussi juste que celle qu'ils lui demandaient? Mais ils eurent beau affirmer avec serment qu'Hélène n'était point dans leur ville, les Grecs, persuadés qu'on se moquait d'eux, persistèrent opiniâtrément à ne les point croire: la Divinité, ajoute encore le même historien, voulant que les Troyens, par la destruction entière de leur ville et de leur empire, apprissent à l'univers effrayé [150], que les dieux vengent les grands crimes d'une manière éclatante. Ménélas, à son retour, passa en Égypte chez le roi Protée, qui lui rendit Hélène avec toutes ses richesses. Hérodote prouve, par quelques passages d'Homère, que le voyage de Pâris en Égypte n'était point inconnu à ce poëte.
[Note 150: ][ (retour) ] «ᾨς τῶν µεγάλων ἀδικηµάτων µεγάλαι εἰσὶ καὶ αἱ τιµορίαι παρὰ τῶν θεῶν. II. § 120 fin.»
Lib. 2, c. 121-123. RHAMPSINIT. Ce qu'Hérodote raconte du trésor que Rhampsinit, le plus riche des rois d'Égypte, fit bâtir, et de sa descente dans les enfers, sent trop la fiction et le roman pour être rapporté ici.
Jusqu'à ce dernier roi, il y avait eu dans le gouvernement de l'Égypte quelque ombre de justice et de modération; mais, sous les deux règnes suivants, la violence et la dureté en prirent la place.
Herod. l. 2, c. 124-128. Diod. lib. 1, pag. 57. CHÉOPS et CHÉPHREN [151]. Ces deux princes, véritablement frères par la ressemblance de leurs mœurs, semblaient avoir pris à tâche de se signaler à l'envi l'un de l'autre par une impiété ouverte à l'égard des dieux, et par une barbare inhumanité à l'égard des hommes. Le premier régna cinquante ans, et l'autre après lui cinquante-six. Ils tinrent les temples fermés pendant tout le temps de leur règne, et défendirent aux Égyptiens, sous de grosses peines, d'offrir des sacrifices. D'un autre côté, ils accablèrent leurs sujets par de durs et d'inutiles travaux, et ils firent périr un nombre infini d'hommes pour satisfaire la folle ambition qu'ils avaient d'immortaliser leur nom par des bâtiments d'une grandeur énorme et d'une dépense sans bornes. Il est remarquable que ces superbes pyramides [152], qui ont fait l'admiration de l'univers, étaient le fruit de l'irréligion et de l'impitoyable dureté de ces princes.
[Note 151: ][ (retour) ] Son frère.--L.
[Note 152: ][ (retour) ] Ce sont les deux plus grandes (suprà, pag. 17), que les voyageurs sont convenus d'appeler Chéops et Chéphren, du nom des rois qui les ont fait bâtir.--L.
Herod. l. 2, p. 139-140. Diod. p. 58. MYCÉRINUS. Il était le fils de Chéops, mais d'un caractère bien différent. Loin de marcher sur les traces de son père, il détesta sa conduite, et suivit une route tout opposée. Il rouvrit les temples des dieux, rétablit les sacrifices, s'appliqua à soulager les peuples et à leur faire oublier leurs maux passés, et il ne se crut roi que pour rendre la justice à ses sujets et pour leur faire goûter la douceur d'un règne équitable et paisible. Il écoutait leurs plaintes, essuyait leurs larmes, soulageait leur misère, et se regardait moins comme le maître que comme le père des peuples: aussi en était-il infiniment chéri. Toute l'Égypte retentissait de ses louanges, et son nom était par-tout en vénération.
Il semble qu'une conduite si douce et si sage aurait dû lui attirer la protection des dieux. Il en fut tout autrement. Ses malheurs commencèrent par la mort d'une fille unique qu'il aimait tendrement, et qui faisait toute sa consolation. Il lui fit rendre des honneurs extraordinaires, qui subsistaient encore du temps d'Hérodote. Il dit que dans la ville de Saïs on brûlait pendant tout le jour des parfums exquis auprès du tombeau de cette princesse, et que pendant la nuit on y conservait toujours une lampe allumée.
Il apprit par un oracle qu'il ne régnerait que sept ans; et, comme il en fit ses plaintes aux dieux en demandant pourquoi le règne de son père et de son oncle, tous deux également impies et cruels, avait été si heureux et si long; et pourquoi le sien, qu'il avait tâché de rendre le plus équitable et le plus doux qu'il lui avait été possible, devait être si court et si malheureux, il lui fut répondu que cela même en était la cause, parce que la volonté des dieux avait été que le peuple d'Égypte, en punition de ses crimes, fût maltraité et accablé de maux pendant l'espace de cent cinquante ans; et que son règne, qui aurait dû être de cinquante ans comme les précédents, avait été abrégé parce qu'il avait été trop doux. Il bâtit aussi une pyramide, mais bien moindre que celle de son père.
Herod. l. 2, cap. 136. ASYCIUS. Ce fut lui qui établit la loi sur les emprunts, par laquelle il n'est permis à un fils d'emprunter qu'en mettant en gage le corps mort de son père. Cette loi ajoute que, s'il n'a soin de le retirer en rendant la somme empruntée, il sera privé pour toujours, lui et ses enfants, du droit de sépulture.
Il se piqua de surpasser tous ses prédécesseurs par la construction d'une pyramide de brique, plus magnifique, si l'on en croit, que toutes celles qu'on avait vues jusque-là. Il y fit graver cette inscription: DONNEZ-VOUS BIEN DE GARDE DE ME MÉPRISER EN ME COMPARANT AUX AUTRES PYRAMIDES FAIRES DE PIERRE. JE LEUR SUIS AUTANT SUPÉRIEURE QUE JUPITER L'EST AUX AUTRES DIEUX.
En supposant que les six règnes précédents, parmi lesquels il y en a plusieurs dont Hérodote ne fixe point la durée, aient été de cent soixante et dix ans, il reste un intervalle de près de trois cents ans jusqu'au règne de Sabacus l'Éthiopien. Je place dans cet intervalle deux ou trois faits que l'Écriture sainte nous fournit.
3 Reg. 3, 1. AN. M. 2991 AV. J.C. 1013. PHARAON, roi d'Égypte, donna sa fille en mariage à Salomon, roi d'Israël, qui la fit venir dans cette partie de Jérusalem appelée la ville de David, jusqu'à ce qu'il lui eût bâti un palais.
SÉSAC. Il est appelé autrement Sésonchis.
AN. M. 3026 AV. J.C. 978. 3, Reg. c. 11, 40, etc. 12. C'est vers lui que se réfugia Jéroboam pour éviter la colère de Salomon, qui voulait le faire mourir. Jéroboam demeura en Égypte jusqu'à la mort de Salomon, après laquelle il retourna à Jérusalem; et, s'étant mis à la tête des révoltés, il enleva à Roboam, fils de Salomon, dix tribus, dont il se fit déclarer roi.
