SOUHAIT

L’Ami. — Pour le bien de ceux qui vivent près de toi, autant que pour toi-même, je te souhaite la chose suivante :

Une humeur de bon soldat, au cœur chaud, à la tête calme.

Après les batailles gagnées ou perdues, si l’on est valide, on prend un repos mérité. Puis on astique et l’on repart. Si l’on est blessé, on se soigne, en rêvant de recommencer.

Mort, on a laissé aux autres un exemple vaillant. Et le courage leur revient en pensant à nous.

— Si je pouvais être un semblable petit soldat ! Je commencerais mes jours par quelque chant vibrant qui serait la prière du matin. Et les cœurs les plus lassés reprendraient vigueur en l’écoutant. Dieu éternel, n’est-ce pas là vraiment la vie, la vie heureuse, la vraie vie, malgré toutes les misères ?

VII
LES PIONNIERS

Quitte ta famille et ta patrie pour aller au pays que je te montrerai !

Genèse, XII, 1.


Suis ta consigne ; laboure et sème. Mais ne demande pas : pourquoi ? Tu peux bien poser la question, mais tu n’es pas à la hauteur de la réponse. Un seul sait pourquoi, et celui-là t’aime. Que cela te suffise !

VA, DIS-LEUR !

L’Ami. — Va, dis-leur !

— Hélas ! tu me demandes l’impossible : ces choses-là ne se disent pas !

L’Ami. — Quelle est cette raison : « cela ne se dit pas » ? Je ne t’en fais pas mon compliment. Dans un certain monde, la déclaration est péremptoire. Il y est pourtant bien porté de mentir. Faire ce que la conscience défend est un signe de souplesse d’esprit. A cela se reconnaît un caractère émancipé. Ce même monde a pour signalement de porter des vêtements sur mesure, et de se contenter d’idées toutes faites. Mieux vaut avoir des idées à sa mesure et se contenter de vêtements tout faits.

Ce que je te demande est-il juste ? Y a-t-il quelque nécessité, quelque franchise, quelque courage à le dire ? Voilà la question. Après cela, si ces choses ne se disent pas, tu trouveras peut-être, dans cette routine même, un motif nouveau et puissant de t’en charger une bonne fois !