LA BIBLE ET LA CRITIQUE

L’Ami. — On fait à plaisir une mauvaise réputation à ces deux puissances.

La Bible prétendrait à des privilèges. La critique aurait à son égard des intentions malicieuses.

Faux bruits, fumées que tout cela ! Mettons les choses au point !

La Bible est. La critique s’emploie à la reconnaître en elle-même et par elle-même, non sur la foi de tierces personnes. Il faut très simplement penser que la Bible doit gagner à être connue telle qu’elle est. Cela peut mettre d’accord tous les esprits droits et qui n’ont point d’intérêt « à côté ».

— Je suis entièrement de ton avis. Mais j’en ai un autre encore que je ne me laisserai pas prendre. Les questions d’authenticité sont fort intéressantes. Toutefois, avant qu’elles soient résolues, il coulera bien de l’eau sous les ponts. Alors, après m’y être appliqué de mon mieux et selon le devoir strict, je reprends ma vieille Bible, et je lui dis : Telle quelle, je t’aime, toi qui pleures de toutes nos larmes et chantes de toutes nos joies. Il m’est doux de te relire comme te lirait un ignorant, grande de ton anonymat et de ton éternité. Tes auteurs et tes actes de naissance me sont indifférents. L’âme humaine t’a enfantée, dans sa douleur comme dans son espérance. Tu donnes la mesure de sa misère et de sa noblesse. Et j’aime en toi tous ceux qui ont bu à tes sources, reposé sous tes abris, posé sur toi leur tête pour le dernier sommeil.


La Bible est fourmillante de paroles de vie, comme le ciel d’étoiles. Et, pareilles aux étoiles, ces paroles sont des mondes.

PRENDS GARDE !

— Que l’Évangile est plus simple que les conciles, les Pères, les théologiens de toute race ! Comme une parole du Christ est plus fortifiante que leurs doctes broussailles ! Qui nous délivrera du fatras des scribes, pour nous faire entendre encore la Voix sur la montagne ?

L’Ami. — Prends garde ! ne commets pas d’injustice. Il faut beaucoup de bonne théologie, pour nous empêcher d’en faire de la mauvaise. Par méfiance du médecin, on risque de tomber dans les rebouteurs.

Tout le patrimoine humain a besoin d’être contrôlé. Pas de bon pain sans bon blé. Pas de blé net sans crible. Cribleurs de textes, trieurs d’idées, fonctions indispensables. Rendons-leur justice, tout en constatant leur insuffisance à donner la vie !

De temps en temps, d’ailleurs, ce travail, je te le concède, est agaçant. Il produit l’effet des moulins dont le tic-tac et les grincements assourdissent. Alors jouis de ta liberté, va ailleurs ! Redeviens enfant, épanouis ton âme au soleil de Dieu, et bois sa rosée sans te soucier du reste !