2 Paral. 12, 1, 9. AN. M. 3033 AV. J.C. 971. Le même Sésac, la cinquième année du règne de Roboam, marcha contre Jérusalem, parce que les Juifs avaient péché contre le Seigneur. Il avait avec lui douze cents chariots de guerre, et soixante mille hommes de cavalerie. Le peuple qui était venu avec lui ne pouvait se compter; il étaient tous Libyens, Troglodytes et Éthiopiens. Sésac se rendit maître des plus fortes places du royaume de Juda, et avança jusque devant Jérusalem. Alors le roi et les premiers de la cour ayant imploré la miséricorde du Dieu d'Israël, Dieu leur déclara par son prophète Séméias que, parce qu'ils s'étaient humiliés, il ne les exterminerait point entièrement comme ils l'avaient mérité, mais qu'ils seraient assujettis à Sésac; afin, leur dit-il, qu'ils apprennent quelle différence il y a entre me servir et servir les rois de la terre: ut sciant distantiam servitutis meæ et servitutis regni terrarum. Sésac se retira donc de Jérusalem après avoir enlevé les trésors de la maison du Seigneur et ceux du palais du roi. Il emporta tout avec lui, et même les trois cents boucliers d'or que Salomon avait fait faire.
2. Paral. 14, 9-13. AN. M. 3063 AV. J.C. 941. ZARA, roi d'Éthiopie, et sans, doute roi d'Égypte en même temps, fit la guerre à Asa, roi de Juda. Son armée était composée d'un million d'hommes et de trois cents chariots de guerre. Asa marcha au-devant de lui, rangea son armée en bataille, et, plein de confiance dans le Dieu qu'il servait: «Seigneur, lui dit-il, c'est une même chose, à votre égard, de nous secourir avec un petit nombre ou avec un grand. C'est par ce que nous nous confions en vous et en votre nom que nous sommes venus contre cette multitude. Seigneur, vous êtes notre Dieu: ne permettez pas que l'homme l'emporte sur vous.» Une prière si pleine de foi fut exaucée. Dieu jeta l'épouvante parmi les Éthiopiens. Ils prirent la fuite, et furent défaits sans qu'il en restât un seul; parce que c'était le Seigneur, dit l'Écriture, qui les taillait en pièces pendant que son armée combattait: ruerunt usque ad internecionem, quia Domino cædente contriti sunt, et exercitu illius præliante.
Herod. l. 2, c. 137-140. Diod. lib. 1, pag. 59. ANYSIS. Il était aveugle. Sous son règne, SABACUS, roi d'Éthiopie, excité par un oracle, entra avec une nombreuse armée en Égypte, et s'en rendit maître. Il régna avec beaucoup de douceur et de justice. Au lieu de faire mourir les coupables condamnés à mort par les juges, il les faisait travailler, chacun dans leurs villes, aux réparations des levées sur lesquelles elles étaient situées. Il bâtit plusieurs temples magnifiques; un entre autres dans la ville de Bubaste, dont Hérodote fait une longue et belle description. Après avoir régné cinquante ans, qui était le terme que lui avait marqué l'oracle, il se retira volontairement en Éthiopie, et laissa le trône à Anysis, qui s'était tenu 4. Reg. 17, 4. AN. M. 3279. AV. J.C. 723. caché pendant tout ce temps dans les marais. On croit que ce Sabacus est le même que SUA, dont Osée, roi d'Israël, implora le secours contre Salmanasar, roi des Assyriens.
AN. M. 3285. AV. J.C. 719. SÉTHON. Il régna quatorze ans. C'est le même [153] que Sévéchus, fils de Sabacon ou Sual, Éthiopien, qui avait régné si long-temps en Égypte. Ce prince, au lieu de s'acquitter des fonctions d'un roi, affectait celles d'un prêtre, s'étant fait consacrer lui-même souverain-pontife de Vulcain. Livré entièrement à la superstition, loin de s'appliquer à défendre ses états par les armes, il fit peu de cas des gens de guerre; et, persuadé qu'il n'aurait jamais besoin de leur secours, il ne se mit point en peine de les ménager, leur ôta leurs privilèges, et alla jusqu'à les dépouiller des fonds de terre que les rois ses prédécesseurs leur avaient assignés.
Il éprouva bientôt leur ressentiment dans une guerre qui lui survint tout-à-coup, et dont il ne se tira que par une protection miraculeuse, si l'on s'en rapporte au récit qu'en fait Hérodote, qui est mêlé de beaucoup de fables. Sannacharib [154], roi des Arabes et des Assyriens, étant entré avec une armée nombreuse en Égypte, les officiers et les soldats égyptiens refusèrent de marcher contre lui. Le prêtre de Vulcain, réduit à une telle extrémité, eut recours à son dieu, qui lui dit de ne point perdre courage et de marcher hardiment contre les ennemis avec le peu de gens qu'il pourrait ramasser. Il le fit. Un petit nombre de marchands, d'ouvriers, et de gens de la lie du peuple, se joignit à lui. Avec cette poignée de soldats, il s'avança jusqu'à Péluse, où Sannacharib avait établi son camp. La nuit suivante une multitude effroyable de rats se répandit dans le camp des Assyriens, et, y ayant rongé toutes les cordes de leurs arcs et toutes les courroies de leurs boucliers, les mit hors d'état de se défendre. Ainsi désarmés, ils furent obligés de prendre la fuite; et ils se retirèrent après avoir perdu une grande partie de leurs troupes. Séthon, de retour chez lui, se fit ériger une statue dans le temple de Vulcain, où, tenant à sa main droite un rat, il disait, dans une inscription: QU'EN ME VOYANT, ON APPRENNE À RESPECTER LES DIEUX [155].
[Note 153: ][ (retour) ] Rien n'est plus douteux.--L.
[Note 154: ][ (retour) ] Hérodote appelle ainsi ce prince. [II, c. 141.]
[Note 155: ][ (retour) ] Ἐς ἐµέ τις ὀρέων εὺσεßὴς ἕστω.
Il est visible que cette histoire, telle que je la viens de raconter et qu'on la lit dans Hérodote, est une altération de celle qui est rapportée dans le quatrième livre des Rois. On y voit que Sannacharib, roi des Assyriens, Cap. 17, etc. après avoir subjugué toutes les nations voisines et s'être rendu maître de toutes les autres villes du royaume de Juda, prit la résolution d'assiéger Ézéchias dans Jérusalem, qui en était la capitale. Les ministres de ce saint roi, malgré son opposition et les remontrances du prophète Isaïe qui promettait une protection assurée de la part de Dieu si l'on ne mettait sa confiance qu'en lui seul, mendièrent secrètement le secours des Égyptiens et des Éthiopiens. Leurs armées, unies ensemble, s'avancèrent, dans le temps marqué, vers Jérusalem. L'Assyrien marcha à leur rencontre, les défit en bataille rangée, poursuivit les vaincus jusque dans l'Égypte et la ravagea entièrement. A son retour, la nuit même qui précéda le jour où l'on devait donner l'assaut à la ville de Jérusalem et où tout paraissait désespéré, l'ange exterminateur ravagea le camp des Assyriens, y fit périr par l'épée et par le feu cent quatre-vingt-cinq mille hommes, et montra qu'on avait raison de se fier, comme avait fait Ézéchias, à la parole et aux promesses du Dieu d'Israël.
Voilà la vérité du fait; mais, comme elle était peu honorable pour les Égyptiens, ils ont tâché de la tourner à leur avantage en la déguisant et la corrompant. Cependant les traces de cette histoire, quoique défigurées, doivent paraître précieuses dans un historien d'une aussi haute antiquité et d'un aussi grand poids qu'est Hérodote.
