SACRIFICE LIBÉRATEUR

— Quand cet homme est entré près de moi au soir terrible, j’ai compris qu’il était prêt à partager mon sort. Et le courage m’est venu de le supporter moi-même.

L’Ami. — Toute parole est vaine, adressée à ceux qui souffrent par ceux qui ne souffrent pas. Ils parlent une autre langue, ils s’interpellent par-dessus un abîme, et leur voix tombe au gouffre. La vertu consolatrice est accordée à celui-là seulement qui fait de notre sort le sien, décidé à prendre sur lui notre fardeau. Voilà ce que tu as éprouvé ce soir-là. Tu as expérimenté par toi-même une des vérités profondes de la vie. En une heure d’angoisse t’est apparu le pouvoir du sacrifice libérateur.

Cette expérience, l’humanité la renouvelle depuis des siècles. Ésaïe l’a exprimée en ces termes : « Il a pris sur lui nos langueurs, et par ses blessures nous sommes guéris. » La croix du Calvaire en est devenue le symbole. La vue de ce « crucifié par amour » a donné plus de courage aux cœurs meurtris que les plus beaux conseils de la sagesse.

« CADENTIA SIDERA »

Il y a des castes parmi les dogmes, comme parmi les hommes. Quelques dogmes très titrés, mais plus brillants qu’agissants, ont de tout temps occupé le devant de la scène, au détriment de ceux, modestes et actifs, relégués à l’arrière et dans les coulisses à la façon de Cendrillon. Ces hauts et puissants seigneurs ont exercé des tyrannies odieuses, excommunié et persécuté quiconque ne les saluait pas assez bas. Tandis que, dans l’ombre, les autres consolaient les affligés, réparaient les injustices et ne voulaient régner que par la seule Bonté.

Je suis las de voir parader les grandeurs inutiles. Leurs astres qui descendent à l’horizon n’excitent pas mon regret, et je rêve dans le crépuscule, en attendant le lever des dogmes prolétaires.