Le prophète Isaïe avait prédit à plusieurs reprises que cette expédition des Égyptiens, concertée, ce semble, avec tant de prudence, conduite avec tant d'habileté, et où les forces de deux puissants empires s'étaient réunies pour secourir les Juifs; Isaïe, dis-je, avait prédit que cette expédition, non-seulement serait inutile à Jérusalem, mais tournerait à la ruine de l'Égypte même, dont les plus fortes villes seraient prises, les terres ravagées, les habitants de tout sexe et de tout âge emmenés captifs. On peut consulter les chapitres 18, 19, 20, 30, 31, etc.
Ussérius et M. Prideaux croient que c'est dans ce temps qu'arriva la ruine de [156] No-Amon, cette fameuse Nahum. 3 8-10. ville dont parle le prophète Nahum, et dont il dit que les habitants avaient été traînés en captivité, que les jeunes enfants avaient été écrasés dans les carrefours de ses rues, et que ses plus grands seigneurs, chargés de chaînes, avaient été partagés par sort entre les vainqueurs. Il marque que tous ces malheurs tombèrent sur elle lorsque l'Égypte et l'Éthiopie étaient sa force; ce qui semble désigner assez clairement le temps dont nous parlons, où Tharaca et Séthon étaient unis ensemble. Ce sentiment n'est point sans difficulté, et est contredit par d'habiles gens. Il me suffit d'en avertir le lecteur.
[Note 156: ][ (retour) ] La vulgate nomme Alexandrie la ville qui est appelée dans l'hébreu No-Amon, parce qu'Alexandrie fut depuis bâtie à la place de cette dernière. M. Prideaux, après Bochard, croit que c'est Thèbes, surnommée Diospolis. En effet, Amon chez les Égyptiens est le même que Jupiter; mais Thèbes n'est point l'endroit où fut bâtie depuis Alexandrie. Il se peut faire qu'il y eût là une autre ville appelée aussi No-Amon.
Herod. l, 2, cap. 142. Jusqu'au règne de Séthon, les prêtres égyptiens comptaient trois cent quarante et une générations d'hommes, ce qui fait onze mille trois cent quarante années, en mettant trois générations d'hommes pour cent ans. Ils comptaient pareil nombre de prêtres et de rois. Ces derniers, soit dieux, soit hommes, s'étaient succédé sans interruption sous le nom de piromis, mot égyptien qui signifie bon et honnête. Les prêtres égyptiens montrèrent à Hérodote trois cent quarante et un colosses de bois de ces piromis, rangés tous en ordre dans une grande salle. C'était la folie des Égyptiens de se perdre dans une antiquité dont aucun autre peuple n'approchât.
AN. M. 3299 AV. J.C. 705. Afric. apud Syncel. p. 74. THARACA. C'est celui-là même qui était venu avec une armée d'Éthiopiens au secours de Jérusalem avec Séthon. Quand celui-ci fut mort, après avoir occupé le trône pendant quatorze ans, Tharaca y monta à sa place, et le tint pendant dix-huit. Ce fut le dernier des rois éthiopiens qui régnèrent dans l'Égypte.
Après sa mort, les Égyptiens, ne pouvant s'accorder sur la succession, furent deux ans dans un état d'anarchie accompagné de grands désordres.
DOUZE ROIS [157].
[Note 157: ][ (retour) ] Jusqu'ici la chronologie égyptienne, incertaine et interrompue par des lacunes, commence à prendre de la suite et de la certitude. D'après Hérodote, le règne des douze rois est de l'an 673: ils régnèrent 15 ans; ainsi Psammitique régna seul, à partir de l'an 656, et non pas en 670: ce prince mourut, après un règne de 39 ans; conséquemment son fils Néchao lui succéda vers 617, comme l'a marqué Rollin (616), p. 124. Les deux dates de 685 et de 670 sont donc fautives.--L.
AN. M. 3319 AV. J.C. 685. Herod. l. 2, cap. 147-152. Diod. lib. 1, pag. 59. Enfin douze des principaux seigneurs, s'étant ligués ensemble, se saisirent du royaume, et le partagèrent entre eux en douze parties. Ils convinrent de gouverner chacun leur district avec un pouvoir et une autorité égale, sans que jamais l'un songeât à rien entreprendre contre l'autre ni à s'emparer de son gouvernement. Ils crurent devoir faire ensemble cet accord, et le cimenter par les plus terribles serments, pour éviter l'effet d'un oracle qui avait prédit que celui d'entre eux qui aurait fait des libations à Vulcain dans un vase d'airain deviendrait le maître de l'Égypte. Ils régnèrent ensemble pendant quinze ans dans une grande union; et, pour en laisser à la postérité un célèbre monument, ils bâtirent de concert et à frais communs le fameux labyrinthe, qui était un amas de douze grands palais, [Pag. 20.] et qui avait autant de bâtiments sous terre qu'il en paraissait au-dehors. J'en ai fait mention précédemment.
Un jour que les douze rois assistaient ensemble dans le temple de Vulcain à un sacrifice solennel qui s'y faisait régulièrement dans un certain temps marqué, les prêtres ayant présenté à chacun d'eux une coupe d'or pour faire les libations, il s'en trouva une de manque, et Psammitique, l'un des douze, sans aucun dessein prémédité, au lieu de coupe prit son casque d'airain, car ils en portaient tous, et s'en servit pour faire les libations. Cette circonstance frappa les autres, et leur rappela dans l'esprit le souvenir de l'oracle dont j'ai parlé. Ils crurent donc se devoir mettre en sûreté contre ses entreprises, et le reléguèrent dans les pays marécageux de l'Égypte [158].
[Note 158: ][ (retour) ] Dans la partie septentrionale du Delta, entre les bouches Phatmitique et Sébennytique--L.
Après que Psammitique y eut passé quelques années, attendant une occasion favorable pour se venger de l'affront qu'il avait reçu, un courrier vint lui dire qu'il était arrivé en Égypte des hommes d'airain: c'étaient des soldats de Grèce, Cariens et Ioniens, que la tempête avait jetés sur les côtes d'Égypte, et qui étaient tout couverts de casques, de cuirasses et d'autres armes d'airain. Psammitique se souvint aussitôt d'un oracle qui lui avait répondu que des hommes d'airain viendraient du côté de la mer à son secours. Il ne douta point que ce n'en fût ici l'accomplissement. Il fit donc amitié avec ces étrangers, les engagea par de grandes promesses à demeurer avec lui, leva sous main d'autres troupes, mit à leur tête ces Grecs, et, ayant attaqué les onze rois, il les défit, et demeura seul maître de l'Égypte.
AN. M. 3334 AV. J.C. 670. Herod. l. 2, c. 153, 154. PSAMMITIQUE. Ce prince, qui devait son salut aux Ioniens et aux Cariens, les établit dans l'Égypte, fermée jusqu'alors aux étrangers, et leur y assigna des bons fonds de terre et des revenus assurés, qui leur firent oublier leur patrie. Il leur donna de jeunes enfants égyptiens à élever, à qui ils apprirent leur langue. A cette occasion et par ce moyen, les Égyptiens entrèrent en commerce avec les Grecs; et depuis ce temps aussi l'histoire d'Égypte, jusque-là mêlée de fables pompeuses par l'artifice des prêtres, commence, selon Hérodote, à avoir plus de certitude.
Dès que Psammitique fut affermi sur le trône, il entra en guerre avec le roi d'Assyrie au sujet des limites des deux empires. Cette guerre dura long-temps. Depuis que les Assyriens eurent conquis la Syrie, la Palestine, étant le seul pays qui séparât les deux royaumes, devint entre eux un sujet continuel de discorde, comme elle le fut ensuite entre les Ptolémées et les Séleucides. Ce fut à qui des deux l'aurait, et cette province devint tour à tour le partage du plus fort. Psammitique, se voyant maître paisible de toute l'Égypte et ayant remis toutes choses sur [159] l'ancien pied, crut qu'il était temps de penser aux frontières de son royaume, et de les mettre en sûreté contre l'Assyrien son voisin, dont la puissance augmentait de jour en jour. Il entra pour cet effet à la tête d'une armée dans la Palestine.
[Note 159: ][ (retour) ] Cette révolution arriva environ sept ans après la captivité de Manassé, roi de Juda.
Lib. 1, p. 61. Peut-être faut-il placer au commencement de cette guerre ce qu'on lit dans Diodore, que les Égyptiens, indignés de ce que le roi avait placé les Grecs à l'aile droite, par préférence à eux, quittèrent le service au nombre de plus de deux cent mille, et se retirèrent en Éthiopie, où on leur donna un établissement avantageux.
Herod. [l. 2,] cap. 157. Quoi qu'il en soit, Psammitique entra en Palestine. Mais il s'y trouva d'abord arrêté à Azot, une des principales villes du pays, qui lui donna tant de peine, que ce ne fut qu'après un siége de vingt-neuf ans qu'il s'en rendit maître. C'est le plus long siége dont il soit parlé dans l'histoire ancienne.
Cette place était anciennement une des cinq villes capitales des Philistins. Les Égyptiens, quelque temps auparavant, s'en étant emparés, la fortifièrent si bien, qu'elle devint la plus forte barrière de leur pays de ce côté-là; en sorte que Sennachérib ne put entrer en Égypte qu'il n'eût premièrement emporté cette place. C'est ce qu'il fit par Tarthan, l'un de ses généraux. Les Assyriens l'avaient conservée jusqu'à ce temps-ci, et ce ne fut qu'après le long siége dont je viens de parler qu'elle revint aux Égyptiens.
Isai. 20, 1. Herod. l. 1, cap. 105. En ce temps-là les Scythes, sortis des environs des Palus-Méotides, s'étant jetés dans la Médie, défirent Cyaxare, qui en était roi, et le dépouillèrent de toute la haute Asie, dont ils demeurèrent maîtres pendant vingt-huit ans. Ils poussèrent leurs conquêtes dans la Syrie jusqu'aux frontières d'Égypte. Mais Psammitique alla au-devant d'eux, et fit si bien par ses présents et par ses prières, qu'ils ne passèrent pas plus avant, et délivra ainsi son royaume de ces dangereux ennemis.
Herod. l. 2, cap. 2, 3. Jusqu'à son règne les Égyptiens s'étaient toujours crus le plus ancien peuple de la terre. Il voulut s'en assurer par lui-même, et pour cela il employa une expérience fort extraordinaire, si pourtant ce fait doit paraître digne de foi. Il fit élever à la campagne, dans une cabane fermée, deux enfants nés tout récemment de pauvres parents, et il chargea un berger de les faire nourrir par des chèvres (d'autres disent que ce furent des nourrices à qui l'on avait coupé la langue), avec défense de laisser entrer aucune personne dans cette cabane, ni de prononcer jamais lui-même devant eux aucune parole. Quand ces enfants furent parvenus à l'âge de deux ans, un jour que le berger entra pour leur donner ce qui leur était nécessaire, ils s'écrièrent tous deux, en étendant les mains vers leur père nourricier, beccos, beccos. Le berger, surpris de ce langage, nouveau pour lui, et qu'ils répétèrent dans la suite plusieurs fois, en donna avis au roi, qui se les fit apporter pour être témoin lui-même de la vérité du fait; et ils recommencèrent tous deux en sa présence à bégayer leur petit jargon. Il ne s'agissait plus que de vérifier chez quel peuple ce mot était usité; et il se trouva que c'était chez les Phrygiens, qui appellent ainsi du pain. Ils eurent depuis ce temps-là parmi tous les peuples l'honneur de l'antiquité, ou plutôt de la primauté, que l'Égypte elle-même, quelque jalouse qu'elle en eût toujours été, fut obligée de leur céder, malgré sa longue possession. Comme on amenait à ces enfants des chèvres pour les nourrir, et qu'il n'est point marqué qu'ils fussent [Schol. Apollon. Rhod. 4. 262.] sourds, quelques-uns croient qu'ils avaient pu, d'après le cri de ces animaux, former ce mot bec ou beccos [160].
[Note 160: ][ (retour) ] Il est indubitable que telle est l'origine de ce mot, si cette histoire est vraie.--L.
Psammitique mourut l'an vingt-quatrième de Josias, roi de Juda. Il eut pour successeur son fils Néchao.
AN. M. 3388 AV. J.C. 616. NÉCHAO. L'Écriture fait souvent mention de ce prince sous le nom de Pharaon Néchao.
Herod. l. 1, cap. 158. Il entreprit de joindre le Nil à la mer Rouge, en tirant un canal de l'un à l'autre. L'espace qui les sépare est au moins de mille stades, c'est-à-dire de cinquante lieues. Après avoir fait périr six vingt mille hommes [V. plus haut p. 40, n. 5.] dans ce travail, il fut obligé de l'abandonner. L'oracle, qu'il avait envoyé consulter, lui répondit que, par ce nouveau canal, il ouvrait une entrée aux barbares: c'est ainsi que les Égyptiens appelaient tous les autres peuples.
Néchao réussit mieux dans une autre entreprise. D'habiles mariniers de Phénicie, qu'il avait pris à son Herod. l. 4, cap. 42. service, étant partis de la mer Rouge, avec ordre de découvrir les côtes d'Afrique, en firent heureusement le tour, et retournèrent, la troisième année de leur navigation, en Égypte par le détroit de Gibraltar; voyage fort extraordinaire pour un temps où l'on n'avait pas encore l'usage de la boussole [161]. Ce voyage fut fait vingt et un siècles avant que Vasquez de Gama, Portugais, eût trouvé, par la découverte du cap de Bonne-Espérance, l'an de notre Seigneur 1497, le même chemin pour aller aux Indes, par lequel ces Phéniciens étaient venus des Indes dans la mer Méditerranée.
Joseph. Antiq. lib. 10, cap. 6. 4 Reg. 23, 29, 30. 2. Paral. 35, 20-25. Les Babyloniens et les Mèdes, ayant détruit Ninive et avec elle l'empire des Assyriens, devinrent si redoutables, qu'ils s'attirèrent la jalousie de tous leurs voisins. Néchao en fut si alarmé, qu'il s'avança vers l'Euphrate à la tête d'une puissante armée pour arrêter leurs progrès. Josias, ce roi de Juda si recommandable par sa rare piété, voyant qu'il prenait son chemin au travers de la Judée, résolut de s'opposer à son passage. Il amassa dans ce dessein toutes les forces de son royaume, et se posta dans la vallée de Mageddo. (Cette ville était dans la tribu de Manassé, en-deçà du Jourdain; Hérodote l'appelle Magdole [162].) Néchao lui manda par un héraut que ce n'était pas à lui qu'il en voulait; qu'il avait d'autres ennemis en vue; qu'il entreprenait cette guerre de la part de Dieu, qui était avec lui; et qu'il lui conseillait de n'y prendre aucune part, de peur qu'elle ne tournât à son désavantage. Josias ne fut point touché de ces raisons. Il voyait qu'une si puissante armée ne manquerait pas de ruiner entièrement son pays par ses seules marches; et d'ailleurs il craignait qu'après la défaite des Babyloniens le vainqueur ne retombât sur lui, et ne lui enlevât une partie de ses états. Il marcha donc à sa rencontre. La bataille se donna; et Josias, non-seulement fut vaincu, mais reçut encore malheureusement une blessure dont il mourut à Jérusalem, où il s'était fait transporter.
[Note 161: ][ (retour) ] On a nié la possibilité et le fait de ce voyage. Le récit d'Hérodote contient des circonstances qui portent le caractère de la vérité. Les opinions des savants sont encore partagées à cet égard.--L.
[Note 162: ][ (retour) ] La ville appelée Magdole par Hérodote était située dans la Basse Égypte; elle est conséquemment fort différente de Mageddo, ville de Palestine. On croit qu'Hérodote a été trompé par la ressemblance des noms. (LARCHER, Chron. d'Hérod. t. VII, p. 114, 115.)--L.
Néchao, encouragé par cette victoire, continua sa marche et s'avança vers l'Euphrate. Il battit les Babyloniens; prit Charcamis, grande ville dans ces quartiers-là; et, s'en étant assuré la possession par une bonne garnison qu'il y laissa, il reprit au bout de trois mois le chemin de son royaume.
4. Reg. 23, 33-35. 2. Paral. 36, 1-4. Comme il apprit en chemin que Joachas s'était fait déclarer roi à Jérusalem sans lui demander son consentement, il lui ordonna de le venir trouver à Rébla en Syrie. Ce prince n'y fut pas plus tôt arrivé, que Néchao le fit mettre aux fers et l'envoya prisonnier en Égypte, où il mourut. De là, poursuivant son chemin, il arriva à Jérusalem, où il établit roi Joakim, un des autres fils de Josias, à la place de son frère, et imposa sur le pays un tribut annuel de cent talents d'argent et un talent d'or [163]. Après quoi il retourna triomphant dans son royaume.
[Note 163: ][ (retour) ] Cette somme montait à 330,000 liv.
= 610,000 f.--L.
Lib. 2, cap. 159. Hérodote, faisant mention de l'expédition de ce roi d'Égypte et de la bataille qu'il gagna à Mageddo, à qui il donne le nom de Magdole, dit qu'après la victoire il prit la ville de Cadytis, qu'il représente comme située dans les montagnes de la Palestine, et de la grandeur de Sardes, qui était en ce temps-là, la capitale, non-seulement de la Lydie, mais encore de toute l'Asie mineure. Cette description ne peut convenir qu'à Jérusalem, qui était ainsi située, et qui alors était la seule ville de ces quartiers-là qui pût être comparée à Sardes. Il paraît d'ailleurs par l'Écriture que Néchao, après sa victoire, se rendit maître de cette capitale de Judée; car il y était en personne lorsqu'il donna la couronne à Joakim. Le nom même de Cadytis, qui en hébreu signifie la sainte [164], désigne clairement la ville de Jérusalem, comme le prouve le savant M. Prideaux.
[Note 164: ][ (retour) ] Les Arabes appellent encore aujourd'hui la ville de Jérusalem el-Qods, la Sainte.--L.
L. 1. Part. I. 1, p. 106, etc.
AN. M. 3397 AV. J.C. 607. Nabopolassar, roi de Babylone, voyant que, depuis la prise de Charcamis par Néchao, toute la Syrie et la Palestine s'étaient détachées de son obéissance, son âge d'ailleurs et ses infirmités ne lui permettant pas d'aller en personne réduire ces rebelles, s'associa à l'empire son fils Nabuchodonosor, et l'envoya à la tête d'une armée dans ces quartiers-là. Ce jeune prince battit celle Jerem. 46. 2, etc. de Néchao vers l'Euphrate, reprit Charcamis, et fit rentrer dans son obéissance les provinces soulevées, 4. Reg. 24, 7.
A rivo Ægypti. comme Jérémie l'avait prédit. Ainsi il enleva aux Égyptiens tout ce qu'ils possédaient depuis ce qu'on appelait le ruisseau d'Égypte [165] jusqu'à l'Euphrate, ce qui comprend toute la Syrie et toute la Palestine.
[Note 165: ][ (retour) ] Ce ruisseau d'Égypte, dont il est si souvent parlé dans l'Écriture, comme servant de borne à la terre promise du côté d'Égypte, n'était pas le Nil, mais une petite rivière qui, coulant au travers du désert qui est entre ces deux pays, passait anciennement pour leur borne commune. C'est jusque-là que s'étendait le pays qui fut promis à la postérité d'Abraham, et qui lui fut ensuite divisé par sort.
Néchao, étant mort après avoir régné seize ans, laissa son royaume à son fils.
AN. M. 3404 AV. J.C. 600. Herod. l. 2, cap. 160. PSAMMIS. Son règne fut fort court, et ne dura que six ans. L'histoire ne nous en apprend rien de particulier, sinon que ce prince fit une expédition en Éthiopie.
Ibid. Ce fut vers lui que ceux d'Élide, après avoir établi les jeux olympiques [166], dont ils avaient concerté toutes les règles et toutes les circonstances avec tant d'attention, qu'ils ne croyaient pas qu'on y pût rien ajouter ni y trouver rien à redire, envoyèrent une célèbre ambassade pour savoir ce que penseraient de cet établissement les Égyptiens, qui passaient pour les hommes les plus sages et les plus sensés de tout l'univers. C'était plutôt une approbation qu'un conseil qu'ils venaient chercher. Le roi assembla les anciens du pays. Après qu'ils eurent entendu tout ce qu'on avait à leur dire sur l'institution de ces jeux, ils demandèrent aux Éléens s'ils y admettaient indifféremment citoyens et étrangers: et comme on leur eut répondu que l'entrée en était également ouverte à tous, ils ajoutèrent que les règles de la justice auraient été mieux observées si l'on n'avait admis à ces combats que les étrangers, parce qu'il était fort difficile que les juges, en adjugeant la victoire et le prix, ne fissent pencher la balance du côté de leurs concitoyens.
[Note 166: ][ (retour) ] Hérodote dit: Les Éléens qui se vantaient d'avoir établi, pour la célébration des jeux olympiques, les règlements les plus justes, etc., et non pas après avoir établi les jeux olympiques.--L.
AN. M. 3410 AV. J.C. 594. Jerem. 44, 30. APRIÈS. Il est appelé dans l'Écriture Pharaon Éphrée, ou Ophra. Il succéda à son père Psammis, et régna vingt-cinq ans.
Herod. l. 2, cap. 161. Diod. lib. 1, pag. 62. Pendant les premières années de son règne, il fut aussi heureux qu'aucun de ses prédécesseurs. Il porta ses armes contre l'île de Cypre. Il attaqua par terre et par mer la ville de Sidon, la prit, et se rendit maître de toute la Phénicie et de toute la Palestine.
De si prompts succès lui enflèrent extrêmement le cœur. Hérodote rapporte de lui qu'il était devenu si orgueilleux, et tellement infatué de sa grandeur, qu'il se vantait qu'il n'était pas au pouvoir des dieux mêmes de le détrôner, tant il s'imaginait avoir établi solidement sa puissance. C'est par rapport à de tels sentiments qu'Ézéchiel lui met à la bouche ces paroles pleines d'une vanité folle et impie: La rivière est à moi, c'est Ezech. 29, 3. moi qui l'ai faite. Le vrai Dieu lui fit bien sentir dans la suite qu'il avait un maître, et qu'il n'était qu'un homme; et il fit prédire par ses prophètes, long-temps auparavant, tous les maux dont il avait résolu de punir son orgueil.
Ezech. 17, 15. Peu de temps après qu'Ophra fut monté sur le trône, Sédécias, roi de Juda, lui envoya des ambassadeurs, fit alliance avec lui; et l'année d'après, rompant le serment de fidélité qu'il avait fait au roi de Babylone, il se révolta ouvertement contre lui.
Quelques défenses que Dieu eût faites à son peuple d'avoir recours aux Égyptiens et de mettre en eux sa confiance, et quelque malheureux succès qu'eussent eu les différentes tentatives que les Israélites avaient faites de ce côté-là, l'Égypte leur paraissait toujours une ressource assurée dans leurs dangers, et ils ne pouvaient s'empêcher d'y recourir. C'est ce qui était déjà arrivé sous le saint roi Ézéchias. Isaïe leur disait de la part de Dieu: Is. cap. 31, v. 1 et 3. «Malheur à ceux qui vont en Égypte chercher du secours, qui mettent leur confiance dans sa cavalerie et dans ses chariots, et qui ne s'appuient point sur le Saint d'Israël, et ne cherchent point l'assistance du Seigneur!... L'Égyptien est un homme et non pas un Dieu: ses chevaux ne sont que chair, et non pas esprit. Le Seigneur étendra sa main, et celui qui donnait secours sera renversé par terre; celui qui espérait d'être secouru tombera avec lui, et une même ruine les enveloppera tous.» Ils n'écoutèrent ni le prophète ni le roi, et ne reconnurent la vérité des paroles de Dieu que par une funeste expérience.
Il en fut de même en cette occasion. Sédécias, malgré les remontrances de Jérémie, voulut faire alliance avec l'Égyptien. Celui-ci, fier de l'heureux succès de ses armes, et ne croyant pas que rien pût résister à sa puissance, se déclara le protecteur d'Israël, et lui promit de le délivrer des mains de Nabuchodonosor. Dieu, irrité qu'un mortel eût osé prendre sa place, s'en expliqua ainsi à un autre prophète: Ezech. 24, 1-12. «Fils de l'homme, tournez le visage contre Pharaon, roi d'Égypte, et prophétisez tout ce qui lui doit arriver, à lui et à l'Égypte. Parlez-lui, et dites-lui: Voici ce que dit le Seigneur notre Dieu: Je viens à vous, Pharaon, roi d'Égypte, grand dragon, qui vous couchez au milieu de vos fleuves, et qui dites: Le fleuve est à moi, et c'est moi-même qui me suis créé. Je mettrai un frein à vos mâchoires, etc.» Après l'avoir comparé à un roseau qui se brise sous celui qui s'y appuie, et qui lui perce la main, Dieu ajoute: «Je vais faire tomber la guerre sur vous, et je tuerai parmi vous les hommes avec les bêtes. Le pays d'Égypte sera réduit en un désert et en une solitude; et ils sauront que c'est moi qui suis le Seigneur, parce que vous avez dit: Le fleuve est à moi, et c'est moi Cap. 29, 30, 31, 32. qui l'ai fait.» Le même prophète continue, dans plusieurs chapitres de suite, à prédire les maux dont l'Égypte allait être accablée.
Sédécias était bien éloigné d'ajouter foi à ces prédictions. Quand il apprit que l'armée des Égyptiens approchait, et qu'il vit Nabuchodonosor lever le siège de Jérusalem, il se crut délivré, et triomphait déjà. Sa joie fut courte. Les Égyptiens, voyant approcher les Chaldéens, n'osèrent en venir aux mains avec une armée si nombreuse et si aguerrie. Ils reprirent le AN. M. 3416 AV. J.C. 588. Jerem. 37, 6, 7. chemin de leur pays, et abandonnèrent Sédécias à tous les périls de la guerre où ils l'avaient eux-mêmes engagé. Nabuchodonosor revint devant Jérusalem, y remit le siège, la prit et la brûla, comme Jérémie l'avait prédit.
AN. M. 3430 AV. J.C. 574. Herod. l. 2, cap. 161, etc. Diod. lib. 1, pag. 62. Plusieurs années après, les châtiments dont Dieu avait menacé Apriès, roi d'Égypte, commencèrent à tomber sur lui; car les Cyrénéens, colonie des Grecs qui s'était établie en Afrique, entre la Libye et l'Égypte, ayant pris et partagé entre eux une grande partie du pays des Libyens, forcèrent ces peuples dépouillés à se jeter entre les bras de ce prince et à implorer sa protection. Aussitôt Apriès envoya une grande armée dans la Libye pour faire la guerre aux Cyrénéens; mais, cette armée ayant été défaite et presque toute taillée en pièces, les Égyptiens s'imaginèrent qu'il ne l'avait envoyée dans la Libye que pour l'y faire périr, afin que, quand il en serait défait, il pût régner plus despotiquement sur ses sujets. Dans cette pensée, ils crurent devoir secouer le joug d'un prince qu'ils regardaient comme leur ennemi. Apriès, ayant appris cette révolte, leur envoya Amasis, un de ses officiers, pour les apaiser et pour les faire rentrer dans leur devoir. Mais, lorsque Amasis eut commencé à parler, ils lui mirent sur la tête un casque pour marque de la royauté, et le proclamèrent roi. Amasis, ayant accepté la couronne qu'ils lui offrirent, demeura avec eux, et les confirma dans leur révolte.
Apriès, à cette nouvelle, encore plus enflammé de colère, envoya Patarbémis, un autre de ses officiers et l'un des principaux seigneurs de sa cour, pour arrêter Amasis et le lui amener. Mais Patarbémis, ne s'étant pas trouvé en état d'enlever Amasis au milieu de cette armée de révoltés dont il était entouré, fut traité à son retour, par Apriès, de la manière la plus indigne et la plus cruelle; car ce prince, sans considérer que ce n'était que faute de pouvoir qu'il n'avait pas exécuté sa commission, lui fit couper le nez et les oreilles. Un outrage si sanglant fait à un homme de ce rang irrita si fort les Égyptiens, que la plupart allèrent se joindre aux mécontents et que la révolte devint générale. Ce soulèvement de ses sujets obligea Apriès de se sauver dans la haute Égypte, où il se maintint pendant quelques années, tandis qu'Amasis occupa tout le reste de ses états.
Les troubles qui agitaient l'Égypte furent une occasion favorable à Nabuchodonosor pour l'attaquer, et ce fut Dieu lui-même qui lui en inspira le dessein. Ce prince, qui, sans le savoir, était l'instrument de la colère de Dieu contre les peuples qu'il voulait châtier, venait de prendre la ville de Tyr, où lui et son armée avaient essuyé des fatigues incroyables. Pour les en récompenser, Dieu leur abandonna l'Égypte. Il est beau de l'entendre lui-même s'expliquer sur ce sujet: il y a peu d'endroits dans l'Écriture plus remarquables que celui-ci, et qui fassent mieux comprendre la souveraine autorité de Dieu sur tous les princes et sur tous les royaumes de la terre. «Fils de l'homme (c'est ainsi Ezech. 29, 20. qu'il parle au prophète Ézéchiel), Nabuchodonosor, roi de Babylone, m'a rendu, avec son armée, un grand service au siége de Tyr. Toutes les têtes de ses gens en ont perdu les cheveux, et toutes les épaules en sont écorchées; et néanmoins ni lui ni son armée [167] n'ont point reçu de récompense pour le service qu'ils m'ont rendu à la prise de Tyr. C'est pourquoi (continue Dieu) je vais donner à Nabuchodonosor, roi de Babylone, le pays d'Égypte. Il en prendra tout le peuple, il en fera son butin, et il en partagera les dépouilles. Son armée recevra ainsi sa récompense, et il sera payé du service qu'il m'a rendu dans le siége de cette ville. Je lui ai abandonné l'Égypte, parce qu'il a travaillé pour moi, dit le Seigneur notre Dieu.» Il enlèvera tout, dit-il par un autre prophète, avec la même facilité qu'un berger se couvre de son manteau. Il se chargera ainsi de tout le butin: il mettra ainsi sur ses épaules, et sur celles de ses soldats, toute la dépouille de l'Égypte. Jerem. 43, 12. Amicietur terra Ægypti, sicut amicitur pastor pallio suo; et egredietur indè in pace: nobles expressions, qui montrent avec quelle facilité toute la puissance et toutes les richesses d'un état sont enlevées, quand Dieu le veut, et passent comme un manteau à un nouveau maître, qui n'a qu'à le prendre et à s'en couvrir.
[Note 167: ][ (retour) ] Pour bien entendre ce qui est dit ici, il faut savoir que Nabuchodonosor essuya des fatigues incroyables dans le siége de Tyr, et que, lorsque les Tyriens se virent pressés, les plus nobles de la ville montèrent sur des vaisseaux avec tout ce qu'ils avaient de plus précieux, et se retirèrent en d'autres îles. Ainsi Nabuchodonosor, ayant pris la ville, n'y trouva rien qui fût digne de récompenser les grands travaux qu'il avait soufferts dans ce siége. (S. HIERON.)
Le roi de Babylone, profitant donc des divisions intestines où la révolte d'Amasis avait jeté ce royaume, marcha de ce côté-là à la tête de son armée. Il subjugua l'Égypte depuis Migdol ou Magdole, qui est à l'entrée du royaume, jusqu'à Syène, qui est à l'autre extrémité, vers les frontières d'Éthiopie. Il y fit par-tout d'horribles ravages, tua un grand nombre d'habitants, et réduisit le pays dans une si grande désolation, qu'il ne put se rétablir de quarante ans. Nabuchodonosor, ayant chargé son armée de dépouilles et soumis tout le royaume, en vint à un accommodement avec Amasis; et, l'ayant confirmé dans la possession du royaume comme son vice-roi, il reprit le chemin de Babylone.
Herod. l. 2, c. 163 et 169. Diod. lib. 1, pag. 62. Alors Apriès, sortant du lieu de sa retraite, s'avança vers les côtes de la mer, apparemment du côté de la Libye; et, y ayant pris à sa solde une armée de Cariens, d'Ioniens et d'autres étrangers, il marcha contre Amasis, et lui livra bataille près de la ville de Memphis [168]. Mais, ayant été battu et fait prisonnier, il fut mené à la ville de Saïs, et y fut étranglé dans son propre palais [169].
[Note 168: ][ (retour) ] Lisez: près de la ville de Momemphis; elle était située à plus de 12 lieues au N. de Memphis, sur la branche Canopique, comme je l'ai fait voir ailleurs. (Trad. de Strabon, t. V, p. 372.)--L.
[Note 169: ][ (retour) ] Amasis voulait lui conserver la vie; mais les Égyptiens forcèrent ce prince de leur livrer Apriès, qu'ils étranglèrent.--L.
Dieu avait annoncé par ses prophètes, dans un détail étonnant, toutes les circonstances de ce grand événement. C'était lui qui avait brisé la puissance d'Apriès, d'abord si formidable, et qui avait mis l'épée à la main de Nabuchodonosor pour aller punir et humilier cet orgueilleux. «Je viens à Pharaon, roi d'Égypte, dit-il, Ezech. 30, 22-25. et j'achèverai de briser son bras, qui a été fort, mais qui est rompu, et je lui ferai tomber l'épée de la main.... Je fortifierai en même temps le bras du roi de Babylone, et je mettrai mon épée entre ses mains.... Et ils sauront que c'est moi qui suis le Seigneur.»
Id. v. 14-17. Il fait le dénombrement de toutes les villes qui doivent être la proie du vainqueur: Taphnis, Péluse, No, appelée dans la Vulgate Alexandrie, Memphis, Héliopolis, Bubaste, etc.
Jerem. 44, 30. Il marque en particulier la fin malheureuse du roi, qui doit être livré à ses ennemis. «Je vais livrer, dit-il, Pharaon Éphrée, roi d'Égypte, entre les mains de ses ennemis, entre les mains de ceux qui cherchent à lui ôter la vie.»
En fin il déclare que pendant quarante ans les Égyptiens seront accablés de toutes sortes de maux, et réduits à un état si déplorable, qu'ils n'auront plus à l'avenir aucun prince de leur nation: Ezech. 30, 13. et dux de terrâ Ægypti non erit ampliùs. L'événement a justifié cette prédiction, qui a été accomplie par degrés et en différents temps. Peu de temps après l'expiration de ces quarante années, ils devinrent une province des Perses, auxquels leurs rois, quoique originaires du pays, étaient soumis; et la prédiction commença ainsi à s'accomplir. Elle eut son entière exécution à la mort AN. M. 3654. de Nectanébus, dernier roi de race égyptienne. Depuis ce temps-là, les Égyptiens ont toujours été gouvernés par des étrangers: car, après l'extinction du royaume des Perses, ils ont été successivement assujettis aux Macédoniens, aux Romains, aux Sarrasins, aux Mamelucs, et enfin aux Turcs; qui en sont aujourd'hui les maîtres.
Jerem. c. 43 et 44. Dieu ne fut pas moins fidèle à accomplir ses prédictions à l'égard de ceux de son peuple qui, après la prise de Jérusalem, s'étaient retirés en Égypte contre sa défense, et qui y avaient entraîné Jérémie malgré lui. Dès qu'ils y furent entrés, et qu'ils furent arrivés à Taphnis (c'est la même que Tanis), le prophète, après avoir caché en leur présence, par l'ordre de Dieu, des pierres dans une grotte qui était près du palais du roi, leur déclara que Nabuchodonosor entrerait bientôt en Égypte, et que Dieu établirait son trône dans cet endroit-là même; que ce prince ravagerait tout le pays, et porterait par-tout le fer et le feu; qu'eux-mêmes tomberaient entre les mains de ces cruels ennemis, qui en massacreraient une partie, et traîneraient le reste captif à Babylone; qu'un très-petit nombre seulement échapperait à la désolation commune, et serait enfin rétabli dans sa patrie. Toutes ces prédictions eurent leur accomplissement dans les temps marqués.
AN M. 3435 AV. J.C. 569.
In Timæo. [p. 21, E.] AMASIS. Après la mort d'Apriès, Amasis devint possesseur paisible de toute l'Égypte, dont il occupa le trône pendant quarante ans. Il était, selon Platon, de la ville de Saïs [170].
[Note 170: ][ (retour) ] Selon Hérodote, de la ville de Siouph, qui était probablement voisine de Saïs.--L.
Herod. l. 2, cap. 172. Comme il était de basse naissance, les peuples, dans le commencement de son règne, en faisaient peu de cas, et n'avaient que du mépris pour lui. Il n'y fut pas insensible; mais il crut devoir ménager les esprits avec adresse, et les rappeler à leur devoir par la douceur et par la raison. Il avait une cuvette d'or, où lui et tous ceux qui mangeaient à sa table se lavaient les pieds. Il la fit fondre, et en fit faire une statue, qu'il exposa à la vénération publique. Les peuples accoururent en foule, et rendirent à la nouvelle statue toutes sortes d'hommages. Le roi, les ayant assemblés, leur exposa à quel vil usage cette statue avait d'abord servi; ce qui ne les empêchait pas de se prosterner devant elle par un culte religieux. L'application de cette parabole était aisée à faire: elle eut tout le succès qu'il en pouvait attendre; et les peuples, depuis ce jour, eurent pour lui tout le respect qui est dû à la majesté royale.
Ibid. c. 173. Il donnait régulièrement tout le matin aux affaires, pour recevoir les placets, donner ses audiences, prononcer des jugements, et tenir ses conseils: le reste du temps était accordé au plaisir; et comme, dans les repas et dans les conversations, il était d'une humeur extrêmement enjouée, et qu'il poussait, ce semble, la gaîté au-delà des justes bornes, les courtisans ayant pris la liberté de le lui représenter, il leur répondit que l'esprit ne pouvait pas être toujours sérieux et appliqué aux affaires, non plus qu'un arc demeurer toujours tendu.
Ce fut lui qui obligea les particuliers, dans chaque ville, d'inscrire leur nom chez le magistrat, et de marquer de quelle profession ou de quel métier ils vivaient. Solon inséra cette loi dans les siennes.
Il bâtit plusieurs temples magnifiques, principalement à Saïs, qui était le lieu de sa naissance. Hérodote y admirait sur-tout une chapelle faite d'une seule pierre, qui avait au dehors vingt et une coudées de longueur sur quatorze de largeur et huit de hauteur, et un peu moins en dedans. On l'avait apportée d'Éléphantine; et deux mille hommes avaient été occupés pendant trois ans à la voiturer sur le Nil [171].
Amasis considérait fort les Grecs. Il leur accorda de grands priviléges, et permit à ceux qui voudraient s'établir en Égypte d'habiter dans la ville de Naucratis, très-renommée pour son port [172]. Lorsqu'il s'agit de rebâtir le fameux temple de Delphes qui avait été brûlé, réparation qui devait monter à trois cents talents, c'est-à-dire à trois cent mille écus [173], il fournit à ceux de Delphes une somme fort considérable pour les aider à payer leur quote-part, qui était le quart de toute la dépense.
[Note 171: ][ (retour) ] Ce temple monolithe (HEROD. II. c. 175) avait en dehors 21 coudées de long (11 met. 87 mill.), 14 de large (7 met. 378 mill.) et 8 de haut (4 met. 216 mill.): ainsi sa solidité était de 344 mètres cubes (9990 pieds cubes) environ, dont le poids (en supposant à la matière la pesanteur spécifique du marbre) était de 965,720 kilogrammes (1,972,000 livres): Hérodote en ayant donné les dimensions intérieures, savoir 18 coudées 20 doigts de long, 12 de large et 5 de haut, on voit, par le calcul, que la partie évidée était égale à 165 mètres cubes, pesant 463,092 kilogrammes; ainsi le poids du temple monolithe, probablement travaillé dans la carrière même, était égal à 502,600 kilogrammes ou plus d'un million de livres. Voyez ce que j'ai dit plus haut, p. 15, n. 2, des moyens de transport.--L.
[Note 172: ][ (retour) ] Ville sur la branche Canopique, à environ 16 lieues dans les terres un peu au S. de Damanhour.--L.
[Note 173: ][ (retour) ] 1,650,000 f.--L.
Il fit alliance avec les Cyrénéens, et prit chez eux une femme.
Il est le seul des rois égyptiens qui ait conquis l'île de Cypre, et qui l'ait rendue tributaire.
Ce fut sous son règne que Pythagore vint en Égypte: il lui était recommandé par le célèbre Polycrate, tyran de Samos, dont il sera parlé ailleurs, et qui était lié d'amitié avec Amasis. Dans le séjour que ce philosophe fit en Égypte, il fut initié dans tous les mystères du pays, et apprit des prêtres tout ce qu'il y avait de plus secret et de plus important dans leur religion. C'est là qu'il puisa sa doctrine de la métempsycose.
Dans l'expédition où Cyrus s'était rendu maître d'une grande partie de la terre, l'Égypte sans doute avait subi le joug comme toutes les autres provinces, et Xénophon le dit formellement au commencement de la Cyropédie. Apparemment qu'après que les quarante années de désolation prédites par le prophète furent expirées, l'Égypte commençant un peu à se rétablir, Amasis secoua le joug et se remit en liberté.
Aussi voyons-nous qu'un des premiers soins de Cambyse, fils de Cyrus, dès qu'il fut monté sur le trône, fut de porter la guerre contre l'Égypte. Quand il y arriva, Amasis venait de mourir, et avait eu pour successeur son fils Psamménit.
AN. M. 3479 AV. J.C. 525. PSAMMÉNIT. Cambyse, après le gain d'une bataille, poursuivit les vaincus jusque dans Memphis, assiégea la place, et la prit en fort peu de temps. Il traita le roi avec douceur, lui laissa la vie, et lui assigna un entretien honorable; mais, ayant appris qu'il prenait des mesures secrètes pour remonter sur le trône, il le fit mourir. Le règne de Psamménit ne fut que de six mois. Alors toute l'Égypte se soumit au vainqueur. Je rapporterai plus en détail cette histoire lorsque j'exposerai celle de Cambyse.
Ici finit la suite des rois d'Égypte. L'histoire de ce pays, comme je l'ai déjà remarqué, sera confondue avec celle des Perses et des Grecs jusqu'à la mort d'Alexandre. Alors s'élèvera une nouvelle monarchie d'Égypte, fondée par Ptolémée, fils de Lagus, qui sera continuée jusqu'à Cléopatre; et ce dernier espace sera environ de 300 ans. Je traiterai chacune de ces matières dans son temps.